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de plus, damné au cirque Marigny. Pour peu que les puissances infernales se déchaînent aussi sur l’édifice de M. Garnier, je ne désespère pas de voir les habitués déserter ces contrées du Tartare, pour aller, paisiblement, grossir le Ilot des promeneurs dans les Champs-Elysées.
En attendant et puisque nous sommes en pleine mythologie, revenons aux dieux Hellènes et aux oreilles du roi Midas. Ce bon roi était peu versé dans la gaie science de musique. Lorsque Pan osa disputer le prix du chant du dieu Phcebus, il eut le mauvais goût de préférer les pipeaux à la lyre. Voilà qui était bien mal et tout le monde avouera que ses longues oreilles furent la peine bien méritée de son outrecuidente sottise. Au contraire, le dieu de la montagne, Tmolus, fit preuve de beaucoup de sens, il reconnut sans hésiter la perfection incomparable du chant de Phoibos. Et le vieux Bach, dans son
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Défi, lui fit, en un air admirable, proclamer ce triomphe du dieu de la lumière. Mais alors quelle peine ne mériterait pas M.
Lamoureux qui a osé préférer cet air du roi Midas à celui de Tmolus ? Et encore préférer, le mot n’est pas exact. M. Lamoureux n’avait pas à choisir entre l’une ou l’autre de ces parties. Du moment qu’il prenait la peine de monter ce Défi de Phœbus et de Pan, il semble qu’il aurait pu monter l’œuvre dans son entier. Certes lorsque le sans-gêne de M. Lamoureux ne s’adresse qu’à des contemporains et en particulier à la critique, on ne peut guère lui en vouloir, mais lorsqu’il s’attaque à des œuvres de maîtres, la chose devient plus grave. L’crchestre très bon naturellement. Mais les chœurs, malgré leur bonne volonté, n’arrivaient pas à l’alerte légèreté à laquelle Bach devait parvenir avec sa petite cohorte de chanteurs continuellement exercés. Les solistes... dame! les solistes n’étaient pas
sans défaut. Formés sur des œuvres modernes, leur méthode de chant n’est pas d’un merveilleux effet dans les œuvres du vieux maître. Nous tenons cependant à signaler le succès mérité qu’a remporté M me Lovano dans le rôle de Momus. L’intérêt de ce même concert (12 janvier) était encore relevé par l’exécution de la Symphonie en ut mineur de Saint-Saëns et par les Variations symphoniques de Franck. M rae Henry Jossic a tenu brillamment la partie de piano dans cette dernière pièce toute pleine de ces délicatesses comme savait en rêver l’âme sincère du grand artiste. La Symphonie a, dans son ensemble, été fort bien rendue. Au début, seulement, de l’Allégro moderato on pourrait signaler un tremblotement désagréable dans l’énoncé du thème initial en doubles croches.
C’est aussi un léger manque de netteté que nous reprocherions aux violons dans l’exécution de la Symphonie en ut mineur de
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Beethoven, le dimanche d’après. Non pas que nous disions manque de netteté dans le jeù des instrumentistes. Mais leur rythme de trois notes dans la sixième mesure et les suivantes ne ressort pas distinctement. Cela tient, nous semble-t-il, à ce que la note qui porte sur le deuxième temps de la mesure n’est pas tout à fait assez accentuée. Au reste, tout en rendant justice à la manière dont M. Lamoureux joue cette œuvre, nous dirons que pour notre part nous préférerions un peu plus de virilité dans l’interprétation de ce premier temps. Encore nous a-t-il paru qu’il y en avait un peu plus cette dernière fois que lors de la précédente audition en décembre dernier.
A part ces quelques réserves, l’ensemble de l’œuvre a été fort bien rendu. Excellente, aussi, a été cette exécution de l’ouverture de la Flûte enchantée qui ouvrait le programme.
Admirablement proportionnée dans les effets
des divers groupes d’instruments, c’est à peine si l’on aurait pu critiquer quelque lenteur dans le mouvement de l’introduction.
