‹ La musique aux Pays-Bas avant le XIX ̊siècle. Documents inédits et annotés. Compositeurs, virtuoses, théoriciens, luthiers; opéras, motets, airs nationaux, académies, maîtrises, livres, portraits, etc.; avec planches de musique et table alphabétiqueChapitre 17 sur 60 · IV. ii · texte numérisé non relu

IV. ii

en vvaercn ontfanghen, noch die rechien daer loc stacnde en hadden bciaclU jao egeene poorlers en wacren der selver sladt, om dat sy WMiden seggen dat het dansen saude connen gheleerl vvordden met fluylen oft singen, dwelck nochlans maer en was cen opgesochi pretext, want bebalvens dat men daegelycx het contrarie sacb geschieden, soo wast dat de voorschreven vrempde speluyden suiez maer en waeren vuytgevende, ora het spel int voorschreven loeren dansen le moghen gcbruycken, sonder dner over eenigen cenr ofl breucke (1) le belaelen, gcconsidereert dat sulcx secrelelyck geschiede, ende oversulcx voorde supplianten onmogelyck was t selvc lelckcr reyse t achlerhaelcn, desen aengemercl, ende dat isclve oock in regarde van dese voorschreven stadt heel schadelyck was.sunderlinghe in regarde vande voorschreven vremdelingen, egeene poorlers der selver sladt wesende, soe hadden die supplianten seer oylmoedelyck geheden dat myno voorschreven heeren sauden gelieven t ordonneren ende sialueren dat nyemant wie by zy en saude voortaen, binnen deser sladt ende de vryheyt der selver, moghen Jecren dansen, len sy hy sy poorler der selver sladl ende ontfangen in bel voorschreven broederschappe der supplianien, ende hadden gedaea den eodl ende belaelt de rechien daer loe staende, op de pêne van Iwalff rinsguldencn telcker reyse le verbeuren, t appliceren volgende d*oude ordonnanlie ende slaluylen van l voorschreven broderschappe ende lot dyen de rechien van t selve broederschappe te willen augmenleren, le welen : len respecte vande borgers kinderen deser voorschreven sladl, lot sessenderlich rinsguldens, ende len respecte vande voorschreven vremdelingen ende affgesetenen, toi vyflich guidons in plaelse vande voorschreven achlenlwînlioh guidens,ende dat soo wcl d*een als d'andere sullen moeten doen ecnen laomclycken maelty t voorde dckcns ende ouders van t voorschreven broderschap, ende aen elcken deken, voor d'overstaen ende affhomen vande proeve, belaelen iwee guldcns in plaetse van eenen rinsgulden, daer voere van audls belaell, ende voorls op de condition geexpresseert inde voorschreven ordonnanlie ende statuyle vanden ecrsten oclobcr seslhienhondert ende derlhien ; ende naer dyen myne heeren borgmeesleren, schepenen, trésoriers, rentmeesters ende raedlder sladt van Brussel, wel ende inl lange ovcrsien hadden de voorschreven requcsie, metten advyse vande heeren trésoriers ende renlmceslcrs deser sladl, hebben de selve, considorcnde t gène voorschreven is ende amplierende sekerc voorgaende, in dalen den sesscntwintichslcn augusly scsihien hondert sesse,geleeckenl J.Vos-

(i) Ceur, keur signifie, en Brabant, une certaine redevance pécuniaire. Breucke s'entend plutôt d'une amende en argent, muleta, pana pecuniaria.

suM, gesUtucert ende geordonneert, sialueren ende ordonneren, mils desen, dat nyemanl voortaen binnen deser voorschreven sladt ende heure vryhcyl hem en sal mogen bemoeyen met te Icercn dansen, hy en sy ierst poorter deser voorschreven sladt ende in hot broderscbappe der supplianten geadmitleert, opde pêne indo voorschreven ordonnance begropen, ende dat ailen de gène die inl voorschreven broderscbappe voorlaene sullen wilien geadmitleert wordden, gehaudon sulten wesen te belaelen, len behoeve vanden seivcn broderscbappe, te wctene : de borgers kindcren, acbtentwinlichguldens in plaelse van oenentwinticb, behaudelyck dat eenen meester vanden voorschreven broderscbappe sal mogen bevryen eenen soene voor de hellicht, ende de vremdelingen ende affgesetenen veertich ringuldcnen, in plaetse van achienlwinlich rinsguidens, op expresse •contiilie dat de penningen procedcrendc van do voorschreven augmentatie, sulien beslreckl wordden lot vervallinge vande laston vanden voorschreven aullaer ende des daer aen cleeft, ordonnerende voorts dat aile de meestersindift'erentelyck, t sy ingeselene oft affgesetenen, sullen moelen contribueren totten maeltyt t hennen inné* commen le doen, achl rinsguldens« biyvende do voorgenoempde heeren altyt geheel om dese ordonnanlie te minderen, meerderen, ende veranderen ende corrigeren soo sy naer gelcgenlbeyt des tyls sullen vinden te behooren. Aldus gedaen ende geordonneert, op den veerihienslen juny sesthien bonderl eenenvijflic ; ende was onderteeckent A. de Witte.

Collata concordat cum suo originali, quod attester.

On vient de voir que la confrérie invoquait, comme une des causes de sa gêne financière, les dépenses faites pour un tableau à volets, qui ornait leur autel érigé en Téglise de Saint-Nicolas. Selon toute apparence, il s'agit ici du beau tableau de Rubens, dont parlent MM. Wauters et Henné, dans leu;* Histoire de Bruxelles^ et qui périt lors du bomb$irdement de cette ville en 1695 (1). Cette superbe peinture, payée, comme on sait, 3,000 florins au célèbre artiste, n'offrait guère, ainsi que nous nous y attendions, un sujet approprié à sa destination, c'est-à-dire qu'au lieu de figurer, par exemple, des ménestrels donnant, au son de leurs instruments, une aubade à leur patron, sujet qui se

(1) Tome II, p. Ml.

trouve sur deux médailles reproduites au t. II de ces recherches (1), la composition, à en juger par une gravure de Luc Vorsterman, n*a pour tous personnages que des diables qui tourmentent le saint homme. Il faudra donc chercher ailleurs, si on y tient, et le costume et les instruments de ces musiciens.

Pour n'avoir point observé l'ordonnance qui prescrit à tous les matlres de danse d*accepter les fonctions de prévôt de Saint-Job, le nommé Adrien De la Grève,maître de danse de la cour, eut à soutenir, en 1669, un procès contre les chefs de cette confrérie, procès dont il sortit vainqueur, à Tabri des privilèges conférés aux personnes faisant partie de la domesticité de la cour royale {i).

La naissance de l'opéra et la fréquentation, de plus en plus assidue, des spectacles de comédies, mirent les chefs de Saint-Job dans la nécessité d'étendre leurs prohibitions à ces lieux de réunions hantés par les instrumentistes. De là une nouvelle série de requêtes et de statuts, qui ont paru avec les commentaires voulus, au t. l" de ce travail (3), y compris un décret de 1682, qui n'est que la répétition de ceux que Ton vient de mettre sous les yeux du lecteur, à l'exception de la clause relative à la confiscation des instruments dont on aura trouvé nantis ceux qui auront été pris en contravention de l'ordonnance portant obligation d'être bourgeois et membre de Saint-Job pour être admis à se faire entendre en public.

Nous crûmes qu'après diverses tentatives infructueuses, les chefs de Saint-Job, fatigués d'une lutte trop inégale, avaient renoncé définitivement à leurs prétentions (4). Il n'en fut rien. Cinq ans après la dernière requête produite par nous à une autre place (5), ils revinrent à la charge, et

(1) Planche 3««.

{2) Voy. Mntique aux Pays-Bas, t. II, p. 147, note.

(3) rage 436 ù 447.

\4) Musique aux Pays-Bas^ t. 1, p. 447.

(5) Id., p. 446.

remirent le tout en question, comme si rien n*avait été décidé antérieurement. Voici la lettre qu'ils adressèrent, en 1730, à Tarchiduchesse Marie-Élisabeth, en vue d'obtenir gain de cause, tant au sujet de Topera, que sous celui des festivités et des bals :

A Son Altèze Sérénissive, Remontrent en très profond respet les chefs doyens, maîtres des danecs et instrumentistes, admis approuvez et bourgeois de cette ville de Bruxelles, que, par les lettres, actes et privilèges de mess" du magistrat de cette ditle ville, entre autre du ^ may 1682, il a été expressément défendu à tous les étrangers, sous les peines et amendes y slatuées, de s*introduire et de montrer à dancer, jouer aux festins, bals, gourdinettes, opéras et comédies, ce que feu Son Altesse Électeur de Bavière, de glorieuse mémoire, a été servie de confirmer par actecy-joint en copie du 5 du février 1699; et, comme les remontrants trouvent qu'il y a des personnes étrangères qui s'introduisent partout à montrer à danccr et autres à jouer des instruments avec les trouppes de t*opéra et comédie, et par là cherchent à s'établir en cette ditte ville, au grand préjudice de Sa Majesté, de cette ville et des remontrants, qui n*ont peu s'exercer librement, ne fût qu'ils ont été préalablement admis bourgeois et maîtres approuvez, en conformité des dittes ordonnances, émanées selon que dit est, à cet efiet et à fin qu'elles soient perpétuellement observées et les droits de Sa Majesté conservées et ceux de cette ville, les remontrans se prosternans aux pieds de Vostre Altesse Sérénissime, suppliant très-humblement que son bon plaisir soit de faire interdire, par les messieurs du magistrat ou Tamman de cette ville, à toutes personnes instiiimen* tisles, d'enseigner et montrer à dancer, jouer aux festins, bals, gourdinettes,opéras, comédies, dans quelques maisons ou lieux que ce puisse être, à moins qu'ils ne fussent acquittez et fait bourgeois et conformes aux ordonnances sur ce émanées, et par Votre Altesse Sérénissime à en ordonner sous telles peines qu'elle trouvera convenir, pour la conservation des droits de Sa Majesté, ceux de cette ville, et maintenir les dits privilèges des supplians, ce qu'ils espèrent de la grandeur et équité ordinaire de Votre Altesse Sérénissime. Quoi faisant, etc.

JoANNES Baptiste Drooghens (1).

Le message, transmis le 6 octobre 1730, par la régente des Pays-Bas, au magistrat de Bruxelles, fut envoyé, en

(i) Archives générales du Royaume. Correspondance du Comeil c/rf Brabant^ vol. 449, p. 485.

ces termes, par ledit magistrat, au conseil de firabant, le 31 octobre suivant :

EeRWEERDIGB, EDELE, WY8E ENDE VOORSINNIGB HBEREN,

Wy hebbcn ontfangen die requeste aen haere doorluchtighste Hoocheyt gepresenteert, van wegens de hooll dekens, dansmecslers endc inslrumentisten deserstadlBrussei, die ons hcbt gelieven toe te senden by brieven van den 20 octobris van desen jaere 1730, om over don inhout dyer Uwer Edele endc edele te adviseren, waer aen voldoende met respect seggen :

Dal *t broederschap der supplianten is voorsien van diversche ordonnantien, by de welckc onder andere is gestatueert dat niemant in 't selve broederschap nipt wesende, nochte poorter binnen dese stadt ende haere cuype, en sal mogen publicque dansschole houden, nochte oock en sal mogen gaen spelen om loon op eenige ambacht caemere ofle elders, bruyioflen ofle ballen, etc., conform de ordonnantie van den 23 may 4682 (l),die wy hier nevens syn voegende, met de welcke oock is geseght dat aile vorige ordonnantien aen 't voorschreven broederschap gegunt, sullen blyvcn in hunne cracht en vigeur, voor zoo vêle sy aen dese niet en syn contrarierende.

Dat 't oock redelyck is dal sy daerumo vvorden gemainleneert, ter exclusie van aile andere; dat dese ordonnantien oock syn geconfirmeert, by décret van syne doorluchlighste Hoocheyt elcctorael van Beyercn van glorieuse gedachtenisse, van den 5 february 1699, alsdan gouverneur gênerai van dCvse Ncderlanden; dat wy geene difficulteyt en vinden van ons aen 't voorschreven décret te conformcren, jae dienstigh ende olrboirlycke dat 't selve worde achtervolghl eodo geobserveert.

Alsoo ons ingesetcn borgers wesende in 't voorschreven broederschap ende draegende de borgerlycke lasten voor aile vremde ende andere in H voorschreven broederschap niet wesende, behooren geprefereert te worden.

Waer inné wy die supplianten, voor soo veel in ons is altydt behulpsaeni geweest hebbcn, en noch bercct syn hun daer ione le bevestighen ende te mainteneren.

Syndc dyenvolgens van gevocle dat aen de supplianten hunne vraege door haere doorluchtigste Hoocheyt onder correctie soude connen toegeslaen worden, als wesende conform aan 't gène sy van syno voorschrevene doorluchtigste Hoocheyt den hertoch van Beyeren

(i) L'ordonnance ici invoquée a paru au t. !•' de la Uumque aux Payt- Bas, p. 488.

hebben vereocht ende beconicn, ende blyve met eerbiedinge, Eerweerdige, edele, wyse ende voorsinnige heeren»

U£. dienstvvillige, 31 october i730. Die Wethouderén der Stadt Brusselô,

A.-J. Vander Meulen (1).

Le conseil de Brabant, comme c'était à prévoir, opina pour écarter Topera et la comédie des lieux auxquels les instrumentistes de Saint-Job voulaient étendre leur monopole :

Madame,

Nous avons reçu la requesle des chefs doyens, maiti^es de dances et instrumentistes de cette ville, renvoyez à notre avis par lettre de Votre AUèse Sérénissime du 6 oclobre dernier, sur laquelle ayant trouvé convenir de demander préallablement Tavis du magistrat de cette ville, ils nous ont informé que la confrérie des remonstrants était pourvue de différentes ordonnances, par lesquelles entre autre étoil statué que ceux qui ne seront de la dite confrérie, ni bourgeois do cette ville, ne pourront publiquement montrer à dancer, ni jouer aux festins, noces, bals, etc., et nommément par Tordonnance du dit magistrat du 23 may 4682, réclamée dans la requeste des remonstrants, qui avoit été confirmée par feu Son Altèse Électoral de Bavière, le 5 février 4699, qu'il étoit juste de maintenir les dits remonstrants qui doivent supporter toutes les charges bourgeoises dans ce droit, à Texclusion des étrangers.

Que, dèslors, leur avis étoit que Votre Altèse Sérénissime pourroit être servie d'accorder aux dits remonstrants leur demande.

Mais, comme ladite demande s'étend au de là de ce qui leur a été accordé par le susdit décret de TÉlêcteur do Bavière, du 5 février 4699, pour autant qu'ils demandent que seroit interdit aux étrangers de jouer aux comédies et opéra, ce qui ne leur a été accordé par le dit décret, sans doute parce que ces spectacles servants aux divertissements de la cour,on n'en devoit exclure les musiciens étrangers qui pourroient contribuer au dit divertissement, ce pour quoi nous sommes d'avis que Votre Altesse Sérénissime pourroit être servie d'accorder aux remonstrants leur demande, sous les

(1) Archives da Royaume. Correspondance du Conteil de Brabant^yol 449, p. 88.

resirictions qui se trouvent dans le décret du dit électeur. Nous avons Thonneur d'être en toutte soumission. Madame, etc.

