INDECISION
O Nuits d'cbéne, et vous, Jours d'or, je vous évoque! Comme vous surgissez de l'abîme, à ma voix! Fantômes de tout lieu, spectres de toute époque.
Au hasard, pêle-mêle enlacés, je vous vois. Sous le soleil qui flambe, ou sous la lune pâle, Danser, en fredonnant les chansons d'autrefois !
Suis-je vieux? Sur ma joue est-il des tons de hâle?...
Je ne sais trop, étant très heureux — et navré,
Si mon cœur bat plus vite, — ou si ma gorge râle!
— Tout en riant, parfois, n'avez-vous pas pleuré ?
— N'était-elle pas belle et laide, la Chimère ?
— Tel vin laisse-t-il pas au palais enfiévré
Une étrange saveur, très douce — et très amére ?
Avril 1885.
La petite Mendiante
^ fAlhert ,Allend.
C'était un jour de juin étincelant et clair. Un murmure indécis sortait de toute chose, Et le léger parfum de l'églantine rose Et du troène blanc flottait, diffus dans l'air.
J'étais au bois — divine école d'esthétique. — Mon âme bondissait et mon œil regardait. Et, le Monde chantant son éternel cantique, Mon cœur, comme un intime écho, lui répondait.
Les grands chênes, au vent, redoublaient d'harmonie; Le ciel, ruisselant d'or, d'argent et de saphir, Pleuvait dans les sapins, sous l'émoi du zéphyr. Et le sol fourmillait de lumière. — O Génie
Universel, ô Pan ! Sur la rive des mers Le cri qui résonna fut un affreux blasphème, Quand le nautonier grec, frappé de stupeur, blême. Entendit une voix jaillir des flots amers :
<( Pan, le dieu Pan est mort! » — Il palpite, il respire Dans la terre et le ciel : jamais il ne mourra ! Sa voix, sa grande voix toujours retentira Dans l'onde qui mugit, dans le vent qui soupire !
Gloire à Pan ! C'est de lui qu'émane l'Art sacré!
C'est lui que nous chantons, quand nos chants sont sublimes
C'est lui qu'il faut sertir en gemme, dans nos Rimes...
— (f Un sou, Monsieur! J'ai faim, et j'ai beaucoup pleuré. »
Un enfant, à mes pieds, faisait cette prière. D'une timide voix, navrante de douceur.
D'une charmante voix, à déchirer le cœur. Dans le ciel de midi bondissait la lumière.