‹ La musique aux Pays-Bas avant le XIX ̊siècle. Documents inédits et annotés. Compositeurs, virtuoses, théoriciens, luthiers; opéras, motets, airs nationaux, académies, maîtrises, livres, portraits, etc.; avec planches de musique et table alphabétiqueChapitre 13 sur 60 · IV · texte numérisé non relu

IV

crumornes, formèrent des harmonies complètes composées du soprano ou superius, de Talto, du ténor et de la basse. Le doigté étant uniforme poui' les quatre voix de chaque espèce, le même musicien était apte à les jouer tous, suivant les circonstances. De là Tusage qui s'était établi de mettre les pièces démontées des quatre instruments dans un sac (?) ou étui. On peut voir, dans la notice Tylman Sasato, qu'il y avait neuf flûtes dans un étui.

« Le cromorne éiait une espèce de gros chalumeau qui se divisait en superius, alto, ténor et basse. Il était percé de six, sept ou huit trous et se jouait avec une anche. C*est l'origine du cor de bassette. La basse de cromorne servait aussi dans la musique de hautbois (1). »

Cette note vise à la science et n'ex|)lique rien du tout. Fétis reproduit des choses infiniment mieux élucidées dans Mersenne et dans d'autres auteurs, que nous étions loin de connaître, nous l'avouons, à une époque où la musicologie n'était guère cultivée que par quelques esprils curieux et investigateurs, et dans une ville de cinq mille âmes, où il était impossible de se procurer les livres de fonds qui nous permissent de faire autre chose qu'un travail de recherches d'archives. Lui-même venait seulement d'étudier la question h propos de la trouvaille de flûtes faite à Anvers en 18. . et dont il sera parlé plus loin. Quelle excellente aubaine pour placer son érudition! Là où il fallait la distiller h pleines doses, l'omniscient reste en dessous de lui-même. Ce qu'il dit des instruments du moyen âge et delà renaissance, dans le 8™^ tome de VHûtoIre générale de la musique, n'est qu'une sèche nomenclature, accompagnée de jolis dessins recueillis par d'autres. Les erreurs ne s'y comptent pas.

Voilà quatre scalmeyei^s communaux. Évidemment, c'e^^t de la scalmeye qu'ils jouaient de préférence. Il y a en-

(1) Biographie universelle des musieieus, A Gand, c'dtail la saquabutc. Et le ba&86D, et la grosse bombarde?

suite un étui de flûtes, un autre étui de cromhoms, le tout formant trois familles d'instruments à souffle bien disiincts l'uu de l'autre, et que le magistrat octroie à ses ménestrels pour en jouer tour à tour. Fétis, qui, ignorant la langue flamande, n'aperçoit pas nettement ces trois sortes d'instruments, prélend-il en définitive que la scalmeye, la flûte eXlecromhorn n'avaient qu'un seul et même doigté? On n'a qu'à lire ce qu'il en dit, au 5"" volume de son Hi&tmre, pour être persuadé du contraire. Il nomme des flûtes flamandes, les instruments de provenance purement allemande (1). Il transforme aussi en hautbois la scabneye proprement dite, puisque à l'article Goedn de Bey, il fait enseigner par l'un des scalmeyers le hautbois à Audenarde. La science qu'on veut avoir gâte bien souvent celle que l'on a. Passons.

Les quatre scalmeyers eurent l'occasion de foire briller leur talent multiple devant la reine-gouvernante, Mario de Hongrie, en 4832 :

Betaelt de vier scalmeyers deser stede, van dat zy speelden in de processie, als de coninghinne tAudcnaerdo was, ii lib. par.

Un trompette, qui appartenait à une famille dent un des membres s'est illustré dans la carrière musicale. Gérai d Van Weerbeke, un neveu apparemment de Gaspard Van' Weerbeke, dit Gaspard, et qui lut maître de chapelle du duc de Milan, à la fin du xv« siècle, se fit entendre devant la même princesse, comme ménestrel officiel, fonction qu'il remplissait encore en 1543.

La famille Van Weerbeke d'Audenarde descend-elle de la famille alostoise qui eut, au xni* siècle, un bailli parmi les siens, nommé Jean Van Weerbeke? Cela paraît vraisemblable.

