‹ La musique arabeChapitre 11 sur 14 · TER ME · texte numérisé non relu

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signé et qui excelle à se composer une sensation... sans perdre son temps à Fanalvyser.

La musique suit une évolution pareille.

Au contact des Persans, elle a dépouillé son aspect barbare ; ses formes rudimentaires se sont affinées. Ses lignes mélodiques se sont assouplies. Au caractère grave et monotone de ses périodes presque horizontales, elle substitue des lignes plus sinueuses, plus ondoyantes, des contours plus FER des périodes plus alertes et plus vivantes.

Ses musiciens et ses musiciennes rivalisent de talent ; ses théoriciens formulent les règles de ses modes et de ses rythmes ; l’art des primitifs cherche à atteindre des formes élégantes et au dire des contemporains arrive vite à la perfection.

Les chanteurs indigènes font entendre ici la chanson Ya Racha el fitane, sur le mode zidane (voir page 39), qui célèbre une jeune gazelle séductriee dont les joues brillent comme un astre étincelant et dont les œillades assassines et les magnifiques grains de beauté ont percé de traits cruels le cœur du pauvre amoureux.

C'est l’époque où Haroun le Victorieux, entendant Ibrahim el Moussouli chanter avec Barsoun qui jouait du luth et Zalzal qui jouait du zanm, s’ecriait: « O Adam, si tu pouvais entendre ceux dé tes enfants qui sont à cette heure en ma présence, certes tu jouirais comme moi. » C’est l’époque où le kalite EI Wathik disait : « Chaque fois que j'entends chanter Ishâc, il me semble qu'un nouvel éclat est ajouté à ma puissance. »

Quelques anecdotes tirées du Æïitab el Aghäni que nous a laissé

on Es

le fameux Aboul Faradj el Isfahäni nous peindront ces temps de gloire et de faste et nous montreront comment étaient aimés la musique et les musiciens (1). |

Voici Hakem el Wadi. C'était le fils d’un barbier de Wadi el Kora dans le Hidjar. Il s'était fait chamelier, mais se sentant des dispositions pour la musique, il prit des leçons de son compatriote Omar el Wadi qui, après l'avoir formé, l’amena à la cour du calhfe Wald, IT... |

Le jour de la présentation, le calife, monté sur un âne d'Égypte richement harnaché, se promenait dans le‘jardin de son palais, suivi d’un groupe de musiciens et de courtisans. Il portait un costume de brocart d'or ; à sa main gauche pendait un collier de pierreries étincelantes et dans sa manche droite il cachait un objet d'apparence assez lourde. Le calife dit aux musiciens : « Chantez l’un après l'autre et à celui qui me fera plaisir je donnerai ce que contient ma manche, ce qui est sur moi et ce qui est sous moi. » Plusieurs chanteurs se firen! entendre et ne parurent pas satisfaire le calife. Quand vint le tour d’'Hakem, le jeune homme chanta ceci :

« Le front de celle que j'aime est orné d’une couronne aux mille couleurs. « Son visagé charme les veux. L’éclat de son teint est rehaussé par une len- « tille noire qui n’a pas de compagne. Lorsqu’elle marche, sa taille flexible « ondule comme un serpent et ressemble par sa finesse et son contour à la « tresse ronde dont sont formées les rênes d'un coursier. » É

— À la bonne heure, s’écria Walid. Voilà qui est délicieux ! ».

(1) Caussin de Perceval. Ouvrage cité.

En disant ces mots, il tira de sa manche une bourse contenant 1,000 piéces d’or (14,000 tr.) qu'il jeta dans la main du chanteur avec le collier de pierreries. Ensuite, 1l alla changer de costume et envoya au jeune homme son vêtement de brocart, l'âne d'Égypte et son riche harnais.

Ishâc raconte que son père Ibrahim el Mossouli, chanteur du kalife, reçut un seul jour 50,000 dinars d’argent et il estime à 24 millions de drachmes les largesses en espèces reçues par son père du souverain enthousiaste de son talent.