A cette séance, la musique moderne était représentée par la Stella de Henri Lutz, poème lyrique sur la pièce de Victor Hugo.
Si quelque chose me paraît discutable en l’espèce, c’est le choix de cette poésie; je ne vois pas qu’elle se prête à des développements musicaux, et je ne vois pas non plus ce que la musique peut lui ajouter. M. Lutz semble l’avoir lui-même compris. Il s’est contenté de superposer la déclamation à une succession de rythmes qui soulignent le sens. C’était, je crois, le meilleur parti à prendre. Et lorsque j’aurai ajouté que sa déclamation m’a paru discutable par endroits, je me trouverai avoir épuisé toutes les critiques contre cette œuvre que je n’ai pas laissé d’écouter avec un réel plaisir. Et M lle Jenny Passama l’a chantée d’une manière fort remarquable, bien qu’elle
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n’ait pu y donner l’entière mesure de son rare talent. Mais nous nous souvenons de l’air d’Hændel qu’elle interpréta le mois dernier, et si la Damnation de Faust vient confirmer cette impression, c’est parmi les toutes meilleures interprètes de nos concerts qu’elle aura sa place assurée.
Un autre artiste s’est produit le même jour avec un réel succès. Nous voulons parler de M. Louis Livon, professeur au Conservatoire de Marseille, qui a joué avec vigueur et netteté le Concerto de Saint-Saëns en sol mineur.
Somme toute, en dépit de quelques desiderata, c’est une belle suite d’œuvres que nous venons de passer en revue à propos de ces deux concerts. Hélas! deux fois hélas ! ce n’est pas par des choix aussi heureux que s’est distinguée l’Académie Nationale de Musique dans son dernier programme.
Comme musique ancienne, un fragment de
Sacchini. La restitution en est intéressante, mais bien plutôt comme histoire que comme plaisir d’art véritable. Parmi les modernes, le Prologue de Françoise de Rimini par Ambroise Thomas. De ce prologue j’aime mieux ne rien dire ; la forme de l’opéra ancien qui s’y trouve constamment appliquée pourrait me fermer les yeux sur d’autres mérites de détail. Quant aux jeunes... Ah!
là, c’est l’ofïicialité qui règne, comme il convient à une « entreprise » nationale. Prix de Rome succèdent à prix de Rome, sans qu’on puisse appliquer à cette exhibition la plaisanterie que Wagner avait imaginée dans une promenade avec Liszt : « ... cou doppio movimento sempre crescendo à ffff... » La Plainte de la Sulamite de M. Bachelet mise à part, quel intérêt pouvait-on trouver dans les deux autres suites qui furent exécutées ? Chez M. Bachelet, au moins, on sent un musicien qui sait ce qu’il veut faire. On n’a
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pas, en l’entendant, la tentation de lever son chapeau, comme faisait Montesquieu « pour saluer des phrases de connaissance». Son dessin est ferme, bien arrêté, et si le sujet traité n’est pas de ceux qui soulèvent 1 enthousiasme, du moins sa pièce s’entend-elle avec un réel plaisir d’art. Sans contredit, sa Sulamite et deux nouveaux airs de danse, la Gavotte de Bach et la Pavane Belle gui tiens mon cœur, sont les trois numéros du programme qu’on a ouïs avec le plus de satisfaction.
Pour finir, signalons quelques séances de musique de chambre. D’abord la séance de la Société Nationale qui fut loin d’être brillante. Puis le concert du pianiste russe Scriabine. Très bien doué, ce jeune virtuose nous paraît suivre une voie qui n’a guère d’avenir. Le temps des Chopin semble passé.
