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ik oubli et c'est merveille que la seule tradition orale: ait pu encore nous conserver un répertoire si abondant et si varié.
Vous avez devant vous les derniers représentants de la musique arabe à Alger, héritiers des maîtres du siècle dernier de Hadj Braham, de son fils Ouhd, de Ben Sellàm, de Mennemesch, de Ben
Keptan.
: Ce sont M. Mohammed ben Ali Sfindja, bach- kiatri (chef de la Pile), le plus célèbre des chanteurs classiques d'Alger ; M. Mouzino, kouas (l’homme de l’archet), joueur de rebeb et de kamendja, dou aussi qui a eu récemment les honneurs du phonographe ; M. Laho Seror, un de mes collaborateurs «de la première heure, excellent chanteur et joueur de kouitra ; M. Kaddour Oulid Ettebib, un des rares joueurs de kanoun et M. Ali Maadi Mohammed ben Ali, dit Chériff, joueur de tar, batteur de mesure.
De ce côté (1), les plus expertes des messemañt algériennes, chanteuses professionnelles très recherchées dans les familles indigènes : Mmes Yamina bent el Hadj Mohammed el Haadj Maadi, la première des chanteuses et des instrumentistes de l'Algérie; Fathma bent Hamoud, kitardjia, très renommée ; Mimi bent Mohamed, habile à marquer les rythmes les plus compliqués sur la derbouka, et les deux sœurs Zehor et Tamani bent Hameü, joueuses de tar.
(1) Les exécutants avaient été placés sur une grande estrade décorée de tapis arabes : à droite du bureau les chanteuses mauresques, revêtues de leur plus beaux atours, à gauche les chanteurs. Devant chaque groupe une petite table basse avec des fleurs achevait de donner la couleur locale et la physionomie traditionnelle à cette séance de musique arabe. . |
Ces excellents artistes représentent la musique arabe qui s’en at
qui s’éleint, que menacent l'assimilation et le progrès. Ils n’ont pas d'élèves pour recueillir comme ils le firent eux-mêmes le répertoire ancien. Après eux, la belle musique de Grenade et les romances
classiques s’oublieront peu à peu; il restera quelques ariettes plus populaires, quelques bribes retenues deci delà par les femmesetles amateurs. Mais à une échéance qui n’est pas très éloignée, lout ce passé musical de la race arabe se sera évanoui et les générations futures n’auront plus de spécimens d’un art qui eut sa splendeur! ets sa noblesse qui, autant que l'architecture, fut de son temps ét 24 de son milieu. } CID
Ce désastre, cependant, pourra être en partie conjuré. A
Encouragé par la sollicitude éclairée que M. le Gouverneur Général
apporte à tout ce qui concerne la renaissance des arts et des indus-
tries indigènes, j'ai essayé de sauver du naufrage fatal cette musique arabe que nous regardions avec indifférence, sinon avec dédain, | nous contentant de la comparer à notre musique moderne et d’en déduire une supériorité indigne de notre faveur. J'ai le devoir d'ajouter que je suis aidé dans ce travail par M. Edmond Yafil, un jeune algérien qui professe une véritable passion pour la musique arabe, la connait admirablement et m'a mis avec beaucoup de zèle | sur la voie, payant largement de sa personne et de ses deniers pour contribuer à exhumer ces monuments d'archéologie musicale et Fe les fixer en belle lumière désormais acquis à l’histoire de Mo mu ie sulman. à
C'est, je vous l’assure, un sujet d'étude qui passionne le musicien, |
4 LS S TER ER LS ER LL ñ RSR Pr LE Re F % DEP PTE CE PEL E FE
| comme l'archéologue se passionne pour’ les cités qu il ramène au jour, comme l'historien se passionne pour les documents qui vien-
“0 des siècles passés est encore important; l'oubli n'a pas encore mis son ombre éternelle sur toute la musique qu’entendirent les
de l’Alhambra et de Généraliffe.
Beaucoup de mélodies ont survécu ; le répertoire des vieux musi- ciens est considérable et pour ne citer qu'un exemple, j'invoquerai le témoignage de notre mâalem, M. Sfindja, qui à lui seul connaît 1.000 mélodies, paroles et musique.
| toire encore vaste de 6 musique arabe est classé en diverses caté-
gories parfaitement définies auxquelles les musiciens attachent une plus ou moins grande valeur. |
Il aurait fallu vous parler des noubet, ces suites composées de
vement est plus rapide qui se succèdent dans un ordre défini et dont toute la musique est écrite sur un seul mode (! L
1 F mestekber de senaa, sorte de prélude sans mesure, où l’exécutant OU " sur une trame à peu prés fixe les ornements les plus variés ; puis la éouchiat,
k. nent renouer une maille incertaine de la chaîne du temps. L'héri-
Kalifes et leurs belles favorites, qui résonna sous les lambris dorés
L'heure s’avance et je ne voudrais pas abuser de votre bienveil- Jance. J'aurais désiré, cependant, vous montrer comment ce réper-
; ue ouvertures, mélopées très lentes, mélodies dont le mou-
(1) Une nouba se compose de parties bien distinctes : d’abord se chanteun
SA te
Les noubet sont, tout en haut de l'échelle, l'objet dela vénération
des musiciens, connues seulement de quelques professionnels qui les qualifient de musique de Grenade ou musique andalouse et y. retrouvent, avec les noms souvent redits de Cordoue, de Grerade et. de Séville, les souvenirs d’une époque de gloire. C'est là musique
classique, la musique « senaà »; les Arabes disent volontiers : nos opéras. |
Il aurait fallu vous montrer les noubet se distinguant entre elles par leur mode et aussi par l’heure à laquelle chacune d'elles doit se chanter (1) et, disent encore les chanteurs, par le timbre que prend Ja voix suivant cctte heure.