Jbn Djami, qui vivait vers la fin du VIII siècle de notre ère, fut un des musiciens préférés d'Haroun el Rachid.

Un jour qu'il était auprés de son illustre Mécène, le calife reçut un billet d’une de ses femmes, Oumm Djafar, celle que son grandpère avait baptisée Zobeydé (petite crème) à cause de la blancheur de son teint. Le billet disait: « Commandeur des Croyants, il y a trois jours que je ne t’ai vu. — Haroun répondit: « Jai chez moi Ibn Djami dont J'écoute les chants. » Nouvelle missive de Zodeydé : « Le vin et la musique n’ont pas d'attrait pour moi en ton absence. Je ne prends aucun plaisir si tu ne le partages. Permets-moi de partager celui que tu goûtes à cette heure. » Un moment après, Haroun se rendait chez sa femme et installait le chanteur dans une pièce voisine d’où la voix pouvait se faire entendre à travers un rideau de soie.

Après les tendres épanchements des sentiments des deux époux, le calife pria Ibn Djami de chanter et l'artiste se mit à célébrer l'amour et le bonheur des amants sur les modes les plus expressifs.

Zobeydé fut dans le ravissement et elle commanda au ehéf des eünu-

ques de compter au chanteur autant de fois 100,000 dirhames (c’est-

à-dire autant de fois 70,000 fr.) qu'il y avait de vers dais le morceau qu'il venait de chanter.

« Fille d’Aboul Fadhl, s’écrie Haroun, ta générosité à devancé la nue pour récompenser notre ami. » Et quand il fut rentré dans son appartement, il envoya à Zobeydé autant de pièces d’or qu'elle avait donné de pièces d'argent à Ibn Djami.

Ici les messemaat font entendre l’ariette populaire Semra haloua du mode zidane : « O brune, douce et suave — lingot « d’or dans ma couche — On t'a amenée à moi pour me « guérir — Et tu me guéris sans remèdes >.

Voulez-vous maintenant savoir quelle impression la musique faisait sur les auditéurs de cette époque lointaine. Un jour Syat, le virtuose mekkois, l'interprète le plus fameux des grands musiciens du siècle des Omeyades, passait dans une rue où le mendiant Abou Rihâna n'ayant sûr lui qu’une mauvaise tunique râpée, se chauffait au soleil.

Le mendiant court vers lui : € Par le prophète et par son tombeau, s'écrie-t-1l, je té conjure de me chanter l'air : « Je t'ai laissé mon cœur en gage ; il se fond au feu de l'amour, tandis que je répands des pleurs inutiles ». Très complaisant, Syat s’arrête et chante. Abou Rihâna, dans l'excès de son enthousiasme, déchire sa tunique en mille pièces et se trouve tout nu. « — Pauvre diable, dit Syat, que puis-je faire pour toi ? — Chante encore ». Syat continue, et le mendiant, au comble de l’émotion, se frappe la figure d'un coup de poing si violent qu’il tombe évanoui. On l'emporte, on le ranime. « — Fou,

que tu es, lui dit-on, tu n'avais qu'une tunique et tu l’as échos PR LATE

— Bah! ÉbOndAiLe de jolis vers chantés par une voix mélodieuse "

me procurent plus de chaleur que? ne pourrait m'en donner l’étuve ;

du kalife ! »

Les kalifes eux aussi avaient l'émotion PASLAUS assez originale.

Walid ITavaittait venir à Damas, Mabed, qu'on a surnommé le : prince des chanteurs de Médine. Conduit au palais, l'artiste fut in- à troduit par les chambellans dans une salle au milieu de laquelle était un bassin de marbre, vaste et profond, rempli d’eau de rose mêlée de musc et de safran. Au bord du bassin était un petit tapis.

avec un coussin ; de l’autre côté un grand rideau de soie cachant le fond de la salé. Me