Ses compositions ne manquent pas d’une certaine poésie, mais, aujourd’hui, on préfère
un compositeur franchement musicien ou un pianiste qui vient nous rendre Tune des grandes sonates de Beethoven. Entre les deux, ne risque-t-il pas de sacrifier P un ou Pautre de ces talents ? — Parmi les programmes les plus intéressants des jours derniers, nous signalerons la séance que MM. Parent, Baretti, secondés par Mademoiselle de Monvel, ont consacrée aux œuvres de Franck (21 janvier). Nous leur souhaitons de donner souvent d’aussi intéressantes auditions. — Edouard Nadaud annonce sa seconde séance pour le 25 février.
P. S. — J’ai souvent entendu des musiciens regretter qu’aucun de nos périodiques ne publiât, chaque quinzaine ou chaque mois, des œuvres inédites de compositeurs vivants. Ces regrets sont légitimes. Rien ne serait plus intéressant, rien de plus instructif. Les auteurs, dans ces fragments soumis de
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suite à Tappréciation publique, pourraient se livrer à des tentatives qu’on hésite à risquer dans des œuvres en édition. Et les tendances les plus nouvelles se révéleraient dans ces « essais ».
Ce vœu a bien reçu quelques partielles réalisations. U Art musical, au temps où il se publiait à la Maison Leduc, donnait, avec son numéro hebdomadaire, des pièces souvent intéressantes (les Pièces de Voyage de Vincent d’Indy, par exemple). Quant à la majorité des morceaux que le Ménestrel fait parvenir à ses abonnés, je doute qu’ils intéressent personne, exception faite, bien entendu, des professeurs de danse. Le Figaro et le Grand Journal ont quelquefois la main heureuse, mais pas toujours. Il reste donc qu’une Revue strictement artistique, où des œuvres musicales inédites paraîtraient de temps à autre, — de meme que les poèmes
ou études se publient ordinairement, — il reste que cette Revue n’existe pas encore.
Le Mercure de France vient de faire une tentative dans cet esprit. Dans son numéro de novembre, il a publié une pièce pour piano de Gabriel Fabre avec un fort joli dessin de Hawkins. Cet essai n’est pas isolé puisque, dans la livraison du mois d’août 1896, on trouvera une autre pièce du même auteur avec un dessin de Lepère.
La première de ces deux pièces est une glose musicale sur des vers de Régnier.
«...Je sais de tristes eaux en qui meurent les soirs.
Des fleurs que nul n’y cueille, y tombent une à
[une... »
Ainsi que le Colloque sentimental que nous étudions l’an passé, cette pièce n’est pas un morceau descriptif. Par elle-même, elle possède sa vraie valeur musicale. Seulement, après l’avoir composée sous l’impression qui
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se dégage des vers du poète, l’auteur s’est aperçu qu’il y a réelle correspondance de caractère entre les vers du poète et sa propre musique. Il a noté l’état d’esprit où il se trouvait lors de sa conception, non que cette notation soit nécessaire pour l’intelligence de l’œuvre ; mais parce qu’elle ajoute à l’audition toutes les associations poétiques qui s’élèvent du souvenir du poème.
Et au fond, il se trouve que cette manière de procéder constitue la seule vraie manière de décrire musicalement. Fixez votre pensée sur le paysage qui se figure dans votre imagination à la lecture des vers. Vous avez intérieurement l’image visuelle d’un coin de lac à l’heure du soir. Tentez de rendre cette image par des dessins et des harmonies :
vous n’arriverez qu’à des puérilités. Au contraire, pénétrez-vous de l’impression qui s’en dégage, puis, sous l’influence de cette impression, écrivez une pièce vraiment
musicale comme l’a fait Gabriel Fabre. Il se trouve que, sans effets d’imitation, elle est une très parfaite révélation de la pénétrante mélancolie qui se dégage des eaux crépusculaires. C’est que vous m’avez exprimé le sentiment, autrement dit l’interprétation humaine que je fais de cet assemblage de contours et de couleurs qui constituent le paysage. En particulier dans cette pièce où le caractère de vague, de flou doit dominer, on peut noter certains détails expressifs.
