‹ La muse gauloiseChapitre 10 sur 60 · RONSARD · texte numérisé non relu

RONSARD

Sonnet

Lance au bont d'or, qiii sais et poindre et oindre. De qni jamais la roideiir no cléfant, Qnaird en champ clos, bras à bras, il me faut Toutes les nuits au doux combat me joindre :

Lance vraiment qui ne fus jamais moindre, A ton dernier, qu'à ton premier assaut. De qui le bout, bravement dressé haut.

Est toujours prêt de choquer et de poindre !

Sans toi, le Monde, un chaos se ferait.

Nature manque inhabile serait,

Sans tes combats d'accomplir ses offices.

Donc, si tu es l'instrument de bonheur. Par qui l'on vit, combien à ton honneur. Doit-on de vœux, combien de sacrifices ?

^ ^ % Sonnet

Je te salue, ô vermeillette fente Qui vivement, entre ces flancs reluis ; Je te salue, ô bienheureux pertuis (trou). Qui rends ma vie heureusement contente.

C'est toi qui fais que plus ne me tourmente L'archer volant qui causait mes ennuis. T'ayant tenu seulement quatre nuits. Je sens sa force en moi déjà plus lente.

O petit trou, trou mignard, trou velu, D'un poil follet, mollement crespelu.

Qui, à ton gré, dompte les plus rebelles,

Tous verts galants devraient pour t'honorer,

A beaux genoux, te venir adorer.

Tenant au poing leurs flambantes chandelles.

rr*

Sonnet

Touche de main mignonne, frétillarde.

Sur l'instrument le plus doux en amour. Qui peut chasser le déplaisir toujours, Par un accord d'une façon gaillarde.

Et en usant d'une prise . paillarde, Pince très doux mainte corde à l'entour. En l'animant de quelque gentil tour, Par la vertu de ta voix Babillarde.

Assez, assez pour avoir du plaisir, Pour commencer me tente le désir :

Tiens la mesure, où sur mon c...l fredonne

Les doux accords des accords de là-bas, Ce temps pendant du pouvoir que me donne Le long repos, je fournirai tout bas.

Sonnet

Douce lancette à la couleur vermeille, Dardant parfois la plus prompte vigueur, Qui au toucher met le feu dans le cœur. Assoupissant la vie qui sommeille.

Et qui savoure avecque sa pareille

Le doux friand d'une douce liqueur,

Rafraîchissant la brûlante chaleur.

Du sang bouillant sous l'ardeur non pareille;

Chatouille un peu mon maintien endormi. Te retirant, traversant à demi Dedans le clos de la mienne couchée.

Je te rendrai le semblable plaisir, Qui mettra sus le plus outré désir En attendant la lutte trébuchée.

Sonnet

Amour, je ne me plains de l'oirgueil endurci Ni de la cruauté de ma jeune Lucresse, Ni comme sans secours, languir elle me laisse ; Je me plains de sa main et de son godmichy ;

C'est un gros instrument, qui se fait près d'ici. Dont chaste, elle coirompt toute nuit sa jeunesse Voilà contre l'Amour sa prudente finesse, Voilà comme elle trompe un amoureux souci.

Aussi, pour récompense, xuie haleine puante, Une glaire épaissie entre les draps gluante. Un œil hâve et battu, un teint pâle et défait,

Montrent qu'un faux plaisir toute nuit la possède. Il vaut mieux être Phryne et Lais tout à fait. Que se feindre Portie avec un tel remède.

D'une qui avait les pâles couleurs

En quelle nuit, de ma lance d'ivoire.

Au mousse bout d'un corail languissant, Pourrai-je ouvrir ce bouton languissant, En la saison de la plus grande gloire ?

Quand verserai-je, au bout de ma victoire, Dedans la fleur, le cristal blanchissant. Donnant couleur à son teint pâlissant Sous le plaisir, une longue mémoire ?

Puisse — elle tôt à bonne heure venir Pour m'en graver un joyeux souvenir Tardant si peu de son cours ordinaire.

Qu'elle voulut l'ombre noir qui la suit ; Car de la nuit, le clair jour je puis faire. Et du clair jooir, l'ombreuse noire nuit.

Ode

Tu te moques, jeune ribaude Si j'avais la tête aussi chaude, Que tu es chaude sous ta cotte, Je n'auiais besoin de calotte, Pas plus qu'à ton ventre, il ne faut, De pelisson, tant il est chaud.

Tous les cliarbons ardents Allument là-dedans, Le plus chaud de leur braise.

Un feu couvert en sort Plus fumeux et plus fort Que l'air d'une fournaise.

