La partition chez Maquet, 25, rue de Londres
mann. Et quel art d'enchaîner que celui de préparer par le thème le rythme d'accompagnement qui va suivre, et de le faire sortir de ce thème lui-même! Ce rythme, au milieu duquel vont et viennent les deux thèmes du début, accompagne tout le chant d'imploration. Le second, alternant avec le leit-motiv de toute l'œuvre, se mêle encore au chant du Christ, qui est appuyé sur de profonds accords. — Quoi qu'on puisse dire, il. y a bien du mouvement dans le Chœur des révoltés (5e Béatitude), mais il faut reconnaître que le rythme de deux croches et une noire n'est pas dans la vraie manière de Franck, avec sa continuelle accentuation sur les temps forts. En revanche le Chœur céleste, en rè majeur, est d'un vrai caractère religieux. — La huitième Béatitude demanderait, à elle seule, une longue analyse. Il s'y trouve bien des passages remarquables, mais j'avoue ne pas goûter beaucoup le rythme en rè majeur qui clôture l'œuvre. Serait-ce que Franck, au lieu de rester simplement lui-même, a voulu rechercher un Finale à effet et n'y aurait pas réussi?... Un mot de l'interprétation. L'orchestre très bon; M. Delmas assez appréciable ; mais le ténor a chanté la musique de Franck comme s'il déclamait des vers... religieux de M. Rostand.
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Il n'y a pas à parler longuement du concert Lamoureux du 9 janvier. Deux mélodies de M. Georges Marty en étaient les seules vraies nouveautés. Le public en a particulièrement goûté la Berceuse. Cependant bien des numéros n'étaient pas revenus depuis longtemps sur les programmes du Cirque. C'étaient, d'abord, des fragments de Manfred. Bien que très goûtée, la belle Ouverture n'a pas eu tout le succès de Y Apparition de la Fée des Alpes. Les auditeurs ont bissé ; mais M. Chevillard, qui, décidément, semble tenir pour les bonnes traditions, n'a fait redire le morceau qu'après de longues et affirmatives insistances. Cette attitude très digne est des plus louables chez un jeune chef d'orchestre. Après cela, la Suite d'orchestre de YArlèsienne a trouvé l'accueil que mérite cette fine partition. Si j'ajoute que Mme Georges Marty a chanté un air de Mèhul, cela suffira à montrer que M. Chevillard continue à varier chacun de ses programmes. Pour mémoire, je mentionnerai la deuxième exécution d'Antar, encore plus applaudie que la première.
Le dimanche suivant, grand étonnement!
M. Lamoureux reprenait passagèrement la direction de son orchestre. Le premier mouvement fut de lui faire de triomphales ovations.
Puis on réfléchit que cet enthousiasme pourrait passer pour un injuste blâme à l'égard de son gendre. Force fut donc de s'en tenir à de chaleureux applaudissements, sous lesquels se pouvait bien sentir la sympathie du public parisien pour le fondateur des Concerts populaires. Par exemple, le programme n'était pas des plus intéressants. Comme partie saillante, une pièce de musique russe et l'audition d'un pianiste anglais.
Nous avons fait ressortir à diverses reprises le soin que prend M. Chevillard de nous familiariser avec la musique russe et nous l'avons félicité de cette initiative . M . Lamoureux a voulu suivre son gendre dans cette voie et il a dirigé la Symphonie pathétique de Tchaïkowsky. Ayant pour principe de toujours affirmer nettement mon opinion, je dois dire que cette pièce me paraît de beaucoup inférieure à d'autres œuvres russes et en particulier à celles dont nous avons parlé plus haut. Dans X Evening Post de New- York, M. H. T. Finck me reproche de ne pas goûter cette « maîtresse-pièce d'inspiration, de sentiment et de passion ». Il affirme (il s'agissait des auditions de l'année passée par M. Winodgradsky) que je changerais d'opinion si je l'entendais sous un autre directeur. Tout au
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contraire, j'avoue que je l'avais préférée dans la manière fantaisiste de M. Winodgradsky. Et ni la diversité d'interprétation de M. Lamoureux (ni même celle de Hans Richter) ne m'ont encore fait changer d'avis sur le fond de la pièce. Peutêtre, plus tard, en viendrai-je à me ranger a l'opinion de mon éminent confrère américain : pour le moment il me faut confesser que mon impression première ne s'est pas modifiée.
Une fois de plus, ce même jour, j'ai constaté que Y Enchantement du Vendredi saint, ainsi que d'autres pièces de Wagner, ne s'écoute plus avec le même recueillement. Et une fois de plus, aussi, je dirai que le mouvement martial ne sert jamais bien les musiciens. Malgré son soin d'écriture, M. Saint-Saëns n'a pu arriver à faire entendre avec enthousiasme sa Marche héroïque.
