LEON ACIER
deviendront de plus en plus fréquents, seront la ruine du régime au xvui° siècle.
Etudier à cette époque les rapports du Consulat et du roi, c'est étudier au fond l’état financier de la ville. Nous croyons utile d’insister sur ce caractère qui montre bien comment peu à peu la ville n’a plus été maîtresse de son budget et a dû subir à intervalles répétés les demandes d’argent d’une royauté qui n’admettait aucun refus.
Sous le règne d'Henri I, la seule taxe pour la solde des gens de guerre atteignait la somme de 67,50olivres! C'est à peine si la ville pouvait payer, aussi le roi fut-il obligé, en 1548, d'autoriser les conseillers à percevoir, pour acquitter le restant dû de la taxe (57,500 livres), un droit assez fort sur le bétail (1). Le Consulat ayant voulu résister aux prétentions royales, arguant de la pauvreté des citoyens, on renouvela à son égard le procédé arbitraire de 1470, on emprisonna tous ses membres comme de vulgaires débiteurs, avec ordre de ne les rendre à la liberté qu’une fois la taxe intégralement payée. Il est vrai qu’il faut dire que les conseillers étaient personnellement responsables de tout ce qu'ils faisaient au nom de la communauté. Cette responsabilité était fort ancienne : elle datait de l’origine de la commune. Grâce à un système très ingénieux, les conseillers sortants transmettaient leur responsabilité aux nouveaux échevins. Voici comment on pratiquait jadis la ville de Lyon n’avait aucun patrimoine. Pour subvenir aux besoins de la cité, il fallait parfois emprun-
(1) Chappe, XII, 40.
NS
ter, aussi les échevins s’obligeaient-ils en leur « propre et privé nom y». Quand les nouveaux conseillers entraient en charge, ils déchargeaient leurs prédécesseurs etse mettaient en leur lieu et place.
‘ Henri II fit un règlement en 1555, conforme à cet usage (1). Mais les dettes de la ville devenant de plus en plus fortes, il était difficile de trouver des remplaçants ou du moins si l’on en trouvait, c'étaient le plus souvent des gens peu affectionnés au roi, qui chaque jour, augmentait leurs dettes. Ce sera sans doute là un des motifs qui déterminèrent Henri IV à réduire le corps des conseillers et à ordonner qu’à l'avenir ils ne seraient plus obligés en leur propre nom. Nous aurons à revenir sur ce point en étudiant l’édit d'Henri IV.
Pour en terminer avec la question financière, nous allons dire un mot des « rentes sur les équivalents » (2). Lyon, vers les années 1570 et 1571, avait fourni au roi jusqu’à 311.000 livres. Le Consulat ne pouvait plus pressurer le peuple et trouvait très difficilement de quoi satisfaire aux exigences royales. C’est alors que, prenant en pitié « son cher peuple de Lyon », le roi concéda aux échevins, avec le droit de les répartir selon leur volonté, des rentes sur l'équivalent dans le Languedoc,
(1) Chappe, X, 91. — En ce qui concerne le règlement d'Henri Il sur la responsabilité des échevins, il faut ajouter que l’édit déclarait que s’il y avait contravention à l’ordre du roi, les échevins contrevenants seraient dits ingrats et inofficieux envers leur république, et comme tels privés eux et leurs successeurs de tous les privilèges attachés aux fonctions consulaires et contraints au paiement du double de toute charge et impositions.
(2) Chappe, XI, 315.