Adrien Van Weerbeke loue, en 1458, avec quelques au-

(1) On verra plus loin qu'elles élaient au nombre de huit et se nommaient handfleuieu .

très compatriotes^ la pêche dans les fossés de la ville d'Audenarde, entre la porte de Bevere et la porte d'Eyne. Jean Van Weerbeke a en bail, à la même époque, le mairscèpe ou droit de convoyage sur TEscaut, entre Audenarde et Tournai (1).

Nicaise Faroul, veuve de Jean Van Weerbeke, de Tournai, passe à la ville d' Audenarde, en 1498, une rente viagère qu'elle tient de son mari, en commun avec sa fille Jeannette (2). Il s'agit probablement ici de Jean Van Weerbeke, fils d'Antoine, lequel était industriel, tapissier peutêtre.

Un autre Jean Van Weerbeke a, vers 1541, la garde et le profit du poids de la ville, à la Caele; il fait partie de la Société de Saint-Georges, avec un Gérard Van Weerbeke, probablement son frère et qui était joueur de trompette, comme il sera dit plus loin. Est-ce le même que le Gérard Van Weerbeke, prévôt de la corporation des « escriniers » scrynwerkerSf qui eut a se justifier, en 1539, devant le conseil privé de Cliarles-Quint,au sujet des troubles survenus à Audenarde en celte année? Le scrynwerkei^ était encore quelque peu artiste, à cette époque.

Il y a, de plus, un Jean Van Weerbeke, fils d'Antoine, lequel est cité dans le règlement de 1531, concernant les tapissiers d' Audenarde. Haerryke (Arnolde?) Van Weerbeke, femme de Jean Zurgheloose, acquitte son droit d'obit, à la corporation des savetiers, le 3 novembre 1585.

A ces indications généalogiques, joignons celle d'un Peterkin Werbecque, batelier devenu tristement célèbre, et qui, dans sa confession, dit : « Je fus menez par ma mère à Auldenarde pour apprendre flameng à la maison de ung mien cousin, ofiicier de la ville, nommé Jean Steenberg (1490)... » Il jouait, à ce qu'on relate, du manicordion. Est-ce le fils de Jean Van Weerbeke, né, comme on

(1) Comptes de la vilU d' Audenarde, année i458.

vient de voir, à Tournai? Le fait est vraisemblable (1).

A rentrée de la reine de Hongrie à Audenarde, on remarqua particulièrement la chapelle musicale du seigneur de Gavre, « De zangers van den heere van Gavere, » lequel seigneur avait son château à quelques lieues de la petite cité.

Lors de la procession, dite « van den pays » qui eut lieu, en 1544, la chapelle musicale de la comtesse de Lalaing, établie au château des ducs de Bourgogne à Audenarde, chanta un office solennel, que les comptes appellent magnifique :

Detaelt den sanghers van mevrauwen de gracfnede van Lalaing, vor don schonen dienst ghedaen in musycke up den dach als men de processie generael drough vor den pays, omme heurlieden met elcanderen te recreerne, xl sch. par. (2).

Évidemment, ces deux personnages avaient de même, à leurs gages, des ménestrels chargés des mêmes fonctions que les virtuoses communaux. C'est, dans ce but, que nous avons reproduit ces deux particularités, qui, prises en elles-mêmes, constitueraient ici un hors-d'œuvre.

En ISSt, un musicien d* Audenarde se fit entendre, du haut du beff'roi de Thôtel de ville, pendant la procession du sacrement, sur la zinke, ou cornet à bouquin, vieil instrument dont on jouait surtout au moyen âge, et qui est encore en usage en Suisse et en Allemagne (3). C'était une sorte de cornet en bois, courbé et percé de trous, dont on peut voir un curieux échantillon dans le beau musée instrumental de M. César Snoeck, à Renaix :

Joos Devenyns, van dat hy in Sacraments daghe ghespeelt heeft met een instrument van der syncke, op den terre van den schepenhuuse, xl st. par. (4).

(i) Voyez au sujet de ce carieax personnage, Kerytn, Histoire de Flandre, L V, p. 496, et Bulletin de F Académie royale de Belgique, 9fi série, U XXI, p. 181 (année 4866).

{% Comptes de la ville d^ Audenarde, année 1544.

(3) Lire, à ce sujet, intéressante dissertation qu'y cpnsacre Kastner, dans sa Danse des morts, p. 313.

