‹ La musique aux Pays-Bas avant le XIX ̊siècle. Documents inédits et annotés. Compositeurs, virtuoses, théoriciens, luthiers; opéras, motets, airs nationaux, académies, maîtrises, livres, portraits, etc.; avec planches de musique et table alphabétiqueChapitre 20 sur 60 · IV. i · texte numérisé non relu

IV. i

ooDtenantd comme ils auroint, passé déaià loingtemps, oonçeu entre eulx aulouns poincts et ordonnances pour estre par ceulx de la compaignye observez, et desquels ils ont heu confîrmalion et approbation par feu nostre prédécesseur le cardinael De la Marcke, en son vivant évesque de Liège, Tan mille chincq cent et vingt-siex, lesquels par laps du temps et négligence d*observation n'ont esté observées, nous suppliant vouloir de nouveau confirmer et approuver leurs dits status et ordonnances, approuvées par leseschevins de nostre haulte justice de Liège, et burghematlres, jurés cl Conseil de ceste nostre cité, comme appert par leurs lettres ausquùles les présentes sont, par forme de traufficques, annexées. Pour ce est- il que nous, condescendons favorablement à leur requeste, avons approuvé et confirmé, approuvons et confirmons, par c^s présentes... (1).

^association était placée, comme on le voit, sous le patronage de saint Gilles. Les mots «passé désià loingtemps» assignent probablement une époque assez ancienne à la première rédaction de ses statuts, et, partant, à son organisation même.

Dès 1530, nous voyons les divers ménestrels de la cité idéalisés en quelque sorte sur le portail de Féglise de Saint-Paul, par une série d'anges ailés, célébrant, au moyen de divers instruments en vogue et notamment par des instruments à cordes, la cérémonie du couronnement de la Vierge.ttUn grand nombre de sculptures, de détails d'ornementation architecturale, dont il ne Tant pas retrancher des statues et des bas-reliefs d'église, dit Kastner (2), représentent des scènes musicales et des personnages figurés comme musiciens. Ce sont, ou des allégories religieuses, des tableaux de piété, principalement des chœurs d'anges, de saints, de bienheureux, des portraits de la sainte Cécile, des représentations des noces de Gana et de quelque autre objet biblique, etc., ou des scènes qui n'ont rien d'allégorique, ni de religieux à proprement parler, mais qui attestent la part que les usnges de la ménestran-

(1) Conseil privé, registre no 33; dépêches, f» i3i, aux Archives de rÉtat k Liège.

(3) Danset des morts, p. 459.

die eurent dans les mœurs du moyen âge et jusque dans les cérémonies du culte. »

Le relevé exact de ces instruments devrait être dressé, pour en faire profiter Thistoire musicale de Liège (1).

Il s'agirait de rattacher à l'étude de ces instruments, la biographie des principaux luthiers de la localité. Liège en aura fourni de nombreux, croyons-nous. L'irruption du violon dans Téglise, au début du xvii' siècle, donna une nouvelle impulsion à la facture de cet instrument, auparavant si déconsidéré. L'un de ces industriels s'adressa, en 1637, à la corporation des charpentiers, pour y être reçu comme membre, en vue de pouvoir exercer, sans obstacle, oc la ditte arte dans cité, franchiese et banlieu dudit Liège. » Convocation faite de la gilde, le ^3 août de l'an précité, « maistre Pière Pettre, feuseur de violon, » y comparait, et, après avoir déclaré, à tous les membres présents, son intention d'observer fidèlement les statuts et les privilèges de l'association, il y laisse, comme gage de son admission, un premier à-compte de six patacons, plus une caution pour le reste de la somme à fournir.

Voici l'acte dressé, au sujet de cette convocation. Les termes en sont d'une naïveté qui contraste singulièrement avec le ton solennel de la pièce précédente :

Assemblement touchant lacqueste maistre Pière Pettre, feuseur de violon.

