‹ La musique à l'égliseChapitre 47 sur 75 · IWIISICALES L'ANGE ET LE MUSICIEN · texte numérisé non relu

IWIISICALES L'ANGE ET LE MUSICIEN

Les lecleurs de ce journal ' apparlienncnt presque tous à une classe tout à fait étrangère à ce qu'on nomme à Paris le monde des arts et des théâtres. Malgré cela, il en est peu qui n'aient ouï parler, une ou deux fois dans leur vie , d'un artiste ayant nom chrétien uriian. Chrétien! Ah! il est bien nommé, cet artiste. Toute sa vie est là, dans ce said mot, et ce mot est son nom! Urhan est un vrai chrétien, c'est un chrétien des temps primitifs de l'Église; c'est un solitaire, un anachorète. Nous ne voulons pas raconter la partie de cette existence qui se dérobe sous l'humilité du chrétien. Mais on peut dire quelques mots de la vie publique de l'artiste.

Urhan le Chrétien , Urhan , tel qu'il vient d'être dépeint, est premier violon au grand Opéra. Ne vous effarouchez pas, pieux lecteur. Ceci est un secret entre Dieu

' L'Univers.

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el lui, et le prôlre qui tient auprès de lui la place de Dieu. Qu'il vous suffise de ceci : Urhan est pauvre, il vit de ses leçons et de son archet. Voulez-vous quelque chose de plus encore ? Eh bien , je vous le dis en vérité, Urhan, le premier violon à l'Opéra , ne sait pas plus ce qui se passe à l'Opéra que vous qui n'y avez jamais mis le pied. Jamais ses yeux ne se sont portés sur la scène, jamais dans la salle ; il ne connaît que son pupiire. Pour ce f,iit-ci, du moins, je peux l'attester en toute cerlitude.

On retrouve Urhan dans tous les concerts; c'est que Urhan, qui ne demande jamais de services à personne, n'en refuse à qui que ce soit; il est toujours aux ordres d'autrui. Un artiste veut-il faire connaître son talenl, est-il dans le besoin; instrumentiste ou chanteur, comédien ou exécutant, il peut toujours compter sur Urhan. Tout pauvre qu'il est, Urhan fait une aumône journalière de son talent.

Urhan donne deux concerts par an, et ce qu'il nomme ainsi ce sont deux cérémonies religieuses. Le 22 novembre, jour de la fête de sainte Cécile, et le 27 mars, jour de l'anniversaire de la mort de Beethoven, on célèbre dans l'église de Saint-Vincent-de-Paul ' une messe basse, et, sur des lettres d'invitation ou un avis inséré dans les journaux, tout ce que Paris renferme d'amateurs sérieux se rend à cette solennité, pendant laquelle Urhan et ses amis exécutent des morceaux de musique instrumentale en rapport avec l'objet de la cérémonie. Une messe en l'honneur de sainte Cécile, la glorieuse patronne des musiciens, une messe pour le repos de l'âme de Beethoven, voilà, tour à tour, ce qui décide du pro-

• L'ancienne église de ce nom, située rue de Monlliolon.

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gramme; car Beethoven, comme Haydn et Mozart, et ceci est bien remarquable , était catholique et croyant. Urhan m'a montré la lettre d'invitation qui lui fut adressée de Vienne après la mort de Beethoven. Elle était ainsi conçue, à quelques mots près : «Vous êtes prié d'assister aux service et enterrement du célèbre Ludwigvan Beethoven, décédé à Vienne le 27 mars 1827, muni des sacrements de l'Église, qui auront lieu, etc., etc., etc.» Oui, nous pouvons nous en glorifier : ces trois grands génies, Haydn, Mozart et Beethoven, ces trois maîtres par excellence, étaient catholiques et croyants. Revenons à Urhan. Quand on lui demande pourquoi lui, le compositeur élevé, le virtuose admirable sur le violon et sur l'allo, ne donne pas d'autres concerts en d'antres lieux, il répond simplement : c'est quà Véglise le public doit s'abstenir de toute marque d' approbation ou d'improba' tien; ailleurs, il n'en est pas ainsi.

Ainsi, Urhan vit alternativement dans les deux mondes les plus opposés; il occupe les deux extrémités de l'échelle sociale. A jour et à heure fixes, il est lancé parmi les artistes, les histrions, les danseurs, les baladins, au milieu du tourbillon des joies du siècle; à jour et à heures fîxeS; il est recueilli dans le sanctuaire, enveloppé de la sainte terreur des mystères de la religion. Dans l'un et l'autre de ces deux mondes si différents il est aimé, estimé, vénéré de tous. Ici comme là il est toujours le même, toujours semblable à lui ; immobile, mort extérieurement, la vie chez lui semble s'être réfugiée tout entière dans son âme contemplative et ardente; son âme prie et chante continuellement, et, prier et chanter, c'est pour Urhan une seule et même chose. Il s'est dit comme i'apûlre : Psallam spiritu ,

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