D’abord, tout en étant très musicale, la mélodie n’est que légèrement accusée. Puis, les arpèges du rythme donnent aux harmonies une espèce d’indécision pleine de charmes.
— Nous ne ferons pas non plus l’analyse de l’autre pièce, qu’on trouvera dans le numéro du Mercure du mois d’août 1896.
Nous ferons seulement remarquer combien cette pièce est curieuse au point de vue du piano. On a rarement si bien tiré parti des
La Damnation au Cirque. — Comment Berlioz a conçu son personnage de Faust. — Comme quoi la decouverte du leit motiv procède plutôt de la profonde vision dramatique que de la science du musicien. — IJn Quatuor nouveau de A. Savard.
J’ignore si M. Lamourcux se préoccupe des Lettres de l’Ouvreuse, mais il s’inquiète du bon plaisir des ouvreuses du Cirque ; ce sont là de touchantes intentions.
Il a pensé que les familles de ces dames seraient heureuses d’entendre le chef-d’œuvre d’un musicien français. Et, pour satisfaire leur désir, il a donné, le jeudi 6, une audi-
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tion supplémentaire de la Damnation de Faust.
Dame ! l’auditoire n’était pas composé tout à fait de la même manière qu’aux beaux dimanches de la saison. Même sans une bande d’Anglaises, venues sans doute pour obéir au programme de quelque agence, on aurait pu se demander s’il y avait dans la salle un auditeur entièrement bénévole. Mais se plaindre de ce que le chinchilla et la martre s’étaient faits rares dans le parquet, serait une impardonnable sottise. Songez que, sans cette séance d’après-dîner, nous courions le risque de voir la même affiche se reproduire le 16 et peut-être le a3 de ce mois. Et alors plus rien à faire ! Plus qu’à subirnotre éternelle Damnation, tout comme de véritables réprouvés.
Ce n’est pas à dire que nous ayons fumé le calumet d’alliance avec la tribu des berliozophages ! Mais il nous semble que, depuis
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un mois et demi que les rives de la Seine retentissent en deux endroits des uraraikés swedenborgiens, il nous semble qu’on pourrait essayer de calmer ces puissances vraiment trop infernales. Je gage que si l’on consultait les nymphes du vieux fleuve, elles demanderaient, comme repos, une bergerie à la Deshoulières. Nous n’en demanderons pas tant assurément. Mais, puisqu’il faut du Faust à toute force, que M. Lamoureux donne les Scènes de Schumann. Cela fera toujours un changement. Et cela aura l’avantage de lui donner l’air de tenir, en un point, ses promesses.
Au reste, l’exécution qu’il a donnée de l’œuvre était des plus intéressantes. Et d’abord n’est-il point curieux de pouvoir comparer l’interprétation de deux chefs d’orchestre ? Puis, si tout n’est pas entièrement à notre goût dans ce que nous avons entendu au Cirque, du moins faut-il rendre
cette justice à cet orchestre que les elfets d’instrumentation y ressortent merveilleusement. Un peu plus de laisser-aller dans la Marche Hongroise et un peu moins de raideur dans le rythme du Ballet ne nous gêneraient aucunement. Mais, dans ce dernier morceau, les effets de harpe et de dûtes sortent avec tant de netteté qu’on oublie le chef d’orchestre et sa manie de battre avec une raideur rageuse les trois temps de cette valse éthéréenne.
Et ce mérite n’est pas mince dans l’exécution des œuvres de Berlioz. On se rappelle ce que disait Rubinstein : « En dehors de l’orchestre, même au piano à quatre mains, il ne reste presque rien de sa musique. » Il y a malheureusement bien du vrai dans cette boutade. Prenez la partition réduite.
Jouez-la, si vous le pouvez, sans écraser le chant sous les lourds accords ou les trop nombreuses arabesques qui la surchargent.