L'an milsiex cent trcingt cincque, du mois d'aoust le vingt-quattrème jour, estant, nous les gouverneurs, jurés, officiers et généralité du bon mestier des charpentiers de la cilé, franchiese et banlieu de Liège, assemblé sur nostre chambre el lieu acoustumé, siégé sur le marché, par nostre serviteur sérimenté, qui en at fait tidel rapport, après meure délibération prinse, sur ce que maistre Pelter Pettre, feuseur de violon, serroit inlentioné d*acqucrir la grande ranle (sic) de nostre mestier, at esté ordoné que, pour la ditte acquetlc, ledit Petter payerat audit bon mcslier et ses officiel^, tous droits aifé-

(4) Un dessin nous en avait été promis. Il n a pu être exécuté assez à temps pour figurer dans ce volume.

rants à ladilte acqueste, suivant les chartes et privelèges, luy faisant deflence de plus ultérieurement exercer la ditte arte dans cité, franchiese et banlieu dudit Liège, sinon ayant fait le gré dudit bon mestier, et nul maistre dudit mestier pouldrat iceiuy recevoir pour travaller desoub luy, ny ne pouldra iceiuy reconvocquer les compaignons, par après à cedit effect, ne soit que ni celuy Petter se conforme aux sudittes chartes et privilèges dudit mestier ; et, tantoest après, estant la plus grande partie des compaignons recomparus avec les gouverneurs, sur la ditte chambre, y est illec aussy comparus ledit Pçtter, liquel at déclaré se conformer du tout et par tout, touchant la ditte acquesle, oz Chartres et priveléges dudit mestier, présentant promptement siex pattagons sur ledits droyts, et, pour la rest, il luy est accordé terme trois mois ens trois mois, parroy respondant, pour le résidu, ce que ledit mestier et compaignons présents luy ont accordé, ayant là-mesme compté, Arnuld Marlcon présent ce,acceptant lesdils siex pattagons,liquel (animovovendidebitans) pour ledit Petter et soy faisant fort et partie pour iceiuy, at promis et soy obligé envers ledit mestier, de parfurnir le résidu d*icclle acquesté, ens trois mois prochains, ce que ledit mestier at accepté ; sur quoy avons, nous les compaignons et comunaulté, donné charge et commission à nostre greffier d'icelle et registrer sur Tan, mois et jour que dessus (1).

On voit, par ce document, que Tart de la lutherie n'était point assez estimé à Liége,pour l'annexer à la corporation qui, comme à Anvers, monopolisait la peinture, la sculpture, la gravure, etc. Les ménestrels auprès des cuisiniers, nous venons d'en voir Fantique signification ; mais les Tacteurs de violons auprès des charpentiers, convenons que cela est assez bizarre ! Peut-être trouvera-t-on, dans la suite, quelque document qui assignera aux luthiers une place plus digne du talent qu'ils avaient à déployer. Il y a quelques années, nous trouvâmes, en compagnie de notre ami Snoeck, chez un brocanteur de Liège, un instrument du siècle dernier, portant l'éiiquetie d'un facteur de cette cité. Nous enregistrons cette particularité à simple titre de

(i) Archives de rÉlatà Litige, f* 14, yo du registre 44 des Archives de la cité de Liège; Charpentiers; récès de 4631 ^ 4661. U y avait, k la même époque, à Amsterdam, un musicien appelé Nicolas Pettre. Un André Piètre était facteur d'orgues à Tournait en 4472.

mémorandum, car, pour le talent qui a présidé à Finstrument signalé, il est bien mince, sinon nul. Tout récemment fut vendu, à la mortuaire de M"<^ Liedts, àÂudenarde, un violon du même siècle, contenant à l'intérieur de la caisse le nom d'ÀNciAUME. S'agit-il également d'un luthier liégeois ?

Quant aux ménestrels, déjà appelés dédaigneusement ménétriersj l'état de plus en plus précaire de leur métier aura empêché leur réhabilitation, et, au wm^ siècle, ils auront disparu, comme partout ailleurs, sans laisser, dans l'histoire musicale, une trace qui mérite d'être relevée.

MONS. — Sans nous arrêter au chapel de roses montois, qui apparemment a une signification fort ancienne, dérivée du Tour du chapelet que Dinaux place au xiii'' siècle (1), nous pouvons constater, avec M. Devillers (2), que la Cour des comtes de Hainaut eut ses trouvères et ses ménestrels, ceux-ci plutôt instrumentistes que poètes, et devenus, au xiv* siècle, exclusivement musiciens, ainsi qu'il a été dit. C'est sans doute à cette époque de transformation que se rattache la création des écoles de ménestrels.