J'ai la tête froide et gelée

D'avoir ma cervelle écoulée

A ce limonnier, par l'espace

De quatre ans, sans m en savoir grâce

Et lui voulant vaincre le c...

Moi-même, je me sens vaincu.

...Ainsi le fol sapeur Au fondement trompeur D'un boulevard s'arrête, Quand le faix tout soudain Ebranlé de sa main Lui écrase la tête.

Ecoute, tu n'es qu'une sotte De te moquer de ma calotte ; C'est, Bure, afin que ma cervelle

Garde &a chaleur natureUe, Et que mon doublé taffetas La fasse dévaler en bas.

L'estomac mieux en cuit

La viande, et l'enduit

Quand plus chaud il demeure ;

Or la concoction

•Faite en perfection

Rend la santé meilleure.

De là le bon sang prend naissance ;

De là s'engendre la semence

Qui aux reins, plus chaude n'arrête

Tant plus on a chaude la tête

De là, le sperme coule après

Plus blanc, plus chaud et plus épais.

Prend l'un ou l'autre point.

Ou ne te moque point

De me voir en la sorte.

Ou bien te ramentoy (te souviens)

Que pour l'amour de toi

Malgré moi, je la porte.

Folâtrie

Jacquet aime autant sa Robine Qu'une pucelle, sa poupine; Robine aime autant son Jacquet Qu'un amoureux fait son bouquet.

O amourettes doucelettes

O doucelettes amourettes,

O couple d'amis bien heureux,

Ensemble aimés et amoureux.

O Robine, bien fortunée

De s'être, au bon Jacquet, donnée!

O bon Jacquet bien fortuné,

De s'être à Robine donné!

Que ni les cottes violettes,

Les rubans, ni les ceinturettea

Les bracelets, les chaperons,

Les devanteaux, les mancherons,

N'ont eu la puissance d'époindre

Pour maq'reaux ensemble les joindre !

Mais les rivages babillards.

L'oisiveté des prés mignaixls,

Les fontaines argentelettes

Qui entraînent leurs ondelettes.

Par un petit trac mousselet, Du creux d'un antre verdelet,

Les grand's forêts renouvelées.

Le solitaire de^^ vallées Closes d'effroi tout à l'entour Furent causes de tel amour.

En la saison que l'hiver dure Tous deux pour tromper la froidure.

Au pied d'un chêne mi-mangé.

De main tremblante ont arrangé Des chenevottes, des fougères.

Des feuilles de liemblc légères.

Des bûchettes et des brochards.

Et soufflant le feu de deux parts, Chauffaient à fesses accroupies.

Le clair dégoût de leurs roupies.

Après qu'ils furent un petit Désengourdis, lui appétit Se vint ruer dans la poitrine Et de Jacquet et de Robine.

Robine tira de son sein Un gros qiùgnon buret de pain, Qu'elle avait fait de pure avoine Pour tout le long de la semaine.

Et le trempant au jus des aiilx, Et dans le brouet des poiieaux, De l'autre côté reculée, Mangeait à part son éculée.

D'autre côté Jacquet épris D'une faim merveilleuse, a pris Du ventre de sa panetière.

Une galette tout entière.

Cuite sur les charbons du four.

Et blanche de sel tout autour, Que Guillemine, sa marraine Lui avait donné .pour étrenne.

Comme il repaissait, il a vu Guignant par le travers du feu, De sa Robine recoursée (retroussée) La grosse motte retroussée Et son petit c... barbelu D'un or jaunement crépelu Dont le fond semblait une rose Non encor à demi éclose.

Robine aussi, d'une autre part, De Jacquet guignait le tribart Qui lui pendait entre les jambes.

Plus rouge que les rouges flambes,

Qu'elle attisait soigneusement.

Après avoir vu longuement,

Ce membre gros et renfrogné,

Robine ne l'a dédaigné,

Mais en levant un peu la tête,

A Jacquet fit cette requête :

« Jacquet, dit-elle, que j'aime mieux

Ni que mon cœur, ni que mes yeux

Si tu n'aimes mieux ta galette,

Que ta mignarde Robinette,

Je te pri , Jacquet, baise-moi.

Et mets le grand pieu que je vois

Dedans le rond de ma fossette !

— Hélas, dit Jacquet, ma doucette.

Si plus cher ne t'est Ion grignon (aliment)

Que moi, Jacquinot, ton mignon.

Approche-toi, mignardelette,

Doucelette, paillardelette.

Mon pain, ma faim, mon appétit,

Pour mieux te baiser un petit. »

A peine eut dit, qu'elle s'approche

Et le bon Jacquet qui l'embroche

Fit trépigner tous les sylvains

Du dru maniement de ses reins.

