‹ La musique à Paris, 1894-1895 -[1898-1900]Chapitre 9 sur 15 · iS'ous ne voudrions pas qu'on se méprenne sur le sens · texte numérisé non relu

iS'ous ne voudrions pas qu'on se méprenne sur le sens

Au Chatelet, Ysaye jouait du Bach; et l'on chantait le Stahat de Pergolèse. Corame ce pauvre Bach serait étonné s'il lisait que l'Adagio de son Concerto en mi pour violon est un « roman poignant de tristesse ):. Je doute même que l'exécution Ysaye-Colonne contribue h le convaincre de ces aperçus nouveaux sur sa musique. Enfin, au Chateau-d'Eau, Wagner fait tous les frais : nouveau Christ en <|ui Maurice Kutt'erath « a le courage ou la naïveté de croire », pour employer ses propres expressions. Il y aurait bien lii pour M. Chevillard l'occasion de faire preuve d'initiative en montant, comme il sait monter, quelque grande œuvre religieuse.

A côté de cela une foule de séances de musique de chambre très intéressantes. Ricardo Villes a obtenu le plus légitime succès, le 23, avec un heureux programme où les plus modernes : Chabrier, Fauré, Duparc, se coudoient avec les classiques. Le jeune et remarquable artiste est du reste l'un des rares pianiste qui savent aller de l'avant et ne craignent

de nos paroles. Nous ne contestons pas que le Requiem soit une œuvre de valeur. Nous trouvons seulement que la musique, loin d'en être austère, manque un peu de caractère. J'excepte toutefois le vivace du sixième "morceau et tout le premier fragment qui est d'une belle tenue.

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pas d'inscrire des noms nouveaux à leurs concerts. — Très intéressante séance-Beethoven chez Armand Parent. Très heureuse, notamment, l'idée de faire une part aux lieder fort peu connus du Maître. — Il y aurait bien d'autres concerts à mentionner, mais j'avoue que dans l'impossibilité d'aller à tous, je suis obligé d'en omettre beaucoup. Sans compter ceux qu'on oublie, comme la séance déjà ancienne de M"^^ Zeiger de Saint-Marc, une autre de Louis Aubert, etc., etc.

La Société Philharmonique de Vienne. — Son genre d'interprétation. — Comme quoi la manière autrichienne se rapproche beaucoup de notre manière française.

— Le défaut d'une qualité : pas assez d'abandon, le fini avant tout. — Les groupes d'instruments. — Que M. iNIahler cherche à respecter la pensée des auteurs.

— Les mouvements. — Sémiramis de M. Florent Schmitt à l'Institut. — Les qualités de cette Cantate.

Nous venons d'avoir le plaisir d'entendre l'un des orchestres les plus connus d'Europe : la Société Philharmonique de Vienne. Cette compagnie n'est pas l'orchestre du théâtre impérial, mais elle lui emprunte la plupart de ses éléments. C'est un orchestre spécialement réuni en vue des exécutions de musique symphonique. Le Hof-Capelbneister Hans Richter la dirigeait habituellement. Si je ne me trompe, depuis deux ans, ]M. Gustave Mahler était un peu comme son suppléant ou du moins son second. Actuellement, depuis la récente démission du grand chef wagnérien, c'est lui qui en

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est le directeur en titre : et c'est lui qui est venu nous présenter la célèbre compagnie.

On se tromperait gravement si l'on s'attendait à trouver dans cet orchestre la majeure partie des caractères qui sont propres aux orchestres allemands en général. La direction du chef, surtout, est totalement différente de celle des Mottl, des Weingartner et à plus forte raison de celle des Strauss et des Nikisch. Et il paraît bien que le style général des interprétations, pour variable qu'il puisse être avec les différents chefs, n'en conserve pas moins une caractéris tique d'ensemble. Ainsi un de nos critiques me disait que, certains détails exceptés, la manière générale de cet orchestre lui avait semblé à peu près la même sous la direction de M. Mahler que sous la direction de son prédécesseur voici de cela quelques années. Nous trouverions donc là comme une sorte de tradition viennoise qui, en effet, est différente non pas de la tradition, mais des « in-traditions » allemandes et demande à être résumée en quelques mots.

Tout d'abord, il est hors de doute qu'il existe infiniment plus de points de contact entre notre manière à nous et la manière viennoise qu'entre cette dernière et les manières

allemandes. Une chose surtout distingue la Philharmonique viennoise des compagnies germaniques, c'est une sûreté de goût et un souci de réquilibre général qu'on ne retrouve chez aucun des chefs d'orchestre de l'empire allemand, sauf parfois chez M. Félix Weingartner (qui, du reste, est Autrichien). D'ailleurs, pour être juste, il faut reconnaître que M. Mahler^ possède quelque peu le défaut de sa qualité ; s'il soigne l'ensemble et le détail, peut-être y met-il un peu d'exagération. Je veux dire que pour éviter des excès d'opposition il lui arrive parfois de rendre certains passages de ses exécutions un peu ternes : cela s'est vu, par exemple, dans son Ouverture des Maîtres, qui dans la dernière partie notamment (je veux dire depuis la fin de la partie en mi majeur) n'a pas donné cette impression de vie qu'on est en droit d'attendre. Avitre exemple : Je mets en fait que si l'orchestre de notre Conservatoire s'avisait de jouer une symphonie de Mozart avec toutes les petites recherches de détail et le peu d'ampleur qu'il y a mis : ce serait dans toute la critique un touchant ensemble de farouches protestations. Certainement ces exécutions sont d'une moyenne absolument supérieure et témoignent d'une étude laborieuse