Bruxelles, le 5 décembre i730.

En marge : Donné au portier du grand maître, le 7 ditto, présents Droogens et Poedermoelen, chefs doyens (I).

Les instrumentistes aux gages de la ville ne se bornaient pas à remplir strictement leurs fonctions ; réclamés, par les différentes institutions religieuses pour leurs séances publiques, ils s*y faisaient entendre surtout aux représentations des di*ames et des comédies, où leur intervention préludait insensiblement à un déploiement orchestral plus considérable, d*où naquit, comme nous Tavons démontré. Topera (2). A Hal, en 1695, ils participèrent ainsi h une tragédie biblique, qui mit surtout en réquisition les hautbois champêtres :

Aux joueurs de hautbois de Bruxelles, pour avoir joue à Taction représentée par les étudiants du collège et la rhétorique à la ditte procession (3).

D*aprës un antique usage, confirmé par une ordonnance du 29 avril 1682, les ménestrels communaux, alors au nombre de sept, devaient, tous les vendredis, faire musique à rhôlel de ville. Ils figuraient aussi dans les cortèges religieux, et Ton conserve, au musée royal de Bruxelles, un tableau d'Antoine Sallaert (4), qui représente, avec une exactitude des plus minutieuses, la Procession des PuceUes du Sablon, et oîi l'on voit, entre autres, six ménestrels, vêtus à l'espagnole, et jouant de la scalmeye,àe la zmcke.du trombone, et d'un instrument assez gros de calibre, ressemblant

(1) Archives générales du Royaume. Correspondance du Couteil de Brabant^ vol. 449, p. 483.

(3) Vdir, à ce sujet, t ill, p. 45 à 435 de notre Musique aux Pays- Bas,

(3i Extrait des comptes communaux d*Hal, reproduit dans l'Histoire de cette ville, p. !290 (édition flamande).

(4) Né vers 4580.

à nos ophicléides actuels ou à nos bassons primilirs. La serpentine a été omise par le peintre. Voilà, sans doute, les instruments le plus en usage, vers le milieu du x\if siècle.

On a vu déjà, un peu avant la même époque, une joueuse de psaltérion tirer, au rapport de Jean Ëverard, de son instrument une harmonie divine (1). On sait aussi, grâce à l'article 10 de Tordonnance de 1574, que les ménestrels officiels de la ville ajoutèrent, vers le milieu du xvi' siècle, le giiaerspel à leurs instruments habituels. Ils y avaient cherché une ressource contre les misères de ces temps calamiteux.

Un des derniers débris du ménestrel, à Bruxelles, fut, il y a un quart de siècle, un joueur de tympanon, nommé, par le peuple, Jaeksie met zijn hakkebei'd. Il parcourait les cabarets de la ville, et notamment ceux de la Grande- Place. Voilà tout ce que nous savons des instruments officiels et ambulants. La bourgeoisie, comme partout ailleurs, aura formé une harmonie en 1787, où, la première fois, les instruments en cuivre se marièrent dans un ensemble artistiquement réglé.

Passons aux ménestrels de la cour, en commençant par ceux du duc Wenceslas, en qui se résume pour ainsi dire tout l'intérêt qu'offre la musique des anciens souverains de Brabant. « Tournois, chasses, fêtes, jeux, festins, spectacles de bateleurs, récits et chansons de ménestrels et de poètes, concerts de toutes sortes, tel est le tableau que présente la cour de Brabant, pendant la vie de Wenceslas, lorsque le duc et la duchesse se trouvent à Bruxelles, en leur hôtel au palais de Caudeiiberg (2). »

La renommée qu'obtint cette cour fastueuse pendant la seconde moitié du xiv« siècle, époque où les ménestrels s'organisèrent en gildes, y attira surtout les instrumentistes et les chanteurs, avides de se faire entendre devant une sou-

ci) Muxique aux Pays-Bas , t. I^'^p. 483, note. [% Les Arts eu Drabant, etc., précités.

veraine, qui,eomme Jeanne, ne cessa de protéger généreu«sement les musiciens de toutes les nations qui affluaient à son palais. Parmi ces virtuoses, nous en remarquons deux qui appartiennent indubitablement au pays flamand. G*est d*abord un joueur de trompette du roi d*Angleterre, Crayenblic, cité en cette qualité, en 1366, et qui pourrait bien, présume-t-on, être le même que celui qui fut au service du duc de Bavière, en Hollande, de 13S8 à 1364. A preuve les deux extraits suivants :

Ghcgheven bi mynsheren bevelen, Crayenbiic ende siaen gheseilen, mynshccreQ Irompenaers (1).

Tordrecht, tôt Crayenbliecs behoef ende syns ghesellen (2).

Puis, il y a Guillaume de Ghislercele, guitariste de Charles Y, roi de France, qui visita la capitale du Brabant en 1368 et en 1370:

Magistro Wilhelmo de Ghistercele^minislreer régis Francie, ludenti super ghiternas (3).

Nommons encore maître Simon, joueur de viole, vedelaer, du même souverain (4), lequel avait succédé, en cette même qualité, à Hans den Jode, venu, en 1577, à la cour du duc Aubert de Bavière (5).

lies musiciens attachés au service du duc de Brabant étaient appelés, comme partout ailleurs, pipet^s. Le principal d'entre eux, le roi peut-être, était maître Winand, mort le 29 septembre 1399. On comptait encore au nombre des pipers, un nommé Middach et un certain Hannekin, que nous avons vu aller à Técole, plus haut, en compagnie de Henselin, le joueur de bonghe.

(1) Compu du trésorier de Hollande, do 1358-13S9.

(S) Compte des dépenses de Jean U de Chdtillon, de 196S-i963.

(8) Arch. gén. du Royaume. Chambre des comptes, registre, n* S867.

(4) Id., no« S364 et 9367.

(5) Id. Compu du trésorwr de Holkmde^ de 13T7.

Ce dernier instrument formait-il, avec la trompette et le piper, le seul appareil orchestral dont s'entouraient, pour leurs solennités ou pour leur divertissement particulier, le duc et la duchesse Wenceslas? II s*en faut de beau* coup, et nous voyons successivement défiler, à la cour de ces généreux protecteurs des arts, des virtuoses jouant de divers instruments, tels que les naquaires, akaren (1374), la harpe, jouée par des méilestrels des comtes de Flandre et de Namur, le riethoom, la cornemuse, servant d'accompagnement au chant, le luth (1), Torgue portatif, le cor sarrasin, ces deux derniers intruments maniés par des musiciens de la comtesse de Flandre (1363), le rebec (1359), la flûte, apparemment le galoubet, met eenre haut {Uuierde (1360), le psallérion, santorie (1388), etc.

Parmi ces instrumentistes, il en est qui avaient le titre de roi, comme le violiste Willem, appelé « den coninc der vedelaren (2). » La plupart portaient des armoiries sur leurs vêtements, une preuve qu'ils étaient attachés à quelque haut dignitaire ou à quelque importante commune (3).

Les ménestrels qui font suite à ceux que nous avons relevés sous les ducs de Bourgogne (4), se modifient sensiblement, tant dans leur association harmonique, que sous le rapport des instruments dont ils jouent. Philippe-le- Beau, gouverneur des Pays-Bas sous Maximilien, qui, à en croire de ReifTenberg, emporta dans son pays les traditions des musiciens belges (5), avait, en 1803, trois joueurs de musette : Bertrand Brouart, que nous avons fait connaître déjà (6), Mathieu Dewildre et Guillaume Terro, outre des saquebutistes, des flûtistes et des tambourins.

(i) Voir au t. III, p. 318, 382 à 404 de ces recherches. (2} Compte de Jean II de Châtillon, année i362-i363.

(3) Rappelons encore ici les deux chartes des échevins de Bruxelles, où intervient le « roi > Jean Vander Haeghen, appelé < coninck Yan der wapenen van Brabant, » et « rex hUtrionum Brabantiœ. »

(4) Voyez plus haut, rubrique Bruges.

(5) Lettre à Fétis, p. 14.

(6) ÊÊuiique aux Payê-Bat, t. Ill, p. 188.

Charles-Quint, son fils, qui jouait du manicordium dès sa plus tendi-e enfance, comme on a vu (t), s*éprit plus tard d*un goût particulier pour la harpe. Enlre autres viituoses de cet instrument qu*il prit à son service, on compte Richard Dumont (i) et David Vanden Hende (3). Ses violistes principaux étaient François Massi, François Cornet (4) et Gaspard Payen, nommé mugico de vihuela (farco (5).

Marguerite d'Autriche» qui maniait avec adresse plusieurs instruments, affectionnait notamment la viole, instrument que Marie de Hongrie, qui lui succéda dans le gouvernement des Pays-Bas, conserva autour d'elle. Vincent Rigler était, vers 1532, le virtuose principal de celleci (6). Quant aux noms des violistes de la fille de Maximilien, ils se sont dérobés jusqu'ici à nos investigations. Tout au plus, nous est-il permis de citer les extraits suivants des comptes de Jean de Marnix :

A mailrc Pico (7), tamburin d*icellc daine, j escu aa soleil. Item, pour six aulnes de bon drap brun d'Ypres, que madile dame a fait acheter au prix de xxviij sols Taulne ; et icelluy de sa part délivrer à Reinond Fabri, tamburin de ses filles d*honncur, pour une robe pour luy, el pour v aulnes de bon velours noir pour ung pourpoint |)our ledit Remond Fabri, et pour bourder ladite robe.

vj carolus aux tambourins et jouheurs de viole de madicle dame; iij carolus à Picot, le tambourin.

Au joueur de vyole d'icelle dame, ij carolus.

Le prince d'Orange régala Marguerite d'Autriche, en 1521, d'un concert d'orgues, de ftfres et de tambourins :

(1) La Musique aux Pays-Ban, t. lU, p. 465, et t. I, p. Sd3.

(^ Id,, t n, p. 87S.

(8) Id., t. m, p. 478.

(4) Id,, t UI, p. 474 et 477.

(9t) Ed.. U I, p. 335.

(8) M., t. ni, p. 310.

(7) Pico ou Picot n'est que le surnom du tambourin de Marguerite d*Autricbe. Dans un compte de 4596, il est appelé « Regnauld Du Cerf, dit Picot, ci-devant tambourin de Hadame. »

A quatre compagnons jouheurs de tambourins, orgues et phifres, serviteurs de monseigneur le prince d*Orange, la somme de six florins d'or de Rhin de xxvilj* patars pièce, en faveur de ce que le 1«' juillet vx<> xxj, ils ont joué de leui*s instruments devant madite dame à son disner (4).

Aux conférences de Cambrai, ouvertes en 1529, Marguerite se fit entourer de ses tambourins et de ses orgues. Louise de Savoie, qui y représentait François F, son fils, y vint avec des joueurs de fifres, de « grosses fleutes », de rebecs, de hautbois, de saquebutes, de violes, de trom* pettes et de cornets. Les violes, au nombre de quatre, y auront formé un accord harmonieux, probablement comme à la cour de la gouvernante des Pays-Bas. Quant au rebec, dont nous avons signalé également l'existence d'un quatuor, redisons ici que la rusticité que Fétis lui attribue est singulièrement atténuée par la participation de l'instrument à des fêtes royales. La comparaison de nos ressources instrumentales avec celles de nos voisins, à l'aide de documents officiels qui les opposent les unes aux autres, nous fournira ultérieurement plus d'une induction dont il y aura lieu de tirer parti.

Raymond Fabry reçut, pour paraître aux conférences de Cambrai, « ung beau tamburin d'argent armoyé de ses armes. »

Le ^ juillet, les « jouheurs de tamburin, fifres et rebectz de madame Vendosme (la duchesse), » se firent entendre au souper de Mar* guérite.

Le 8 août, ce fut le tour de « quatre compaignons, jouheurs de grosses fleutes, serviteurs du roy de France. »

Le jour suivant, «neuf compagnons italiens, serviteurs du roy de France, jouheurs de haubois, sarbotles et cornets, » égaient le souper de la régente des Pays-Bas.

Le 10 août, fonctionnent, en son hôtel, « quatre jouheurs de vyole

(4) Comptes de Jean de Mamix. Dans les extraits de VÊpUaphier de rëgllse de N.-D. du Sablon, publies en 1863, par M. Philippe Vander Haeghen, on en voit une ainsi conçue : « Gt gist Orpheo de Vilzio, mu^anois, en son temps

ABCHIER HE CORPS ET MUSICIEN DE LA ROYNE DE QUI TRÉPASSA LE li« DE

MARS 4440. » C'est, croyons-nous, 4540 qu'il fout lire.

du roi de France, » ainsi que les ^ trompettes du roy do France,* qui viennent « à son disné » sonner devant elle (1).

Le pourpoinl noir de Raymond Fabry» rapproché da capuchon noir, qu'adoptèrent les ménestrels de Marguerite d'Autriche (2), nous incline à supposer que la couleur foncée était dominante dans le costume des virtuoses officiels de nos anciens gouverneurs.

La meilleure idée que Ton puisse se former de la musique instrumentale de Philippe II, presque toute composée de virtuoses néerlandais, nous est fournie parle récit suivant, emprunté à la chronique du maiinoisWyts, à Tendroît oti est décrite Tarrivée de la reine d'Espagne à Santander, au mois d'octobre 1870 :

« Cent et cincquante méneslriers, assavoir : trompettes, clairons, trompettes sourdes, violons, hautbois, cornetz et tambourins à chaudières en quantité, lesquelz csloyent tousjours à Tentour de la royne parchemin, où les ungs Taltendoient à rentrée du lieu de la gistc, pour luy faire Thonneur et donner moindre ennuy par chemin. »

Il s*y trouvait aussi « quelque douzaine de bouffons richement accoustrez, avecq leur quinternes en leurs mains, les quelz servoyent durant le disné, et en chantant composoyent certaines rimes sur leur jeu, en Thonneur et louenge et grandeur de leur maistre. »

De plus, autour de la reine, « estoyent foi^ce Espaignolz chantant par chemin, tous chapon nez (3), lesquelz estoyent avancez pour leur voix et la musique, et furent les plus tenuz en exercice, tant à table que par chemin : entre autres il y avoit un grand gros cappoti qui chanta seul chansons à plaisir, lequel gringottoit comme ung rossignol, rayant par plusieurs fois accouslé (4). »

Sous l'archiduc Albert et ses successeurs, on fit un grand usage du basson, ou fagot. Cet instrument, ainsi

(i) Comptes de Jean de Marnix. Ce furent apparemment des ipellieden de rÉtat qui fonctionnèrent, en iSST, au banquet donné par les États Généraux. Voy. Atm. de VAcad. éC Archéologie (TAnverSy t. XU, p. i08.