Et maintenant, arrivons au sujet de S. M. l'Impératrice des Indes. A première vue, M. Borwick rappelle un peu Edouard Risler, mais un Risler qui aurait servi cinq ans dans les horsewisky guards. Quand il se met au piano, chacun dresse l'oreille. Son absence de sonorité fait que l'on se demande s'il arrive de Londres ou de Constantinople. Tout raide, les bras en dehors, M. Borwick, en face de son clavier quasi muet, fait l'effet de ces malheureux quir
à l'heure d'être « surinés », se crispent et ne peuvent plus émettre le moindre cri. A part cela, il exécute ses morceaux avec la conscience d'un bon élève, et la colonie britannique a eu la conscience d'avoir fait son devoir en le couvrant d'applaudissements. A noter que la colonie britannique de Paris est généralement fortunée et qu'elle n'est pas comme ce pauvre diable d'Anglais dont parle Schopenhauer : « Pas assez riche pour s'acheter une conscience ».
M. Colonne possède sur nos chefs-d'œuvre des aperçus qui ne sont pas à la portée des esprits ordinaires. C'est ainsi qu'il a annoncé une supplémentaire audition de la Damnation de Faust à « l'occasion des fêtes du nouvel an ». Quel rapport entre l'œuvre de Berlioz et les bonbons du 1er janvier? c'est ce que je me trouve incapable de dire. Mais laissons de côté ces exécutions intérimaires des dimanches et arrivons à ses concerts du jeudi du 13 et du 20 janvier.
Dans ces deux séances on a pu remarquer encore cet empressement de M. Colonne à se faire le dévoué serviteur du public. M. Jacques Thibaud avait eu un vif succès, assez mérité du reste, dans le Menuet de Sully. Vite on reprit le Menuet et on lui fit exécuter une Sonate de
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Grieg pour piano et violon. Il a retrouvé les mêmes applaudissements dans cette nouvelle œuvre : j'en suis heureux pour lui. Mais la vérité m'oblige à dire que son jeu n'a pas été sans reproche. Dans l'allégro molto ses attaques ont été d'une déplorable mollesse, sans compter que ses chevrotements sur les notes en vedette arrivaient presque à en dénaturer la justesse. Sincèrement je le regrette. M. Thibaud possède une souplesse remarquable, qui lui permettrait d'arriver à une fort belle sonorité, et voilà que par cette si commune manie de jouer toujours en « expressif » il tombe dans la vulgarité des violonistes ordinaires. Est-ce un effet de l'acoustique de la salle? Je n'ai pas éprouvé tout le plaisir que j'attendais à l'entendre accompagner au piano par son frère. Cependant j'ai encore le souvenir d'une bien bonne exécution qu'il donna aux Concerts d'Harcourt de la transcription par Liszt de la Fugue de Bach en la mineur.
A ce même concert, la musique ancienne était représentée par un motet de l'espagnol Yittoria, interprété d'une manière assez ordinaire, et par la symphonie de Mozart Jupiter jouée avec assez d'entrain, mais avec une moindre assurance. Il y avait aussi un air du fécond Paesiello, qu'on a jugé bien sévèrement. Certes ce n'est pas là
de la musique bien serrée. Dans les récitatifs on retrouve bien des formules qui étaient chères à l'époque de Gluck, mais, à défaut de la postérité, Paesiello a eu, du moins, cette rare chance d'être très fort admiré par un esprit des moins vulgaires : par Napoléon le Grand. En plus de la Sonate de Grieg on a entendu comme musique moderne la Madeleine au Désert de M. Reyer. Une « scène », dit le programme, et c'est bien exact, car on sent bien dans cette pièce les procédés du compositeur d'opéra. Et la séance finissait sur le Roi s'amuse de Léo Delibes, où l'on retrouve certaines des fines qualités du défunt compositeur.
Le 20 janvier, M. Colonne a joué et même rejoué le Rigodon de Dardanus de Rameau. Et cependant le mouvement où il l'a pris est loin d'être le véritable. Un petit solo de violoncelle de Locatelli coupait cette première partie encadrée par les noms un peu sévères de Gluck et de Beethoven. Et cependant le Septuor de ce dernier n'a rien de bien commun avec les développements de la Sonate œuvre 106.
