LA PETITE MENDIANTE
J'arrachai mon regard du ciel illimité.
Et, devant moi, je vis une petite fille
En haillons, cheveux courts, errante et sans famille,
Qui me tendait la main avec humilité.
Comme tout mendiant qu'on chasse et qu'on bafoue, Elle avait l'œil craintif, et scrutateur, et prompt. Les précoces soucis avaient ridé son front; La faim habituelle avait creusé sa ioue.
Sur son mince visage, encadré de cheveux Très blonds, — sur son visage où l'angoisse était peinte, La Grâce souveraine avait mis son empreinte. Encore que mignons, ses traits étaient nerveux.
— Pauvre chétive enfant ! Pâle blonde qui vagues, Toute seule, écorchant aux ronces tes pieds nus. Et parcours en pleurant les sentiers inconnus, Au gré de tes instincts irréfléchis et vagues^!
Toi qui n'as même pas une hutte de bois Où reposer ton corps frileux et diaphane, Ton beau front qu'en janvier Tâpre bise profane, Ton front par le mépris souffleté tant de fois !
Sans doute, tu naquis d'une amour éphémère, D'un rapide baiser, éclos dans les blés mûrs, Où deux noirs vagabonds, joignant leurs sorts obscurs, Obéissaient aux lois de la Nature-Mére ;
Et, quand tu vis le jour, ton corps frêle et rosé Subit les hivers froids et les étés torrides. — Ton visage, où déjà se dessinent des rides. Ta mère, pauvre enfant, ne l'a jamais baisé!...
Que vas-tu devenir, petite abandonnée, Dans le monde méchant, railleur, obscène et dur? Ton cœur sera souillé, lui si doux... lui si pur... O ma mignonne sœur, pourquoi donc es-tu née?
Regarde l'avenir. Quel sinistre horizon ! Ah! maudis tes parents! Ils ne t'ont pas tuée : Pour toi, dans quelques jours, s'ouvrira la prison, Et tu seras, plus tard, une prostituée !