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tant de la part des instrumentistes que de la part du chef. Il semble seulement qu'après avoir parachevé tous les détails, il aurait fallu oublier un peu plus ce long travail préparatoire et donner à l'ensemble de l'interprétation un peu plus de laisser-aller, d'abandon et de vie. De la valeur de chaque groupe d'instruments en particulier, il m'est difficile de parler après ces brèves auditions . Cependant dès maintenant nous pouvons, constater que les cordes sont peut-être ce qu'il y a de plus parfait. Les violoncelles paraissent excellents et les altos m'ont paru tout particulièrement d'une excellente moyenne. Sans doute les violons forment aussi un groupe remarquable, mais nous sommes habitués à en entendre de si bons que nous sommes un peu difficiles. Eh bien, il faut reconnaître que, malgré leurs grandes qualités, ces instrumentistes ne parviennent pas à la même sonorité large que certains de nos orchestres réussissent à obtenir. Puis, un petit défaut : dans les passages accentués, leur attaque écrase un peu la corde.

Il eût été difficile de suivre toutes les séances que cette vaillante compagnie vient de donner. Cependant nous avons pu l'entendre dans deux symphonies de Beethoven, ce qui nous permet

presque de porter un jugement sérieusement raisonné sur le style des interprétations. Ce dont nous avons été le plus frappé c'est la sincérité, et je dirai aussi la « tenue » dont semble faire preuve cette association. Le chef ne cherche pas à donner une interprétation qui soit avant tout la sienne ; différente en un mot de toutes celles qu'on a coutume d'entendre, M. Malher semble avoir le don trop rare de « s'oublier ». Il pense à l'auteur avant de penser à lui-même; ce dont nous ne saurions trop le féliciter. Puis on voit que tout a été travaillé de longue .date, rien n'est laissé au hasard. Nous trouverions même que Tabandon manque un peu en certains passages. Le grand trait des premiers violons qui amène le motif de la Bannière dans l'ouverture des Maîtres, a été joué un peu sec, par cette raison que tous ne se servent que du talon et sur un parcours long comme le doigt. Dans le motif du finale de la symphonie de Mozart, les quatres noires sont tellement « détachées », que cela en devient grêle. Les traits des contrebasses dans le scherzo de la symphonie en ut mineur ont été parfaits de netteté, mais manquant un peu de force. Dans l'ouverture des Maîtres, le thème de la Bannière manque un peu d'ampleur. Le passage en mi bémol est trop fini, pas

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tout à fait assez marqué, surtout étant donné que Wagner en a voulu faire comme une parodie de la solennité des Maîtres. La fameuse superposition des trois motifs aurait pu être plus large en sonorité : seulement il faut reconnaître que chaque partie se distinguait parfaitement.

La question des mouvements paraît avoir été tout spécialement étudiée. Les tempi sont exactement choisis. Quelques-uns diffèrent un peu^ mais très peu de ceux que suivent habituellement nos chefs français. L'ouverture des Maîtres est prise légèrement plus vite ; le premier temps de VHéroïqiie, un peu plus lentement. L'Andante de la quatrième a été pris presque assez vite, ce qui est fort méritoire lorsqu'on connaît les traditions. Il nV a peut-être que le Scherzo de V Héroïque que j'ai trouvé franchement un peu lent. Quant aux modifications à introduire dans le tempo, elles sont pratiquées avec une juste modération et toujours avec graduation. Peut-être cependant, que dans le premier temps de \ Héroïque ^ le motif en si bémol a-t-il été trop un tant soit peu ralenti, et cela surtout dans le dessin des violoncelles rappelant le thème principal. Ou a trouvé aussi un peu de sécheresse dans les mesures suivantes en staccato. Mais enfin ce ne sont là que des

détails et, de la venue de la Société , Philharmonique, il nous reste l'impression d'avoir assisté à des exécutions pleines de goût et même de noblesse qui font le plus grand honneur aux instrumentistes et à leur chef.

Cette même quinzaine, a été exécuté à l'Institut un envoi de Rome de M. Florent Schmitt. Nous aurons plaisir à dire quelques mots de cette Can tate de Sémi7'amis\ qui n'est pas sans mérite.

Sémiramis, restée veuve de Ninus, a juré qu'aucun autre roi ne montera, elle vivante, sur le trône d'Assyrie. Elle s'éprend du guerrier Manassès et va l'épouser et le faire sacrer roi au moment où commence la scène lyrique. Après un prélude orchestral se déroule la fête. Manassès exprime sa joie ; et tout de suite arrive la scène d'amour avec invocation à la déesse Mylitta. Survient le grand-prêtre qui reproche à la reine le parjure qu'elle va consommer. A l'appui de ses malédictions, l'ombre de Ninus se montre , menaçante. Sémiramis veut passer outre tous ces avertissements. Mais brusquement, Manassès change de dessein et pour épargner cette honte à la reine, il s'offre en holocauste et se poignarde après un premier et dernier baiser. Nous ne dirons rien du Prélude et de la Fête,

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