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Avec la meilleure volonté du monde, vous n’arriverez pas à vous rendre compte de l’effet du morceau. Je sais bien que toutes les œuvres d’orchestre sont un peu, sous ce rapport, à de mêmes enseignes. Il en est peu, cependant, qui perdent autant à être dépouillées de la couleur des timbres. Berlioz le savait bien lui-même, puisqu’il écrivait à Schumann que son regret était de ne pouvoir produire de l’effet « qu’en multipliant et en compliquant les combinaisons. »
Le point intéressant serait précisément de rechercher d’où pouvait provenir cette nécessité de rechercher l’effet hors de la pure trame musicale. C’est sans doute là une question délicate. Mais la pensée de Wagner, que nous avons citée et commentée l’année dernière, ne nous donnerait-elle pas quelques éclaircissements ? « Ce qui manque le plus à Berlioz, disait-il, c’est d’être soutenu par le poète. » Dans le cas présent, que signifierait
« être soutenu par le poète ? » Cela signifierait évidemment que Berlioz, au lieu de ne prendre le poème de Gœthe que comme un prétexte à tableaux, aurait du se pénétrer de l’intime esprit de l’œuvre. Non pas qu’il fut obligé en rien de suivre la pensée du poète allemand. Chez celui-ci, en Faust nous trouvons l’homme fatigué de la seule science des livres, qui rêve de se faire une doctrine, une sagesse par l’expérience de la vie réelle. C’est la protestation de la science vraiment personnelle, de celle qu’on recrée par sa propre expérience, contre la science purement formelle des pédants. C’est là une manière de concevoir le personnage. Berlioz se l’est représenté autrement. Il l’a vu sous la forme d’une espèce de René sentimental et peu viril que l 'ennui (Sc. IV) poursuit partout. Mais, dans un cas comme dans l’autre, la marque d’une conception de vrai poète c’était de donner à son personnage un
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caractère original et de nous le montrer avec ce caractère dans les diverses situations du drame. Ainsi, qu’il fût las de la science livresque, qu’il fût las au contraire des jouissances communes, il n’en reste pas moins que le point saillant du caractère de Faust c’est un désir vivace de perceptions ou sensations nouvelles. C’est de ce désir que doit partir son abandon au noir Esprit. Et c’est cet espoir de nouveautés à découvrir que nous nous attendons à voir surgir dans ses pérégrinations fantastiques. Essai infructueux à la taverne d’Auerbach et réalisation presque entière de ses désirs à la rencontre de Marguerite.
Voyez-vous maintenant surgir une constatation extrêmement curieuse ? Plus la conception poétique s’approfondit et se précise et plus les données dramatiques se resserrent et se résument. Ici nous avons un sentiment qu’il s’agit de mettre aux prises avec
diverses éventualités. Voyez-vous Berlioz parvenu à cette netteté de vision et faisant sortir de la légende le développement dramatique de ce sentiment du personnage ? Il sait que c’est de son « désir » que doit tout procéder. Désir dans sa condescendance à écouter Méphistophélès, désir dans son ardeur à aimer Marguerite. Fatalement, en même temps que la vision de cette idée, le souvenir du thème qui l’avait caractérisé une première fois, fatalement ce souvenir devait lui surgir à l’esprit : et n’était-ce point là la divination complète du motif caractéristique ? Assurément nous ne reprochons pas à Berlioz de n’avoir pas aperçu dans toute son étendue la valeur de cette découverte. Mais nous remarquons que si Wagner a fait preuve d’un incomparable génie musical dans le maniement de ses thèmes, sa découverte procède certainement plus de sa profonde vision de poète que de son génie de musicien.
