‹ La musique au JaponChapitre 5 sur 12 · SYSTÈME MUSICAL DES JAPONAIS · texte numérisé non relu

SYSTÈME MUSICAL DES JAPONAIS

1/histoire de l’homme est tout entière dans le travail long et successif qu’accomplit son intelligence pour s’affranchir d’abord des forces naturelles et plus tard pour les dominer et les tourner à son profit. L’homme primitif, nu, sans instruments et sans armes, est dans la dépendance absolue des éléments ; aussi voit-il en eux des forces occultes qu’il personnifie et dont il attend tout le bien ou tout le mal. Il suit de là nécessairement que les manifestations des peuples primitifs, dans tous les modes de leur activité intellectuelle, se rattachent à la notion de ces divinités bienfaisantes ou redoutables et revêtent un caractère mystique. Cette loi générale trouve sa confirmation dans le système musical des Japonais, qui s’est conservé sans altération depuis les premiers âges, aussi bien que dans celui des Chinois dont il n’est qu’une diramation. L’empire de l’harmonie, dans toutes ses parties, s’y rattache en effet étroitement aux puissances naturelles, aux signes célestes et aux divisions de l’année.

Ces forces et ces lois de la nature ont toutes au Japon pour signe cabalistique le nombre 5, nombre sacré par excellence.

Aussi le système tonal de la musique y est-il pentatonique. (Voyez Muller).

Voici ce système des Cinq so?is auquel on donne le nom . de Coin:

lr Son appellé Kion (temple — seigneur)

2d » » Schô (commerce — serviteur)

3me » » Kakou (cor — paysan)

lme » » T'schi (signe — objet matériel)

5™e » » Ou (plume — objet abstrait).

Le Kiou est le plus important et Y Ou occupe le dernier rang. Il faut remarquer que dans cette classification, comme dans toutes les autres du même genre, chaque parole, chaque dénomination indique par la place qu’elle occupe le degré de valeur relative de l’objet qu’elle représente, et cela en décroissant de haut en bas.

Ces cinq noms ne représentent pas des sons déterminés; ils correspondent exactement à ces expressions de notre tonique: deuxième, troisième, quatrième et cinquième note du ton, en prenant pour fondamentale ou tonique Kiou; il faut bien se garder pourtant de leur attribuer la même valeur qu’à nos dénominations de seconde, tierce, quarte et quinte; car la gamme pentatonique de Do, par exemple, est formée de Do, De, Mi, Sol, La.

Ces successions pentatoniques ont, par leur mode de formation, une certaine ressemblance avec nos gammes et c’est par ce nom que nous les désignerons dorénavant.

Le son fondamental de chaque gamme correspond à l’un des douze mois de l’année; les Japonais croient en effet que durant chacun de ces mois, les sifflements du vent reproduisent des sons compris exclusivement dans la tonalité dominante du mois.

Oe rapprochement à leurs yeux n’est donc pas arbitraire; il correspond à une réalité positive et matérielle.

Les noms de ces 12 tonalités sont:

pour

Janvier

T'airiô

Février

Taisokou

Mars

Kioschô

Avril

Kossen

Mai

T'schourio

Juin

Souiscliine

Juillet

Eingshô

Août

Isokoa

Septembre

Naurio

Octobre

Bouïki

Novembre

Oschô

Décembre

Kôschô

Chaque tonalité comprend différents modes et les gammes pentatoniques qui représentent ces modes sont formées en substituant à un ou à plusieurs sons de la gamme normale astronomique japonaise un ou plusieurs sons altérés ; ceux-ci se trouvent à une distance d’un demi-ton majeur ou mineur au-dessous du son principal , qu’ils doivent remplacer.

La gamme normale astronomique japonaise correspond à la gamme pentatonique chinoise formée avec la tonique, seconde tierce, quinte et sixte de notre gamme majeure.

Un des modes les plus employés au Japou correspond à notre gamme mineure et nous en verrons un exemple dans la manière d’accorder le Sono-Koto , dont je parle plus bas.

Pour trouver tous les sons qui appartiennent à une tonalité donnée, on emploie le procédé suivant : on écrit symé-

triquement en cercle les noms des douze mois et des tonalités qui dominent dans chacun d’eux de cette façon :

u i n f - auiqosmos

CO

Koschô - Décembre

puis on prend pour Kiou ou tonique, le son fondamental du mois dont on cherche la tonalité.

On commence à compter en avant: Janvier, Février, Mars, etc. jusqu’au huitième mois et la tonalité dominante dans ce mois là sera le Schô, c’est à dire la seconde note de la gamme que l’on cherche. En comptant ensuite en arrière, Janvier, Décembre; Novembre, depuis le mois qui nous a fourni le Schô jusqu’au sixième mois, nous trouvons le Kakou ou le troisième son.

En continuant de cette façon à compter alternativement 8 mois en avant et 6 mois en arrière, on trouvera peu à peu les cinq sons principaux et les cinq sons de substitution.

En suivant la méthode que je viens de décrire, j’ai formé le tableau suivant, sur lequel sont indiqués tous les sons qui appartiennent à chacune des 12 tonalités, avec les notes qui y correspondent dans notre système. Mais pour préciser mieux les sons correspondants, j’ai été forcé de représenter un même son japonais dans notre système quelquefois par un dièse et quelquefois par un bémol.

Il résulte clairement de ce tableau que Fétis, dans ses hypothèses touchant le système musical du Japon, s’est surtout approché de la vérité, lorsqu’il dit qu’il le croit basé sur la gamme chromatique.

En effet les 12 toniques des 12 mois de l’année forment une gamme chromatique et la formation du système tonal, aussi bien que des gammes, est basée sur la succession des quintes montantes et des quartes descendantes.

Les sons que j’ai nommés de substitution ou de rechange sont employés dans le cours du morceau comme de simples altérations des sons réels et dans ce cas ils représentent nos sons chromatiques.

Ce sont précisément ces sons de substitution qui ont empêché les observateurs européens de se former une idée exacte du système tonal japonais.

Les joueurs des instrumens de la classe des Koto dont toutes les cordes sont d’ordinaire à l’unisson calculent seulement la longueur de la corde nécessaire pour produire les différents sons de la tonalité qu’il désirent, en prenant pour unité la longueur qui donne le son Kiou.

Yoici la manière de faire ce calcul.

On prend p. ex. pour unité la longueur de 81; on divise ce nombre par 3 et on soustrait cette troisième partie de l’entier:

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