Mons en possédait une en 1406. Durant le carême de cette année, le roi des ménestrels de Hainaut et sescompa-

(i) Trouvères, etc., t. UI, p. 373 61374; /a Musique aux Pays-Bas, t. H, p. 39 et 40. — Rappelons, à ce sujet, que, parmi les intéressantes sculptures qu*on voit k Reims, sur Tëdiflce appelé maison des ménestriers et appartenant au commencement du xiv« ou à la deuxième moitié du xve siècle, on distingue une figure ayant le front orné d'une couronne de roses. Or, cette couronne de roses est, dit Kastner dans les Dames des morts^ le chapel de fleurs que les ménestrels obtenaient, à la suite de leurs jeux poétiques, comme récompenses de leur habileté. Une lettre de grâce de 4401 porte, en effet, ceci : « Les compagnons de la paroisse de Sainte-Marguerite, en la ville de Saint-Quentin, signifièrent qu ils donneraient un chapeau de fleurs au mieux chantant une chanson de ce siècle. » Le S« volume de notre Théâtre villageois en Flandre offrira plusieurs exemples de ce genre. Le chapel de roses se nommait, en cette contrée, Roosenhoedje.

{% Essai sur la musique à Mons, p. 9.

gnons tinrent une série de séances, oii sans doute les éléments pratiques de leur art étaient enseignés à déjeunes adeptes. La ville, reconnaissante de ces services, leur fit don d'une somme de quatre livres dix sous :

Au roy des ménestreurs de Uaynaut et à plusieurs compaigDQDs ménestrels qui, en son quaresme, avoient tenut leur escolles en le ville de Mens, fut donnet de coui*toisie en ayde de fraix par yaulx fais iilj liv. xs. (4).

Guillaume IV de Bavière, comte de Hainaut, avait à sa cour un ménestrel appelé Jean Hannelet. A la mort du prince, arrivée en 1417, Jean Hannelet, qui avait reçu de lui une pension viagère de cinquanie couronnes d*or de France, continua à la recevoir du duc de Bourgogne, qui, comme on sait, vint en possession du comté de Hainaut. Nous avons vu une quittance donnée par Tarliste, en 1443, c'est-à-dire un an avant sa mort, à Jean Rasoir, conseiller de Philippe-le-Bon (2). On connaît de lui un sceau repré- Fcntant trois hanaps ou canettes, avec la légende gothique: S. Jehan Hanelet (3).

Ce musicien se nomme, en 1434, « roi des ménestreux du pays deHaynaux, » et, deux ans après, « ménestreux à monseigneur le duc de Brabant. » Jacqueline de Bavière était devenue réponse de Jean (V, souverain de Brabant.

Par lettres patentes, datées de Valenciennes, le 22 février 1420 (v. st.), Jacqueline de Bavière, alors comtesse de Hainaut, fait don de douze couronnes d'or h Johannes, son harpeur, pour faire un voyage à Saint-Jacques en Galice (4).

(1) À. Lacroul, Épisode du règne de Jean de Bavière, p. 43.

{% Glttmbre des complet. Acquits de Lille, aux Archives générales do Royaume.

(8) Archivée de* Jru, dans ie Mestafer de i86T.

(4) A. Lacroix, Bulletin de la Commission royale d^histoire, S« séiie, t. VUI, p. 351

On peut croire, sans risquer de se tromper, que ce harpeur n*est autre que Jeaa Hannelet.

ce La mention de ménestrels, de trompews, et de joueurs de cornemuse, existe, dit M. Devillers (1), dans les premiers comptes du chapitre de Sainte-Waudru, de 1342 et années suivantes. » Ces instrumentistes assistaient, à cheval, à la procession de Mons. Les ménestrels jouaient du chalumeau (?) et de la btùsine^ buccine. Les uns et les autres figuraient à ia tête des milices bourgeoises, le jour où elles prenaient les armes.

À en croire M. Devillers, les compagnies militaires montoises, dites serments, avaient, de toute ancienneté, une marche guerrière, sur laquelle ont été notées les paroles du Dondou. Nous laissons à Térudit archiviste la responsabilité de son assertion.

