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exposait au peuple la situation, tout en lui donnant rendez-vous pour manifester ce jour-là. Une phrase de cette proclamation mérite d’être signalée: « Justice « favorise avec gens gouverneurs et conseillers, usuriers « et larrons, faignant user dignité, ils nous rongent de jour en jour ». Le peuple rassemblé, des bandes se formèrent, envahirent les églises de Saint-Bonaventure et de Saint-Nizier, sonnèrent le tocsin et semèrent, par ce fait même, l’effroi dans toute la ville. On en voulait surtout au Consulat. Deux échevins, Champier et Imbert Gimbre virent piller leurs maisons et ne durent leur salut ‘qu'à la fuite ; les autres conseillers s'étaient réfugiés dans le couvent de Saint-Jean. L'Hôtel commun fut envahi, mais aucun dégât n'eut lieu; enfin on se porta au grenier municipal où chacun fit ample provision du blé amassé par les soins du Consulat.
Sans vouloir insister trop longtemps sur cette émeute, nous dirons toutefois que, grâce à un stratagème du lieutenant du roi, la foule révoitée fut conduite le lendemain à l’Ile-Barbe et le Consulat profita de son absence pour prendre immédiatement les mesures d'ordre nécessaires.
La répression fut terrible. Aidés par la royauté, les conseillers instituèrent un Tribunal martial, composé de juges des villes voisines, et, pendant plusieurs mois, les gibets dressés dans divers quartiers ne. cessèrent d’être garnis.
Jusqu'en 1531, les agents du Consulat perquisitionnèrent et dans Lyon et dans les environs. A cette date encore, on « eschela 5 une femme qui avait eu le
malheur de dire « qu'il falloit tout tuer ces gros larrons de la ville ».
Profitant enfin de ces désordres et voulant éteindre pour toujours les foyers de révolte, le Consulat lança, le 12 juin 1529, une ordonnance qui abolissait tous les centres de réunions, politiques ou non; on visait, par là, les confréries de métiers (1).
Telle fut la conduite du Consulat vis-à-vis le peuple. La bourgeoisie consulaire en avait fini avec les révoltes, elle allait avoir à lutter avec le roi, qui, ainsi que nous allons le voir dans la section suivante, ne respectera plus les franchises de Lyon et enlèvera au Consulat son indépendance politique.
Avant de terminer l'étude des rapports du Consulat et de la cité, nous devons signaler quelles furent les grandes institutions créées par lui au xvi° siècle : nous voulons parler de lAumône générale, de la réorganisation de l'Hôpital du Pont du Rhône et du collège de la Trinité.
L'année 1531 fut marquée par une grande famine ; le blé avait plus que quadruplé de valeur. Les pauvres affluèrent vers Lyon et la légende dit que de Bourgogne et de Savoie descendirent « de grands bateaulx chargés de gens affaméz et plus allangoris et secz que les corps apprestés à faire anatomie $. Pour remédier à cette misère, les conseillers et notables organisèrent des quêtes, aménagèrent des locaux : 97,973 livres 12 sols, 2 deniers furent dépensés en œuvres de charité. Un reliquat de 586 livres n'ayant pu être employé, ce fut
(1) Archives municipales, BB, 49, f o.
Don TAN
l'origine de l’'Aumône générale, actuellement l'Hospice de la Charité. Les conseillers et les notables décidèrent que l’on continuerait les quêtes pour assister en permanence les pauvres de la ville. Le Consulat avait la haute administration de cette œuvre. Il nommait les recteurs chargés de la diriger, et ce au nombre de huit, « sans gage ni récompense autre que celle de Dieu ». Chaque année, les échevins procédaient à un renouvellement par moitié du rectorat, en suivant pour la nomination de ces administrateurs les mêmes règles que celles en vigueur pour l'élection des conseillers de ville. Bien que créée par l’initiative publique, l'Aumône générale était cependant sous la dépendance directe du Consulat, et elle y resta pendant quelques années. Peu à peu, ses recteurs se recrutèrent eux-mêmes et les échevins n'eurent plus qu'un vague droit de contrôle (1). L'œuvre du Consulat fut de beaucoup plus importante en ce qui concerne l'hôpital du Pont du Rhône. Nous avons déjà vu comment les conseillers furent euxmêmes les réorganisateurs de cette belle institution au xv® siècle. Ils administrèrent à titre de recteurs jusqu'en 1583. À cette époque, les affaires municipales devenant de plus en plus nombreuses, ils imaginèrent de « commettre choisir, nommer et établir en leur
(1) Il est à noter que le Consulat a toujours prétendu exercer ses anciens droits sur l’Aumône générale, et, plus tard, au xvur siècle, quand les recteurs lui communiquaient la liste des nouveaux élus, ils la consignaient régulièrement sur les registres des délibérations consulaires, entendant, par ce fait même, étendre sur cette institution son pouvoir administratif.
