‹ La musique à l'égliseChapitre 30 sur 75 · ET LKS ESPRITS IRRÉLIGIEUX · texte numérisé non relu

ET LKS ESPRITS IRRÉLIGIEUX

tualisle, pour l'esprit mystique, et autre pour l'adorateur de la forme, pour le partisan des jouissances des sens. On peut aller loin dans l'interprétation d'un sentiment aussi vague.

Toutefois, M. Scudo n'hésite pas à faire remonter à Palestrina la véritable musique religieuse : « Au seizième siècle, dit-il, s'épanouit la véritable musique religieuse dont Palestrina est le créateur; elle se modifie ensuite au dix-septième siècle par l'avènement de la dissonance naturelle, qui est au langage musical ce que les couleurs du prisme sont à la peinture; et puis elle va s'enrichissant successivement de toutes les conquêtes de l'art, et d-^vient, entre les mains des Carissimi, des Scarlatti, des Pergolèse, des Jomelli, des Marcello, des Hœndel et des Mozart, la manifestation la plus admirable de l'esprit divin illuminant le cœur de l'homme. »

Je ne sais pourquoi l'auteur s'arrête en si beau chemin , et pour quelle raison il n'ajoute pas à cette liste les noms de Haydn, de Beethoven, de Cherubini, de Lesueur, de Rossini lui-même, qui a écrit un Stabat, et de tant d'autres auteurs de messes, de motets, etc. Est-ce que quelques-uns de ces compositeurs auraient dépassé les limites que le critique assigne à la véritable musique religieuse? En ce cas, il était de la plus haute importance de nous faire connaître ces limites, de fixer le point précis où la musique religieuse finit, et où commence la musique mondaine. Quant aux auteurs que je viens de citer, il est certain qu'ils ont cru faire de la musique religieuse, et que chacun a cru l'enrichir de toutes les conquêtes de l'art.

Pour ce qui est de la dissonance naturelle, je ne sais pas si elle est ou langage musical ce que les couleurs du

prisme sont à la peinture ; mais ce que je sais bien, c'est que l'harmonie qui repose sur la dissonance naturelle a introduit dans la musique l'élément humain, passionné, sensible, et que le drame, auquel la musique, jusqu'alors fondée sur la tonalité du plain-chant, était restée étrangère, a trouvé, dans la musique, dès l'apparition de la dissonance, un interprète puissant des conflits, des luttes de sentiments et de passions qu'il met en jeu.

Ceci est un fait historique des mieux établis, et que M. Fétis notamment a mis hors de toute contestation. Maintenant, je demande en quoi cette musique religieuse qui s'est modifiée, au dix-septième siècle, par l'avénement de la dissonance naturelle, diffère de la musique théâtrale, mondaine et profane que la découverte de cette même dissonance naturelle a créée.

Je sais bien que vous me répondrez toujours par ces mots : le sentiment religieux l Oui, le sentiment religieux est une belle chose. INIais le sentiment religieux de qui? le sentiment religieux de quoi? Est-ce le vôtre? est-ce le mien? Est-ce le sentiment religieux du juif, du protestant, du musulman, du panthéiste, du catholique? Vous conviendrez bien que le sentiment religieux dont est animé le pauvre moine qui s'enferme dans sa cellule pour y écrire, au pied du crucifix, l'Imitation de Jésus- Christ, diffère à quelques égards du sentiment religieux du jeune dandy qui écrit un libretto d'opéra-comique ou un roman-feuilleton. En d'autres termes, vous m'accorderez qu'entre le sentiment religieux qui a produit le Dum emisit Spiritum du Stabat de Rossini, et le sentiment religieux quia produit VAve venini de Mozart, il y a de la différence, de même qu'il y a de la différence entre le sentiment religieux qui a produit cet Avevet^um

Page 1