Les ménestrels montois avaient aussi,pour mission officielle, d'égayer, par leurs concerts,: les foires et les marchés. En 1532, le magistrat de Mons prit à son service quatre joueurs de hautbois : Hacquin de Lues, Simon de Hestrud, Pollet de Caingnoncle, et Petit-Jean de Haussy, qui s'étaient engagés à jouer, tous les jours, de onze heures du matin à six heures du soir, en face de l'hôtel de ville. Cet usage, dit M. Devillers, suspendu à la suite de la surprise de Mons, en 1572, fut remis en vigueur le 15 juin 1574, puis aboli en 1578, puis enfm rétabli, le 19 septembre 1585, où le magistrat réinstalla les hautbois dans leurs anciennes attributions, en stipulant, entre autres conditions, celle de n'admettre que les idoines (1).

(1) Essai, etc., p. 10.

(3) Id., p. 46. Le texte de la résolution du Conseil qui les supprima le 8 mars IIHS, dit, entre autres : < qu*il est mal propre, au temps présent, de jouer des hautbois à la maison de ville, estant Fargent bien requis pour la for-

tiffication de la ditte ville, aussy que les joueurs font bien petit devoir »

A propos de « symphonies de hautbois, » on Ut dans l'histoire de l'ordre royal militaire de Saint-Louis, que, pendant le siège de Mons, en 4GM, tes officiers français eurent la galanterie d*ofinrir aux dames de la ville assiégée un cencer*. de hautbois (fu'elles vinrent écouter des remparts. Anecdote citée par Kastnbr, Danses des morts^ p. 483, note 3«.

Les gages que chacun de ces musiciens touchait annuellement, avaient été fixés d*abord à la somme de 24 livres. Le 30 juin 1S33, ils furent élevés à 30 livres, plus 6 livres « en avancement de une robe qu'ils deveront faire. » À la Saint-Baptiste, époque du renouvellement du magistrat, ils recevaient deux setiers de vin.

On voit, dans les comptes de Jean de Marnix, que deux instrumentistes de Mons, un joueur de harpe et un joueur de psaltérion, se firent entendre, en 1532, à Tbôtel de Marguerite d'Autriche à Bruxelles :

A deux jouheurs d*arpe et psaltérion de la ville de Mons en Uainaut, la somme de deux carolus d'or.

La somme de deux carolus d*or, donnée, à titre de gracieuseté, aux ménestrels montois, paraîtra bien exiguë, si on la rapproche de celle que reçut, en la même année, un joueur de lyre du roi d'Angleterre Henri VIII :

A ung joueur de lire du roi d*AngleteiTe, la somme de sept carolus.

Mons fut représentée, par ses ménestrels, aux fêtes pompeuses, qui eurent lieu, à Anvers, en 1535, à Toccasion d'une assemblée de la Toison d'or, présidée par Philippe II (1).

Le 16 mars 1S49 (n. st.), le magistrat montois avait autorisé rétablissement d'une gilde de musiciens, sous le nom de Sainte-Cécile, qui eut sa chapelle dans l'église Saint-Germain (2), et dont les statuts datent du 4 avril 1S88 (3). Tous les instrumentistes montois étaient obligés d'en faire partie. Ils devaient pouvoir jouer du hautbois, du cornet, de la flûte et du violon, et n'étaient proclamés maîtres

(i) DeBorbure, Aperçu, etc., p. 46.

[% Musique aux Pays-Bas, t. I, p. 434.

(3) Le texte en a paru, d'après A. Lacroix, dans la Musique aux Pays-Boê, t U, p. 3i ù 35.

qu'après avoir su jouer deux morceaux sur chacun de ces instruments.

«c L'organisation dont il s'agit, fut bonne dans son principe, dit avec raison M. Devillers, parce qu'elle empêcha l'art de tomber dans l'état de dégradation où l'avaient mis ailleurs les derniers ménestrels (i). » Les organistes et les autres musiciens, tels que les chanteurs, n'y étaient qu'exceptionnellement admis.

Le clergé n'avait pas attendu cette adhésion des ménestrels, pour inscrire sur les vitraux de la cathédrale les principaux instruments dont ils se servaient, dans les cérémonies extérieures du culte, comme aux processions et aux drames liturgiques joués sur les cimetières. Ces verrières, ainsi symbolisées, sont, pour nous, ce que sont les sculptures décrites plus haut : l'expression d'un art fort cultivé, monopolisé d'abord au profit des réjouissances profanes, puis utilisé par l'église, qui, pour n'être point en dissonnance avec des usages qui avaient pris force de loi, avait pactisé ouvertement avec elles.

