‹ La muse noireChapitre 18 sur 26 · PREMIERS SOLEILS III · texte numérisé non relu

PREMIERS SOLEILS III

« Et toi, pauvre malade, — et toi que l'âge brise, Si ta tête fermente aux souffles d'autrefois. Si bondit ta poitrine aux parfums de la brise. Retrempe ta santé dans la sève des bois !

« Je suis le Rayon d'or, messager de la joie ! Aux pauvres, aux frileux, je dis : l'hiver se meurt! Aux vieux cœurs délabrés je viens crier : Montjoie! Où je passe, j'éveille une exquise rumeur.

« Je console et guéris : — sur tous les misérables Ma bouche de lumière est prête à se poser; Mais il est, sous le ciel, des êtres incurables, Si glacés que leur front ne sent plus mon baiser ! »

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IL t'aimait tant jadis ! Il est sûr aujourd'hui Que tu le trompes. — L'astre épouvantable a lui, Qui, versant à grands flots sa lueur abhorrée Sur le front du rival, — sur ta bouche adorée, Fait voir que cette bouche à ce front souriait. Ton amant te maudit, toi qu'il déifiait, O femme, belle encor sous le fard de la honte ! Que lui font tes sanglots ? et la rougeur qui monte

A ta face ? et les pleurs qui baignent tes grands 3' eux ? Tu l'as trompé. — Debout, hagard, silencieux. Il est là, se disant : — « Faut-il que je la tue?... » A l'attendrir, en vain ton remords s'évertue.

Mais ta lèvre parjure a frémi doucement, Et tu chantes : ta voix craintive, ô talisman ! Entonne l'air très vieux que tu chantais, la Belle, Alors qu'à son amour tu te montrais rebelle ; Alors qu'il suppliait, et que tu disais : Non. Tout le passé surgit de Tabîme, Ninon : Aux sons mélodieux de tes chants, il se mêle Le doux balbutiement du désir qui s'épelle. Et la chaude saveur du baiser dérobé.

Et l'arôme de l'herbe où ton corps est tombé. Et — sous le ciel d'azur limpide et magnifique — Ton cri d'amour, montant comme un large cantique! O femme ! ta voix vibre aux souffles d'autrefois, Et ton amant écoute... et tressaille à ta voix! Il semble que, soudain, ta candeur retrouvée. Ainsi qu'une eau lustrale, à ses yeux t'ait lavée; Ses yeux disent, baignés de tendresse et d'émoi : Je te pardonne... reste. Oh! demeure avec moi!

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