TRADUCTION
Niais Jongleur,
Peux-ta penser
Que maintenant Je te donne
Bon sirvente
Qu*on ne puisse démentir?
Sache trouver
Et agréablement rimer
Et bien parler, et proposer Jeux partis.
Tambouriner
Et jouer des cUchettes,
Et foire la symphonie bruire ;
Et petites pommes
Sur deux couteaux.
Sache jeter et retenir.
Puis sistoler
Et jouer de la mandole.
Sauter k travers quatre cercles.
Sache encore pincer de la harpe.
Et tempérer
La gigue, puis fiaire briller ta voix ;
Joue gaiement
Du psaltérion ;
Paras X cordas estrangir Fais dix cordes résonner
IX estmmens. De nenf instruments.
Si be rapprens Si bien ta apprends.
If i poteza tes ops retenir... Tu peux te servir à ton gré ;
Puyes aprenras Puis tu apprendras
De Peiias De Pélias (du fils)
Gom el fetz Troya destruir. Comment il fit Troie tomber (4).
Or, un siècle après, notamment de 1362 à 1363, se construisit le portail de l'église de Notre-Dame du Lac, à Tirlemont, témoins les comptes compulsés par M. Bets, auteur d'une monographie de la jolie cité brabançonne (2), où nous trouvons mentionnés les sculpteurs de niches, de dais et de consoles : Wautier Pans, Botson de Racourt, Jean dTtrecht et Jacques Laureys, ce dernier, maître maçon désigné, dans les comptes de Bruxelles, sous le nom de maître Jacques van Thienen.
Les sculptures dont nous parlons, datent-elles de cette époque? Nous le croyons, bien que des avis contraires existent sur ce point. En ce cas, il est naturel de penser qu'elles doivent avoir été simplement rafiratchies ou retouchées. Et quant à la chapelle de Sainte-Marie-Madeleine, dont on voit encore les traces dans la propriété de M. le comte Rottermund, elle paraît n'être pas antérieure au xYii** siècle, ce qui écarte l'idée d'une destination spécialement consacrée aux ménestrels. Il est possible pourtant que, sur son emplacement, les instrumentistes aient fait édifier antérieurement un oratoire pour les offices du culte. Nombreux, comme ils ont dû l'être, on ne peut supposer raisonnablement qu'ils se soient bornés à faire élever un
(1) Rkmouard, Choix de poésies des troubadours, t. H et Ul. Au commencement du xYie siècle, d'autres bateleurs étrangers vinrent inonder le pays. On voit, entre autres, dans les comptes de Jean deMamiz, que divers « joueurs de souplesses, » parmi lesquels se trouvaient quelques Hongrois et Italiens, vinrent donner des séances aux repas de Marguerite d'Autriche, à Bruxelles.
(f) Histoire de Tirlemont, t. U, p. 405. Soit dit en passant, il n*y est nulles ment question de IMmportance archéologique et musicologique qu'ont les figures que nous étudions.
simple autel, en l'honneur de leur patronne, dans Tune des églises principales de Tirlemont.
On a déjà mentionné leur participation, en 1555, aux grandes fêtes de la Toison d*Or, à Anvers (1). Aux deux siècles suivants, ils ont dû avoir un accord d'instruments à anches de la famille du hautbois, à en juger par les instruments mêmes qu'on en a conservés. C'est, entre autres, un hautbois alto, en bois noir fait autour, dans le style des meubles du xvw^ siècle.
M. Snoeck, qui, par notre intermédiaire, a pu en enrichir sa collection, conjecture que cette sorte de cor anglais, à deux clefs en étain, n'est autre qu'un hautbois de forêt ou de chasse, di caccia, que Kastner appelle aussi clarinet. Nous ne disconvenons pas qu'il n'y ait eu, sous le régime des Français, des instruments semblables, qu'on mêlait aux cors de chasse, pour produire des effets d'harmonie agrestes. Mais, nous ne croyons pas que le spécimen, découvert par nous à Tirlemont, appartienne à cette catégorie, par la raison, selon nous, concluante, qu'il se trouvait joint à deux pipera, dont un soprano en bois fabriqué, au dernier siècle, par Willems de Gand, et qui a dû former, avec un autre instrument supplémentaire, probablement un basson, l'accord complet des instrumentistes à gages du magistrat de Lierre. L'alto en question est, sans doute, le plus vieux que l'on ait rencontré jusqu'ici.
Disons, en terminant ce paragraphe, que nous n'avons observé jusqu'ici cette profusion de virtuoses sculptés à l'extérieur des églises, que dans le pays de Brabant seul, ce berceau glorieux de Jean I", l'illustre minnezanger.
LOUVAIN. — Le petit nombre de faits relatifs aux ménestrels de Louvain s'ouvre par la participation des musi* ciens du duc de Brabant, Antoine de Bourgogne, à la procession de 1409, où ils exécutèrent, en marchant devant la statue de la Vierge, des morceaux de leur façon.
(1) Voy. à la rubrique AimsRs, vers la fin.
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GegeYQQ «yneii beren trompette van Brah»Qt« sisien pipersen meoeatreerders, die epeelden voor onser vrouwen, Ixxx pi. (1).
Pipers est-il pris ici pour trompette, et menestreerden pour joueurs de harpe ou de luth, instruments favoris des ménestrels du temps? Rappelons-nous qu'àGand,il y avait une expression particulière pour distinguer le simple sonneur de trompette du joueur de ^(^liii^e, qui était associé, comme on a vu, à des collègues faisant accord harmonieux avec lui.