Les boucs barbus qui l'aguetèrent (virent)

Paillards, sur les chèvres montèrent

Et c^, Jacquet contr'aguignant,

Allaient à l'envi trépignant.

O bien heureuses amourettes O amourettes doucelettes, O couple d'amants bien heureux.

Ensemble aimés et amoureux î O Robine bien fortunée

De s'être au bon Jacquet donnée, O bon Jacquet bien fortuné, De s'être à Robine donné !

O doucelettes amourettes O amourettes doucelettes.

Ode

Contente-toi d'un point.

Tu es, je n'en mens point, Trop cBaude, à la curée.

Un coup suffit la nuit :

L'ordinaire qui suit Est toujours de durée.

De reins faibles je suis ; Relever je ne puis; Un cheval de bon être Qui, du niontoir se plait, Sans un nouveau surcroît, Porte toujours son maître.

Le nombre plus parfait Du premier un se fait Qui par soi se compose.

La très simple unité Loin de pluralité Conserve toute cho«e...

Le inonde sans pareil Ne porte qu'un soleil Qu'une mer, qu'une terre, Qu'une eau, qu'un ciel ardent Le nombre discordant Est cause de la guerre.

Ma mignonne, crois-moi.

Mon cas n'est pas mon doiyl :

Quand je puis, il me dresse.

Tant de fois pigeonner Enconner, renconner Ce sont tours de jeunesse.

Mon cheveu blanchissant De mon v... va chassant La force et le courage.

L'hiver n'est point l'été.

J'ai autrefois été.

Tu seras de mon âge.

Hier tu me bravas Couchée entre mes bras; Je te confesse, Bure, J'eusse été bien marri, Au règne de Henri D'endurer telle injure.

Lorsqu'au printemps le sang M'échauffait tout le flanc A gagner la victoire.

Bien dispos, je rompais Huit ou dix fois mon bois :

Maintenant il faut boire.

Ne ressemble au goulu, Qui son bien dissolu, Tout à la fois consomme ; Cil qui prend peu à peu L'argent qui lui est dû, Ne perd toute la somme.

Sois donc saoule de peu.

De peu l'homme est repu ; Celui qui sans mesitre Le fait et le refait.

Ménager il ne sait, Le meilleur de nature :

Au lieu que l'inconstant Jouvenceau le fait tant Trop chaud à la bataille, Demeurons plus longtemps Qu'un de nos passe-temps Quatre des auîres vaille !

Il faut se reposef-.

Se tâter, se baiser, D'un accord amiable, Faire trêves et paix Souvent les petits mets Font durer une table.

Ne fronce le sourcil, Si tu le veux ainsi.

Bure, tu es servie.

Je veux sans ni'abaser.

En me jouant user.

Et non perdre la vie.

Folâtrie

En cependant que la jeunesse, D'une trémoussante souplesse, Et de maniements frétillards, Agitait les rognons paillards De Catin, à gaucîie et à droite, Jamais ni à clerc, ni à prêtre Moine, chanoine ou coi-delier N'a refusé son râtelier.

Car le métier de l'un sus l'autre.

Où l'un dessus l'autre se vautre, Lui plaisait tant qu'en remuant.

En haletant et en suant, Tel bouc sortait de ses aisselles.

Et tel parfum de ses mamelles.

Qu'un mont Liban ensafrané En eut été bien embrené.

Cette Catin, en sa jeunesse, Fut si naïve de siniplesse.

Qu'autant le pauvre lui plaisait Comme le riche, et ne faisait Le soubresaut pour l'avarice.

Mais eir disait que c'était vice De prendre chaîne ou diamant De pauvre ni de riche amant, Pourvu qu'il servit bien en chambre Et qu'il eut plus «l'un pié de membre.

Autant le beau comme le laid.

Et le maîbe que le valet.

Etaient reçus de la doucette, A la lutte de la fossette ; Et si bien les ressecouait, Les repoussait et reniouvait, De mainte paillarde venue, Qu'après, la lièvre continue Ne faillait point de les saisir.

Pour paiement d'avoir fait plaisir A Catin, non jamais soiilée De tuer, pour être foulée.

Et qui de tourdions a mis Au tombeau ses plus grands amie.

Mais quoi, il n'est rien que l'année Ne change en une matinée; Catin, que le brelan tenait Au premier joueur qui venait, Or, se voyant décolorée, Comme une image dédorée.

Se voyant dehors et dedans, Chancreuses et noires les dents, Se voyant ridée la niammelle, Comme un Escouille de Cybèle, Se voyant grisons les cheveux.