Ces verrières datent du commencement du xvi« siècle. Elles offrent de l'intérêt, en ce qu'elles reproduisent, avec assez d'exactitude, la forme des instruments dont se servaient les virtuoses montois, à une époque où ces instruments subirent de nombreuses transformations. Les instruments qui y figurent, sont notamment une flûte à bec, une flûte traversière, un hautbois, un cornet, une rote, un rebec, une cornemuse, une harpe, une guitare, etc. La harpe est, h peu de chose, la même que celle du Ligghere d'Anvers (2).

La clôtureduchœurderéglisede Saint-Nicolas-en-Havré, est également ornée d'instruments, mais d'une époque infiniment plus moderne, et, en outre, d'une forme entière-

(i) Essai, eic y p. 47.

(â) Essai, etc., planche I^e. A la planche III«, on voit une trompelte de veilleur de nuit, longue de 85 centimètres, ainsi qu*un olifant k ornementation précieuse, dont la provenance est prétendument attribuée k Gilles de Ghin.

ment française. Ce sont, entre autres, un basson, un serpent, des flûtes à bec, une flûte traversiëre, un violon, une harpe, une lyre, etc (1).

Nous avons cité, à une autre place, les faits concernant les théâtres et les sociétés de concerts établis à Mons, aux XVII® et xviii* siècles.

Lorsqu'en 1787, les patriotes montois s'enrôlèrent pour soutenir l'indépendance du pays, dit M. Devillers, il se forma, parmi les amateurs-instrumentistes de la cité, un corps de musique pour marcher en tète des compagnies de volontaires. Ce corps prit la dénomination de Gratide mttôtque turque, à cause du costume oriental de ses exécutants. On le voit figurer, précédé de son fameux tambour-major le comte Tallard, sur une estampe qui représente l'arrivée, en face de l'hôtel de Bruxelles, des patriotes de Mons, le 18 juin 1787. Des fragments de cette estampe ont été reproduits dans le petit travail de M. Devillers relatif à la musique de Mons. On peut y voir l'Harmonie des volontaires, composée de trente-deux exécutants, enrichie de plusieurs instruments d'invention moderne.

Cette musique était encore constituée en avril 1794. Dissoute, à l'époque de la rentrée des Français, ses membres formèrent, en 1809, la musique de la garde sédentaire. Des témoignages contemporains, recueillis par M. Devillers, constatent que ce corps d'harmonie était composé de musiciens d'élite.

La Marche des volontaires de Mons, que nous avons eu la bonne chance de retrouver dernièrement, est, parmi toutes les compositions de ce genre écloses à la même époque, celle qui offre le mieux un cachet artistique. Nous la publierons telle qu'elle nous est parvenue, c'est-à-dire réduite pour le clavecin ou le piano.

MALINES. — A notre avis, tout sens énigmatique doit disparaître, à la lecture des deux extraits suivants, relatifs

(i) Buai^ etc., planche IV*.

à une école de joueurs de viole, tenue à Matines, en 1328 et 1368 :

Dat men don vedeleren gaf te hulpe te haere scole, doen hi de vedelerscole was... (i).

M\en den vedeleren, in hovescheiden, doe si te Mechelen hore schole quamen houde. ..{%.

On peut même inférer de ces passages, qu'à tour de rôle le roi des ménestrels de Brabant organisait renseignement public de la viole, dans quelque ville de sa juridiction: doen hi(er) de vedelerscole was, et que les maîtres, chargés de cet enseignement, étaient assez considérables en nombre: aile de vedeleren.

C'est ainsi, croyons-nous, que les ménestrels agissaient dans les autres contrées des Pays-Bas, pour renforcer leur phalange, et entretenir les traditions conventionnelles de leur art.

Malines, au surplus, a dû être, à cette époque, un centre musical assez important, vu que des luthiers s'y étaient établis, et qu'on y venait d'assez loin pour s'y procurer toutes sortes d'instruments :

DesanderendaghsnaDertiendach, Tordrccht, Ueussen ende Cuensscn,ruuspipen ende scalmeyen mede te coopcn le Mechelen,yij mot (3).

Op Sinte-Mattys avonde, t' s^Gheerdenberghe, Heussen, Cuenssen ende Woif den pipers, te Mechelen met met te riden, om instrumente te halen, x ij mot (4).