(4) Comptes de la ville d' Audenarde, année lëSl.

Des fraudes, ou tout au moins des irrégularités ont dû se glisser à la longue, dans le service des ménestrels, vu que le magistrat d'Audenarde, devançant celui de Gand, crut devoir prendie des mesures sérieuses, pour pai*venir à n'établir la rémunération due aux virtuoses officiels, que d'après le nombre réel de leurs vacations respectives. A cet effet, il publia, le 19 septembre 1858, une ordonnance, par laquelle il enjoignait aux quatre ménestrels gagistes: l**de jouer tous les jours de la semaine, à l'exception du vendredi; 2° de se présenter, tous les samedis, à Thôlel de ville, pour y affn^mer, sous serment, leurs vacations de la semaine, et y recevoir pour ce terme, à un sou par jour, la rémunération qui leur était due, au lieu de celle qu'ils obtenaient in gloho tous les ans; S** de jouer, d'après une coutume traditionnelle, aux banquets des échevins, sans pouvoir exiger pour cela aucune gratification; 4° de ne mettre aucun empêchement, sous peine d'amende, h la coopération de Liévin Hulpeau, horloger de la ville, en cas d'absence de l'un d'eux; 5* de délivrer un inventaire des instruments, confectionnés aux frais de la ville, qu'ils gardent pendant un certain temps, chez eux, quoiqu'il en soit tenu bonne note. Voici ce document :

Scepenen vao derstedevan Audenaerdezyn gheaccordeert mellcn Koeden lieden van den Rade der zelver slcde, endc ordonneren den viep scaimcyere descr slede nu wesende onde hcurcn naercomuicrs, tespelene aile daghe, uutghosteken'svriendaghs; endc omme te evitercne Hgebreck dat daeraf in verlcden tyden gheweesl es, ordonneren de zelve niet nieer gheghevcn le werdene voor zekere gaeygcn clc xxxvj lib. par. H jaers, nemaer dat zy ghchaudcn werden aile zalerdaghe ton inschryven van den wcercke, heurlieden le doen inscryven t'eencn slnuver \s daechs elcken, van alzo veel daghen als zy ghespcelt zullen hebben, 't vveikezy, of d'een van heurlieden, ghehouden werden l'elcker waerf te affîpmeren by eede; ende sal heur lieden in de rekenijnghe deser stede elc ghepasseert werden v lib. viij schel. par., bovcn de vier ponden par., van huerlieder keerle, Ijaers, midts daer op spclende in de ordinaire maeltydcn van scepenen naer costume, sonder ander recompense; endc zo wanneer eenich van de zelve ordinaire speelders absent weitle, aucloriseren

Licven Hulpeau, orioygeslelder deser stede, te spelene ende te hebl)ene de gaygen vaa den zelvea absent, zonder dat hem yemanl daerinne beledl doen mach, up arbitraire correctie. De zelve ordonnantie inganck nemeode te Alderbelegen daghe ecrstcommende ; ende es heurlieden voorst gbeordonneert, by declaratie in gheschrifle.over te gheven de instrumenlen die zij onder heurlieden hebben, ghemaect ten cosle deser stede, omme daeraf notitie te hauden. Aclum, den xix*» in septembre xv^ lviii.

PoYVRB, Gheersdale, Seclyn, Butsei^r.

Grâce à cette dernière précaution, nous savons positivement en quoi consistait l'accord des flûtes et des cromornes, achetées par la ville, à Fusage de ses ménestrels,en lo31 et 1539. Cet accord était, pour chaque genre d'instrument, de huit pièces, et formait conséquemment un double quatuor, pour lequel, on a pu le voir à diverses reprises, .on s'adjoignait des musiciens supplémentaires, tirés des villes circonvoisines, parfois de l'étranger. Les flûtes portent la dénomination de handfleuten , ce qui les distingue visiblement de la famille de celles qui, à raison de leur poids excessif, étaient placées sur un support. Voici, comme preuve de ce que nous avançons, le document que signa, le 25 septembre 1567, le chef des ménestrels, maître Paul Macs :

Meester PauwelsMaes, heefl,by consente van scepenen deser stede, ghelicht een accord handfleuten van achten, metter custode, van do welke de eene vvat ghespleten vvas ; metgaders ooc den accord cromhoornen van achte, metter custode daertoc dienende, belovende de zelve weder te keeren ter vermaenynghe van der wet. Actum den XXV septembris xv« lxvii (i).