{% Musique aux Pays-Bot, t. UI, p. 480.

(3) Caponnez^ chaponnés, châtres.

(4) Bulletin de la Commission royale tChistoirey 3e série, t. V, p. 319.

qu'il a été dit, était d'une utilité réelle, avant la vogue du serpent, pour soutenir les voix privées d'accompagnement d'orgue, notammentdans lesoffices de la Semaine Sainte(l). II complétait aussi l'accord des instruments à anche, comme le hautbois, à la famille duquel il appartenait naturellement. A voir le cas qu'en faisait le gouverneur général des Pays-Bas, on pourrait croire qu'il servait aussi d'instrument de virtuosité. Nous avons vu, en effet, l'un de ses principaux représentants, Philippe Van Ranst (2), recevoir de l'archiduc des libéralités fort généreuses.

On comptait encore, parmi les bons « fagolistes » de la chapelle royale, Martin Wattelet, qui reçut sa pension, en 1624, après une série de services dont l'importance est constatée expressément: Maximilien Stéphane, mort en 1663; Henri Garnevelt, auquel succède, en 1684, Chrétien Dewit,qui avait déjà servi, en celte qualité, pendant une trentaine d*années, selon qu'il est dit dans sa requête. Le maître de la chapelle royale, Honoré Dève, en le recommandant au gouverneur général, assure que « sans lui, on n'a peu faire l'office pontifical. »

La lyre italienne fonctionnait également à cette cour. Celui qui en jouait, Nicolas Le Corbisier, après avoir été enfant de chœur à la chapelle royale, devint maître de chant de l'église de Hal, tout en faisant partie du personnel des virtuoses de la cour de Bruxelles. Nous savons cela par une requête qu'il adressa à l'archiduc, en vue d'obtenir une prébende à l'église de Béthune :

Remontre bien humblement Nicolas le Corbisier, qu*il a servi sept ans d'enfant de chœur de la S. Infante (de glorieuse mémoire) et continue encore à servir V. A. S. de joueur de la lyre ilalienne,et pour estre maintenant maisti^ du chant ùNoslre-Damme de Halle, voudroit voluntiersse faire d'église; et ne pouvant aller aux ordres, ù faute d'un liltre de bénéfice, il supplie bien humblement V. A. à luy faire mercède d'une des prébendes de Béthune présentement vacquanles,

(1) Musique aux Pays-Bas, t. II, p. 129, note. {% Voir au début de ce paragraphe.

avecqz laquelle il puis accomplir sa bonoe volunlé, et il sera (enu de prier pour la conservalion de V. A. S. (1).

La lyre italienne était, si nous ne nous trompons, une des variétés de la viole, montée, comme les anciens violons-lénors, de sept cordes (2).

On continua à goûter les sons cristallins de la harpe, que mania avec distinction la famille Vander Linden, et, en dernier lieu, Jean-François Vander Linden, pensionné en 4698, après quarante-cinq ans d*honorables services. Dans la requête qu*il fit, à ce sujet, il dit : « que son ayeul, son père et luy ont servy, en cette qualité, plus de cent et cinquante ans successivement. Et comme le remonstrant se trouve perclus et affligé de la main gauche, et réformé depuis quelques années, nonobstant un si long cours d'années de services, desquelles il en compte quarante-cincq ans pour luy seul, trouvant de ses propres gaiges environ de douze mille florins et de feu son père vingt-cincq mille, et plus, tellement que, par cette réforme imprévue^ il se trouve dans ses vieux jours, réduit à la mendicité... (3). » Sa pension ne s'éleva guère au-delà de soixante floiîns. Jean-François Vander Linden, fils de Jean-François, fut nommé aux fonctions d'instrumentiste, le 15 juillet 1653, aux gages de dix sous par jour.

L'aïeul de cet artiste était très-vraisemblablement Lorenzino Vander Linden, qui exerçait les fonctions de luthiste de la cour en 1618 (4). Il est deux autres luthistes de la même cour qui eurent quelque renom : Philippe Vermeulen et Jacques Saint-Luc Le premier, qui alla se perfectionner dans son art en Italie, en emporta, selon toute vraisemblance, les notions premières du théorbe. Une longue

correspondance à ce sujet, a paru au tome II de la Musique

(4) Sans date. Archives générales du Royaume. {% Consultez, là- dessus, les lexiques spéciaux. (^ Musique aux Pays-Ba%, t. (I, p. 39S. (4) /(/., t. Il, p. 390.

aux Pays-Bas (1). Son père, Hans Vermeulen, également instrumentiste de Tarchiduc, eut à soutenir, en 1632, un long procès contre un certain Paulo Pissini (Piccini?), époux de Marie Robillart (2).

Jacques de Saint-Luc, auteur d'un recueil de pièces pour luth, flûte ou hautbois et basse continue (3), était artésien de naissance, à en juger par une phrase d'un de ses créanciers qui, en 1683, Tavait traduit devant l'Alcade, où ledit créancier soutint, que Saint-Luc le renvoyait toujours avec cette promesse illusoire : « Au jour de demain, je recevray une bonne somme de bien en Arthois... » Effectivement, si c'est le même dont parle Fétis, il aura été d'abord attaché au service de Louis XIV.

. On a vu, qu'aux concerts de Dandeleu, à Bruxelles, on se servait, entre autres, d'une sorte de grande guitare, appelée chitarrone. En même temps, on y jouait de l'épinette, de la viole, du luth, du théorbe et de la flûte (4). La guitare ordinaire servait parfois, dans les divertissements de la cour, à soutenir, avec les castagnettes, les pas cadencés des danseurs : « [En 1633] on dansa, au bal de la cour à Bruxelles* disent MM. Henné et Wauters, aux sons de la guitare et des castagnettes (5). » M. Galesloot rapporte, au sujet d'un procès qui se déroula sous le gouvernement du cardinal-infant, que « Romule Tondy, musicien de Son Altesse, fut requis par ladicte dame (la princesse deHohenzollern), de chanter sur sa guitare un miserere meU pour la divertir, en attendant Fissue du procès (6). »

Quelques années plus tard, à savoir en 1673, l'usage de donner des concerts de voix et d'instruments s'était déjà introduit au palais, comme l'attestent les Relations venta-

{\) Dep. 8T7àp.890.

(9) Ce dossier repose aux Archives générales du Royaume.

(3) Musique aux Pays-Bas, L II, p. 993.

(4) id,, L I, p. 31.

(5) Histoire de Bruxelles, t II, p. 8â.

(H) Revue trimestrielle, 186S, t. lU, p. 83.

lY. 13

bks, qui, en parlant d'une fôte semblable, ajoutent : « Rien n*y manqua, par la belle harmonie et les concerts des instruments et des voix. »

Quant aux instruments à archet, le quatuor de la famille des violons florissait, tant à la chapelle qu'à la cour des gouverneurs généraux, témoin cet extrait emprunté à un registre de la recette générale des finances, de 1678 :

A Jean Peelers, Jud'ocus Sacré et François Perclaes, respectivement musiciens violons du palais, la somme de cincq cent livres dudict pris, comptant des deniers réservez à la disposition pour semblable somme que Sa Majesté leur at accordée en don et ayuda de costa^ une fois, en considération des occupations extraordinaires qu'ils ont renduz, par ordre de Son Excellence, en diverses églises et festes particulières, selon les lettres patentes en dépeschées le trenteuniesme janvier XYI* septante cincq, par icelles lettres patentes et quictance y servants venus en Tétat du mois de febvrier XVI« septante cinq, xlix foi., cy rendues, la somme de vc lib.

Sous Tarchiduc Albert, la viole de gambe avait en Daniel Norcam, particulièrement attaché an palais de ce prince, un interprète très-estimé (1). Est-il nécessaire de citer les autres instruments qui fonctionnaient à cette cour, comme le cornet, par exemple, représentés par Antoine Chambers, Renaud Delà Bourse, Baltbasar Richard, ce dernier, le plus célèbre de tous, et qui a fait déjà l'objet d'un paragraphe spécial (i) ? Tous ces musiciens gardent encore la dénomination de ménestrels^ dans les états de leur service à la cour. Après, c'est-à-dire au xvm* siècle, ils se fondent dans l'ensemble de la symphonie. Nous les y retrouverons bientôt, en les envisageant plus collectivement.

(4) Papiers tTÊtat et de F Audience^ no 4S05 (innée 4090). La basse de viole régnait alors dans quelques salons, et envahit même plus tard les convents. A Tabbaye de la Thure, à Solre-sur-Sambre, les damée en jonaient, témoUi Textrait suivHnt de leur mémorial : « L*an 470S, M. Deqnesnes a donné une basse de viole à dame Caroline, sa bonne amie. Il a commencé à l'apprendre k la jouer. Celle basse estoit estimée à dix escus. » Registre n* M, anx Archives générales du Royaume.

(3) Muiique aux Pays-Bas^ t. II, p. 74 et suiv.

Ge n*est pas que déjà, à Tépoque dont il s'agit, ils ne formassent un accord imposant d'instrumentistes et de chanteurs, comme en 1652, où eut lieu Texécutioa d'un ensemble magnifique, célébré dans les Relations véritables ^ et formé de vrais « chœurs séparée, » fournis par « les musiciens de la chambre de Son Altesse, » par ceux de la chapelle royale de la cour, et par les artistes les plus habiles de la ville. Mais, à proprement parler, les instruments n*avaient point encore alors le rôle complexe et polyphonique qu'on leur a assigné depuis.

 un centre musical aussi grand, aussi actif que Tétait jadis Bruxelles, il a fallu le secours de nombreux facteurs d'instruments. La plupart malheureusement se sont dérobés jusqu'ici à toute recherche, notamment pour les temps antérieurs au xvin® siècle. Ceux-ci auront leur place plus loin, dans l'étude que nous ferons de la chapelle musicale sous Henri De Croes. Pour les autres, y aura-t-il jamais moyen de les ressusciter? Tant d'archives précieuses ont disparu sans retour, et avec elles des trésors d'informations sur les luthiers anciens !

C'est par un hasard particulier que les comptes des chartreux de Scheut (Bruxelles) font mention, en 1462, de l'emploi d'un tympanon, sans doute à l'occasion d'une solennité particulière. La peau qui le recouvrait, avait été défoncée, et on crut bon de pourvoir à son renouvellement :

Pro una pelle francene, pro instrumento tympanizando, iiij i/2 don.

Peut-être s'agit -il ici également de naquaires, dont l'usage devait être assez commun à Bruxelles, vu que, en 1381, un certain Guillaume Croenkene, de la même cité, alla jouer de cet instrument à Yommegang de Termonde :

Willem Croenkene van Bruessele rdie] up de akaren speell, ten voorseide feeste oothouden wesende, ghegheven ii j st. mi gr.

Un siècle plus tard, on Ta vu (1), le comte Devondshire se procure un scytheraine à Bruxelles. Enfin, il a été parlé également (2) d'un Laurent Vander Linden, établi, en 1621, à Bruxelles, comme facteur dlnslruments de la cour.

Nous allions oublier un certain Jean de Thouraine, cité à Tannée 1444, dans les comptes de la recette générale des finances, comme facteur de trompes à Bruxelles (3).

On lit dans un rapport du magistrat de Bruxelles, au sujet d'une requête présentée, en 1763, par la veuve Dulcken : « Nous avons eu, de tout tems, et nous y avons encore des ouvriers en toutes sortes d'instruments (4). » Un basson employé àYpres,en 1730, venait de Bruxelles (5).

Burney cite un facteur bruxellois, nommé Simon, lequel inventa, en 1757, un mécanisme pour produire les demitons sur la barpe (6). ce C'est une invention ingénieuse et commode sous plus d'un rapport, ajoute le musicologue anglais; car, en réduisant le nombre des cordes, on améliore le son de celles qui restent, comme il est bien reconnu que moins un instrument est chargé, mieux il résonne. » Simon existait encore à Bruxelles, à l'époque où Burney visita cette ville (1772).

Il y entendit une jeune demoiselle jouer extrêmement bien de la harpe à pédales. Elle était élève de Godecharle, violoniste que Burney suppose à tort être originaire d'Allemagne. La harpe, suivant le même écrivain, était fort en vogue à Bruxelles, parmi les dames. Elle avait 33 cordes, qui, excepté la dernière, donnaient toutes les notes naturelles de l'échelle diatonique; les autres se disaient avec les pieds.

M. César Snoeck possède un violoncelle de 1731,prove-

(i) Muiique aux Pays-Bas, 1. 1, p. 184, noU. {% id,, t. Il, p. 3)».

(3j Archives des Arts, etc.

(4) JUusique aux Pays-Bas, U I, p. SOi. tS) Id., t. U, p. S89.

(6; N'est-ce pas une erreur ? Nous avons dit que rinventeur de la harpe k pédales est Hochbnicker. Musique aux Pays-Bas, 1. 1, p. 63.

nant des ateliers de Marc Snoeck, luthier de la cour. Le même amateur conserve une guitare à dix cordes, incrustée en nacre, et offrant réliquette: « Delannoy, a Bruxelles, 4777. » Il a, en outre, des flûtes iraversières, des flûtes à bec, des clarinettes d'amour, des hautbois soprani et basses, le tout de la facture des célèbres Rottenbourg.

Voilà tout ce qui nous est parvenu jusqu'en ce moment. Le contingent est mince. Il n'a pu dépendre de nous de le rendre plus ample et plus intéressant.

TERMONDE. — Termonde est bien certainement l'une des villes les plus curieuses à étudier, sous le rapport de la variété et de la magnificence données à l'appareil instrumental qui fonctionnait autrefois à leur ommegang. On comprend que ses ménestrels ne suffisaient point à ce déploiement extraordinaire, et qu'il leur fallait l'assistance de ceux des villes voisines. Ce que l'on s'explique moins, c'est que cette part importante donnée à l'élément musical, ait pu se réaliser sur une aussi vaste échelle, et qu'à un jour donné on ait pu réunir, pour la kermesse annuelle, plus de soixante-dix virtuoses, quelques-uns venus à une distance assez considérable. Enfin, les habitants de Termonde, ou le magistrat, qui n'en est que le mandataire, ont dû être des mélomanes exceptionnellement épris de l'art musical, pour consacrer ainsi, tous les ans, une forte somme de leur budget à l'organisation de ces concerts en plein air.

Déjà en 1395, des ménestrels figurent dans la procession, jouant de divers instruments tels que la trompette, le luth, la harpe et les naquaires. On y attachait des pennonceaux aux couleurs de la ville :

Ter feeste van onser dedicatie, ter grooter kerke op St-Jans dach decoUatie vorseit, es le welene dat vêle menestrcels waren, trompers, akaerspeelders, pipers, up iuuten, up harpen spelcnde, ende menegheraDder andere mannen, die som ghehaelt waren ende ontboden, ende oec sommighe niet ghehaelt noch onlboden, spelende voer

*t sacramenle ende eiders, in den ommegfaanc, daer sy gbesochl ende gheordineert waren; den welken in al ghegheven wierd, deo eenen meer den anderen min, xxvj st.