Voilà donc les virtuoses de Jean II de Ghâtillon, d'ordinaire installés en Hollande au service de leur prince, faisant un voyage d'une trentaine de lieues, pour s'approvisionner, à Malines, de cornemuses, de scalmeyen et d'autres instruments à leur convenance.

(1) Comptes de la ville de 5IaUnes, année 4338-i33». {% Id., année id65-i366.

&) Camptex de Jean il de ChdtUlon, de 1965-1966, danft les Arti en Brabant, etc.

(4) /(/., de ia66-i367.

On y fabriquait, et, à coup sûr, on y jouait du chalumeau, de la flûte, du bonghe et des naquaires; les textes qui suivent sont formels à ce sujet :

Enen meneslrele, ende enen anderen menestrele met eenen riethoern ende mit eenre ackare, die her Vrancken wapen van Borsseie droegen (te Mechelen).... (4).

Te Mechelen, ij menestreeie van Bruesselc,mit ij riethoemen... {%.

Eenen anderen menestreel, le Mechelen, mit eenre fleutejiij st.CB).

Vridaghes, op Sinte-Agnetendach, te Mechelen, eenen bonghenaer diere op peep (4).

Aux deux siècles suivants, c'est Anvers, on Ta vu, qui devient le centre de l'industrie instrumentale.Et comme si, à sontour,la métropole commerciale eut à payer son tribut à l'instabilité des choses humaines, et à expier, en quelque sorte, son opulence et sa prospérité, elle dut voir, au xyii^ siècle, les villes de son voisinage s'adresser à l'étranger pour la provision d'instruments dont elles avaient besoin.

Ainsi, Malines, entre autres, fit venir de Nuremberg les trompettes en cuivre qui devaient retentir à ses foires et à ses ommegangen. Ces trompettes existent encore (8). Elles sont d'une forme élégante, et leur pavillon est orné de jolies figures (anges) en relief. L'inscription porte le nom de Louis de Haase, a Nuremberg, avec un lièvre comme emblème parlant. On en voit des spécimens semblables dans Luscinius, qui les appelle Clareta et Feltrummet (6).

La préférence donnée à un luthier d'Allemagne, s'explique peut-être encore par des liens de parenté qui rattachaient De Haase aux Pays-Bas. Outre que son nom a la forme flamande, on rencontre, parmi nous, au xvu^ siècle,

(i) Comptes de Jean II de Chdtillon, de i374-137S.

(2) M., de 4361-1361.

(3) Id., ibid.

(4) Id, Passage d^à invoqué. Voy. Brugbs.

(5) Elles sont conservées par notre excellent ami Gustave Van Hoey, directeur de TAcadémie de musique à Malines. Le même artiste possède un hakhebert flamand du xvu* siècle, avec les lettres de la tablature.

(6) Voy. aussi Kastmer, Daruet des morts, p. 219.

diverses familles qui le portent, et notamment un Jean De Haese, auteur de Baletti da caméra imprimés à Amsterdam, et un Melcbior De Haese, qui eut, au xvii* siècle, une célèbre fonderie de cloches à Anvers.

C'est apparemment un ménestrel qui est l'auteur des deux recueils de danses pour cilbare, publiés à Louvain chez Phalèse, en 1868 et 1869. En tout cas, Sébastien Vreedman — c'est de lui qu'il s'agit — est un malinois, qu'il faut inscrire à l'actif des musiciens qui ont fait honneur à l'art instrumental :

Nova longeque elegantissima cithara ludenda caiminay cum gallica tum etiam germanica, Fantasiœ iterriy Passomezù Gailliarde, Branles, Almandes, etc. Nuncprimumexmusica in usum citharœ traducta per Sebastianum Vreedman, mechlinienseM. His accessit luculenta quœdam et perutilis institutio qtui quisque Citra alicujus subsidium artem chitarisandi facillime percipiet. — Lovanii, excudebat Petrus Phalesius, typographus juratus. Anno 1869. In-4\

Carmina qiue Cythara pulsantur Liber secundus, in quo selectissima quœque etjucunda carmina continentur: vi Pas^ somezi, GaiUardes, Branslesy Alemaiidej et alia ejus generis permulta quœ stui diilcedine auditorum animas mire oblectant. Nuncprimum summa qua fieri potuit facilitate in tyronum iisum pet^ Sebastianum Vreedman, mechliniensem, composita, — Lovanii, excudebat Petrus Phalesius, typographus juratus. Anno 1869. In-4''.