À la fête dite Baefmismaercty la vieille coutume de jouer du fifre et du tambour devant la demeure des principaux bourgeois, la veille du nouvel an, est abolie par ordre du magistrat, en 1599.

On voit, à cette époque, des tambourins se joindre aux

(1) Registre intitulé : Schepenen dagboek, fo 103, aux Archives communales dC Audenarde.

divers ménestrels, qui fonctionnaient durant la procession annuelle du Sacrement, au banquet offert par la ville aux commissaires chargés de contrôler la comptabilité communale. La saquebute vibre à Téglise de Sainte-Walburge, en 1593 et 1594; le violon, à partir de 1691; le basson, en 1698.

Les scalmeyers ont-ils joué du hautbois en 1669, ou bien le scribe communal, qui, pendantla dominaliondeLouisXIV en Flandre, se servait de la langue française,a-t-il entendu, comme au xvi' siècle Jean de Marnix (1), traduire exactement le terme dQscdmeye par celui de hautbois? La question mériterait de recevoir une solution définitive, quand tous les éléments d'appréciation seront réunis :

Payé au clercq de Pamele et consorts, joueurs des hautbois, pour leur pension, à trois livres de gros par an, xxxvi lib. par. (2).

Le terme de scalmeyers reparaît avec la rédaction flamande des registres de comptabilité. Constatons toutefois qu'en 1700, de vrais hautbois concertent avec le basson, lors du renouvellement de la loi. Le secrétaire communal, cela est évident, envisage le basson comme un grand hautbois ; conséquemment, il n'y a plus d'équivoque possible :

Betaelt aen Joannes Bradt(3),fugotier, en de Iweeanderc hautbois, over het spelen ten daghe van de verni eu winghe van het magistraet, vii lib. iiii st. par. (4).

Cinq musiciens allemands, admis à se faire entendre à la procession du Sacrement, en 1791, clôturent cette série

(i) Voir, plus haul, à la rubrique de Gand.

[fi Comptes de la ville cTAudenarde, année 1669.

(3) À l'année 1699, on lit : « Jan Bradt Mandant... > En 4712, il y a : < Joannes Mindert... > Bradt n*e8t peut-être qu^une contraction de Bemardt. Les billets de la Fêle des Rois, que nous avons signalés dans le 1. 11, p. 4^ de nos recherches, fournissent sur le costume des ménestrels d*Âudenarde, sous Louis XY, de précieux renseignements.

(4) Comptes de la ville (TAudenarde^ année 1700.

de faits relatifs aux ménestrels audenardais. Un grand relâchement se fait remarquer, au siècle dernier, dans la musique instrumentale de la ville. Il semble qu'elle se soit réfugiée à l'église, où tour à tour les instruments mondains usurpent la place du plus nobIe,du plus harmonieux, du plus grand de tous les instruments, l'orgue.

Mais une réforme va s'opérer, grâce à l'association appelée Harmonie dervrye Patriotten, que provoqua l'insurrection de Joseph II. Une société de concerts s'organise et inaugure le siècle actuel par une série de séances où la virtuosité des amateurs et des artistes audenardais se donne ample carrière.

Rien de la facture instrumentale, proprement dite, à Audenarde. Comme on l'a vu, tous les instruments étaient achetés ailleurs, et le dernier que l'on se soit procuré, avant le xix* siècle, à savoir un serpent h l'usage de Sainte- Walburge, provenait d'un certain E. Guillierme de Courtral, et coûtait 65 florins 13 sous. C'était François le Blon, père, qui en joua, pour la première fois, aux offices divins, en 1791 (1).

Pour le rommelpot, qu'il ne faut guère envisager comme un instrument de provenance purement flamande, vu qu'il se trouve mentionné dans Bonanni, sous le nom d'istromento délia vendemia (2), son apparition n'a plus lieu que fort rarement à Audenarde, comme nous l'avons constaté précédemment (3). Encore une vieille et pittoresque coutume que notre prosaïque civilisation a proscrite sans retour!

BRUXELLES. — La même question que pour Audenarde est ramenée ici, par l'extrait suivant du registre des

(1) Cotnptes de la ville <3CAudenarde^ année 1791.

