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Ménestrels de Lierre, Pigures allégoriques du itVT siècle.
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Ménestrels DE Lierre.
Figures allégoriques du XV! siècle
■ Fig;5.
Bg.6.
Ménestrels DE Lierre.
Fjgures allégoriques du XV^ siècle.
robe est l'ejetée, en plis ondulés, sur les épaules. Les in-^ struments qu'ils manient^sont le premier, en forme de poire, avec le manche en boule, Tautre de forme ovale, avec un manche trop abtmé pour pouvoir le caractériser nettement. Point de chevalet nid'échancrures pour faciliter le passage de Tarchet, qui est ici, de forme pointue, et là, de forme ronde. Nous y distinguons tout au plus trois cordes (i). Ces vielles semblent dater du un* siècle. Evidemment, la première figurei à en juger par le style architectural de réglise, est celle d*un ménestrel de la première moitié du XV* siècle. Gela prouve, une fois de plus, que nos ménestrels se servaient d'instruments surannés.
Deux autres figures, mises en regard de cette page, pincent du psaltérion. Tune aux longs cheveux flottants et au menton imberbe, l'autre munie d'ailes et aux cheveux plus régulièrement agencés. Le psaltérion du premier personnage, en forme de delta renversé, V, et qui a la physionomie d'un vrai tympanon, est d'une assez grande dimension ; on y aperçoit encore huit cordes, montées deux à deux ; le reste manque. Le virtuose se sert de tous ses doigts. Le psaltérion, de format moindre, que manie le deuxième personnage, va en s'évasant vers le bas, et son exécutant le manie de façon à ne faire fonctionner que les pouces (2).
La cinquième figure, qui n'est point la moins intéressante, pince d'une mandoline à quatre cordes. Son attitude est sereine et contemplative. Ses cheveux abondanls,divisés au milieu du front, sont rejetés en boucles épaisses sur les épaules. Elle porte des ailes, et est drapée dans un large manteau. La forme de la mandoline est celle de la vielle en poire précitée ; l'instrument a une boule pour manche. On y distingue nettement les cordes (3). Bien que transformés en génies ailés, les deux instrumentistes ne sont autres,
(i) Planche 1, nos i et 3.
(S) Planche U, n«s 3 et 4.
(3) Planche UI, no 5.
à notre avid« que des types idéalisés des ménestrels de l'époque.
Reste la figure de la sirène, aux cheveux moelieusement campés sur les épaules, et aux pieds terminés en queue de poisson. Le pantalon, à points d'intersection nettement accentués, trabit à lui seul un acrobate. Les losanges qui le parsèment, simulent des écailles de mer (1).
Toutes les qualités attribuées, par les anciens, aux sirènes, à une seule exception près, concernent l'art qui, par excellence, tient son nom des muses. Il n'est donc pas étonnant, dit Kastner, que les poètes aient généralement nommé les sirènes filles des muses. Notre sirène repré*sente-elle une ondine nordique? A ce compte peut-être, la légende de la meerminne boUandaise, que résume Kastner, lui serait applicable. Constatons, en outre, que, sur les édifices publics, la sirène devenait le symbole mystique de la séduction, du piège fascinateur tendu à la faiblesse bumaine.
Et son identification avec les drames litui^iques joués au cimetière de Saint-Gommaire, demandera-t«on? Nous y voici en plein, grftce à l'extrait suivant emprunté aux comptes communaux d'Audenarde de 14S6, et où il est question d'un bouffon seigneurial, qui exécuta, à la pro* cession du Sacrement, la figure dramatique, et peut-être musicale, de la sirène :
Betaelt Licke, den zot van minen heere van Ayshove, ende le zynre bede, omme te makene, up den Sacramentsdach, eenzot habyt; ende ooc van dai hy de figuere maecte van der meerminne... vj lib. vj st. p.