Item, van vêle punoenkenen met der poort wapene te verwapene, ghehangen an der ministruels instrumente ; daer af betaelt Gillise Den Mol, xden. 0).

Dix ans après, c*est-à-dire au mois d'août 140S, les fêtes de la grande kermesse attirèrent un plus grand nombre de musiciens. Dix-sept compagnies, ou bandes, Formant un total de soixante instrumentistes,s'y trouvèrent; et, le soir,avant d*étre payés, ils exécutaient encore quelques morceaux à rhôtel de ville, pendant qu'on les régalait de vin. Les salaires quileur furent donnés, variaient de quatre à quatorze deniers, monnaie de Flandre. Outre les instruments à vent et à cordes, dont les noms ne sont pas spécifiés, on y remarquait des harpes, des psaltérions et un apportatif(2).

En 1470, la ville paya aux musiciens qui figurèrent à Pommegang, deux livres seize sous de gros, ce qui, dit Wytsman (3), en prenant la moyenne à un sou de gros par tête, fournit un total de cinquante-six instruments :

Achtervolghende doude costumen, zo onlhielden dontfangers trompers, pypers en vj claretten van Gend, trompers en pypers van Brussele, van Mechelen ende van meer andere steden ende vêle snaerspeelders, cornemuesen ende anders, al tsamen il lib. xvj si. gr.

Ce nombre s'éleva, en 1477, à soixante et onze ménestrels. On y entendit des trompettes, des cornemuses, des flûtes et des tambours :

vj trompers van Ghendt, xj st. gr. — Den trompers van Bruessele, iij st. vj d. gr. — iiij scalmeyers van Mechelen, vj st. viij d. gr. —

(4) LÉON DE lURBURE, Aperçu Sur l'ancienne corporation de$ musicien» instrumentistes tf Anvers, etc., p. 7.

(9) Id., ibid, (3) Anciens airs et chansons populaires de TermondCj p. 8.

i] pipers van Antwerpen, iii st., iij d. — îij pipers van Aelst, iiij s. •^ iiij trompera van Gent, ghenaemt Zoen Ghys, Joos Ghys, Aert De Keysere ende Jan Vande Voorde, v s. — Een tromper gehenaemd Van Meere zone xiiij gr. — ij trompers vande Serckene waert, ij st. vj d. — Hanneke Duerman, piper, vj gr. — Gillis de Schaelmeyere, piper (1) iiij gr. — Rombout Amelrecx, viij gr. — Hier quamen xxviij moezelpipers, elken moezelpiper ij gr... iiij s. viij d. -^ xvj fluyten en tambours, elkeeenen gr... xvj gr.

Vingt-huit cornemuses ! Nous présumons qu'aucune ville de Flandre n*a donné le spectacle d'une pareille réunion d'instruments de ce genre. Ailleurs, comme à Bruges, par exemple, on préférait Téclat des trompettes. Ici, on recherche surtout les instruments doucereux. Remarquons que pas un seul instrument à cordes n*est employé. Et pourtant, comme nous l'avons constaté, on raffectionnait pour les processions du Sacrement, dans les villes adjacentes à la mer, telle que Furnes ! Le mot piper est accouplé, cette fois, au terme de moesély ce qui fait, nous le répétons, une nouvelle variante à inscrire et une nouvelle difficulté à résoudre.

Ajoutons, toutefois, qu'il n'y a guère à traduire cet exemple en règle générale, et qu'en 1522, le nombi*e de trompettes surpassa de beaucoup celui des cornemuses. Ce dernier instrument prend, dans les comptes communaux de l'année précitée, une dénomination nouvelle, qui s^est répétée obstinément, à quelques rares exceptions près, dans les registres suivants. Ce terme est quene.

Nous nous souvenons, à ce sujet, d'un chapitre trèsintéressant que consacre M. Oscar Gomettant, dans son volume : la Musique et les musiciens (2), à un instrument du même nom dont on se sert encore actuellement au Pérou. Voici, entre autres, la description que le musicologue en fait:

{A) Remtrqaei C6 Gilles dé Schaelmeyeret piper; puis encore les monelpipert^ deux neaveUes variantes k mettre en ligne de compte, dans Tétade da tenia pkpen,

(S) PageSTS.

La quena est une sorte de flûle faile d*un roseau qu*on ne trouve, je crois, que dans la région appelée Sierra, au sud de la république péruvienne. Sa longueur varie suivant le caprice de Texéculant; toutefois, s*il en est de neuf à dix pouces, la plupart mesurent un pied et demi de long et deux tiers de pouce de diamètre; ouverte à ses deux orifices, son embouchure est analogue à celle de nos clarinettes. Point de clefs à la quena, qui, probablement, n'en fut jamais pourvue. Cinq trous sur la ligne de Tembouchure, plus une petite ouverture sur le côté, permettent seuls aux musiciens une variété trèslimitée de sons échelonnés chromatiquement.

Si incomplet et si défectueux que paraisse ce monotone roseau, il n*en a pas moins rempli de charme et d*émotions diverses une suite de générations d*hommes. Pour eux, le son voilé de la quena n*était peut-être pas le sympathique agent de certains appétits et de certaines passions, il était le reflet par excellence de l'archétype du beau (1).

L*auteur s*étend ensuite longuement sur la quena et sur les airs qui lui sont propres. Cet instrument et ces chants, selon lui, exercent sur les Indiens une influence qui touche à Textrême limite de reflet musical et va jusqu'à Textase. Le son plaintif de la quena fait éclater en sanglots rexëcutant lui-même, qui se voit obligé d'interrompre son chant...

Il y a ici, à la fois, croyons-nous, analogie de nom, à la voyelle finale près, et analogie de forme et de son, avec la quene flamande. Les chalumeaux de la cornemuse, en effet, n'étaient que de simples roseaux percés de trous, avant de constituer, comme aujourd'hui, une sorte de petit hautbois, totalement en désuétude dans les pays où l'ail musical est assidûment cultivé. Le son en était plaintif, et, selon toute apparence, le verbe kwijnen, languir, d'où kwijne^ quene, a donné lieu à la dénomination que portait, en

(i) Lors de rinauguration de la station da Midi, à Bruxelles, M. Oscar Comettant vint nous voir, et appela notre attention sur le chapitre de son livre relatif à la quena péruvienne. Nous lui démontrâmes alors l'analogie que cet instrument avait avec notre instrument flamand, et nous lui soumîmes, à ce sujet, plusieurs extraits des comptes de Termonde et divers passages d'auteurs anciens. Il en fut vivement frappé. Nous ignorons si depuis il a tiré parU de notre rapprochement. Les lignes précédentes pourront lui servir de point de départ.

quelques parties du pays flamand, l'instrument enquestion. MoeseU moeselpijpe^ était le nom générique, comme rétait, en Angleterre, bag-pipe, irishpipe. Mais, de même qa*en France, le terme d'estive s'appliquait, à partir du xiv siècle, à une sorte de cornemuse fort à la mode aux xni^ et XIV* siècles ; de même, notre quene aura pu signifier — comme on le verra — une espèce particulière de cornemuse, une musette peut-être, qui, on le sait, n*est qu*un diminutif du grand instrument (1). La ^u^n^ était encore connue en Brabani, au xvi« siècle, témoin ce vers de Houwaert, emprunté au III* livre de son Handel der Amoureusheyt :

Het zijn reyn Hertekens vreuchdelijk gaende Voor *t veyQBterken huns Liefo secret in muyten Het herpeo, met luyten, met quenen, met fluyten Cm de Liefeie ayt haer slaep t*ontweckene.

Notons-le, en passant : la qume sert ici, avec la harpe, le luth et la flûte, d'instrument de sérénade, que manie ou fait manier un amoureux à la fenêtre de sa belle, en lui disant son Avondlied. Nous saurons bientôt que son rôle, à Termonde, était de vibrer devant les principaux personnages et objets étalés à la procession : le géant, le cheval Bayard, le Sacrement, etc.

Kilian traduit qume, qu'il dit propre à la Flandre, par moesel, tibia utriculam^ ce dernier terme étant aussi employé, selon lui, pour ruysch-pijpe, sack-pijpe, d'où M/rictttorittë^ aseaules, ruysch-pijper.

En 1S19, les comptes communaux désignent sommairement les musiciens qui participèrent à la procession termondaise, à savoir des trompettes, des ce scalmeyers en andere pypers, » de Gand, de Bruxelles, d'Âlost, de Stekene, de Moerbeke, etc.

Les deux dernières localités sont de simples villages,

(i) Impossible de songer à faire dériver la quene des quénes, peuples principaux de la Finlande, aux x^, xi« et xu« siècles.

— JM —

que Ton verra encore participer à Yommegang de ISâS, ob soixante-neuf musiciens viennent rehausser l'éclat de cette fête tant civile que religieuse. Leurs noms sont consignés dans les registres de la cité. On pourra se convaincre, par rextrait que nous en donnons, de la justesse de notre remarque de tantôt, relative à la distinction que comportent les mots de moesel et de quene. Ici, cette distinction est tout à fait patente : « Andere speelieden, als mouselen, quenen, trommeslagers, velen en tambouryns. » L'extrait en entier n'est pas moins curieux à consulter, au point de vue de l'élucidation de la question des pipers, lesquels sont visiblement confondus, comme étant leurs synonymes, avec les scalmeyers :

Achtervolgeos der ouden oostniMn, so qnameii hier ten ommeganghe diversche trompers en scalmeyers, ende andere pipers van Ghendt ende Bruessele, also hier naer vdghen sal :

Speelieden van Ghendt : Joos Soeren, Clays de Tolleneire, Lieven De Vas, Joorys Soetinc, de viere lieden hebbende elke iii s., comt xij s. gr.

Speelieden van Hechelen : Âdriaen Oools, Comelis Nathys, Anthonys van K..., en Robbrecht Vanden Broucke, de viere elcken iij s., comt xij s. gr.

Speelieden van Antwerpen : Jan Conyn, Gillis Conyn, France Conyn, elcken iij s., ix s. gr.

Speelieden van Aelst : Laurens Vanden Houte, Joos Vanden Houte« Pauwels Van Halsberghe, elcken xx gr., compt v s.

Trompelters van Moerbeke : Gillis Willcms, Gillis Willems fs Pieters, Pieter Willems, Gillys Willems fe Pieters, elcken xx gr.» compt vj s. viij d.

Trompelters van Ghendt : Jean De Vos, Vincent De Keysere, Heyndric Diericx, elcken xx gr.

Trompetters van Werveke : Daniel Lammens, Andries Lammens, Mieux De Meuleneere, Michel Van Werveke, elken xx gr., vj s. viij d.

Trompetters van Stekene : Mathijs Dalsgart, Pieter Van den Veide,

Andries Van den Velde, Gillys Mey, Willem Thybaert Vander

Meersche, overhem vj, comt elcken xx gr., x s. gr.

Trompetters van Gendt : Melchior De Brou were, Lyon Ghys. Joorys Denys, Lieven Van den Houte, Boudwin De Keysere; deze v quamen op den kermisdag, daer om elken maer xvi gr., comt vj s. viij d.

Andere speelieden, als mouselen, quenen, trommelslagers, velen

eo de tamboaryns: Rogier De Wilde, met eeneqtiene,dje speeide voor den Rea8e,iiu gr.; Jacob De Wilde, mei een quene voor *t ros BeyaerU y} gr.; Jan Sa8,die speeide voor den hellewaghen met een quene^vj gr. Boawen Van der Eertbrugghe, Jacob Boccaert, Joos Scoutheeten, Joos De Blauwere, Jan Pieron, Govaert Slerrinc, Gillis Pieters, Joos Van Waterschilt, Jan De Pau, Michel Maes, Zanken Van Aelst, Berthel Cooreman, Joos Van den Doore, Willem Tabouryn, Jan Maes, Gheert Maes, Cornelis Sterrinc, Willem De Legbe» Comelis Meskens, Jan Betten, dese xxj persooen elken ij gr.» compt iij s. vj d.

La distinction, signalée plus haut, entre mosel et quene^ se maintient plus tard, notamment à partir de IKSl, oii apparaissent en même temps des trompettes de Grimmingen et de Steenhuyse. Une autre distinction est faite entre violen et velen^ violons et violes, et conservée postérieurement. Mentionnons, en 1557, le concours de trompettes de Stekene et d'Ertvelde, en 1559, en la présence de virtuoses semblables venus de Lippeloo.

II semble, en 1568, que le clergé de Termonde, d*accord avec le magistrat, ait tenu, vu la gravité des événements politico-religieux qui se déroulaient aux Pays-Bas : ce midts desen troublen tyt, » à entourer la procession d*une solennité toute particulière. Gand, Anvers, Bruxelles, Alost, y apportent de nouveau un contingent respectable de virtuoses de tout genre :

Betaelt Cornelis Van den Wynckele, Joos Alaert, Lievin Zagherman ende Jan Nattevelt, scalmeyers van Ghendt, elc v s. gr., compt naer oude costuyme xx s. gr.

Betaell Augustyn van Padua, Charles Baudawyn ende zyne huysvrauwe met haeriieder zobe, scalmeyers der sladt van Anlworpen, de iij elcx il) st. iiij d., ende den jonghcn xij d. gr., tsamen xj s. gr.

Betaell Jan ende Pieter Bert, violons der stadt van Bruessele, elck xij gr., compt ij s. gr.

Betaell Godt Wants, Franchois De Jonghe, Pieter Diericx, violons ende fluyien van Antworpen, elcken xij gr., compt iij st. gr.

Betaelt Jooris Van Poucke, Hecihor Hendericx, Joos De Cuysere ende GiUis De Zomere» tromslaghers ende pypers van Ghendl, eick xij gr., compt iiij s. gr.

Betaell Pieter Ruhont, Pieter Huyghe ende Michiel De Meyere, violons van Bruessele, elck xij gr., compt iij s. gr.

Betaelt Nicolaes Cussacrl, Jacob CooH, Andries Liefghetai, Andrics Racs, Gilljs Caleholle ende Joos Ravoet, tromslagfaers ende pypers van Ghendt, die voor de guide van St-Andries speelden; elck xij d. gr.,comptvis. gr.

Betaelt Jan Jaspars, Laureys Gbyhe, ende Cornelis De Vriesse, tromslaghers ende pypers van Mechelen, elcken xij d., compt iij 8. gr.

Betaelt Jan Van Pelte, Lievin Rattebel, Jan Matthys ende Lievin Van den Wynckele, scalmeyers der stadt van Ghendt, elcken vj s gr., compt XX s. gr.

Betaelt Pieter Bonté, Jan Bonté, Pieter Vander Steene ende Joos De Schoemaeckere, erpen ende violen van Bruessele, elcken xij d. gr., compt iiij s. gr.

Betaelt Pieter Beyaert, Jacob Van Hecke ende Willem ZuerhooA, tromslagbers ende pyperen van Andtwerpen, elcken xij d., compt iij s. gr.

Betaelt Crackeel ende Eifenop, beede tromslagbers ende pypers van Aelst, elck xij d., compt ij s. gr.

