‹ La muse à BibiChapitre 23 sur 40 · PATERNELLE · texte numérisé non relu

PATERNELLE

Gaston, vous ToIerez, ce soir, dans votre caisse Deux millions. Je sais qu'ils y sont.

Eh! bien, qu'est-ce Et pourquoi ce regard ahuri, mon coco i Pourquoi rouler des jeux en boules de loto?

Faut-il attribuer votre stupeur profonde A ma combinaison, la plus simple du monde ?

Je vous dis de voler ce soir deux millions Chez Durand, mon ami, votre patron. Voyons, N'est-ce pas clair et net i Vous aurez, je l'espère, A cœur de satisfaire au vœu de votre père.

Ayez l'air moins jobard; reprenez vos esprits; Vous me remercirez quand vous m'aurez compris. Vous allez entrer dans votre vingtième année : Entrez-y de façon hardie et raisonnée.

Moderne !

J'aurais pu vous donner un métier De rêveur : avocat, ingénieur, bottier.

Architecte, docteur, poète, pis encore ; Mon fils, j'ai mieux compris mon temps, et m'en honore. Souvent, lorsque petit, rose, gras et vermeil. Vous dormiez au berceau d'un innocent sommeil, Je m'inclinais pensif, ainsi que votre mère, — Ange au ciel à cette heure, ou du moins je l'espère -« Et sur votre avenir échangeant nos avis.

Nous souriions^ disant : Il faut que notre fils Soit très riche, et que, pour acquérir la fortune. Il ne s'attarde pas sur la route commune A travailler comme un imbécile.

Voilà Ce que nous avons dit, Gaston, c'est pour cela . Que je vous épargnai le torrent d'inepties.

Le grec et le latin, toutes les poésies Dont on bourre Us gens pour un résultat nul, Et que je vous ai fait travailler le calcul, La comptabilité, la banque, la tenue Des livres, puis le code; enfin l'heure est venue De récolter le fruit de mes décisions.

Donc, ce soir, vous prenez lesdits deux millions Dans la caisse à Durand, votre patron, et comme Je vous Tai déjà dit, vous m'apportez la somme. Et je prends soin de vous la mettre en sûreté. Par conséquent, demain vous serez arrêté.

Puis condamné, mais par compassion d*un père Veuf, et Monsieur Lachaud vous défendant, j*espère Qu'on vous infligera cinq ans, tout au plus dix. Et j'en souhaite dix pour vous, je vous le dis. A votre âge, on est d'un entraînement facile. Et, contre les excès, pas de plus sûr asile Que la prison. Les gueux qui s'en font un tableau Lugubre, très souvent vont se jeter à l'eau Fatigués de misère et pâles de débauche ; Et c'est la faute d'un préjugé vieux et gauche Qu'un père affectueux épargne à son enfant Dans une époque où seul le riche est triomphant.

Ainsi qu*elle défend des pièges de la fille

Et de la politique, un garçon de famille,

Il est, incidemment, certain que la prison,

Tutélaire en cela bien plus que la maison

Paternelle, afi'ranchit de Tétat militaire.

En un mot, c'est pour vous une excellente affaire.

Puis, quand vous sortirez, je vous rendrai l'argent

Qu'aura multiplié l'effort intelligent

De l'agiot; j'aurai, je crois, triplé la somme.

Avec six millions, on est un honnête homme

Quand même, et vous pourrez circuler le front haut^

Ayant payé l'impôt des lois. Si quelque sot

Vous accuse d'avoir tressé de la lisière.

On n'y verra qu'envie et propos de misère.

Vos égaux seront là pour répondre : Chansons!

Les beaux souliers vernis annulent les chaussons.

Ainsi faites le coup, mon cher, cueillez les sommes

Susdites. Soyez sûr qu'en ce temps où nous sommet

Fortune vaut honneur et quelque chose avec.

L'argent rive les clous, fascine, clôt le bée.

Toute joie est offerte au riche sur un geste;

Et les gens vertueux se partagent le reste.

Allons ! faites le coup, mon cher enfant, je veux.

N'ayant à vous léguer plus tard que mes cheveux.

Vous avoir cependant assuré l'opulence

Par un moyen très simple, à rapide échéance.

Énergique, infaillible, imprévu, sans détours,

Sauvegarde à jamais du pain de vos vieux jours,

Et qui, pour être moins accepté dans Tusage

Est cependant aussi moral qu'un héritage.

-çmm?ieiK^îÇ5îç?iç^;<;?

cf^'^cf^'^Cf^'^cf:i^cf^'^cf^'^^b^^i'^^'

Page 1