lieu six ou huit notables personnages ou autre plus grand nombre si les affaires le requéraient, lesquels sous l’aucthorité du Consulat eussent la totale administration et superintendance d’icelui Hostel Dieu ; lesquels seraient dits et nommez recteurs et administrateurs et qui seraient eslus et nommez chacun un à perpétuité en l'Hôtel de Ville par les dits sieurs eschevins » (1). Les conseillers portaient désormais le titre de recteurs primitifs de l'Hôtel-Dieu. Ils se réservaient le droit, chaque fois qu'ils le jugeraient à propos, de « veoir et visiter les comptes, S’enquérir de l’administration, suivant ce qu'il est porté et dont ils sont expressément chargés par le syndicat, et enfin lesdits recteurs feront registres de leurs assemblées et lequel registre sera tenu par le secrétaire de la ville... »
Comme on le voit, c'était une œuvre essentiellement consulaire et si les échevins ont souvent mérité plus d'une critique, il faut reconnaître que toujours ils se sont occupés avec beaucoup de zèle de la question de la charité publique.
Une autre création, à l'honneur du Consulat, et qu'il nous faut signaler c’est le collège de la Trinité. Au mois de juillet 1527 (2), le Consulat acheta à la confrérie de la Sainte-Trinité une partie des granges qu'elle possédait sur les bords du Rhône : ce fut là l’origine du collège, bien modeste avec son recteur et ses trois régents, mais qui devait devenir rapidement une institution très florissante.
(1) Archives municipales, BB, 110, f 18.
(2) Péricaud, Nofes et Documents, t. II à sa date.
SECTION II
Le Consulat dans ses rapports avec la royauté
Les rapports du Consulat et de la royauté sont beaucoup plus nombreux et plus importants pendant le xvi® siècle que les rapports avec la cité. Le roi manifesta nettementson intention à l’égarddu Consulat. Monarque absolu depuis Louis XI, il ne se bornera plus à user comme par le passé d’un pouvoir généralement de contrôle, 1! voudra et le Consulat obéira. C'est la fin de la belle indépendance des xiv® et xv° siècles, c’est le commencement d’une nouvelle période: l’asservissement à la royauté qui durera jusqu’à la Révolution de 1789. Pendant toute la période qui va de l’année 1500 à l’année 1589, le Consulat ne cherchera plus à gagner quelques avantages dans ses rapports avec le roi, il a fini d'acquérir, il n'aura qu’un seul souci, celui de corserver ses privilèges et ses libertés.
La royauté, ayant toujours besoin de sommes considérables d’argent, pour faire face, soit aux dépenses de guerre, soit à celles de sa cour, chercha par un moyen très ingénieux à se procurer des subsides à Lyon et cela par l'intermédiaire des conseillers. Lyon était une ville libre, sans doute, mais elle appartenait au domaine de France et devait, à ce titre, contribuer aux charges de la couronne. Les prédécesseurs de François Ier, Louis XI, notamment, avaient souvent emprunté au
Consulat; fort de cette tradition, François I‘ ne cessa pas de réclamer des droits considérables. Si nous jetons un coup d'œil sur le grand ouvrage de Chappe, nous apercevons. que, presque chaque année, 60,000 livres sont demandées par ce roi(1). Le Consulat essaye bien de résister, souvent il envoie des députés en cour pour prouver à Sa Majesté que la ville est dans une situation financière déplorable, qu'elle a fait à sa charge plus de 70,000 toises de fortifications, que les réparations du Pont du Rhône la ruinent (2), rien n’y fait. Le roi veut de l'argent, on doit lui en donner.
Si, cependant, le roi comprend qu'il ne peut taxer ainsi continuellement les Lyonnais, il ne se décourage pourtant pas et il a alors recours à un procédé nouveau qui deviendra la règle au siècle suivant. C'est la vente au Consulat de certains impôts avec faculté de rachat perpétuel. C’est ainsi qu’en 1536, le cardinal de Tournon, en qualité de commissaire du roi, vend aux conseillers les aides, impositions et gabelles qui avaient cours dans la ville, ainsi que les droits de vin et autres taxes foraines, moyennant le prix de 84,732 livres (3). Cette vente avait lieu sous la faculté expresse de rachat perpétuel. Et alors, pour permettre aux échevins de payer ce joli denier au trésor royal, on les autorisa à emprunter les fonds aux bourgeois, à qui ils devaient constituer des rentes perpétuelles !... Mesure funeste pour les finances de ja ville, car les emprunts, qui
(1) Chappe, XII, p. 44 et suivantes.
(2) Péricaud. Nofes et Documents, tome Il.
(3) Chappe, XI, 188.