Ces deux recueils rarissimes, à la fois théoriques et pratiques, ont échappé, comme tant d'autres curiosités musicales de notre pays, à l'attention de Fétis.

Tout le monde a enlendu parler du musicien malinois, Tuerlinckx, qui, au siècle dernier, maniait, avec une égale habileté, la plume du compositeur et le ciseau du luthier, et à qui l'on doit une foule d'excellents bassons, de mélodieuses flûtes et de hautbois parfaitement conditionnés, dont quelques-uns ont élé recueillis dans des collections

particulières (1). M. Snoeck, entre autres, a pu se procurer de ce facteur un coutrebasson, modèle autrichien. Ge spécimen est devenu une vraie rareté.

Les, renseignements relatifs aux ménestrels de Halines doivent se borner à ces faits, le reste tombant nécessairement dans les généralités connues. Dès 1470, on voit ses trompers et ses pijpers à Yommegang de Termonde. En signalant cette information, nous avons montré, par induction, toute la série d'apparitions, que firent, à Malines même, les ménestrels aux gages du magistrat, soit dans les cortèges civils,soit dans les solennités religieuses,telles que processions, installations d'évèques, etc.

Les ouvrages spéciaux sont remplis de détails intéressants à ce suyet.

6RAMM0NT. — Il suffira de grouper ici les pailicularités les plus saillantes qui se rattachent au fonctionnement des ménestrels à Grammont.

Bien avant 14:24, les pipers et les trompers du seigneur de Boulaere se rendent à la foire de Grammont, pour divertir les nombreux marchands, accourus de tous les points du pays :

Ghegheven mins heeren pipers ende trompers van Boelaer,die pepen ende trompten in de vryheit van der kermesse te Gheroudsberghe, alsoo ghecostumeert es {^heweest te vêle stonden van den daghen, hem allen over huerlieder moyte,omme te hulpe te huerlieder coste waerts, over al, xxxvj st. (S).

Plusieurs exemples, cités par nous, ont démontré que les grands seigneurs avaient jadis leurs chantres et leurs instrumentistes.Celui-ci porte une date assez ancienne.Les pipers, attachés au seigneur de Ghistelies, remontent plus haut encore : 1409 :

(1) Voy. sa biographie dans FÉns, dans PmoN, et surtout dans Van Mklcke- BKKB, antenr d*ane notice avec portrait du célèbre luthier malinois. (S) Comptes de la ville de Grcunmont^ année 1434.

Ghegheven myns heeren pipers van Ghistele in hoorsscheden van dat zy upten dach van den ommeganghe pepen voor thelighc bloed, vj lib (i).

Le même fait se produisait en Angleterre, comme nous le prouvent, entre autres, les comptes d'Oudenbourg de 1471. On y voit que le duc de Glocester étant arrivé en cette ville, pour y passer la nuit, les musiciens attachés à sa suite profilèrent de Toccasion pour charmer, par des accords harmonieux, les habitants de la paisible cité flamande. C'étaient, entre autres, les trompettes, les clairons et les ménestrels; ceux-ci jouaient vraisemblablement des airs complets, empruntés aux chants les plus en vogue dans leur pays :

Item, ghegheven in hoffscheden den Irompers, claroenen ^nde speyllieden vanden:hertoghe van Closesteere in Inghellant, die hier deureleden ende eenen nacht letteden, ende vêle ghenouchten maecten xxiiij s. par. (2).

Quant aux chapelles musicales organisées par les seigneurs les plus puissants, voici trois extraits qui constatent leur existence aux palais du seigneur De la Vere, en 1460, du seigneur De Tiennes, en 1532, et du seigneur Van Hemsem, en 1836 :

Den zelven daghe (xxi**«» dach in sporcle), den ghesellen van muzike van der cappelle van mynheere van der Verre, ij cannen wijns...xxxij s.

Den viij«° in novembre, ghepresenteerL twee sanghers van mynheere de Tiennes, ij kannen wyns, aïs voren betaelt... Ivj s.

Ten zelven daghe (xxvj*^° in lauwe 4536, n. st.), ghepresenteerL den cappellaen van myn heere van Hemsem, twee cannen wyns, te vij s. den stoop, betaelt xxviii s. (3).

