‹ La musique aux Pays-Bas avant le 19e siècle. Documents inédits et annotés. Compositeurs, virtuoses, théoriciens, luthiers; opéras, motets, airs nationaux, académies, mâitrises, livres, portraits, etc.; avec planches de musique et table alphabétique (volume 2)Chapitre 18 sur 45 · PROPTEREA DIC, TU MUSICE, REQUIESCAT IN PAGE. AMEN · texte numérisé non relu

PROPTEREA DIC, TU MUSICE, REQUIESCAT IN PAGE. AMEN

Nous ne savons où i\I. Fétis a vu la mention d'un buste qui se trouvait, prétendument d'après Sweertius, dans l'église de Sainte-Gudule, et au-dessous duquel figurait rinscriplion que nous venons de reproduire. Mais, à coup sur, M. Fétis a eu l'inspiration heureuse.

«J'ai fait de vaines recherches à Bruxelles, ajoute-t-il, » pour découvrir l'épitaphe et le buste; aucun renseignement » n'a pu m'étre fourni. J'ai aussi consulté, mais sans fruit, » l'ouvrage intitulé : Basilka Bruxellensis, sive monumenta

PHOTOLITHOGRAPHIE PROCLDtS ASSf.R LT TôOv'Er

fmp. Siraonau 3: Toovej inuc.

» antiqua, inscriptiones etcoenotaphia aedis DD. Mkhaelis » et Gudulae, Amslelodami, 1677, in-S". Il ne s'y trouve » aucune indication du monument cité par Sweerlius, et » l'on n'en trouve pas davantage dans la deuxième édition » de ce livre, publiée à Malines en 1743, in-S''. »

Si M. Félis avait poussé un peu plus avant ses investigalions, il n'aurait pas manqué de rencontrer le buste tant désiré. Nous avons eu la patience de parcourir fous les ouvrages où il y avait quelque chance à le voir reproduit, et un résultat heureux a couronné nos efforts. Le portrait en buste du célèbre musicien est gravé dans le livre suivant, dont nous mentionnons le titre en entier : Opus chronographicum orbis tmiversi a mundi exordio iisqiie ad annum MDCXI, contînens histoiiam, icônes, et elogia sximmorum pontifiaim, imperaiorum, regmn, ac virorum illustrium, in duos tomos divisitm : prior aiictore Pelro Opmeero, A mstelrodamo Batavo, a condito orbe ad suain risque aetalem bono pxibltco a Pelro filio evulgattis; posterior aiictore Laurentio Beyerlînck, cive et Canonico Antverpiano. Antverpiae, ex typographeio Hieronymi Verdussii, 1591-1611, 2 vol. in-f«.

Le portrait de Josquin Desprès se trouve reproduit dans le premier volume. Donc il a été dessiné du vivant même de l'auteur (i). Ce dessin offre d'autant plus de garanties d'exactitude, qu'il a dû être confié à un artiste de renom. En effet, on lit dans l'introduction, que Pierre Opmeere eut pour amis et collaborateurs, des peintres, des sculpteurs et des architectes du plus grand mérite, tels que Martin Hemskercke, Pierre Aertsen, Guillaume Van Tétrode, Frans Floris, Antoine De Moor et Philippe Galle (2).

(1) Pierre Opmeere naquit en 1526 et mourut en 1395,

(2) « Amicos coluit erudilione scriptisque illustres..., aliosque piclores, sculptures et architeclos, sympalhià quâdam adduclus, miré devinctcs sibi

Il y a plus : Opmeere, qui joignait à un savoir d'une grande étendue un esprit d'observation rare et une sûreté de jugement remarquable, a donné sur le busle de Josquin Desprès quelques mois concis, mais caractéristiques, lesquels, appliqués à la gravure, nous rendent, d'une façon relativement fidèle, les traits de cette intéressante physionomie artistique, que Ton croyait anéantis à tout jamais. « L'on voit, dit-il, en l'église de Sainte-Gudule, à Bruxelles, » à l'autel droit, devant le chœur, une peinture représen- » tant Josquin. Son visage est honnête; son regard est doux » et aimable (i). »

Opmeere ne parle pas de l'inscription; mais, comme Sweerlius, dont le témoignage a de l'aulorilé, affirme qu'elle a existé dans l'église susdite, nous n'hésitons pas à la rapporter à la planche ci-contre, où nous avons fait reproduire, en photolilhographie, le précieux portrait transmis par Opmeere. Le lecteur aura donc la gravure même sous les yeux.