Au moderne : une réédition de la Sonate de Grieg et une première audition : celle d'une Pastorale variée de M. Gabriel Pierné. Cette pièce, qui contient des passages assez intéres-
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sants, est un peu déroutante en ce que chaque variation forme un petit fragment distinct. Puis Mme Raunay interpréta une jolie Marine de Lalo, un Nocturne d'Albéric Magnard, beaucoup moins révolutionnaire qu'on ne pourrait le croire, et Y Incitation au voyage de M. Duparc. Cette dernière pièce est loin d'être sans mérite.
Nous avons eu, cette quinzaine, deux concerts de la Société nationale, le 8 et le 22. Celui du 8 commençait bien et finissait encore mieux : du Quatuor de Debussy au Quintette de Franck. Et, au milieu, trois pièces de Chabrier rappelaient encore l'un des noms les plus glorieux de cette Société. Le délicat artiste Gabriel Fauré était représenté par deux morceaux de piano, et a côté on avait placé une petite bluette peu intéressante de Richard Strauss intitulée Berceuse. Les premières auditions étaient représentées par des pièces de chant des frères Hillemacher d'un mérite certain, mais d'un agrément vas'ue-
ment douteux.
L'intérêt du concert du 22 portait surtout sur YHelvétia de Vincent d'Indy et sur le Thème et Variations de Gabriel Fauré. Malgré quelques ressemblances avec certaines pièces de Schumann, cette œuvre renferme des passages très remarquables et elle a ce mérite de sonner mer-
veilleusement au piano. Mlle Polack l'a rendue avec beaucoup de verve.
Deux Mélodies de M. Pierre Coindreau, malgré une agréable sonorité, ne présentaient pas des caractères de vive originalité. D'autres de M. Florent Schmitt présentaient plus de recherche. Le Lied est assez curieux avec son rythme « flou ». — La séance finissait par un Quatuor de M. Jacques Dalcroze qui dénote de sérieuses qualités d'écriture.
Parmi les autres séances de musique de chambre, à noter celle du 19 à la salle Pleyel, où le quatuor Parent-Baretti a donné une excellente interprétation du Quatuor 95 de Beethoven. Mme Raunay y a fait entendre, avec un vif succès, des pièces de d'Indy et de Georges Hue.
1er février.
Les séances du Cirque. — Une pièce nouvelle : Effet de nuit, de M. Silvio Lazzari. — Quelques mots, à son sujet, sur le poème symphonique. — Opinion du maître viennois Edouard Hanslick. — Réflexions intéressantes de M. Maurice Aronson. — La Lyre et la Harpe de Saint-Saëns. — Un concerto de M. Théodore Dubois. — La Neuvième et YOr du Rhin au Châtelet. — Une nouvelle œuvre de Vincent d'Indy : Istar. — Mme Kutscherra et M. Busoni au Nouveau-Théâtre. — Les Petites auditions de M. Marcel Herwegh. — Un concert de Mlle Passama.
Comme le mauvais exemple est pernicieux! M. Nikisch est venu nous faire entendre le Finale de Tristan sans la partie chantée : et voilà qu'on me dit qu'au Cirque même, à l'endroit des bonnes traditions, M. Lamoureux vient de le diriger de pareille façon! Il convient d'ajouter qu'il s'est fait applaudir à outrance dans une magnifique exécution du Prélude, ce qui n'est pas fait pour nous étonner. Dans cette seconde séance (23 janvier), il a dirigé deux mêmes pièces qu'au précédent concert : l'Ouverture de la Flûte enchantée et la Symphonie pathétique
de Tschaïkowsky. M. Haroîd Bauer devait exécuter un Concerto de Liszt : par je ne sais quelle faute d'entente, cette exécution a été remplacée au dernier moment par le prélude du Déluge. La seule nouveauté était le Chasseur maudit de Franck, qu'on entendait pour la première fois dans cette salle. Enfin, l'introduction du 3e acte de Lohengrin clôturait la séance. C'est au Cirque qu'elle demande à être entendue, cette pièce, pour se rendre compte de l'effet que peut produire le trait ascendant du début lorsqu'il est lancé par une phalange de violons bien disciplinés. Là aussi le chant des cuivres sait se déployer dans toute l'ampleur et la vigueur qu'il réclame.
Le 30, M. Chevillard reprenait le bâton et il nous donnait la satisfaction d'entendre une œuvre entièrement nouvelle de M. Silvio Lazzari : Effet de nuit. C'est là, nous dit le programme, un tableau symphonique d'après une poésie de Paul Verlaine. Mettons hors de question le talent de M. Lazzari, qui est des plus certains et qui se manifeste une fois de plus dans cette œuvre. Mais le principe même du tableau symphonique1, que faut-il en penser? Sur ce