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C’est là simplement une remarque occasionnelle qui ne sort cependant pas de notre sujet, puisqu’elle montre une fois de plus l’importance de la conception poétique pour le musicien dramatique. Pour ce qui est de Berlioz, nous avons seulement voulu attirer l’attention sur ce fait qu’il n.’est que peu ou pas soutenu en lui-même par le poète. Par là s’expliquent certaines contradictions dans la conception générale de sa légende. Mais surtout, et c’est là le plus intéressant, cela * nous explique la profusion d’effets de pittoresque orchestral qui remplace chez lui la pure trame symphonique. Lorsqu’il a la vue claire d’une situation à mettre en lumière, comme dans la première scène, le développement symphonique prend de suite une importance qu'il est impossible de méconnaître. Mais lorsqu’il n’a pas l’esprit pénétré de la vision de son sujet, n’ayant pas de sentiment dominant pour le soutenir dans
son développement musical, de suite la partie symphonique faiblit et il cherche à se rattraper par des effets de pittoresque... Mais la place va nous manquer, et nous ne pouvons que signaler la remarquable interprétation de Marguerite par Mlle Passama. Satisfaisants aussi MM. Lafarge et Bailly ; et combien meilleurs surtout que dans le Défi de Phcebus et de Pan !
A la Société Nationale, à noter un quatuor de Savard qui est loin d’être sans intérêt. — M. Paul Litta, qui vient de donner son concert annuel, nous a paru plutôt moins digne d’éloges que l’an passé. Il commence à jouer par trop Beethoven à la manière des pianistes. Nous regretterions d’autant plus de le voir s’engager dans cette voie que son mécanisme lui permettrait de donner des grandes sonates de magnifiques exécutions.
ijj février.
Les innovations de M. Gailhard. — Les galanteries de dame Critique à l’endroit du Chevalier. — Que penser des reprises de scs drames r — Quelques pièces des derniers concerts de l'Opéra. — On affirme que M. Lamoureux va changer son programme.
M. Gailhard est plein de bonnes intentions.
Depuis, surtout, l’inauguration de ses concerts, il est enflammé d’un zèle vraiment ardent.
Il est parti pour Rome dans l’espoir de trouver à la Bibliothèque Vaticane des inédits de Palestrina. Pour la semaine sainte, il aurait voulu monter une de ces anciennes
pastorales mi-profanes, mi-religieuses, qui enchantaient nos aïeux d’il y a deux ou trois siècles. Malheureusement, les manuscrits avaient été déménagés, et il n’a pu pénétrer jusqu’à la Sixtine où on les avait enfermés depuis peu.
Mais sa flamme d’innover ne s’est pas refroidie pour si peu. On assure qu’il ne songe à rien moins qu'à reprendre le Don Juan , de Mozart.
Tout cela est fort bien. Et cependant dame Critique n’est pas encore contente. Elle s’est éprise, ces derniers temps, d’un homme aux cheveux poudrés et à l’habit à la française.
Oui, c’est au bon chevalier que s’en vont les amours et, quoi qu’on dise, quoi qu'on fasse, c’est du Gluck qu’il lui faut.
Certes, ce n’est pas moi qui me plaindrai de cet unanime enthousiasme. On veut Armide, on veut Alceste. Qu’on les donne et je promets d’applaudir parmi les tout pre-
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miers. Mais croit-on que la réalisation de ce beau projet aille sans difficultés ?
D’abord il faudrait des interprètes. Hé !
hé ! ne riez pas ; ce ne serait pas chose facile. Trouver des chanteurs qui consentiraient à chanter simplement pendant toute une soirée!
Mais ce serait aussi difficile que de trouver des pianistes qui jouent, en mesure, les Sonates d.e Beethoven !
Il y a Mme Caron, sans doute. Mais, comme l’a dit très justement « l’Ouvreuse », assumera-t-elle la charge de créer tout un rôle ? Après une première exécution du deuxième acte Alceste, elle ‘s’est fait remplacer pour la seconde. Je veux bien qu’il s’agisse d’une indisposition fortuite. Mais enfin si, pour une cause ou pour une autre, elle venait à manquer, il est permis de se demander par qui elle serait remplacée. Je ne méconnais pas le talent de Mlle Lafargue (que, d’ailleurs, je n'ai pas entendue cette