‹ La muse au cabaretChapitre 112 sur 139 · ALBUM DE BAISERS · texte numérisé non relu

ALBUM DE BAISERS

La personne invitée frotte ses lèvres de carmin et dépose un baiser sur l'album de Miss Evans.

(Journaux a" outre-mer.)

Oui — me dit monsieur Bertillon, Prince de l'anthropométrie, En fixant sur ma seigneurie Ses petits yeux d'émerillon —

L'invention est assez drôle

De ces empreintes de baiser.

J'ai même cru l'utiliser

Pendant un temps — pour mon contrôle.

Je me disais : c'est à creuser...

— Encore que soit chimérique Tout ce qui nous vient d'Amérique — Qui sait? tel pouce, tel baiser.

Je fis donc, d'après ce système, Un album qui, jusques ici, Ne m'a rien appris. Le voici D'ailleurs; feuilletez-le vous-même.

Tenez... remarquez ce baiser Si joli, de forme si pure.

En sa délicate courbure.

Sans autrement l'analyser,

Vous diriez un baiser de vierge, N'est-ce pas? Eh bien, c'est celui D'un qui, pas plus tard qu'aujourd'hui, Vient d'assassiner son concierge !

Celui-ci n'est-il pas charmant?

Il est appuyé, verveux, tendre ; Pour un peu vous croiriez l'entendre, C'est un vrai baiser de maman ?

Cet autre est comme une églantine, Il est rose, frais, cajoleur, C'est, pour vous, le baiser en fleur, Eclos d'une bouche enfantine?..

Et vous en jureriez? J' t'en fous!

Le premier est d'une crapule, Le second c'est au prostibule Que je le dois. Qu'en pensez-vous ?

Page 1