[% C'est-à-dire des vendanges. Voyez figure 87, p. 444, de rédition traduite. (3) Musique aux Pays-Bas, u 11, p. 80 ; voyez-en la description dans (es Chansons flamandes de France,

dépenses de Jean II de Châtillon à Tannée 1370-1371 :

In die weke voor grote Vastelavont, ghegheven, te Brussel, Hanssen, onsen piper, emic Henselin, den bonghenere, mede ter scolen te riden, vj dubb. Dordrechts (i).

Voici deux ménestrels du duc de Brabant qui s'en vont à récole, apparemment aux environs de Bruxelles, puisque le terme riden, remplaçant le mot gaen, indique qu'ils ont fait le trnjet à cheval. Nous persisterons à croire, à ce sujet, que ces ménestrels allaient prendre des leçons de leur instrument respectif, chez un maître réputé et capable de les perfectionner dans leur arr. S'ils auront été à une école purement litléraire, ils y auront encore appris la musique, car nous voyons, dans une charte de Jean III, relative aux écoles de Bruxelles et datée du 28 octobre 4320, la disposition suivante relative à l'enseignement primaire dans cette cité :

Voort den vijfsten nedemieester oft nedermeestersse sal setten de vors. scolaster, oftd'overste meestcr van der hoghcr scolen, daertoe van den scolasler geset, ofl namaels ten tiden setten sal, om de kindre te leerene in seden gelrouvveles, in grammarien cnde in musyken (2).

Cette ordonnance fut confirmée et modifiée en 1361 et en 1381, par Wenceslas et Jeanne de Brabant, selon Dynteros et A. Thymo.

Fétis s'est fourvoyé complètement, à propos du terme stampien dont se sert Nicolas de Clerck, dans sa chronique flamande écrite de 1318 à 1380, pour caractériser une invention dont le célèbre ménestrel brabançon, Louis van Valbeke, serait l'auteur, et qui, du temps de l'annaliste.

(1) Les Arts en Brabant^ etc.

(2) Belgisch Mnseum^ t. 1, p. 23. Voy. aussi De Reiffenberg, Lettre à Fétis^ p. 10, et Snellaert, Introduclion aux Oude Vlaemsche iiederen, p. XX.

jouissait encore d'un certain succès de vogue. Voici les vers qui ont trait à cette invention :

In desen tijt slerf menschelijc Die goede vedelare Lodewijc, Die de beste was die voor dieD In de wereU ie was ghesien, Van makene enile metter hant, Van Valbeke in Brabant, Alsoo was bi ghenant; Hi wasd*eerstc dievant Van stampien die mabierefi, Die men noch hoert antieren.

Des Roches, le premier, a tenté de résoudre Ténigme, en la rattachement à l'invention de l'imprimerie (1). Breitkopf, îun des adversaires de cette interprétation, a essaye à son tour, de fournir son explication en ne voyant, dans le verbe stampien autre chose que Tart de frapper la mesure avtc le pied, comme si, dès les temps les plus anciens, l'usage de marquer ainsi la mesure n'avait existé (2).Fétis, à son tour, se môle de la question où successivement Oberlin, Fischer, Lambinet, Lichtenberger, De ReiflFenberg, Alvin, etc., s'étaient évertués à apporter, quoique vainement, quelques traits de lumière.

Selon Fétis (3), qui part du verbe flamand stampen, battre du pied, stampien ne saurait signifier que l'art de jouer d'un instrument où les pieds remplissent un rôle important. « Or, dit-il, il n'est pas un instrument du temps de Louis Van Valbeke,auquel cet art ait pu s'appliquer, si ce n'est à l'orgue. » Impossible de forcer davantage un mot, pour en tirer l'indication de tout un appareil de touches, appareil qui forme, on le sait, l'appendice nécessaire d'un orgue bien conditionné.

Il s'agissait de trouver le terme équivalent au mot stam-

(1) Uémoires de C Académie de Bruxelles^ t. \\ p. 595. Stampare, imprimer.

(2) Voy. entre autres Lichtenthal, IHct. de mus., au mot «ca^e//o, sandale.