ouverture instrumentale ; puis les messedarat, cantilènes à mouvement très lent précédées de quelques mesures d'entrée en matière portant le nom de:
kersi, puis les betah’i, (égalementprécédées de leur kersi) mélodies à mouve-
ment plus rapide; puis les djerdj; puis les nesserafat, généralement à trois
temps et d’un mouvement assez vif ; enfin le meklas, d’allure très rapide. Chaque nouba comporte clonc de 96 à 25 airs (quelquefois plus) mais appar-
tenant tous au même mode et possédant des for mes mélodiques et des termi-
naisons communes.
(1) Une fête musicale arabe voit se dérouler la série des noubet dans l’ordre traditionnel suivant:
Dans après-midi, de 1 heure à 4 heures. la nouba sika ; de 4 à 6, la nouba remel ; de 6 à 8, la nouba remel maïa ; de 8 à minuit les noubet aarak, hassine, zidane, ghrib ; après minuit la nouba medjenba et la ghribt-hassine ; de 1 heure à 2? heures du "matin, les noubet ressd et mesmoun ; de ? heures à 3 heures du matin, la nouba aarbi : de 3 heures du matin à midi, les noubet maïa, di, resseddil.
Cette tradition semble reposer surtout sur le rapport des paroles chantées à
avec l’heure de l'exécution.
Ainsi les poésies de la nouba maia glorifient les charmes de la nature au
lever du jour ; celles de la nouba sika chantent [es orgies de l'apres terne tt
Je re vous parler des neklabat (1), chansons moins classiques, mais encore très estimées et qui sont écédées de préludes où le chanteur et l’instrumentiste font montre de leur virtuosité et de leur fantaisie pendant qu’en bourdon la tonique se fait entendre et les
maintient au ton. Je devrais vous apporter quelques détails sur la musique aarbi (celle des grandes villes), sur la musique haouzgi (celle des villes de moindre importance), sur les keçaïd, les kadriat.
et les zendani ; ces deux derniers BITES comportent des chants populaires réservés aux femmes, qu’un musicien un peu en vue ne chante pas, mais, par contre, ils sont très connus de tout le peuple et, pour cela, ont une grande valeur documentaire et traditionpast à
celles de la nouba remel, appelée aussi nouba achouï, célèbrent l’aspect des bos-
quets et des champs au moment où le soleil va disparaître. Le, GHÉPRR est chanté dans la nouba remel maïa.
Le premier messeder de la nouba medjenba (c'est-à-dire d'avant-garde), commence par ces mots : Réveille-toi, Ô, mon ami; viens écouter le rossignol.
Les paroles de la nouba dil, maïa et ressedil font allusion au lever du jour. (Consulter : Recueil de chansons arabes, par MM. L. Seror et N. Yafil, Alger 1904, Cet ouvrage publie pour la première fois toutes les poésies qui composent le répertoire ordinaire des musiciens algériens et particulièrement le texte des noubet.
(1) On trouvera chez M. Vañil, 16, rue Bruce, à Alger, le Répertoire de musique arabe et maure, publié sous notre direction et dont les fascicules pour
piano ou pour piano et chant sont consacrés aux pièces les plus curieuses s des
neklabat, des touchiat et des chansons populaires arabes.
() Consulter notre étude sur la Chanson PORERE arabe en Algérie, dans la
| Revue musicale du 15 mars 1905.
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Comme spécimen des chansons populaires arabes les mes-
semaât font entendre Ya moulet el udin el khala, zendani
tunisien en l’honneur d’ui e belle à l’œil noir. On la. supplie de dénouer sa ceinture rose pour permettre de monter jusqu’à
elle ; de son côté, la belle raconte que, sa mère avant laissé la porte ouverte, son ami en a profité pour lui rendre visite et combler ses désirs.
Cela biere à vous parler des chants religieux, des diverses façons dont le Coran est psalmodié, des ketma, des douaät et des belles poésies célébrant les louanges du Prophète qui se chantent aux jours de grandes fêtes sur la musique des noubet de Grenade.
Mais le temps nous presse. Je terminerai par quelques mots seu-
lement sur les instruments de musique arabe, instruments qui sont,
eux aussi, pour la plupart, des descendants à lignée connue des
instruments des Arabes du Moyen-Age, qui les tenaient de maîtres
encore plus anciens.
Voici la kouîtra, fille du vieux luth, l'aeoud d'AI Farabi, où nous
trouvons un souvenir de la théorie des Grecs qui considéraient
comme supérieures ou principales les cordes graves. Cet instrument, où le plectre antique est remplacé par une plume
d’aigle, s'accorde ainsi: sol, mi, la, ré. La 3e corde représente mi, situé un degré au-dessus du ré de la {r°:
Voici le rebeb algérien, si différent du rebeb persan, ancêtre vénérable qui a deux cordes, ré, la, et se joue avec un archet des plus primitifs. Le corps du rebeb est en bois de cèdre ou de noyer d’une seule pièce ; autrefois, on le taillait dans un pied de treille.
Voici la Kemendja. Celui-ci est moderne et a remplacé en Algérie, depuis environ 200 ans, le Kemandjeh des Arabes et des Per-