Les processions, à cette époque, étaient remplies de figures semblables à celles qu'on taillait dans le marbre de nos Cathédrales, et qui procédaient, comme elles, d'un ensemble d'idées empruntées à l'allégorie mystique du catholicisme. C'est à ce titre, sans conteste, que la sirène
(i) PUmche UI, no 6.
de Lierre fait partie des mimes dont nous venons d'esquisser la série la plus intéressante.
Des mystères se jouaient encore, par les gens d'église de Saint-Gommaire , appelés CecUianm, à la fin du XVIII* siècle (1).
A regard des ménestrels communaux de Lierre, nous savons, par les comptes de Termonde, que, dèslexv* siècle, ils venaient annuellement participer à Yommegang de la petite cité flamande. Les registres de Lierre reportent au début du xiv« siècle l'apparition de ces virtuoses. A cette époque, des joueurs de trompettes, de cornemuses et de naquaires sont requis par le magistrat, pour égayer, aux sons de leurs instruments, les principales solennités publiques.
Le même système de sculptures historiques a été adapté à Fornemontation extérieure de l'église de Notre-Dame du Lac à TirlemoDt, église qui date, selon nous, de la seconde moitié du xv« siècle. On y voit, notamment, deux virtuoses jouant d'un luth à manche allongé, de forme amincie, et deux autres virtuoses, celui-ci maniant unpsaltérion trapézoîde, celui-là faisant vibrer, à l'aide d'un plectrum ajusté au bout d'un doigt, un psaltérion rectangulaire. Un instrumentiste semblable est muni d'un psaltérion triangulaire à pans échancrés.
Si, parmi ces figures intéressantes, il en est représentées avec des ailes,en forme de génies ou d'anges,d'autres, par contre, sont privées de toute trace d'ailes, et ont la physionomie mâle, la chevelure toufi'ue, la barbe épaisse, principalement celles qui, jouant du luth et de Yhakkeberd, annoncent des physionomies réelles de ménestrels de répoque. Beaucoup de ces figures sont mutilées ; d'autres, simplement effacées pardes couches multiples de badigeon, pourraient éire restituées sans peine à leur état primitif.
Les sculptures parvenues jusqu'à nous suffisent à envisager Tirlemont, aussi bien que Lierre, comme un foyer
(4) Mu9ique aux Pays-Bas^ U U, p. 4i.
d'associations de ménestrels, de mimes, et même de saltimbanques; car si nous avons constaté à Lierre une sirène, ici nous avons à citer, outre un homme-poisson d'un aspect très-pittoresque, un bateleur dans une pose de surprenante dislocation.
Les faiseurs de tours d'adresse, qui nous sont venus de France avec les ducs deBourgogne,ne sont pas si étrangers à la musique qu'on serait tenté de le croire, car, pour ne citer qu'un exemple du contraire, Giraud de Galanson, jongleur et troubadour du xni* siècle, tout en invitant, dans un de ses poèmes, un de ses confrères en adresse à cultiver assidûment les exercices habituels aux gens de sa profession, ne néglige point d'y associer le chant ainsi que le maniement de plusieurs instruments du temps. Les phrases que nous allons en reproduire, avec la traduction en regard, sont coupées et arrangées pour la rime de telle flacon que le poète a l'air de danser d'un bout à l'autre, et d'imiter ainsi les mouvements du jongleur :
TEXTE ORIGIHAL.
Fadetjoglatr
Gopotxpensar...
C'ades te do
Sirventes bo
C*oin no lo pueses a desmenUr?
Sapchas trobur
Egen tombar
E ben parlar, e jocx partir,
Taboreiar
E tauleiar
E &r la simphMia brugtr ;
E paucx pomels,
Ab do6 cotels
Sapchas gitar e retenir...
E sistolar
E mandarcar
E per catre cercles salir...
Sapchas arpar
E ben temprar
La gigua, él sons esclarxir ;
Joglar leri
Del salteri ;