Mabed s'assit sur le coussin et chanta. Comme il finissait, li ri deau se leva: le kalife parut au milieu de ses femmes. Dre n ment, 1l ôta son manteau et plongea au fond du bassin ; puis 1l se. Si redressa et sortit de l’eau. Ses femmes l’essuyèrent et le revêtirent d’autres habits. Alors il fit apporter du vin et but avec Mabed. Deux chants qu’il demanda ensuite turent suivis de deux nouveaux plon-

geons, de nouvelles coupes vidées et d'autant de changements de costume. Pour finir la séance, le kalife fit compter 12.000 pièces d’or à Mabed Lee 000 fr.) et le j jour même le fit ramener en poste à : ve

Médine. L'ATSRTESS

Cette deuxième M éode très brillante de la musique arabe nous paraît représentée par certaines très vieilles chansons et par des mélodies qualifiées de «classiques » par nos indigènes. Nous ytrouvons les caractères généraux des arts musulmans ceux qui sont manifestes

__. dans les mosquées de Cordoue, de Touloun, dans les palais du Caire

et ce cachet de perfection dans la ligne et l’ornement qui est l’es- tampille de l'architecture arabe des IXe et Xe siècles

chanson du mode sika (voir page 38) où l’amoureux déclare que, devrait-il vivre aussi longtemps que Noé, une heure passée auprès de sa bien-aimée suffirait à son bonheur.

musique arabe et les autres arts. Il nous conduit à la troisième période qui pourrait être fixée du Xe au XV° siècle. Ici c’est le triomphe de l’ornementation et de l’arabesque, l’ondulation symbolique poussée à l'extrême, les rinceaux rythmiques fouillés avec une mi-

- annoncent les prochaines décadences.

L'esthétique de cette époque paraît surtout préoccupée de fuir la régularité des lignes continues et la monotonie des surfaces planes ; mais elle respecte toujours les lois de la symétrie. Sous l’apparence

désordonnée d'une fantaisie excessive, c’est encore le rythme qui

gueur gracile des formes, on retrouve encore le squelette géométral.

devenu maître, il crée un art tel qu'aucun art contemporain ne sait

Les chanteurs arabes exécutent ici Oua menli bidjessmi .

III. — Continuons. si vous le voulez bien, notre parallèle entre la :

nutie incroyable, la prodigieuse richesse de détails, l’infinie répétition des motifs, la prodigalité, l’ostentation qui ruiment le style et

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domine ; sous la délicatesse subtile de la décoration, sous la lan-

L'esprit arabe s’est laissé pénétrer par l'esprit aryen et d’écolier

C or aussi Ne qui marque ses ot musicales. et Les ps situe dans le temps. Hanslick dit dans son livre le Beau en musique: « Le contenu de la musique n'est autre que des forines sonores en. : mouvement. Il y a, ajoute-t-il, un art ornemental qui peut nous per- . mettre de comprendre comment il est possible à la musique de créer des formes qui, tout en étant belles, ne contiennent aucun sentiment précis : cet art c’est celui de l’arabesque » (1). EN Rien ne s'applique mieux à la musique arabe de cette période | artistique que cette définition esthétique de l’arabesque. Comme elle, comme cette écriture neskhi des sultans ayoubites, son carac- tère c’est « l'horreur du vide ». Les ornements innombrables multi- a pliés autour des rinceaux foliacés ou florescents des premiers artistes | 35 musulmans, ces entrelacs, ces enchevêtrements, cette profusion de | minuties mièvres de sa conception décorative, nous les retrouverions peut-être dans la poésie boursoufflée, aux images forcées de Motenebbi et de ses imitateurs; nous la retrouvons assurément dans SU la musique. 50 ES La ligne mélodique est surchargée d’ornements prétentieux ; les. ‘FER melismes de certains manuscrits de St-Gall, ceux des Byzantins, ne ER sont rien à côté des fioritures dont est ot le chant de l’époque. ee $ Au chromatisme déjà manifeste chez les Persars et les Egyptiens, 4 fa

(1) Hanslich Von musikalische Schônen, 1854.

ag 156 LOS EN MO RE TA NEA TR A EE AT OR CR OR A re 2e AFRO GES bee che: : ENS

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