Betaelt Merten Raes, Jaspar Houwandt, Nellen Nouts ende Adriaen Wichgbers, tromslagbers van Andtwerpen, elck xij d., compt iiij s. gr.

Betaelt Pieter Vander Meere met zijnen zone, Luc Baumes, ende Jacop Denys, scalmeyers deser slede van Dendermonde, elck xvj d. naer oude costuyme, v st. iiij d. gr.

Belaelt, ten zelven daghe, divei*sscbe pypers, tromslagbers, quenen, fluylen, muyselaers, velen ende andere constenaers, die in den ommeganck met groetten nombre gbespeelt hebbcn, zom iiij, vj ende viij den. gr. elck naer buerlieder qualiteit, distancie van buerlieder domicilie ende babîtatie, beloopende tsamen xxxj st. vj d. gr.

En 1569, il n'y a que la répétition de ce qui précède, sauf certaines variantes, où Ton remarquera quelques communes flamandes nouvelles, ainsi qu*un instrumentiste de Breda :

Betaelt Pieler De Poorter, Laureys Steenbouts ende Andries Bogaerts, trompetters van Gbeertsbergbe, elc. i st.

Betaelt Jan Van Eede, moeselerre van Zèle, ixden.

Betaelt Martin Raes, tromslagber van Antwerpen en Gooris de Pyper van Breda, tsamen xij s. gr.

Betaelt W'*^ Vander Meere, tromslagbere van Opdorp, ende Claes DeHondl, pyper van Opdorp, t'samen xij s. gr.

Betaelt Pieter Coene ende Willem De Maerscal, ruyspypers van Lee, tsamen xij s. gr.

Betaelt Martin Van Rossem, quene van Berleere, vj s. gr.

Rien eu 1S70 et en 1571. En 1572, les scalmeyers de Gand s^ofTrent pour les solennités accoutumées. Mais le magistrat les congédie, mits dm troublen tyt, en leur donnant quelques sous pour le voyage accompli.

Sous Albert et Isabelle, Tengouement pour les exhibitions instrumentales semble ne vouloir plus reprendre. A peine trouvons-nous, en 1615, les deux postes suivants, noyés dans le chapitre des gages et dans celui des faits divers :

De speellleden deser stede, ter cause dat zy, naer oude costume, spelen ter vercierynghe van de processie ende oromeganck, voor bet beelt van Onse L. Vrauwe, ij ^ gr.

Betaelt aen Hieremias de Halicourt ende ander scalmeyers, ter causen dat zy met heurlieder instrumenten ghespeell hebben in den ommeganck, ende ooek ghcdienl de drye cameren van retborycke int verthoonen van huurlieder tonneel speien, per ordonnantie ende quictance, iij lib. gr.

Il résulte du dernier extrait, que les ménestrels participaient aux représentations dramatiques des trois sociétés de rhétorique de la localité : la Leeuwercke^ les Rosieren et Saint'Roch. En 1615, peut-être même avant, on célèbre, par un banquet fraternel, la fête de Sainte-Cécile, dont nous n'avions trouvé les traces qu'à partir de 1650 (1) :

Betaelt aen den sangmeester ende zanghers van de hooftkerke,dat heurlieden tôt helpen van heurlieder maeltijt op S^ Cecilias dach, huerlieder patronesse, par ordonnance, xxx s. gr.

On peut voir, dans l'opuscule précité de Wytsman, diverses fêtes termondaises, où indubitablement le concours des ménestrels aura été réclamé, jusqu'à l'époque de leur suppression collective par les Français.

[A) Aluiique aux Payt-Bas^ 1. 1, p. 433. L'organiste de Notre-Dame était alors un chanoine, Jean Vander Meere, qni occupait ces fonctions < van ouden tyden. • Le carillonneur se nommait Jean Denys.

ANVERS. — Les ménestrels â*Ànvers auront été réunis en gilde, comme partout ailleurs, vers le milieu du xiv« siècle (1). Certes, cette organisation primitive a dû être bien imparfaite. Elle pouvait consister, tout au plus, en une sorte de compromis entre tous les instrumentistes de la cité, pour la régularisation de leur profession commune,soit sous le rapport de la capacité à exiger des membres, soit sous celui de la rémunération à établir, afin d'éviter toute concurrence déloyale, soit enfin au point de vue de la moralité, en présence des désordres dont se rendaient coupables les ménestrels nomades, et de la mauvaise réputation qui en rejaillissait sur les ménestrels plus rangés des cités.

Le culte d*un patron spécial, la célébration de quelques services religieux en son honneur, la perception des droits d*obit, en auront constitué la base principale.

M. Léon De Burbure, dans une notice intéressante déjà citée (2), après avoir établi, d'après des preuves très-concluantes, l'existence à Anvers de la corporation de Saint- Job et de Sainte-Madeleine — corporation vraisemblablement formée de deux gildes différentes— au commencement du xv!"" siècle, sgoute que « probablement elle est plus ancienne. » Pour nous, cette antériorité d'organisation est plus que probable : elle est presque certaine. Le règlement de 1676, ne parle-t-il pas d'ailleurs d'ordonnances très* anciennes, « van aile oude tyden? »

Les plus vieux statuts que l'on ait conservés, ne remontent qu'au 6 septembre 1835. Il y est dit, que trente ans auparavant, la gilde faisait célébrer des services à un des autels de l'église de Saint-Jacques. Gela nous reporte en 1805. Plus tard, elle eut son autel particulier et sa chapelle spéciale. On admire encore, dans sa chapelle, en ladite église, plusieurs tableaux peints pour elle par Otto Venius,

(i) On ea trouve cités, dès le début du susdit siècle. (3) Aperçu sur Fanciame corporution dn musiciem inttrumeniiitet (TAmierê, page 9.

ainsi qu'tm siq)erb6 autel de marbre, orné de trophées d*instrtinientsetérigéenl646.Le nouveau vitrail, dit M. De Burbure, n'a fait que remplacer une verrière du xvii^ siècle, dont la partie supérieure représentait saint Job assis sur le fumier et conversant avec ses amis (1).

Un r^lement du 31 janvier 1819 (n* 82) est invoqué par celui de Tminée 1838. Malheureusement le texte n*en est pas parvenu jusqu'à nous. Les amendes qui y étaient stipulées, se soldaient avec peine, les doyens n'étant institués que par le choix des confrères, et n'ayant conséquemment aucun pouvoir légal pour faire respecter leurs arrêts. De là la nécessité de recourir à la protection de l'autorité communale, vis-à-vis de laquelle la gilde s'engagea, en 1 838, à agréer à l'avenir, pour ses doyens, les deux confrères que le magistrat désignerait annuellement parmi les quatre candidats, choisis et présentés par la corporation. Pour sauvegarder les intérêts des plaignants, on stipula, en outre, qu'en cas d'opposition de leur part, ils pourraient faire juger à nouveau le différend par le magistrat luimême, moyennant caution ou consignation préalable de la somme réclamée par les doyens. Le magistrat, alors, jugerait sans appel (2).

De nouveaux différends ayant surgi, tant par l'interprétation des termes mêmes du règlement de 1818, que par la fixation de la valeur des monnaies hors d'usage, le magistrat déclara qu'une révision et une refonte de toutes les ordonnances était devenue indispensable. Le règlement général qui en résulta porte la date du 23 décembre 1888. En voici le contenu, d'après la traduction sommaire qu'a fiiite du texte flamand M. De Burbure (3) :

Comme il arrive que, sans être bourgeois d'Anvers ni membres de la gilde, des musiciens incapables s'enhardissent à jouer des instruments et font payer dièrement leurs

(4) Notice précitée, p. 40.

(9)id.,p.H.

(9) Id., p. 4S à 46.

services, au grand détriment et déshonneur de la corporation, le magistrat d*Ânvers a résolu de réformer, ainsi qu'il suit, les anciennes ordonnances de cette gilde :

Nul n*y sera admis, s*il n*est d*abord bourgeois. Les doyens qui l'auront reçu quand même, payeront une amende de douze sous. — Tout candidat doit faire convenablement preuve de talent, et payer un droit d'entrée de trois florins. — Nul ne sera admis à prendre part, avec son instrument, à des fêtes quelconques, sans devenir bourgeois et membre de la gilde, sous peine de confiscation dudit instrument et d'une amende d*un réal d'or, pour chaque instrument dont il se sera servi. Il sera dérogé à cet article pendant les deux grandes foires. Les musiciens étrangers, avant de se fixer à Anvers, pourront exercer leur profession durant deux mois au plus, après quoi ils devront se faire admettre dans la bourgeoisie et dans la gilde, sous peine des amendes et des confiscations susdites. — Aucun confrère ne pourra prendre d'engagement pour participer à diverses fêtes à la fois. Il sera tenu de remplir son engagement en personne, avec ou sans sa compagnie. Toutefois, chaque confrère, afiilié à une bande, sera autoris^d'accepter, comme tel, autant d'engagements qu'il pourra en faire remplir par ses associés et par ses élèves. Toute bande doit être sufiisamment nombreuse et exclusivement formée de membres de la gilde. Le chef de la bande payera à ses compagnons la somme entière qu'il aura reçue, sous peine de perdre la part à laquelle il a droit (1). — Pour chaque participation à une fête quelconque, le confrère payera un demi-sou à la gilde. — Les membres de la gilde ne taxeront pas trop haut les personnes qui les auront appelés. En cas de difficultés, le magistrat interviendra. — Si l'en-

(i) En Angleterre, des fraudes de ce genre se praUifuaient snr une asset vaste échelle. John Banister, entre autres, ayant reçu, en 1667, la somme de 600 livres, pour services extraordinaires de la hande des violonistes du roi, en garda, à ce qu'attestent des documents officiels, la plus grande partie. State papirSf Charles H, p. 808.

gagement contracté n*est pas tenu, la personne au service de laquelle le confrère aurait dû se mettre, prendra, aux frais de celui-ci, un autre instrumeniiste, outre que le délinquant payera une amende équivalent au taux de l'engagement. — Nul confrère ne pourra instruire un élève qui se destine à la profession de musicien, avant d'avoir payé douze sous au profit de Tautel de S^int-Job, sous peine d'avoir h payer, comme amende, ladite somme. — Un élève, enseigné ainsi, pendant deux ans, devra immédiatement se faire recevoir dans la corporation, sous peine d'une amende de deux florins et de l'interdiction déjouer. — Aucun confrère n'acceptera à la fois, et pour deux ans seulement, plus d'un élève, et celui-ci devra, par l'intervention de son maître, être inscrit dans le registre de la gîide, sous peine d'un réal d'or. — Tout confrère appelé à comparaître devant les chefs de la gilde, pour avoir transgressé un de ces derniers articles, devra, sans aucune observation, payer ladite amende d'un réal d'or, sous peine, s'il s'y refusait, d'être condamné au double. — Si l'un d'eux prétend avoir été injustement puni, il pourra, après avoir versé le montant de l'amende infligée, en appeler au magistrat, qui, après avoir entendu les deux parties, prononcera en dernier ressort. — Tout membre qui injurie et diffame son confrère, payera une amende de deux florins. — Enfin, tant que le présent règlement restera en vigueur, les confrères, au nombre de quatre, Hgureront dans les principaux ommegangm et dans les processions générales d'Anvers, en jouant chacun leur partie voulue. Ils seront choisis, à cet eflet, par les chefs de la gilde, et ceux qui tenteraient de se soustraire à cette obligation, encourraient une amende d'un réal d'or. Les confrères participeront également aux séances des trois chambres de rhétorique de cette ville, soit à la fête annuelle de celle-ci, soit aux représentations qui se donneront devant l'hôtel de ville, dans le local des chambres mêmes

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ou sur des chars (1), le tout sans réclamer, de ce chef, aucun salaire. — Le magistrat d'Anvers se réserve de modifier la présente ordonnance, quand il le jugera convenable. Fait, etc., le 23 décembre 1858.

Divers musiciens étrangers se firent immédiatement inscrire dans les registres de la bourgeoisie d'Anvers et dans ceux de la gilde de Saint-Job. Ils tenaient surtout à participer à l'entrée solennelle de Philippe II, à Anvers, et aux fêtes qui marqueraient le séjour du roi, en cette ville, et le chapitre de la Toison d'or qu'il allait y réunir. Ils arrivaient notamment de Tournai, de Bruges, de Dorenweert (Gueldre), de Maestricht, de Lille, de Bois-le-Duc, de Diest, de Bréda, de Cambrai, de Tirlemont, de Mons, de Venise et de Padoue.

Le goût de la danse, que les instrumentistes de Saint- Job entretenaient à Anvers, dans des réunions très-fréquentées, détournait, paraît-il, beaucoup de personnes des offices religieux, au point que les doyens de la gilde, devenus inquiets au sujet de cette jeunesse qui se divertissait si passionnément à ces exercices chorégraphiques, surtout les dimanches, demandèrent, le 14 avril 1564, aux confrères qui tenaient ces réunions, qu'ils signassent, au nombre de vingt, l'engagement de ne plus ouvrir leurs salles aux dix-sept fêtes principales de l'année. L'engagement fut pris; ils promirent même de ne plus tenir de séances, aux autres jours de fête, qu'après l'heure du midi.

Pendant les troubles des années suivantes, cette convention tomba en désuétude, si bien qu'en 1589, le magistrat crut devoir intervenir énergiquement. Un véritable horaire leur fut alors prescrit.

En 1560, 1605 et 1651, l'ordonnance de 1555 fut révisée

(i) Cette clause, dit M. De Burburc, disparaît dans les règlements postérieurs, dont le premier en date est de iti60. Les événements politiques peuvent avoir donné lieu à cette suppression. Il n*est pas moins utile de prendre acte du fait, pour le rattacher à Phistoire des représentations dramatiques anversoises, aux quelles la musique a pris une part quelconque. Voy.au t \\l de ces recherches.

— 2il —

par le magistrat. Vingt-cinq ans plus tard, en 1676, ses stipulations furent de nouveau modifiées et rendues plus explicites. Les innovations portent, entre autres, sur i*examen à passer par les récipiendaires. Les doyens, après avoir entièrement démonté l'instrument qui devait servir à répreuve, le remettaient au candidat, qui devait immédiatement le rendre apte à fonctionner, en parfait accord, avec d*autres instruments. Puis, le candidat était tenu de jouer quelques airs de danse. Enfin, il devait jouer correctement sa partie dans trois motets ou autres morceaux.

D'autres articles offrent un intérêt non moins grand, soit pour les mœurs locales des instrumentistes, soit pour yétude attentive des modifications que l'organisation de la gilde a nécessitées au bout d*un siècle, modifications qui nous initient en quelque sorte aux premiers symptômes de décadence qui s'y manifestèrent, avant sa suppression définitive, en novembre 1795, c'est-à-dire à l'invasion des Français. Cette décadence se révèle au nombre considérable de prescriptions de tout nature, que le magistrat d'Anvers, d'accord avec les chef de la corporation, se crut obligé de faire. Il n'y a que dix-huit articles dans l'ordonnance de 1555. Le règlement de 1676 en comporte trentehuit.

