ADIEU
Puisque je n'ai pas su charmer ton Jeune esprit, Puisque j'ai vainement voulu tout une année Au fil d'or de tes jours lier ma destinée, Puisque pour moi l'Espoir est à jamais proscrit ;
Laisse-moi vieillir seul à cette heure. Dérobe A mes yeux pour toujours la splendeur de tes yeux ; Efface de mon ciel ces astres merveilleux ; Emporte mes regrets dans les plis de ta robe ;
Adieu ! je t*aime, adieu !... Mais tu n*oublieras pas. J'ai^ pour te rappeler mon âme et mon visage, Faiatainebleau, Meudon, maint autre paysage, Et le vivant Paris où j'ai guidé tes pas.
Tout m*est complice, tout : la chanson des ramures,
La plainte du pavé, les faubourgs et les bois,
Et la Mer, la géante aux innombrables voix,
Qui te garde mon nom dans ses puissants murmures !..
Donc, tu te souviendras. Tu vivras jusqu*au bout De ton souffle, écoutant la Terre te redire Un chant que le premier, moi, je t'appris à lire... Mais ne regrette rien. — C'est ma faute après tout 1
J*al Xùài compris, vois-tu^ le vœu de ta nature Ardente et ses élans nerveux, mois qui suis las ; Pour te régénérer, je t*ai glacée, hélas!
Dans une oftde d'amour trop profonde et trop pure.
Le verre était trop plein, trop douce la liqueur, Et ta lèvre trop rouge et trop inassouvie Du festin décevant et brutal de la vie; Et j'ai le tort eniin d'avoir traité ton cœur
Comme toi, Toisillon que, par un matin rose, Nous trouvâmes tombé du nid ftur le chemin, Qui recueilli, chauffé dans ta petite main, Pour tes yeux enfantins de tant de pleurs fut cause,
Et qui, fait pour planer sur les champs d^lentour. Au contraire de ceux dont la race se prive, Âlangui par les soins d*une pitié trop vive^ Mourut dans ton corsage avant la fin du jour.