(3) Biogr, umv, des musiciens, t. I, p. 374-375, verbo Bernhard.

pien, et d'en déduire la signification réelle qu'il comporte, sans chercher à prendre pour base une action isolée pour l'appliquer à toute une combinaison qui a du porter un nom générique spécial. Willems, comme après lui Snellaert, comme d'ailleurs aussi André Van Hasselt, l'a aperçue dans le mot stampij.^inqnéi il assigne « een soort van danslied, » c'est-à-dire une manière de chanson de danse (1). M. Serrure fils se range à cet avis (2), qui est aussi le nôtre, si nous rapprochons le terme de stampim de celui d'estampies employé dans ces vers de Jeanins Alart, auteur du Roman de la comtesse d'Anjou (1316) :

Ly aucuns chantent pastourelles.

Les autres dient en leur vielles

Chansons, rondiaux et estampies, •

Danses, notes et gaberies.

Lais d^amour ehantent et ballades.

Rien n'empêche que cette chanson de danse, due à Van Valbeke, aurait comporté une variante, de ce que le Roman de la Rose appelle

Très-bien se sçavoit débriser, Férir du pied et renvoiser ;

OU de ce que les Tournois de Chauvenei qualifient de carole^ qui, elle-même, était une sorte de danse chantée, et qui empruntait vraisemblablement son nom au caraulfe^ dont il est parlé dans V Année de l'ancienne Belgique (3).

M. Edouard Fétis, qui s'écrie, au sujet de la question tant débattue : « quel beau sujet de dissertation pour un savant ! » se borne prudemment à mentionner les opinions émises, en attribuant, en passant, à un « littérateur musicien, » l'étymologie de stampien prise pour un système de pédales d'orgue, « étymologie, ajoute-t-il, plus

(i) Willems, De lirabanuche geesten^ door Jan do Klerk. — Snellaert, Intr. précitée, p. V. — RsiFFENBERG.dans sa Lettre à Fé£t«, se range du c6té de Breitkopf, p. 5.

(2) Geschied. der Vlaamsche letterkunde, p. 445.

(3) Page 85, note. «Dient... estampies > répond littéralement à Pexpression: < men sprac... stampien » du Reinaert flamand.

naturelle et plus vraisemblable que Tautre (celle de Des Roches). » Pourtant, à la fm de son examen, il a Tair de vouloir se vanter d'être resté impartial dans la lutte : « Nous aimons bien mieux laisser à chacune des autorités respectables la responsabilité de son opinion (1). »

Les vers, très-énigmatiques, rapprochés de la qualification de vedelaere, vielleur ou en latin viellator, comme on va voir :

Die de beste was voor dien

Van makene ende metter hand.

ont fait attribuer encore à Van Valbeke, la profession de fabricant de rebecs, attribution que Fétis ne relève que pour dire à De Reiffenberg ■— le premier qui l'ait hasardée — que « le rebec était un instrument rustique et grossier, fort différent de la viole, qu'on appelait vedel en flamand (2). » Fort bien; mais l'attribution elle-même?

M. Ed. Fétis la reprend en sous-ordre, en qualifiant le ménestrel brabançon, d'industriel-artiste et de « facteur de vieilles ou rubbebes, c'est-à-dire de violes. » Cela se dira et se répétera encore, aussi longtemps qu'un autre document, plus explicite, vienne enfin donner une solution définitive à l'énigme.

Quoi qu'il en soit, une sorte de célébrité a dû s'attacher autrefois à ce nom, puisque les chroniqueurs ont jugé utile de l'enregistrer dans leurs compilations. Louis Van Valbeke florissait, h ce que dit De Reififenberg, sous le duc Jean II, de 1294 à 1312. Jean de Boendale le fait mourir en cette dernière année. Un archiviste recule cette date jusqu'en 1388, sans citer les sources où il a puisé son nouveau renseignement, et signale un cartulaire de l'abbaye

(i) Musiciens belges, t. .1, p. 62.

(S) Fétis dit ailleurs : « Le rebee était monté de trois cordes ; il y avait des dessus, des quintes, des tailles et des basses de rebec. > Cette division n'est pas si champêtre, vraiment !

de Pare-les Dames, où se trouvent (1) deux actes relatifs à notre musicien, passés en 1307, devant les échevins de Louvain. Le premier commence par ces mots : « Notum sit universis quod magister Ludovicus de Vaelbeke. viellator, in seculari liabitu exeuns...»