C'est ce qui nous engage à traduire intégi*alement le texte de ce règlement,pour le rendre non-seulement intelligible, mais accessible à ceux qui désireraient le consulter, car il a paru, en rédaction flamande, dans une brochure qui n'a point été livrée au commerce (1).

Les chefs de Saint-Job et de Sainte-Marie-Madeleine, ayant été, dès les temps les plus anciens, pourvus d'ordonnances, dont quelques-unes restent inexécutées, soit par des usages qui les contrarient, soit par l'impossibilité d'appliquer les amendes d'après les monnaies tombées en désuélude, le magistrat d'Anvers a jugé opportun de re-

(I) Voy. Vande Castbele, Préludée historiques^ etc., p. 57, annexe D.

nouveler et d'amplifier certains de ses articles, comme suit :

'^Celui qui, de ses instruments (dont on excepte le clavecin et certains autres inusités) joue pour salaire, soit pour apprendre à danser (1), soit pour enseigner lesdits instruments, devra se faire membre de la gilde et en observer les règlements. — Les chefs ne pourront y recevoir personne, sinon après avoir constaté sa qualité de bourgeois, sous peine d'avoir à payer le droit de bourgeoisie. — Tout récipiendaire payera, à son entrée, vingt-quatre florins, hormis les fils des maîtres francs, qui n'auront h acquitter que la moitié de la somme. — Les apprentis payeront, pour droit d'inscription, deux florins huit sous, les fils des maîtres francs, la moitié seulement. — Avant son affranchissement, le récipiendaire aura à donner un repas convenable, ou, à ce défaut, douze florins, les fils des maîtres comme les autres. — Avant sa réception, le candidat sera soumis à une épreuve. Ses instruments étant accordés, il les donnera aux chefs de la gilde, pour qu'ils les désaccordent, et il sera tenu de les remettre au ton voulu, pour pouvoir en jouer correctement avec d'autres compagnons. D'abord il exécutera quelques danses communes, puis il jouera sa partie dans trois motets ou autres pièces musicales. Au cas où il ne s'acquitterait pas de cette tâche avec toute l'habileté réclamée, son admission ne pourra avoir lieu. — Quiconque se permet d'apprendre à danser pour salaire, à l'aide de certains instruments, ou de jouer aux banquets ou aux fêtes, sans être bourgeois ou maître franc, aura, outre la confiscation de son instrument, à payer, pour chaque contravention, douze florins. — La même amende et la même confiscation auront lieu, si les maîtres ou les apprentis de la gilde se servent, pour remplir leurs engagements, de personnes non affranchies, ou aident

(1) Il n*e8l point queslioD de renseignement de la danse dans le règlement de 1565, à en juger, du moins, d'après la traduction que nous avons résumée.

celles-ci à jouer dans les fêtes. — Il est permis, par exception, aux joueurs étrangers de jouer pendant les deux foires annuelles, pourvu qu'ils ne se mêlent point aux autres ménestrels francs, sous la peine indiquée à l'article 7. — Tout ménestrel ou maître de danse étranger ou forain, voulant prendre domicile à Anvers, pourra jouer ou apprendre à danser en dehors des foires annuelles, pendant six semaines, terme qu'il ne lui sera point permis de dépasser sans être tenu de devenir bourgeois ou membre de Saint-Job. — Après deux ans révolus, chaque co:ifrère devra se borner à n'enseigner qu'un seul élève, sous peine de six florins, et s'il en possède deux, il devra en quitter un, sous peine de trois florins à chaque contravention. — Tout confrère prenant à sa charge, avec ou sans entretien, un élève qui se destine à la profession de mailre instrumentiste ou danseur, sera tenu de le faire inscrire au registre de la gilde, et de payer h cet effet, un florin quatre sous, sous peine d'une amende de trois florins pour chaque contravention. — L'apprentissage devra durer deux ans, au bout desquels l'élève pourra jouer, en présence de son maître, avec autant de liberté que ses confrères, sous peine de trois florins à charge du maître, si l'apprenti joue sans son intermédiaire, et de la confiscation du salaire gagné ainsi par l'apprenti. — Les deux ans révolus, si l'élève veut gagner sa vie à jouer ou à apprendre à danser, il en aura la faculté, en se conformant aux articles ci-dessus, relatifs à l'épreuve exigée.— Chaque maître, en agréant un élève, devra s'enquérir si celui-ci compte se vouer exclusivement à la profession de ménestrel, et transmettre la réponse aux chefs de la corporation, sous peine de six florins. — Au cas où le maître affirme le fait sous serment, on prendra acte de cette déclaration, et si, après, l'élève ne se contente pas de sa profession, il ne sera pas reçu dans la gilde, à moins qu'il ne recommence son apprentissage, sous un autre maître de la confrérie. — Tous les membres francs pourront former une bande ou com-

pagnie à volonté, sans toutefois dépasser le nombre de six membres, sous peine de six florins pour chaque membre qui en fait partie. Les élèves qui auront joué plus de six fois dans une fête avec leurs maîtres, seront considérés comme dépassant le nombre exigé pour la compagnie, -r- A la demande des chefs, chaque membre de la gilde sera tenu de déclarer, sous serment, s*il fait partie d'une bande, et, le cas échéant, il aura à désigner toutes les personnes qui la composent ainsi que le terme de leur convention, sous peine de six florins. — La bande formée de confrères sera respectée au point que si l'un d'eux accepte un service entier, ceux qui, lors de l'engagement, sont sans emploi, devront envisager comme valide l'engagement pris et le remplir avec les compagnons de la bande non mêlée à d'autres, de façon que les confrères sans occupation soient en nombre suffisant pour s'acquiuer de leur mission, sous peine de six florins. — Celui qui a commencé à jouer à une noce, devra continuer le service avec les mêmes compagnons, sous peine de six florins, à payer par chaque confrère qui aura abandonné ou fait abandonner ledit service, à moins qu'il n'en ait été décidé ainsi de la part de celui qui a réclamé le service, et, en ce cas, pareilles conventions seront observées. — A toutes les fêtes, les instruments dont on fera emploi ne pourront, en la même séance, être remplacés par d'autres instruments, sous la peine précitée. — Le confrère qui aura accepté un service, sera tenu à donner à ses auxiliaires une rémunération identique à la sienne, sous la peine prémentionnée et avec la confiscation de ce qu'il aura pu gagner. — Le service se fera en personne, et le remplacement ne sera toléré que pour la bande resiante, sous peine de six florins. — Celui qui dessert un service accepté par un autre, engagé ailleurs, encourra une amende de six florins. — Chaque membre, soupçonné à ce sujet, aura à se justifier sous la foi du serment, sous peine d'être envisagé comme contrevenant et de payer six florins. — Tout membre est assujetti à une

rétribution annuelle de douze sous, à acquitter, pendant le carême, en la demeure du doyen en chef, sous peine d'encourir une rétribution double, s'il dépasse le terme fixé, et d'être exécuté, à ce sujet, après la condamnation du chef-homme. — Les confrères devront se montrer raisonnables, quant au salaire à réclamer, et, en cas de contestations à cet égard, ils devront accepter l'arbitrage de Vhooflman. — Toute convention passée devra recevoir son exécution, sous peine d'avoir à la charge ceux des confrères dont on aura agréé le service, et d'avoir à payer, outre six florins d'amende, le salaire qu'il aura reçu ailleurs. — Si un confrère signale une contravention au règlement, l'amende qu'on infligera sera perçue à une séance spéciale de Yhooftman tenue aux frais du contrevenant, et, h la comparution de celui-ci, le chef-homme déboursera l'amende. — Les confrères et leurs élèves auront à comparaître en tous temps et à l'heure prescrite, quand ils en seront requis, sous peine de six sous pour la première absence, de douze sous pour la deuxième, et arbitrairement pour le reste.— Les suppôts de la gilde devront assister tous les ans à la messe de Saint-Job, et se rendre à l'offrande avec les chefs-hommes, les doyens et les anciens, oudermans, chacun par rang d'&ge, sous peine de six sous, à moins d'une permission spéciale. — Quiconque injurie les chefs, critique les ordonnances et privilèges, parle ou agit déshonnêtement, sera passible d'une amende de six florins, outre la correction arbitraire qui lui sera infligée par le magistrat. — Toutes les discussions surgies au sujet de la gilde, seront résolues par le chef-homme, d'après l'autorisation qu'il en a reçue, le 6 juin 1688. — En cas de disputes irritantes, le jugement ne sera prononcé par le chef-homme qu'après un versement préalable de six sous, lesquels seront restitués à celui qui aura reçu une décision favorable. — Les doyens, vers la fête de Saint-Job, auront à présenter par écrit trois candidats capables pour la nomination d'un nouveau doyen. Celui-ci, la première année,

sera sous-doyen, la seconde, doyen en chef. Il aura, comme assistant, un ancien, également choisi par eux. — Les confrères qui engageront un maître non franc pour apprendre à leurs enfants ou à leurs domestiques la danse, le violon, la basse et d'autres instruments de ce genre, encourront une amende de six florins. — Ceux qui voudront jouir de la franchise de la gilde, devront prêter le serment habituel, entre les mains du chef-homme et des doyens. Quant aux ordonnances précédentes, non contraires à celle-ci, elles continueront à rester en pleine vigueur.

Ainsi fi\it, etc., le 27 juillet 1676.

Ou trouva encore à éluder des dispositions si minutieusement prescrites. En effet, il n'y est guère question que de noces, de bals, de festins et de féies toutes profanes. Les cérémonies religieuses y sont omises. C'en fut assez pour déterminer de nombreux ménestrels, non inscrits dans la gilde de Saint-Job, à diriger de ce côté leurs entreprises. Le magistrat s'en émut, et, le 4 juillet 1718, il fit proclamer la défense formelle à tout instrumentiste, non investi delà qualité de bourgeois et de confrère de Saint- Job, déjouer désormais pour salaire dans les offices religieux, sous peine d'une amende de six florins (1).

Quant au serment d'usage exigé des membres nouvellement agréés à la confrérie, le texte qui nous en a été conservé intégi'alement et que nous reproduisons ici,ne roule, en définitive, que sur l'observation ponctuelle des privilèges et ordonnances, le respect envers les chefs, et l'obligation, pour chaque membre, de dénoncer les confrères qui ne rempliraient pas strictement les devoirs qui leur incombaient :

DEN BEDT DER NIBUVV INKOMENDE GILDEBROEDERS VAN ST-JOB ENDB MARIA

MAGDELENA.

Hier sweire ick u dat ick, van nu voortaene, sal onderhouden aile de poincten van de privilegien ende ordonnantien, dio myne heeren borgemeesleren, schepenen der slad van Antwerpen hebbon vcrleenl

(1) préludes, etc., susdits, p. 67.

ende ghcgunt, oflc mogelick noch verleenen ende gunnen sullen den geselschappe van S' Job ende Maria Macdalcna.endevoorts dat ick sal aile eere, getrouvvigheyt ende reverentie doen den heere hooflman ende dekens van de voornoomde ghilde, ende dat oft ick iet hoorde ofte wiste, dal waero tegens den heere hooflman, dekens ofte eeniesints teghens de voornoomde ghilde ofte privilegien, dat sal ick van stonden aen ende goed ter tyden beletten, is *t my moghelick, ende het selve den heere hooflman, ofte eenen van de dekens nu synde ofle by tyden wesende waerschouwen ende te kennen geven. Soo moet my Godt belpen.

En la mêoie année oii le magistrat interdit aux ménestrels nomades la participation aux solennités religieuses, c'est-à-dire en 1718, deux chefs de la corporation de Saint- Job interviennent comme témoins dans le procès que le musicien François ColfTs, qui remplaça le 24 juin Jean Billoen, dans les fonctions de contrebassiste de Téglise de Sainte- Walburge dite Borcht kerke, intenta aux marguilliers ée cette église, à savoir Jean-Antoine Lemire, doyen de la gilde de Sainl-Job, âgé de 85 ans, et Théodore-Jean Hendricx, ancien doyen, oudtdeken, de la même gilde, âgé de 89 ans, environ (1). Ces deux personnages ne sont rappelés ici,que parce qu'ils ont pris une part active au développement de l'opéra à Anvers, à titre de fondateurs d'une Académie de musique, qui avait un répertoire presqu'exclusivement formé de pièces musico-dramatiques (2).

Jusqu'ici il n*a point été question des ménestrels commu naux d'Anvers,au même titre qu'il est parlé des ménestrels communaux de Bruxelles, dans les ordonnances, relatives à la confrérie de Saint-Job de cette dernière ville. Les membres de celte association constatent, on s'en souvient, en 1574, que les stadtpijpers ont pris, depuis plusieurs années, dans leurs attributions, les instruments à cordes,

(t) On y voit figurer aussi Nicolas Procureur, âgé d'environ 55 ans, en 4748, et qui était maître de chant à Téglise de Sainte-Walburge. U y a tout lieu de croire que c*est là l'auteur des compositions religieuses mentionnées dans le catalogue publié su t. II, p. Si3 à 3S4, de ces recherches.

(2j Voy. la Musique aux Pays-Bas, t UI, p. 84 et passim.

snaerspel (1). En serail-il de même des stadspijpers d'Anvers, et faut-il attribuer à cette assimilation instrumentale le silence que gardent, à leur sujet, les règlements anversois de Saint-Job? Ils manient le violon (2), ils sont fusionnés avec les ménestrels de la confrérie; inutile dès lors, semble-t-il, de les mentionner spécialement.

Nous avons à le faire pour quelques faits échappés à la destruction des précieux registres de comptabilité de la ville, et pour quelques autres que le hasard nous a permis de recueillir ailleurs.

En 1455, des spellieden sont payés par Féglise de N. D. d'Anvers, pour s'être fait entendre pendant la procession du Sacrement.

En 1477 et en 1422, comme on Ta vu,less/>ff//ifden d'Anvers se rendent, par bandes, à Vommegàng de Termonde. A la première de ces dates, ils sont appelés p/per^. Plus tard, en 1568, ils figurent, à la même cérémonie, sous la dénomination de scalmeyers, à côté d'autres qui jouent du violon et de la flûte. En 1521, c'est le nom de hautboïstes et de saquebutistes qu'ils revêtent, ressemblant exactement, en cela, aux ménestrels d'Audenarde :

Aux joueui-s de hautbois et sacquebules de la ville d'Anvere, le xiij« juillet xv«xxj, iiij écus d'or au soleil (3).

Un des principaux gagistes virtuoses de ces temps-là,était Tilman Susato, devenu célèbre depuis par ses impressions musicales, et dont la demeure avait pour enseigne un cromoriie. Dès 1531, il jouait de la trompette, aux messes et aux saluts solennels de la confrérie de la Vierge, à la cathédrale. Comme instrumentiste communal, il avait reçu, à titre de prêt ou de dépôt, deux trompettes, une trompette

(4) Des violons « de la ville de Bruxelles > figurent, en 1868, comme on a pu le constater, k Vommegàng de Termonde.

