LE CHAT BOTTÉ
Matou charmant des contes bleus»
Chat| Tunique trésor des gueux,
Chat qu'on adore En son enfance et que, très vieux.
Pour son langage merveilleux,
On aime encore ;
Chat qui vaut cent fois le cheval D'Alexandre, chat sans rival
En cabriole, Angora plus fort qu'un lion.
Dont chaque poil, comme un rayon»
Chauffe et console ;
Chat invisible et toujours là»
Qui se rit de la prison la
Plus cellulaire.
Et dont chaque homme, sous son toit, Possède, si pauvre qu'il soit,
Un exemplaire...
LA MUSE A BIBI ij
Âh! qu'il était^ mon chat botté.
Luisant d'amour et de gaîté,
Quand, chat d'audace.
Avec des airs exorbitants, Il précédait mes beaux vingt ans
En criant : Place !
Place au marquis de Carabas; Ohé ! vous tous, là-haut, là-bas.
Place à mon maître l Admirez, peuples étonnés, L'homme depuis le bout du nez
Jusqu'à la guêtre;
Avouez qu'il réussira ; Qu'en force, en grâce et cœtera
11 outrepasse Le droit qu'on a sous le soleil D'être un chef-d'œuvre sans pareil,
Et faites place !
Et d'abord proclamez, manants.
Que les eaux, les bois et les champs,
Les fleurs nouvelles, Le ciel, à dater d'aujourd'hui, Sont à lur, les lauriers à lui,
A lui les belles 1
Si VOUS en doutiez, par malheur^ Vous seriez, — j*en essuie un pleur
Lorsque y y rêve, Ma parole de chat botté ! — Hachés comme chair à pâté.
Hachés sans trêve...
Ainsi parlait dans ce temps-là Mon chat en habit de gala.
Mettant flamberge A tous les vents, frappant d'estoc^ Le verbe haut, le poil en croc«
La queue en cierge.
Au temps où ses bottes de cuir Neuf lui donnaient, sur l'avenir
£t sur Tespace, Un crédit presque illimité.
Ainsi parlait mon chat botté...
Hélas ! tout passe.
Le feu des yeux, l'émail des dents.
Les nerfs, le poil, au fil des ans,
Tout passe et casse ; Et, nu-pattes, navré, perclus, Mon ancien boute-en-train n*a plus
Que la carcasse.
• LA -MUSE A BIBI 3g
Adieu jeunesse, jeux et ris, L'amour, la guerre, adieu souris,
Adieu, minette !
Horizons roses, vers sentiers.
Châteaux en Espagne, paniers,
Vendange est faite.
Or le héros du conte bleu Garde à présent le coin du feu,
Morne, asthmatique.
Transi, flétri, fini, moisi.
Débotté pour toujours, quasi
Paralytique ;
Et j'ai grand peur à tout moment De voir mourir d*épuisement
L'ami d'enfance, Que, pour moins de solennité, J'appelle ici le chat botté.
Mais qu'on nomme aussi : l'Espérance*
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