Nouveau mystère! Van Valbeke aurait-il demeuré à Tabbaye de Parc, et même porté Thabit de Tordre? Les mots : « sortant en costume séculier...» laissent un champ trèslibre aux inlerprétations. La suite du texte, que nous n'avons pas sous les yeux, lèverait peut-être les doutes.

Ce qu'on pourrait induire du début de l'acte tel qu'il est reproduit, et ce qui donne raison vraisemblablement aux documents qui font vivre le célèbre ménestrel jusqu'en 1358, c'est la qualification de magister assignée à Van Valbeke, qualiticaiion qui comporte l'idée d'une gilde véritable à laquelle il a dû appartenir. Or, nous l'avons vu plus haut, ce n'est que bien avant le xiv« siècle que les associations de ménestrels se formèrent aux Pays-Bas et donnèrent à tous les individus isolés, parcourant le pays avec leur instrument auxiliaire du chant ou de la danse, une existence régulière, basée sur les principes de la protection mutuelle, de la fraternité et de la philanthropie.

Peut-être a-t-il contribué, à Bruxelles, à la fondation de la gilde de Saint-Job, dont nous allons analyser les statuts, postérieurs de deux siècles, il est vrai, à la période d'activité de Van Valbeke, mais qui portent, à coup sûr, plus d'un reflet de Tassocialion primitive.

Mentionnons d'abord quelques documents qui annoncent leur existence de fait avant 1574, car non-seulement les statuts primitifs de la confrérie de Saint-Job sont anéantis ou perdus, mais les anciens comptes communaux ont été pour la plupart détruits dans le grand cataclysme du bombardement de Bruxelles par les Français vers la fin du xvn*^ siècle.

C(i) Auxl*»* 181, vo, et 485, v». des Arts en Brabant, etc.

En 1445, un trompette et plusieurs pipers bruxellois sont signalés à Âudenarde,probabIement à roccosion d'un tir solennel, où ils auront accompagné les confrères de Saint-Georges ou de Saint-Sébastien :

Ghegheven den irompet eiide pipers van Bruesele, in hofscheden, xxxvj st. par. (\).

Des trompers et des pijpers bruxellois sont signalés à Vommegang de Termonde, en 1470 et 1477. Le roi de cette troupe de virtuoses, en 1471, était un certain « Joannes Van der Hagen, » qui exerçait sa juridiclion dans le Brabanl entier (2).

En 1495, les ménestrels communaux se font entendre à la table de Philippe-le-Beau, et y exécutent, h ce qu'il est dit, « plusieurs chansons de musique, » une preuve, selon nous, que leurs instruments concertaient mélodieusement ensemble, et que leur répertoire se composait d'autre chose que de morceaux de fantaisie :

Les commis sur le fait des demeine et fmances du Roy et de Hons' rarchiduc, cerliffions à tous qu'il appartient que Simon Lon* gin, conseiller et receveur général de toutes les fmances, a, par l'cxprès commandement et ordonnance d'icelluy s' paie, baillié et délivré comptant en nostre présence la somme de neuf livres huit solz de xl g. monnaie de Flandius la livre aux personnes pour les causes et ainsi comme sensuit : assavoir aux ménestreurs de la ville de Bruxelles, pour don que mondit seigneur leur en a fait pour une

(1) Comptes de la ville (T Audenarde^ année 4445.

(2) D*aprës un document contemporain que possède notre ami Georges Becker. Une charte du M décembre 1462, le nomme « rex hyslrionnm Brabantiae. » L'ne autre charte du 31 décembre 1465, l*appelle « Coeninek tan der waepenen van Brabant. > Ces variantes sont curieuses à constater. Les deux chartes précitées appartiennent aux Archives générales du Royaume. Le curieux manuscrit musical de la fm du xv» siècle, que ron verra décrit au volume suivant de ces recherches, renferme des enluminures oflfrant peut-être un reflet des ménestrels bruxellois de ces temps. On y joue de la flûte, de la cornemuse, du tambourin, du sistre, du violon et de la harpe. Les deux saints qui y sont invoqués ont donné chacun leur nom à une église importante de Bruxelles.

fois quant aujourdhuy ilz ont joué de leurs instrumens devant sa table plusieui's chansons de musique.. .. Le xxv*' jour de juillet Tan mil cccc quatrevins quinze (4).

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