{% • Van Dilkom, stadsspeelman, voor zekere snaren voor de stadsviolen te akkorderen... » Comptes de la ville d* An vers, 1849.

(3) Comptes de Jean de Marniz précités.

de campagne, velt-trompet et une tmeur pipe, que Fétis transforme, par un nouveau caprice, en ténor de flûle. En 1S41,Susato reçoit, outre ses gages? un subside annuel, pour s'être fixé définitivement à Anvers,« à Teffet d y exercer sa profession. » Enlin, il vend, en la même année, une trompette ténor et une trompette basse, destinées Raccompagner les voix à Téglise et dans les processions (1).

Les six scalmeyers d'Anvers se font entendre à Audenarde, le 16 août ISoS, et reçoivent du magistrat de la petite cité flamande, le vin d'honneur :

Ghepresenteert, den xvi en in hoymaenl, zcs scalmeyers van Aniwerpen, fsamen vier cannen wyns, iiii lib. xvi st. par.

Deux d'entre eux figurent sur la liste des bannis, pour cause de troubles, le 18 février 1870, à savoir Gommaire Van Oisterwyck et Zegber Pylkens (2).

Les ménestrels gagistes d'Anvers recevaient annuellement du magistrat un tabbaef'dlaken.Q,u2ilve trompettes leur étaient adjoints, dans les cérémonies publiques. Puis, au xvnr siècle, des timbaliers vinrent encore augmenter l'éclat sonore de la petite phalange (3).

Parmi les «bandes» d'instrumentistes qui s'organisaient à Anvers, pour les solennités civiles, il y en avait dont la destination était toute spéciale, comme on va voir.

Les Allemands, on lésait, avaient leur comptoir à Anvers. Ce comptoir faisait partie d'une confédération mercantile, wiîo dvilatum kanseaticamm.h laquelle on a donné le nom de hnnse teutonique. Aux grandes foires delà cité, une réception brillante était faite, par les chefs du comploir et les délégués de l'association marchande, h leurs nombreux compagnons d'outre-Rhin qui venaient y apporter leurs

(1) Biographie universelle de$ musiciem^ article Tylman Susato. Les renseignements reproduits d'après Fétis, proviennent originairement de M. Léon De Burbure.

{% Gaghard, Analectes, no 325.

(3) Comptes communaux d*Ânvers, pa««im.

produits et s*y fournir des nôtres. Suivant une coutume immémoriale, qui probablement date de Torganisation de nos communeSfdes musiciens, jouant d'instruments divers, allaient les saluer aux portes de la ville, les conduisaient triomphalement à l'hôtel de ville, où le vin d'honneur leur était versé, puis de là les menaient, toujours aux sons d'une joyeuse mélodie, au centre de leurs affaires» la Bourse.

L'usage existe encore, en Allemagne, d'égayer les marchés et les foires, par des concerts de musique (1). Il est vraisemblable que, lors de la suppression de la gilde des ménestrels, il cessa complètement chez nous.

Comme il a été rapporté, à diverses reprises, le magistrat louait à l'avance des instrumentistes, pourvoyait à leur entrelien, pendant plusieurs jours, et leur accordait plusieurs gratifications, sans compter le déboursement de leurs frais de voyage. Parfois, pauvres comme Job, leur patron, les ménestrels n'avaient guère de quoi s'acheter des instruments convenables. Le magistrat, fort scrupuleux à l'endroit des exécutions musicales de leur cité, quand des milliers d'étrangers y affluaient, s'empressait de pourvoir à ces lacunes, en mettant au service des virtuoses des instruments de premier choix, venant des fabriques les plus réputées, et qui restaient la propriété de la ville.

C'était, de leur part, une excellente précaution. Si le proverbe dit judicieusement : quot capita tôt sententiœ^ il eût pu dire alors, avec bien plus de raison : quot instm-mentaj tôt sona, car chaque musicien venant, pour ainsi dire, d'une localité différente, était muni — s'il l'était — d'un engin à souffle ou à cordes bien souvent en désaccord complet avec celui qui devait vibrer en commun avec lui.

(1) Nous avons entendu plusieurs de ces concerts, lors de notre mission oOicielle ii Wcimar, en 1871.

Et alors, on le devine, quelle cacaphonie entre ces instruments d'une forme et d'un diapason si différents!

C/est ainsi que l'important comptoir allemand, établi à Anvers (1), voulut se mettre, à son tour, en possession d'une série d'accords d'instruments,pour les utiliser, d'une façon convenable et efficace, dans les solennités de réception dont nous venons de parler. Pour cela, il s'adres^^a aux luthiers de l'une ou l'autre ville réputée de la Germanie. Quand l'usap^e des aubades congratulatoires vint à disparaître, — fort probablement avec l'abolition des corporations — lesdits instruments, relégués aux greniers de leur entrepôt, cessèrent d'attirer désormais l'attention de personne, d'autant plus que, tombés probablement en désuétude, par le développement considérable que prit la facture instrumentale au xvni'' siècle, le système de leur tablature était devenu lettre close pour les virtuoses de ce temps.

L'auteur anonyme d'une description d'Anvers, conservée à la bibliothèque de Bourgogne, en parle toutefois, en disant « que l'on conservait, à la maison hanséatique d'Anvers, d'anciens instruments dont les musiciens d'alors ne savaient point se servir (2). »

A son tour, Burney qui, en 1772, vint en la cité commerciale pour y recueillir tous les éléments possibles au sujet de la musique ancienne et moderne, vit les instruments en question et les décrit de la manière suivante :

De là, j'allai visiter un grand édifice, bâti sur un quai à Tune des branches de TEscaut, et qu'on appelle la Maison des Osierlins (?). C'était originairement un magasin occupé par des marchands qui faisaient le commerce avec Lubcck, Hambourg et les autres villes anséatiques. Il est d'un très-beau genre de fabrique, et a servi,

(i) n y avait aussi, à Anvers, une gilde commerciale anglaise qui, au xv« siècle, possédait une chapelle musicale particulière et probablement une compagnie de ménestrels attachés à son service. On y reviendra dans un volume suivant.

(2) De Reiffemberg, Lettre à Fétit^ p. 36.

dans le tcms de la guerre, comme caserne pour 2000 hommes. Je ne me rappellerais pas celle visile, si je n'avais trouvé dans ce bâtiment une grande quantité d'instrumens de musique, d'une construction toute parliculière, environ 30 ou 40 espèces de flûtes communes, mais difforenles entre elles par quelques caractèrcs, ayant, comme le hautbois et les bassons, des clefs et des corps pour allonger leurs dimensions. Elles ont été faites à Hambourg, et sont toutes d'une môme espèce de bois, avec le nom de louvrier, qui est Gaspard (?) Rauchs Scratenbach, qui se trouve gravé sur un anneau de cuivre ou plaque qui entoure la plus grande partie de ces instrumens. Quelques-uns des grands ont des plaques de cuivre percées, et sur quelques autres sont des figures humaines bien gravées ; ces derniers sont plus longs que ne le serait un basson, s'il était allongé.

Les habitans disent qu'un siècle auparavant, ces instrumens étaient joués, mais qu'à présent il n'y a pas de musiciens dans la ville qui sachent même comment on les employait. En effet, ils sont tout à fait différons de ceux qui servent acluellement dans l'usage commun. On i*aconte que, dans les teins où le commerce florissait dans cette ville, ces instrumens étaient joués, chaque jour, par une troupe de musiciens qui accompagnaient à In boui*se les négocians qui faisaient le commerce des villes anséatiques. Aujourd'hui, ces mêmes instrumens restent pendus à des crochets dans un cabinet, ou plutôt dans une armoire à portes battantes, faite exprès pour les recevoir. Il y a aussi dans une grande salle voisine, une large caisse faite d'une espèce de bois brun et solide, si bien ménagée dans ses distributions, qu'elle pourrait les contenir tous, et qui, loi*squ'elle est remplie, exige' huit hommes pour la soulever de terre. Cette caisse est d'une forme si extraordinaire, que je n'en aurais pu deviner l'usage, si on ne me l'eût pas expliqué (I).

(1) Traduction de Brack, t. Il, p. 30-32. Celle de Lustig, quoiqu*incomplète en maint endroit, rend très-bien le sens du mot anglais band^ qui a son expression analogue en flamand, tende :

« Van daar ging ik na het zogenaamd Oosiersche-Huis^ een groot gebouw, eertijds gebruikt tôt een Pakhuis voor de kooplieden, die op Hamburg, Lubeck en de overige Hanseesteden handelden. Hier vond ik eene menigle musiek-instrumenten van een zonderling maakzel ; omirent 40 Fluiten van de gewoone soort; doch, gelyk Hoboén en Bassons, met essen en klappen; de grootste, nog langer dan Bassons ; aile, van eenerlei H ont, te Hamburg toegesteld door Caspar Rauchs Strotenbach (?}, die, op de messinge Riogen, met de welkede meeste belegd waren, zijnen naam had gesloken. Men berigtde my, dat deze Instrumenten, die niemanl van tegen^oordige musiekers te Antwerpen yriai te behandelen, weleer, toen de Handeling hier nog bloeijde, dagelijks waren gebruikt door een Bende musikanten, die de voornaamste Kooplieden daar

A son tour, Félis, prévenu par ces deux écrivains et peut-être par une rencontre fortuite, faite, en ces derniers temps, des instruments allemands sous les combles de la maison banséatique (1), alla prendre connaissance de ce dépôt si précieux pour Tbistoire musicale. Bientôt après, Ton put lire, dans la Revue et Gazette Musicale de Paris, les lignes suivantes dues à M. Fétis fils :

« Une trouvaille intéressante pour Tarcbéologie musicale vient d'être faite par M. Fétis. Une collection d'instruments singuliers était jadis conservée à Anvers. Figurezvous quarante flûtes dont les dimensions variaient depuis deux jusqu à buit pieds, qu'un ouvrier nommé Gaspard Rancho («ïc), avait faites à Hambourg, d'un bois cboisi, et qu'il avait garnies d'ornements en cuivre ciselé.

» Ces instruments étaient la propriété des marcbands associés à la grande union commerciale des villes banséatiques. La tradition nous apprend que ces ricbes bourgeois avaient à leurs gages des musiciens qui les précédaient lorsqu'ils allaient de leurs vastes magasins à la Bourse. C'était une coutume étrange. Nous parlons des progrès du goût musical ; mais les agents de cbange ont-ils seulement songé à faire marcber devant eux un orchestre, quand ils vont coter les fonds publics?

n Quoi qu'il en soit, les flûtes dont je vous parle avaient disparu ; on ignorait complètement ce qu'elles étaient devenues. Se fondant sur des indications contenues dans je ne sais quel document, et dont l'exactitude vient d'être conllrmée, M. Fétis eut lieu de croire qu'elles se trou-

mede na de Beura geleidden. Thans hongen ze, in een groot kabinet mel dubbele Deuren, op houte Haaken en op de vloer lag een bijster groote kas, van stevig Hout, daar ze samen ingepakt en door acht mannen opgelild konden worden. » Les deux traducteurs ayant altéré la forme originale de rinscription, nous la restituons intégralement ici : « casper ravchs scratenbach. •

(1) Jusqu'à ces dernières années, la maison teutonique était la résidence du consul ou représentant des villes delà Hanse. Ces villes la donnèrent, en 4863, à la Belgique, pour la quote-part qu'elles avaient ù fournir dans fabolilion des droits de l'Escaut

— ÎÎ4 —

vaienl dans les greniers d'un consulat étranger à Anvers. On les retrouva, en effet, sous des fagots auxquels elles ont bien failli mêler leur bois séculaire, pour chauffer ceux dont elles devraient encore charmer l'oreille, si toutes les bonnes institutions ne s'en allaient en notre temps. Le consul, représentant d'une des villes qui faisaient jadis partie de la ligue hanséatique, eut la gracieuseté d'offrir plusieurs de ces curieux instruments à M. Fétis, qui les accepta, comme bien vous pouvez penser.

» Tai entendu Tune des flûtes en question, laquelle est haute de cinq pieds et rend des sons d'une douceur extrême. La musique a fait beaucoup de conquêtes ; mais tient-on compte de ses pertes? Combien d'instruments tombés dans l'oubli et qui serviraient merveilleusement à varier les effets de l'art actuel, si l'on avait le bon esprit de les conserver (1)! »

Il y a ici plus d'une remarque à faire : !• Il n'y a pas de découverte proprement dite, puisque les instruments étaient signalés, à l'endroit oii ils se trouvaient, par les historiens ; â* la coutume de donner des aubades instrumentales aux marchands étrangers, lors des grandes foires, n'est point si « étrange » pour celui qui connaît Vhistoire (2), M. Fétis dit la « tradition ; » 3*» ce « je ne sais quel document » et ces greniers « d'un consulat étranger, » sont évidemment imaginés pour faire à M. Fétis père les honneurs d'une trouvaille qui ne lui appartient point ; 4'' le dernier paragraphe seul, auquel nous adhérons complètement, rachète, en quelque sorte, l'inexactitude flagi^nte des autres.

(1) Articlo reproduit dans le Diapaton du 4 juillet 4880. La prétendue trouvaille a fait le tour de la presse, non sans s*enrichir de quelques plaisanteries et de quelques allusiens passablement transparentes. Le Franc-juge de Rouen, entre autres, en parlant d'une trouvaille foite « sous des fagots, > ajoute : « Les fagots semblent destinés k jouer un rôle dans Thistoire de la découverte des objets perdus. > Nous supprimons le reste.

[% L'histoire affirmée par des milliers de documents d'Archives.

Void un récit biea différent, emprunté aux Mutkiau belges (1), du même auteur :

« On conservait jadis à Anvers, dans le magasin des riches marchands qui faisaient un commerce si important avec les villes hanséatiques, une collection d'instruments singuliers. C'étaient des flûtes de quarante espèces différentes, pourvues de clefs et de pièces de rapport qui servaient à les allonger. Ces instruments avaient été foits à Hamboui^, du même bois, et par le même ouvrier. Le nom du facteur, Gaspard Rauchs Scratenbach, était gravé sur un anneau de cuivre qui les entourait. Quelques-uns, plus grands que des bassons, étaient terminés à leur partie inférieure par des figures humaines soigneusement sculptées. On rapporte qu'à l'époque oii Anvers brUlait, par l'activité de son commerce, entre toutes les villes du monde, des musiciens experts dans l'art de jouer ces instruments, s'en servaient pour accompagner les n^ociants depuis leurs vastes magasins jusqu à la bourse, en faisant entendre des airs composés à cette intention. Lors de la décadence de la ligue hanséatique, les négociants anversois cessèrent de se faire donner ces concerts quotidiens. Les instruments furent déposés, à titre de monuments historiques, dans une chambre où on les montrait encore aux étrangers vers le commencement de ce siècle. Nous ignorons à quelle époque et dans quelles circonstances ils ont disparu. »

Trois réflexions sont indispensables ici : l"" Ce n'est plus la coutume d'honorer les marchands étrangers d'aubades instrumentales qui est ce étrange, » ce sont les instruments eux-mêmes qui sont « singuliers. » Or, nous venons de voir que ces flûtes pourraient contribuer « merveilleusement à varier les effets de l'art actuel. ;» 2^" Si l'on montrait ces (c singuliers » instruments aux touristes, au commencement de ce siècle, comment ose-t-on dire que la décou-

(1) Tome U, p. 97.

nr. «

verie en a été faite, quelque temps après? S"" Pour l'époque et les circonstances de leur disparition, que M. Éd. Fétis déclare ignorer, lui-même, on se le rappelle, annonce que M. Fétis père en a reçu a plusieurs » du consul allemand (1) ; les autres, sauf un échantillon, conservé, croyons* nous, au musée d'Anvers, ont été expédiés à Berlin.