L'oeil chassieux, le nez morveux.

Et par ses deux conduits, soufflante A bas une haleine puante, Elle changea de volonté.

Et son premier train, effronté Par ne sait quelle frénésie A couvert d'une hypocrisie.

Maintenant dès le plus matin Le sacristain ouvre à Catin

Le petit guichet de l'église ; Et pour mieux voiler sa feijnîise, Dedans un coin va marmottant Rebarbotant, rebigotant Jusqu'au soir que le curé sonne Le oouvre-fcu, puis cette bonne, Bonne putain, va pas à pas, Pieusement le nez tout bas, Triste, pensive et solitaire.

Entre les croix du cimetière.

Et là, se vautrant sur les corps, Appelle les ombres des morts ; Ores s'élevant toute droile.

Ou sur une fosse étroite.

Se tapissant comme un fouin (fouine) Contrefait quelque inilouin (flatteur), D'un drap mortuaire voilée.

Tant qu'elle et la nuit étoiléc Ayant fait peur au plus hardi Qui passant là, le mercredi Vient de la Chartrc ou de la foire De Lavardjn ou de Montoire.

Et toutefois cette insensée Ayant banni de sa pensée Le souvenir d'avoir été L'exemple de méchanceté, Ose bien prêcher ma pucelle.

Pour la convertir ainsi qu'elle A mille bigota lions, Dont elle a mille inventions.

« Eh quoi, dit-elle, ma mignoniae,

Ce n'est pas une chose bonne,

D'aimer ainsi les jouvenceaux;

Amour est un gouffre <le maux.

Amour affole le plus sage,

Amour n'est, sinon qu'une rage.

Amour aveugle les raisons,

Amour renverse les maisons.

Amour honnit la renommée.

Amour n'est rien qu'une fumée.

Qui par l'air en vent se répand.

Toujours d'aimer on se repent.

Fuyez les banquets et les danses,

Les chaînes d'or, les grands bombances,

Les bagues et les grands atours :

Pour avoir suivi les amours,

Les saints n'ont pas sauvé leur âme. »

Ainsi Catin, la bonne dame.

Maintenant miroir de tout bien,

Prêcha dernièrement si bien

La jeune raison de m' amie,

Qu'en bigote l'a convertie.

Si qu'or, quand baiser je la veux

Elle me tire les cheveux;

Si je veux tâter sa cuissette

Ou fesser sa fesse grossette

Ou si je mets la main dedans

Ses tétons, elle, à coup de dents

Me déchire tout le visage.

Comme un singe, ému contre un page.

Puis elle me dit en coiuroux :

« Si autrefois avecque vous,

Brabandonnant, j'ai fait la foDe, Je ne veux plus que l'on m'acolle ; Pour ce, osiez votre main d'à bas, Catin m'a dit qu'il ne faut pas, Que charnellement ou ine toviche.

Hola ! ma cousine, il me couche, Ha, ha, laissez, laissez, laissez Bran ! Pour néant, vous me pressez.

Bran, j'aimerais mieux être morte.

Que vous m'eussiez de telle sorte; Otez-vous doncques, aussi bien Merci Dieu, vous ne gagnez rien.

Ma cuisse en biais accoutrée Vous défendra toujours l'entrée Et plus les bras vous m'entorsez, Et plus en vain vous efforcez ! »

Ainsi depuis une semaine La longue roideur de ma veine Pour néant, rouge et bien en point.

Bat ma chemise et mon pourpoint Qu'à cent diables soit la prêtresse Qui a bigotté ma maîtresse.

Sus donc, pour venger mon émoi.

Sus, ïambes, secourez-moi.

Venez, ïambes, sur la tête.

De ce lutin, de cette bête, Qui ores femme n'étant plus.

Mais ombre d'un tombeau reclus.

Misérablement porte envie Aux doux passe-temps de ma vie Oue Dieu me faisait devenir.

Et si ne veut se souvenir.

Qu'en cependant que la jeunesse,

D'une trémoussante souplesse

Et <le maniements trétillards,

Agitait ses rognons paillards,

Ores à gauche, ores à dexlre (<Iroite)

Jamais ni à clerc, ni à prêtre,

Moine, chanoine, ou Cordelier

N'a refusé sou râtelier.

Epigramme d'une courtisane à Vénus

Si je puis ma jeunesse folle, Hantant les boi-dels, garantir De ne pouvoir jamais sentir Ni poulains, chancre, ni vérole,

O Vénus, de Bacchus compagne, A toi je promets en mes vœux Mon éponge, et mes faux cheveux, Mon fard, mon miroir, mon peigne.

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