LA MUSIQUE RELIGIEUSE ET LES ESPRITS IRRÉLIGIEUX
conscience, mais qui ne vont pas jusqu'à entraîner la conviction, ne réveillent dans l'esprit que l'idée d'une forme d'art également vague et indécise qu'on a peine à ramener à un genre défini et à ranger sous les lois d'une théorie incontestable.
Serions-nous donc , après tant d'années, réduits au rôle de ces docteurs d'Allemagne qui furent convoqués pour opiner sur la dent d'or de cet enfant de Silésie dont parle M. de Fontenelle? Serait-ce qu'après tant de savantes dissertations nous unirions par nous apercevoir que la dent n'était pas d'or, et que la musique religieuse n'existe pas? Je ne veux pas me prononcer; mais en voyant de combien de manières diverses les musiciens, les artistes, et les plus sérieux, comprennent la musique religieuse, autant vaudrait-il conclure à une négation absolue.
Les discussions auxquelles on s'est livré sur celte matière depuis un quart dt siècle n'ont eu guère d'autre résultat que de montrer que chacun définit la musique religieuse conformément à la manière dont il définit le sentiment religieux.
Pour ceux qui admettent un dogme, une doctrine divinement établie et obligatoire, par conséquent un culte extérieur, où tout ce qui a rapport à la prière, à l'invo- *cation, est réglé par une discipline spéciale, il n'y a pas d'incertitude : la musique religieuse existe, c'est le plain-chant, le chant grégorien, et, au-dessous du plainchant, ce style musical qui n'est pas le plain-chant, qui n'est pas l'art séculier non plus, mais qui participe des deux, mais qui, issu de l'Église, s'y maintient avec des formes diverses qui se modifient selon les époques.
Pour ceux, au contraire, qui rejettent le dogme chré-
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tien, par conséquent le culte, la liturgie, comme choses surannées, la musique religieuse qu'est-elle et que peutelle être? Un seul répondra pour tous : «L'esprit bumain a quitté pour toujours la foi naïve des temps primitifs. Nous ne sommes plus dévots; mais nous avons la religion de l'intelligence ( les mots soulignés le sont dans l'original) qui, remontant la chaîne des causes secondes, va s'incliner devant la cause suprême. Les arts ont participé à ce mouvement, et un club de sacristains n'arrêtera pas leur marche victorieuse. »
Je n'ai pas besoin d'avertir que de profonds dissentiments me séparent de celui qui a écrit ces lignes; toutefois, je rAonnais volontiers qu'il n'est nullement un contempteur des traditions musicales; c'est un écrivain de savoir, un critique sérieux. Pour mon compte, je le remercie de sa franchise. Je ne connais rien de plus propre à la manifestation de la vérité que cette manière d'exposer ses opinions.
Il est inutile de le demander : aux yeux de M. Scudo, le plain-chant n'est plus de la musique religieuse; c'est uue lettre morte, un non-sens à l'époque actuelle; c'est de l'archéologie. La vraie musique religieuse est une musique non en rapport avec la religion chrétienne, mais en rapport avec la religion de V intelligence. Or, cette musique religieuse dont parle l'écrivain est tout justement celle sur laquelle il est impossible de se mettre d'accord. Qui l'a définie? où est- elle? J'accorde que, en dehors de tout dogme, de toute croyance, on puisse éprouver le sentiment religieux, puisque, en dehors de toute croyance positive, on peut croire en un être souverainement bon, tout-puissant, infini. Mais ce sou liment religieux est autre pour le spiri-