Les flûtes que nous avons été à même de voir, appar* tiennent à l'espèce appelée en flamand et en allemand Blochfluyten, dénomination provenant, sans le moindre doute, de l'énormité de leur calibre. En France, on les dé* signait par le mot laridons (3). Il n'y a pas à le nier, cette fois, ces basses de flûtes sont bien allemandes; elle$ étaient en grande vogue autrefois, aussi bien en France qu*aux Pays-Bas, et nous nous demandons encore où Fétis a trouvé que les flûtes de Tespèce dont il s'agit étaient positivement a flamandes. »

Oe qu'on appela spécialement « flûte allemande, » était la quersfUUey dwersfluite^ ou flûte traversière. Qui sait si les flûtes d'Audenarde, employées en la première moitié du xvi<* siècle, ne provenaient point, comme les cromornea achetées depuis par la même ville, des foires d'Anvers? Qui sait si elles ne portaient point un nom de facteur allemand?

Fétis, au lieu de chercher à prendre les autres en défaut d'inex^ctilude, eût mieux t^xi de ti^aiter un peu plus sérieiH sèment lui-même les questions scientifiques qu'il soulève^ Par exemple, à propos de la flûte Bréhaigne, il déctare ignorer la forme de cet instrument, et, après avoir cbei^ ehé dans un ancien lexique le mot de Bréhaigne qui rem*barrassait, il conchit imperturbablement ceci : « Bréhaigne est un vieux mot français, qui signifie une femelto stérile. Flûte Bréhaigne était peut-être une flûte à sons

(i) Ces flûteB font partie da la petite collection d'instruments anciens et exotiques qae FéUs père avait recueillis, et qui est devenue la propriété de PËtat. Cette collection naissante forme auiourd*hui un musée public.

{% CElXER,OrtVifiM de Popéra^ p. ii.

aigus (1) T » Pourquoi, à notre tour, flûte Brébaigne ne signiflerait^elle point flûte à bec, puisque brègne^ en langage picard, veut dire boucbe ? Roquefort, et, après lui, Kastner, opinent pour Tinterprétiation de « flûte de Bohème. » Cette interprétation malheureusement ne nous apprend rien.

La flûte était recherchée particulièrement pour égayer les foires communales, puisque Huygbens cite cet instrument comme le seul qui fût employé aux foires de Hollande (3), et que, à la célèbre foire d*Eenaeme,en Flandre, ce doux instrument roucoulait annuellement d'harmonieux accords, ainsi qu'on le verra bientôt. Il est vrai que la cornemuse y vibi^it également, comme le témoigne une gravure de 4596, mais à titre d'instrument de danse seulement. Il est vrai encore qu'ailleurs la trompette stridente avait le pas sur la modeste flûte.

Les instruments de la hanse teutonique venaient de Hambourg, et ce n'était que justice. Il s'en faut de beaucoup cependant que la ville d'Anvers fût dépouiTue jadis de luthiers habiles ; elle a même acquis, en cette spécialité, une renommée européenne, surtout quant aux clavecins (3). En ouvrant le Ligghere de Valerius, on y rencontre maint fabricant de cithares, de harpes, etc. Depuis qu'Anvers devint, par la chute de Bruges, une cité commerciale de premier ordre, il semble qu'elle ait voulu monopoliser, en quelque sorte, la facture des intruments en vogue. Il y avait bien, dans chaque ville importante des Pays-Bas, des luthiers habiles, qui fournissaient aux églises et aux gildes les instruments dont elles avait besoin (4). Mais Anvers, à partir du xvi« siècle, a décidément le pas sur toutes les autres cités commerciales et industrielles, sous le rapport

(1) Voy. Biographie universelle des musiciens, au mot Chamslet. (D Théâtre villageois, i, l, p. 175, note S.

(3) Voy. Mus. aux Pays-Bas, t. I,p. 65 à 69, t. II, p. 116, et t. III, p. 396 à 348.

(4) Notre ami, César Snoeck, conserve, dans sa précieuse collection, divers spécimens de la lutberie flamande et wallonne.

du nombre et de la qualité des produits de ses ateliers de lutherie.

On voit, au début de ce siècle, la ville d'Audenarde recourir à la ville d*Anvers, pour Tachât d*ua accord complet de cromornes, valant 80 livres (1). G*est alors, on se le rappelle, que Ton sentit le besoin de mettre eu tablature didactique les principaux instruments en usage (2). Plus tard, c*est la ville d'Utrecht qui s'alimente à Anvers pour ses instruments.

En 1559, Pietro Lupo, luthier à Anvers, vendit au magistrat d*Utrecht, pour la somme de soixante-douze livres, cinq violons renfeimés dans un étui. En même temps, Guillaume Emo, autre luthier anversois, vendit au susdit magistrat une bombarde avec son étui, pour trente-deux livres. En 1560, deux cors de basset, un hautbois et une cromorne sont encore acquis, au prix de cinquante-six livres seize escalins, par la ville d'Utrecht. Enfin, en 1561, nouvelle acquisition, à Anvers, — cette fois chez Grégoire De Goninck, — pour la musique communale d*Utrecbt, à savoir un double cornet, coûtant huit livres (3).

M. De fiurbure présume que les luthiers que nous venons de nommer étaient plutôt des marchands d'instruments. Ce qui nous étonne, c*est que la liste des luthiers d* Anvers, formée par Térudit musicologue, n'offre pas un seul fabricant de flûtes. Peut-être ce genre d'industrie est-il réservé pour le travail spécial que M. De fiurbure prépare sur les facteurs d'orgues anversois. Le seul luthier du xV" siècle que notre ami ait rencontré à Anvers, est un faiseur de trompettes, trompetmaker, Pierre Bogaerts, qui acquit son droit de bourgeoisie en 1441 . Jean

(4) Voir plus haut, verbo Addenarde. On peut voir, dans le livre de Pierre Bor, sur les troubles du xyi« siècle (édition de 1690), une planche figurant une rixe dans les rues d*An?er8 en 1867. A rune des maisons de gauche, sont suspendus divers instruments à cordes qui annoncent la demeure d*nn luthier.

(t) Voy. Musique aux Payt-Btu, 1. 1, p. S75, et t. H, p. 411.

(3) DoDT voie FLENSBORfi, Archiefvon Utrecht, i, IL

Vander Voort était établi comme fabricant de trompettes, à Anvers, en 4629. Arnoud Borlon ou Porlon, fabricant de cithares, q/etermaker, est reçu dans la gilde de Saint-Luc en 1579. Jean Meulevoets, autre facteur de cithares, y est admis en 1584, etc. (1).

M. César Snoeck possède, dans sa riche collection, un violon de format exigu, fabriqué, en 1623, sur le modèle de ceux d*Amati. Il le croit de facture anversoise (2).

Le Ligghere précité nous fournit les dessins de plusieurs instruments qui ont dû être fabriqués par des membres de Saint-Luc, entre autres une zmke de 1468, une sedmeye de 1549, et une harpe de 1550. La forme de cette harpe coïncide peu avec celle qui figure sur les marques de Ruckers ; elle se rapproche davantage de celle que fournit le tableau de David et Saûlj de Lucas Van Leyde (1533), conservé au musée d*Anvers. La harpe peinte par Lucas Van Leyde, offre de plus une tête humaine, ornement qui annonce un instrument de facture particulière. Au XV* siècle, comme le témoigne la harpe dont joue un ange représenté sur un triptyque anonyme conservé au même musée, il n*y avait à cet instrument que les trois lattes, pures et simples, qui constituent sa forme de delta renversé V (3).

Divers autres tableaux du même établissement comportent des instruments dont la forme a dû être celle du temps, et, entre autres, une trompette avec son pennonceau, que font vibrer quatre musiciens (volet gauche du triptyque de Quentin Metsys, 1508) ; un cor anglais ou hautbois, que manie un virtuose en même ten\Q; qu*un

(4) Recherthei sur les facteurs de clavecins, etc., passlm, (9) Le mftme amateur conserve une basse de viole portant TétiqueUe : « Jean Baumeister a Amsterdam. > Rien malheureusement nulle part du répertoire des ménestrels anversois. Le recueil, imprimé chez Phalèse en 4883, et qui renferme plus de cent danses en vogue en ces temps, en off^e-t-il qui soient propres à la localité ?

(8) Catalogue, no 861. On peut voir, dans les éditions phalésiennes, un répertoire asses varié de musiques pour instruments.

tambour attaché au cou par une bandoulière (tableau anonyme du xv« siècle) (1); un hakkeberd ou plutôt an psaltérion,à deux ouïes et sans la moindre ornementation, que font vibrer deux plectrums (même tableau) ; enfin, un tambour de basque pailleté (même tableau).

Il y a une belle étude à faire de nos anciennes peintures, gravures et sculptures, au point de vue de notre histoire instrumentale. Nous fournirons à ce travail indispensable toutes les données, que, dans les limites de nos modestes attributions, nous pourrons rencontrer chemin faisant.

Il faudra joindre, à cette étude, l'examen attentif des costumes de nos vieux musiciens, et, pour nous en tenir provisoirement à Tobjet de ce paragraphe,nous appellerons l'attention des amateurs sur la curieuse estampe publiée par nous au tome II<^ de ces recherches (2), estampe qui figure un type de ménestrel de la première moitié du xvi^ siècle, avec son triple plumet, son justaucorps dentelé, aux manches justes et aux manches larges, son pantalon collant, le tout colorié en mi-partie. Sans nul doute, voilà un des nombreux virtuoses anversois dont le rôle vient d'être retracé par nous.

LIERRE ET TIRLEMONT. —Nous venons de parler des anciennes sculptures, au point de vue de l'histoire musicale. Lierre en oflVe de très-intéressantes pour la monographie de nos ménestrels.

Au nombre des supports de niches qui se trouvent à l'extérieur de l'église de Saint-Gommaire, on remarque diverses figures de musiciens. On en voit deux, au-dessus d'une petite porte latérale (gauche) condamnée aujourd'hui. Cette porte est ornée, en outre, de plusieurs figures de mimes.

A droite du spectateur, apparaît une sirène, avec trois autres figures endommagées, dont une semble similaire à

(2) Page 440. U a, entre autres, autour de lui une flûte k bec, une prenve.^que cet instrument était en vogue alors à Anvers.

la sirène» A gauche, se montre un fou, tenant à la main un masque, et dont le visage est contracté par une mime expressive; un singe coiffé d'un casque et ayant une figure militaire, s'offre sur la même ligne que le bouffon. Au-de»sus d'eux, on distingue une tête de moine encapuchonnée, sur ua corps de porc muni d'une queue de serpent, ainsi qu'un acteur dramatique s'arrachant les cheveux dans un geste qui traduit le désespoir.

Ces figures de mimes, peut-être les seules de ce genre qui ornent l'extérieur de l'église de Lierre, comportent, sans le moindre doute, une intention, un souvenir :

« Non-seulement, dit M. Didron, on a représenté dramatiquement et par personnages vivants, à tous les siècles et dans toutes les églises, les principales scènes de l'histoire sainte, comme l'Annonciation évangélique, la Nativité de Jésus, l'Adoration des mages, le Massacre des Innocents, la Passion, la Résurrection du Sauveur; mais tous les faits de l'Ancien et du Nouveau Testament, toutes les légendes des saints, toutes les idées allégoriques des vices et des vertus, toutes les leçons scientifiques des arts libéraux et des travaux manuels, ont dû être joués dans les églises, principalement dans les cathédrales, où Tespace, et dont le nombreux personnel offraient des facilités que pouvaient refuser les petites églises de paroisses. Enfin, les trois ou quatre mille statues et figures qui peuplent les portails et les fenêtres de la cathédrale de Chartres, ont dû, à certaines époques, descendre en quelque sorte de leurs niches et de leurs verrières, pour venir, au moins une fois l'an, jouer leur drame dans la nef et le chœur d'un vaste édifice. En d'autres termes, les mêmes faits, les mêmes idées sculptés en statues et peints en vitraux se sont joués par personnages vivants dans la cathédrale même, aux diverses fêtes de l'année. »

Nous ajouterons : et jusqu'au cimetière, comme divers documents le constatent. On établit là un théâtre proprement dit, et, les laïcs s'étant mis de la partie, les représen.

talions en arrivèrent promptement à une complète sécularisation.

C'est déjà le cas, au xv« siècle, à Lierre, témoins les figures reproduites ci-contre. Plus de clercs monastiques ou séculiers : des acteurs purement mondains, aidés d'instruments relevant très-probablement de la corporation de Saint-Job ou de Marie-Madeleine. Us s'enhardissent peu à peu, et vont même jusqu'à ridiculiser les travers des ecclésiastiques. C'est le rire, c'est l'esprit affranchi de longues et pesantes entraves, qui se fait jour et amène insensiblement, grâce aux abus toujours croissants du clergé, l'époque de rénovation appelée la Réforme. C'est, enfin, le journal satirique en action. Comment en eût-il été autrement? Le clergé lui-même profanait, à une époque déterminée, ce qu'il était obligé de respecter durant tout une année, et promenait scandaleusement ses saturnales lascives à travers les cités populeuses.

Nous pensons que la place qui fut assignée aux continuateurs laies des drames liturgiques, est la partie du cimetière de l'église de Saint-Gommaire voisine de la porte supprimée. A l'intérieur, on aura ménagé une sorte d'enclos fermé aux acteurs, pour leurs arrangements et équipements. Devant la porte, on aura établi des tréteaux, pour y exécuter leurs drames et leurs farces. Les instrumentistes auront participé, pour une part plus ou moins considérable, à ces représentatioiîs. Quoi de plus naturel, après tout, que de reproduire par la sculpture ces mimes et ces virtuoses, à l'endroit du temple même où ils s'estâttaxent.

Deux des figures de musiciens, que nous reproduisons, jouent de la vielle, l'une dans une attitude inspirée, l'autre d'un air assez contraint. La première représente un homme d'âge, couvert d'un manteau, et muni d'une barbe écourtée. Ses cheveux,divisés vers le milieu de la tête, retombent en boucles sur les oreilles. La deuxième figure nous montre un ange ailé, aux cheveux également bouclés, et dont la

Figures allégoriques du XV* siècle

Ménestrels DE Lierre.

Pi^ursi. allégonqufts dn XV^ siècle.

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