NIHILISME
Et la Force toujours vivront!...
L'Éternité de l'Éphémère
Jette un crêpe noir sur mon front
Je maudis la Nature-Mére !
Janvier 1883.
V Enfer du Cœur
tA un pauvre Fou.
COMME l'enfer chrétien, vaste océan de flammes, Où — dit-on — les Orgueils, les Vices libertins, Le Schisme, l'Hérésie et les Crimes infâmes.
Incarnés dans les Faust et dans les Arétins,
Se convulsent, — ton cœur est plein de spectres blêmes.
De damnés clabaudant et d'affreux diablotins.
Là germent les Fureurs; là hurlent les Blasphèmes;
Là croupissent les Deuils avec les Désespoirs ;
Là — tels des scorpions se poignardant eux-mêmes —
Eux-mêmes les Remords griffent leurs membres noirs;
Là règne une Terreur de l'abîme venue;
Là rampent les Instincts dans de sombres couloirs.
Et tout cela, brûlé d'une flamme inconnue, Se lamente et vagit, pêle-mêle entassé; Sans pudeur étalant votre chair toute nue,
Vous habitez ce cœur, fantômes du passé : Amitiés que l'on trompe et Serments qu'on renie, Et Relents d'un amour par le dédain blessé !
Dieu — dit-on — soucieux d'aiguiser l'agonie Dont vivent les damnés sans espoir de trépas, Leur ravit la lumière, en sa haine infinie.
Un brasier ténébreux dont l'homme est le repas. Tel est l'enfer chrétien. — Ton cœur est de la sorte; Le feu qui le rôtit ne l'illumine pas :
Ta Douleur vit toujours, — mais ta Raison est morte!
Décembre 1881.
La Mort
SOITRIKE OU RICTUS?
tA Emile DrCichelet.
LE calme Sourire des morts Charme étrangement ma prunelle.
Ainsi, dans la nuit éternelle Nous nous endormons sans remords !
Ah! ce n'est plus nous que tu mords.
Souffrance, à l'heure solennelle!...
Le calme Sourire des morts Charme étrangement ma prunelle.
L'Ange Fatal nous touche. — Alors, Sur notre lèvre criminelle, (Menteuse jadis, ou charnelle), Tu te poses et tu t'endors, O calme Sourire des morts !
La Mort douce et sereine — étrange statuaire ■ Décuple les attraits de l'humaine Beauté, En la pétrifiant dans l'immobiUté, Sous les plis réguliers et pâles du suaire.
Splendeur marmoréenne, éclose au sanctuaire Funèbre, — sous le doigt de la Nécessité, Tu ne fleuriras pas pour l'immortalité : Quand sera consumé le cierge mortuaire,
Tu te seras éteinte : un secret mouvement, Invisible, mais sûr, travaille incessamment Jusqu'en ses profondeurs, le cadavre immobile,
Qui, petit à petit, prend un masque attristé.
Car la Laideur, vers lui, rampe comme un reptile.
Et trônera bientôt où trônait la Beauté.
Le lugubre Rictus des morts Hante sans pitié ma prunelle.
Au sein de la nuit éternelle.
Traînons-nous en croupe un remords?
Souffrance, est-ce que tu nous mords, Quand sonne l'heure solennelle?...
Le lugubre Rictus des morts Hante sans pitié ma prunelle.
Le cheval rit, mâchant son mors :
Rire affreux que sa dent crénelle !..
— O ressemblance fraternelle Avec nos traits, quand tu les tords, Formidable Rictus des morts !
Avril 1883.
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kA lin Toète épicurien
CEUX-LA, je les admire, Qui, tout fleurant la myrrhe, De pampres couronnés, — Sont étonnés
De voir qu'un homme pleure, Quand, pour lui, sonne l'heure D'abandonner aux vers Ses flancs ouverts.
O mon très doux poète, Dont la lyre interprète Horace, — ce vaurien Épicurien, —
Tu dis : « — Telle une rose A la bise morose Mon Être, qui pliera, S'effeuillera!... »
Je t'admire et t'envie :
Tu chantes à la vie Un adieu si riant.
Insouciant!
O destin plein de charme !
Tomber sans une larme, Et perdre sa couleur Comme une fleur!
Dans la tombe, à t'entendre, Tout gai, tu vas t'étendre Pour l'éternelle nuit, — Et, sans ennui,