MATER DOLOROSA
« Dans le sublime orgueil d'avoir porté mon Dieu Berçant le souvenir de sa perte éphémère, J'eusse marché, sans pleurs, parmi le peuple hébreu. Mais je n'ai pu noyer mon désespoir de mère Dans le sublime orgueil d'avoir porté mon Dieu î
ce — O Christ, tout rayonnant de ta gloire éternelle, Je pourrai t'adorer et te parler encor; Tu viendras éblouir ma chétive prunelle, Auréolé d'argent, d'azur, de pourpre et d'or, Ruisselant des rayons de ta gloire éternelle ;
« Mais ce n'est point ainsi que moi, je t'ai connu: Ah! les temps fortunés où, dans la pauvre étable. Tu sommeillais, riant, rose, débile et nu! Je te reverrai grand, auguste et redoutable... Mais ce n'est point ainsi que moi, je t'ai connu!
68 LAMUSENOIRE
a Dans le linceul neigeux du marbre ensevelie. Ta dépouille restait, — fidèle à ma douleur; Je pouvais incliner ma figure pâlie Sur ta chair lacérée, ô mon fils! — ô Seigneur!... Sur ta chair, au linceul du marbre ensevelie.
« Mais tu t'es envolé dans la splendeur des cieux : L'abîme est insondable où sombra ce que j'aime! Tu vagues dans l'éther, — subtil et radieux; — Ton pauvre corps meurtri ne me reste plus même, Car tu t'es envolé dans la splendeur des cieux!
« Je ne puis même plus sangloter sur ta tombe, Puisqu'elle est vide, ô Dieu que j'ai cru mon enfant! Jésus, pardonne au cœur maternel qui succombe De se désespérer, quand ta loi le défend... Je ne puis même plus sangloter sur ta tombe ! »
Juin 1885.
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Lequel vaut mieux, Seigneur?
^u % T. le Génissel.
O moines, pleins d'ardeur, l'extase dans les yeux, Vous buvez à longs traits, heureux sous le cilice, La Science en un livre, et Dieu dans un calice, — Des célestes Beautés amants mystérieux !
Quant à nous, nous errons, sombres et soucieux, Des saintes cruautés ignorant le délice; Nous errons à travers le Crime et la Malice : Notre cœur dégoûté reste silencieux !
Le vôtre rit et chante — et vos joyeux cantiques De leurs sons délirants font trembler vos portiques ! Le ciel s'ouvre, splendide, à vos yeux éblouis,
Séraphins noirs; de Dieu vous chantez la louange!... — Nous pleurons nos plaisirs si vite évanouis, Embourbés dans le spleen et vautrés dans la fange !
Octobre 1880.
Les Taroles d'tui Maudit
kA Charles 'Ddacour.
S'il est vrai, Dieu puissant, ô toi que j'adorai, Qu'en paradis, où dort ta muette indolence, Tu te laisses bercer au soupir qui s'élance De mon corps maladif et de mon cœur navré;
O vieux sphinx impassible, ô vieux juge abhorré, Qui, peseur scrupuleux à la fausse balance, Peux me sauver d'un mot — et gardes le silence. Moi, putrescible atome, oui, je t'insulterai!
Avant que de rouler à l'éternité d'ombre
Où doit rôtir ma chair dans le grand brasier sombre,
Les poings crispés au ciel, je hurlerai trois fois :
— « Monstre, sois anathéme! » — Et ma Rancœur sublime Montera, mariée aux foudres de ma voix. Comme un encens de haine exhalé de mon crime!
Quant à toi, Lucifer, astre tombé des cieux. Splendeur intelligente aux ténèbres jetée, Ange qui portes haut ta colère indomptée. Et gonfles tous les seins de cris séditieux; .
Par toi seul, j'ai connu le mépris oubHeux
Du Seigneur, et de sa puissance détestée;
J'ai ressenti — sceptique et railleur, presque athée
Les plaisirs inouïs de l'amour radieux !