ORIGINE DE LA MUSIQUE
Leurs travaux à ce sujet ont eu pour but, ainsi qu'ils le disent eux-mêmes, d'expliquer par (h s moyens naturels ce que l'on s'était contenté jusq à présent d'admettre d'après la tradition. Les muts de révélation, d'ordre surnaturel, choquant trop la délicatesse de leur orgueil, voyons ce dont ils ont été obligés de se contenter. L'abbé de Condillac, qui, lui aussi, comme il en convient, avait voulu se rendre compte de l'origine de la musique par des moyens conformes à sa raison, avait dit : « Dans l'origine des langues, la prosodie étant fort variée, toutes les inflexions de la voix lui étaient naturelles. Le hasard ne pouvait donc manquer d'y amener quelquefois des passages dont l'oreille était flattée. On les remarqua, et l'on se fit une habitude de les répéter; telle est la première idée que l'on eut de l'harmonie '. d
Ainsi voilà une explication fondée sur le hasard.
M. Fétis nous dit à son tour : « Malgré sa capacité relative, l'esprit humain a des bornes telles que l'idée de l'infini n'y entre qu'avec effort. On veut trouver un commencement à toutes choses, et, dans les idées vulgaires, la musique doit avoir une origine comme toutes nos connaissances. La Genèse ni les poètes de l'antiquité profane ne parlent pas des inventeurs de cet art; seulement on y voit les noms de ceux qui ont fait les premiers instruments : Jubal, Mercure, Apollon et d'autres. On pense bien que cest la Genèse que Je crois sur cet objet comme sur d'autres plus importants ; mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit.
« Quant à l'origine de la musique, chacun Va arran-
1 Essaij t. I^'", 2' part , 2« sec'., p. 317, édition de 1798.
2i DÉFINITION VRAIE.
gée à sa fantaisie; toutefois, l'opinion qui la place dans le chant des oiseaux a prévalu. 11 faut avouer que c'est là une idée bizarre, et que c'est avoir une idée bien singulière de l'homme que de lui faire trouver l'une de ses plus vives jouissances dans l'imitation du langage de certains animaux. Non, non, il n'en est point ainsi. »
A la bonne heure! au nom de la dignité de l'homme, vous repoussez toute assimilation entre l'homme et les animaux. Mais avez -vous bien réfléchi à la nature des conditions dans lesquelles l'homme se trouve placé lorsque, écartant toute cause surnaturelle, vous recherchez l'origine de la musique et des arts dans des phénomènes purement matériels? Cette origine de la musique , chacun Va arrangée à sa fantaisie. Voyons donc quelle est sur ce point la fantaisie de M. Fétis : (t L'homme chante comme il parle... » Jusqu'ici tout est bien : l'homme a j^eçu le chant comme il a reçu la parole , et la parole avec le chant. Malheureusement c'est de l'homme sauvage qu'il est question. Remarquez bien : « L'homme chante, comme il parle, comme il se meut , comme il dort , par suite de la conformation de ses organes et de la disposition de son âme. Cela est si vrai , que les peuples les plus sauvages et les plus isolés de toute communication avaient une musique quelconque quand on les a découverts, lors même que la rigueur du climat ne permettait point aux oiseaux de vivre dans le pays ou d'y chanter. La musique n'est, dans son origine, composée que de cris de joie ou de gémissements douloureux ; à mesure que les hommes se civilisent , leur chant se perfectionne ; et ce (jui, d'abord, n'était qu'un accent par-sionné, finit par