Le luth et tout le système dlnstruments à cordes, snaer* spel, vibrèrent, à la même procession, quelques années plus tard, et notamment en 1439 et 1432 :
Ghegheven Gheramme en Peleren den luytsiager, van dat sy speeiden voor onser vrouwen, in onser vrouwen dage Nativitatis, viij pi.
Ghegheven iij speellieden, die speelden met snaerspel voir onser hever vrouwen in de processie voirscreven, xij pi. (2).
La vielle s'y montre à côté de la harpe, en 1493, après que le luth a partagé exclusivement cet honneur, en 1450 :
Gheram met synder herpeo, en Wouter Loeten met synder luyteo, die gegaen hebben in ij processie daghen van den Sacramenten van onser liever vrouwen dagbe, metharen ghesellen, xlviij pi.
Peteren Peelers, harpslaghere, Willeme Dens, oie harspslaghere, Glase den herpslaghere, ianne de Metsere, Bertramme de Veelere, Peteren Fyen, van dat sy gespeelt hebben voir onse lieve vrouwe en Ste-Peeters, elken van ben vj st. (3).
L'instrument idéal, par excellence, pour les solennités extérieures du culte, disparaît peu à peu pour faire place aux instruments à soufQe et à anche de la famille des hautci) Comptes de la viUe de Louvain^ extrait de Tannée 4409, reprodait par M. Van Even.
0) Ed., de 1439 et 4431
(8) M., de 4400 et 4493. Remarqaez le terme de harpelaghere^ encore en oeage aujourd'hoi. U annonce on inetnunent frappé plutôt qu*un instrument pincé. Or, la liarpe de ces temps était fort petite et montée d*un nombre de cordes fort restreint Celle en question ici, ne serait-elle pas un grand hakheherd de forme triangulaire, dont on foisait vibrer Isa cordes à Faide de baguettes?
bois et de la tealmeye. Gela n'a efTectivement lieu que ilans le cours du xvi< siècle, car au début du -siècle susdit, c'est-à-dire en 1S03, on voit encore la harpe figurerentéie des instruments dont jouent les artistes, consteneers, formés en société; ces instruments sont, outre la harpe, le luth, la viole, la trompette aiguë, grielkin, et la flûte; ils sont cités, comme on a vu, dans les statuts de la société de Sainte-Cécile, publiés au v. II de ces recherches (1).
Le liith devient, & son tour, l'instrument princejM.sur la vignette du Trontispice du Tkeiaurtu muticus (3) imprimé, en 1K73, à Louvain, par Pierre Phalèse. Le personnage qui en joue, se trouve, la tête ceinte d'une couronne de lauriers, au milieu d'un groupe de musiciennes, donnant un concert de divers instruments, tels que : harpe, basse de viole, flûte traversiëre, tlûte à bec, cornet, sinke, etc. Remarquons, en passant, que la harpe a exaciement la même forme que celle de ISKO, transmise dans le Liggha-e d'Anvers (3).
A Vommegang de Louvain, de 1S94, si soigneusement décrit par M. Van Even, les musiciens de la commune sont au nombre de quatre : un trompette et trois icalmeyera, comme le démontre le dessin suivant :
(1) PiwettlM.
(S Décrit tnL ait\iMHiiqiitatuiPafi-Bat,v. 401
(8) Voy. cl-dHMM. icrbo inraik
Ce dessin paraît ici moins pour les instruments que pour le costume. Les instrumentistes de Bruxelles, dont il a été question, se tiennent la tête découverte, dans la procession des Pueelles. Ici, les virtuoses sont coiffés d'un chapeau rond, dans le genre de celui qui revient en vogue aujourd'hui. L'un des musiciens, le chef du quatuor peutêtre, porte l'épée. Deux autres ont le blason de la ville sur le bras gauche. Tous ont le petit mantelet espagnol, le col tuyauté, le pantalon court, les bas allant jusqu'aux genoux et de petits souliers.
Les instruments à cordes ont-ils disparu? Tout ce que nous pouvons ajouter à ce qui précède, sur Yommegmig de 1S94, c'est qu'un joueur de musette marche, comme à Termonde, devant le Ros Beyaerd, et peut-être exécute, aux sons de son instrument, des gambades devant le cheval traditionnel.
Il sera question ailleurs de la Marche des patriotes de Louvain, découverte par nous dans un village de Flandre.
LIÈGE. — Le rôle des ménestrels à Liège doit avoir été considérable, eu égard à l'importance musicale de la cité. En attendant que des études spéciales le fassent ressortir, sous ses aspects multiples, consignons ici trois renseignements qui ont leur valeur particulière.
On possédait à Liège une « compaignye des ménestriers et cuisiners (1), » la quelle obtint, en 1536, du cardinal De la Harck, la « confirmation et approbation » de ses statuts antérieurement décrétés, et qui, étant revenue à la charge, pour le même objet, en 1605, auprès du princeévêque Ernest, en reçut la dépêche dont le texte suit :
Ernest, à tous, etc., salul. Rcçeu avons rbumblc supplication des maîtres et confrères de la compaignye des méneslriers et cuisiners de cesle nostre cité de Liège, ordonnée à Thonneur monsieur St-Giel,
(i) Ménétriers el cuisiniers ! Cela peut paraître assez singulier à ceux qui ignorent que les ménestrels anciennement étaient à toutes les mains et savaient, au besoin, iaire « un peu de cuisine. > Kastner, Danses des morts, p. 469.