Maintenant, que l'on trouve quelque jour une effigie de cet artiste plus complète, nous ne demandons rien de mieux; toutefois, il nous sera toujours permis de revendiquer la priorité de la découverte^

habebat, ut vel ex opère ejus clironographico coUigere licet. Florebant in HoUandia ejus amicitia ac contuberuio clari : Martinus Heraskerckius, Pelrus Longus, Gulielmus Teltero, Franciscus Floris, Antonius Monis, Philippus Gallaeus, piclores sculptoresque excellentes. »

(1) a Conspicitur Josquinus depictus Bruxellis in D. Gudulae [ecclesiâ,] in tabula arae dextrae ante cliorum , honeslà sanè facie ac blandis oculis. » P. 440. Le mot conspicitur a sa valeur dans la question qui nous occupe.

Van Oclinout (CharlejS-JToiseph],

Maître de musique de Téglise cathédrale des SS. Michel et Gudule, à Bruxelles. — Le Retour désiré, divertissement dont il a composé la musique, et qui se rattache, selon toute apparence, à la rentrée du duc Charles de Lorraine en cette ville. — La partition de chant. — Musique religieuse de Charles- Joseph Van Helmont. — Liste de compositions, la plupart inconnues aux bibliographes, que posséda jadis i. F. Liban, prêtre des SS. Michel et Gudule. — Date de la naissance et de la mort de Charles-Joseph Van Helmont. — Sa famille.

Peu après l'installalion de Charles de Lorraine, comme gouverneur des Pays-Bas, les Français, sous la conduite du maréchal de Saxe, entrèrent en vainqueurs à Bruxelles. Le duc Charles put se retirer librement avec ses équipages et ses domestiques. Alors commença pour les Bruxellois une domination tyrannique qu'ils supportèrent avec peine, et qui ne cessa que par le traité d'Aix-la-Chapelle (18 octobre 1748). La garnison française quitta Bruxelles le 28 janvier 1749, au milieu des malédictions du peuple, et, une heure après, les régiments impériaux de Lorraine, d'Arenberg et de Los-Rios, avec deux compagnies des dragons du prince de Ligne, pénétrèrent dans la même ville au son des cloches de toutes les églises et aux acclamations enthousiastes des habitants.

Le duc Charles revint le 23 janvier 1749. Il fut reçu avec la plus vive allégresse. « Un brillant cortège le con- » duisit à Sainte-Gudule où un Te Deum fut chanté. Depuis » la porte de Louvain, par laquelle il entra, jusqu'au pa- » lais, les maisons étaient pavoisées de drapeaux et de ban- » derolles, ornées de tapisseries et de guirlandes; les rues » qui presque toutes avaient leur arc de triomphe, étaient » jonchées de sable et de fleurs. Les illuminations et les feux » de joie durèrent trois nuits de suite. L'aflluence des

» étrangers accourus à ces fêtes fut si grande, qu'on compta » plus de 15,000 personnes logées dans les auberges de la » ville. Le 24, le magistrat, précédé par une cavalcade com- » posée des élèves des jésuites, alla complimenter le prince )» sur son retour et lui offrir le vin d'honneur. La Gazette de » Bruxelles reparut, les armes de l'impératrice furent réta- )) blies, celles de la France renversées, et tout rentra dans » les anciennes habitudes (i). »

A ces événements se rattachent deux divertissements avec chant : l'un composé par un certain Leclair, l'autre par Charles-Joseph Van Helmont. Il ne sera question, pour le moment, que du dernier ouvrage; son titre est : Le Retour désiré , divertissement pour la paix, mis en musique par C.-J. Van Helmont, maître de musique de l'église collégiale de SS. Michel et Gudile (sic). A Bruxelles, 174-9, in-S'', de 13 pp. Ce litre, qu'ornent les armes d'Autriche, figure en tête d'une partitionnetle, entièrement gravée sur cuivre, et qui est d'une rareté excessive. Aucun bibliographe ne la mentionne, et nous avons pu constater qu'elle fait défaut dans nos principales bibliothèques publiques.

D'abord, le divertissement de Charles-Joseph Van Helmont fut-il composé et exécuté pour l'entrée triomphale du duc de Lorraine? Il est difficile d'établir ce point avec certitude. Toutefois, on peut supposer que, bien que Marie- Thérèse y fasse l'objet de toutes les aspirations du parolier, il y a au fond de cette galanterie une allusion à Charles de Lorraine. Puis, est-il permis de conjecturer que la pièce ait été écrite avant le traité d'Aix-la-Chapelle, sous une dictature tyrannique à l'excès? Qu'elle ait surgi à l'occasion de la paix même, cela est plus probable, En tout cas, on y démêle un rapport direct avec le changement de gouverne-

(1) Henné et Wouters, Histoire de Bruxelles, t. II, p. 277. — Voir aussi la brochure : Entrée pompeuse de Charles de Lorraine, etc. Bruxelles, 1749, in-4o.

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