CHANTS SACRÉS DE M. GORDIGIANI AVÉ VERUM DE M. GOUNOD
Mme de Sévigné rapporte que Baptiste, — c'est ainsi que les contemporains appelaient Lulli, — entendant un jour chanter à la messe un air qu'il avait fait pour le théâtre, s'écria : « Seigneur, je vous demande pardon, je ne l'avais pas fait pour vous ! »
M. Gordigiani est moins scrupuleux. S'il ne fait pas chanter à l'église des morceaux qu'il a écrits pour la scène ^ il fait pis peut-être : il compose absolument pour l'église comme il composerait pour l'Opéra et les salons; môme laisser aller, même légèreté de style, même grâce sensuelle et voluptueuse, mêmes ornements, mômes roulades, mêmes fioritures, etc. Et, loin d'en demander pardon à Dieu, il a l'air de s'en glorifier devant lui et de lui dire : «Voilà, Seigneur, ce que j'ai fait pour vous ; il se peut que quelques-uns de vos fidèles n'en soient pas contents; pour moi, je me tiens pour satisfait. »
Je proteste que je ne veux nullement blesser M. Gordigiani; il est homme de talent et musicien doué du sens mélodique ; mais, franchement, il prend trop bien