MELLIN DE SAINT GELAIS
Epigramme
Toute femme est importune et nuisante, Et seulement en deux temps est plaisante Le premier est de ses noces la nuit, Et le second quand on l'ensevelit.
Epigramme
Un jeune amant près sa dame soupait, Le nerf tendu trop mieux que l'appétit. Advint que comm' du pain elle coupait Dessus lui chut (tomba) son coutelet petit. Lequel cherchant sur lui, elle sentit Un br...niard de plus longue allimieîle, Dont si soudain ses bras tira vers elle, Que le maii, lui pre^jant sa main blanche, Lui dit : « M'amie, il pique fort et tranche ; Saignez-vous point ? — N'ayez peur, dit la belle, Non, mon ami, je l'ai pris par le manche. »
Epigramme
Un jour qiie n^.adame dormait, Monsieui* br..lail sa chambrière ; Et elle, qui la >(lanse aimait, Remuait des mieux le derrière.
Enfin, la garce toute fière, Lui dit : « Monsieur, par votre foi.
Qui le fait mieux, madame ou moi 'i
— C'est toi, dit-il, sans contredit.
— Saint-Jean, dit-elle, je le crois. Car tout le monde me le dit! »
Demande d'une jeune épousée
Une jeune belle épousée
Etait l'autre jour en devis
Avecque une vieille rusée.
Si lui dit : « Dame, à votre avis,
Les hommes sont-ils si ravis.
Quand ils le font, et ont-ils bien.
Tant comme noTis, d'aise et de bien?
— Tant, ma tnie, lépondit-elle,
La douceur cpi'ils sentent est telle Que le nôtre, auprès, n'est que vent.
— Je m'ébahis donc, dit la belle.
Qu'ils n'y retournent plus souvent. »
Rondeau sur la dispute des v.
par quatre dames
La nuit passée, une dame -discrète, Ayant couché en part assez secrète, A autres trois demanda par devis De cpielle taille étaient les meilleurs v...
ce Tous V... sont hons, répond une maigrette
— Les longs, dit l'autre, aiment trop la retraite. Un V... moyen fait bien meilleure traite
Je le sais bien, et je m'en assouvis La nuit. »
La tierce dit: « Ne faites pas l'étroite. Le grand et gros a l'atteinte plus droite.
— Lors, dit la dame, après tous vos devis Quand la femme aime et a les sens ravis Un V... d'ami la contente et bien traite
La nuit. »
^ ^ ^ Le désir des belles
Estimez-vous que les plus belles Aiment les teints si délicats ?
Les brmis ont plus de faveurs d'elles.
Car souvent ils font mieux leur cas.
Et comme les bons avo<cat8
Ne cherchent point le meilleur droit, Mais ceux qui ont plus de ducats, Ainsi femmes, en leur endroit Cherchent qui leur plante plus droit Le mai (v,..) et mieux paye la rente. Un heau fils là se morfondrait S'il n'a d'ailleurs qui les contente.
Randeau
Comme un cheval se polit à l'étrille,
Et comme on voit un hareng, sur la grille,
Se revenir, et un chapon en mue.
Ainsi j'engraisse et ma couleur se mue
Quand ma mignonne avecque moi babille.
Et s'il advient qu'elle se déshabille, Montrant un sein aussi rond qu'une bille, J'ai un poulain qui se d'resse et remue. Comme un cheval.
Je lui hennis, je l'embrasse et la pille, Et le lui montre aussi droit qu'une quille. Le museau gros comme un bout de massue; Le cœur m'en bat, et le front lui en sue. Puis, quand c'est fait, au pas, au trot, je drjUe Connue un cheval.
Folie aux hôteliers
Hôteliers, vos hôtes passants
De ces droits-ci sont jouissant s :
Ils peuvent en toute saison
Besogner en votre maison
Par prix ou par douces prières
Vos filles et vos chambrières.
Ils ont droit, sans vous offenser,
Ne trouvant le pot à pisser,
En sa place déterminée.
De pisser à la cheminée.
Un temps fut, que sans grand respect
On lâchait à table le pet,
Et le rot, et y fut le pape.
Et qu'on se mouchait à la nappe;
Et soûlaient (avaient coutume) les plus paresseux
Se torcher le cul aux linceuls (draps).
Aujourd'hui on est plus honnête.
Toutefois je vous admoneste.
Afin que mieux vous y pensez,
Qu'aucuns s'en tiennent dispensés.
Tant de droit humain que divin
Quand vous leur donnez mauvais vin.