LE MOULIN DE LA GALETTE
Tel, au printemps, un vieux miche Parade en galante toilette, Tel, en haut des Buttes perché.
Rit le Moulin de la Galette,
De fanfreluches de haut goût Pavoisant son aile inutile Au genre de graines qu'il moud, Il domine l'énorme Ville ;
Et par mille sentiers riants Regarde, en ribambelles folles, Accourir ses jeunes clients De Montmartre et de Batignolles.
C'est le rendez-vous des volants En tulle rose, des casquettes A six étages, des bas blancs, L'assaut des guenilles coquettes.
Un orchestre d'estropiés Donne le branle à cette foule :
On saute, on s*écrase les pieds, On chahute, on hurle, on se soûle;
On se pince le gras des reins; Les rondes, tournoyant fougueuses, A perdre haleine vont leurs trains...
Cest le beau temps des jeunes gueuses!
Après la danse, on trouve, autour Du bal, un choix d'escarpolettes Pou r sécher 1 a sueur d 'amou r ; On engloutit force galettes...
Et quand un père désolé Vous allonge une énorme giffle Au retour, on a rigolé C'est le principal, — et l'on siffle.
Ainsi jadis ont cavale
Le tas défunt des Rigolboches
Au bras vainqueur de Bec-Salé
Faisant leurs premières brioches. .
De même qu'elles ont été Là haut, vas-]r, graine de garce, Et tant que reluira l'été, • Pirouette, de farce en farce.
Au moulin qui toujours debout Précipite, de chute en chute.
Autant de filles dans Tégoût Qu'il en vient danser sur sa uutte.
5o LA MUSE A BIBI
MaiS| les nuits d^hiver, quand le veoi| Déchaîné sur son vieux squelette Inerte au fond du ciel mouvant, Secoûra son aile muette.
Ose écouter quelques moments.
Et tu deviendras toute pâle!...
Un bruit lugubre d'ossements Cliquette emporté dans un râle.
Il semble que Paris en rut, Après les avoir polluées, Rejette au lieu de leur début Les ombres des prostituées,
Et qu*on entende, reins cassés, Chahuter, parmi la tempête.
Un bastringue de trépassés Dans le Moulin de la Galette.
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Lil Z,£ VRETTE ET LE GAUIN
(bISTOUB r&&ISIBKHB)
Écoutez l'histoir' du gamin, Du gamin et de la levrette!
L*un demeurait à la Villette; L'autre habitait faubourg Germain!
C'était une levrette exquise;
Je n*sais plus comment ell' s'app'lait;
Mais c'était la chienn* d*un' marquisCi
Qui de la levrett' raffolait.
Cte p'tit' bête était adorée,
Tellement qu*aux Tuifri^s, chaque jour,
On renvoyait. faire un p'tit tour
Avec un larbin en livrée 1
Quant au gamin, c'était Tgavroche Qui parcourt Paris en tous sens.
Et qui, sans peur et sans reproche Flân', rigole et blagu' les passants.
Or, un jour qu'aux Tuil'ri's (mazettc!
Ça se cors' comm' du Montépin !) Il était planté d'vant l'bassin, Précisément pass^ la levrette...
Contre le goss* levant la patte,
La levrett*, — cett* chienn' de salon, —
Avec un* morgu' d^aristocrate
Lui compiss* tout son pantalon.
Le gamin sent rpipi qui rmouiUei
I 8*retourne| i fait du potin...
Mais de la levrett* le larbin
Le trait* de p*tit* gouape et d* fripouille 1
' L*gaminy jurant de s*vengery file La bête et Tlaquais sans êt*vu...
Jusqu'à leur noble domicile
II les suit d*loin, à leur insu...
Su* rpas d*la porte^au bout d*uneheure9 La p'tit* levrett* vient prendre rair...
L*gmia Tempoign', prompt comm*r^lair, Et Tentrain* Uin de sa demeure!
Il lui fit faire, à la ViUette, Connaissanc* d*un caniche affreux...
La levrette agit en levrette !
EU* prit Tcanich* pour amoureux.
Deux jours plus tard, dans la soirée, Lâchée enfin par le gamin, EU' reparut faubourg Germain...
Mais elle était déshonorée I
Peu d'temps après, ell' mit au monde.
Non sans quelques douleurs de reins», Six cabots d'un' laideur immonde.
Bâtards, p't-ét* même adultérins!...
Mais Tplus bath de l'historiette C'est qu'la marquis', tout récemment| A pris son cocher pour amant, Histoir* d^i miter la levrette!
Et voilà rht«toir' du gamin, Du gamin et de la levrette !
Quel triomphe pour la Villette !
Quel deuil pour le faubourg Germain!
VANDERLIQUE DE LANDERNEAU
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