Ces musiciens devaient avoir un certain mérite, indépendant de leur position, pour être reçus ainsi, avec le vin d*honneur d*usage, par le magistrat de Nieuport.

(i) Comptes de la ville de Bruges^ année 1409.

[% Comptes de la ville d'Oudenbourg, année 1474.

(3) Compus de la ville de Nieuport, années 4460, 4533 et 4536.

La même année où les instrumentistes du château de Boulaere vinrent à la foire de Grammont, deux guitaristes parurent à la procession du Sacrement. L'année précédente, deft harpistes y avaient été joints :

Ghegheven Janne Godelof ende sinengheselle.de welke met ghiternen ende aerpen speelden in den ommeganc voor theleche sacremenU etc.

Ghegheven tween gheseilen,de welke met ghitemen speelden voor theleghe sacrement,als ment in procession omirent de poort dracht alsoot ghecostumeei*t es, hemlieder te hulpen huereiieder coslen waerts, ghegheven xij st. (1).

Les instruments à cordes pincées se maintiennent à la procession du Sacrement. Le luth se joint à la harpe en 1828. Pour les foires et les kermesses, ce sont les pipers et les trompetas qui continuent à y dominer :

Betaelt den pypers ende trompers,die pepen ende trompten in de vryheyt van der kermisscn van deser slede, alsoot ghecostumeert es, onder hem allen, iij lib. (2).

Gegheven Janne Hichiels, die in sacramens daghe speelde vor theleghe sacrament, als ment omme drouch, iiij s. (3).

Betaelt den scalmeyers, die mettcn trompetten hier speelden ende trompten in de vryheit van der kermesse, naer costume,iij lib. (4).

Ghegheven twee speelluyden, die up de helighe sacraments dach in de processie speelden met erpen en luyten, overal xx st. (5).

Des joueurs de scalmeye d*£nghien et des joueurs de luth d*Audenarde participent à Vommegang de Saint-Bartholomée, en 1880 et plusieurs années suivantes. Ils sont logés et nourris aux frais de la cité :

Betaelt vier schalmeyers van Edinghen ende drye luytenaers van Audenaerde, die vuyt laste van scepenen ten ommeganghe van Sainte Bartholomeeus speelden, over al tsaemen, te weten die van Ekiinghen... xij lib. par.

(1) Comptes de la ville de Grammont, années 1423 et Ui4.

(2) /d., année 1460.

(3) /d., année 1464.

(4) /d., année 15i5.

(5) Id,, année 1ëS8.

Ilem, betaeit de dreye speellieden van Audenaerde, die hier spcelden ten voornoemden Bartholomeeus daeghe, ter costume... iîij lih. iiij par. (1).

Un instrument que nous n'avons pas encore vu fonctionner jusqu'ici dans des cérémonies extérieures, soit civiles soit religieuses, c'est le basson, qui, uni au hautbois, résonne à la procession de 1718. Le nombre de virtuoses qui étaient requis pour la circonstance, étant quatre, il y avait conséquemment l'accord complet du jeu à anches de la famille du hautbois :

By ordonnantie ende quittantie, betaeit aen Judocus Frans De Grave, omme beneffens syne vier medeconfreren inde processie, op den kermisdagh en in de kerke, op den aubois ende basson gespelt t* hebben, de somme van 28 pond.

FURNES. — De même qu'à Grammont, c'est le snaerspel qui domine aux cortèges religieux à Fumes. Cette ville a même été citée par nous, comme servant, en quelque sorte, de type, en cette matière, aux villes maritimes de la Flandre (2).

Le ménestrel revêt ici une forme inusitée, qui a sa singularité et son caractère. Brice Juerdan, le harpiste principal de la ville, était en même temps tailleur et échevin ! Ses partenaires, en 1449, se nommaient Jean De Berch et George De Damhoudere :

Brixis Juerdan, spelende met zer herpe, sacrements daghe voor theligbe sacrement in de processie, i kanne wyns, te vj s. de stoop, comt xij s.

Brixis Juerdan, Jan de Berch ende Joris de Damhoudere, spelende met snaerspele, sacrements daghe voor *t helighe sacrement in de processie, ij kannen wyns, te v s. vj den. de stoop, comt xxij s. (3).

Les instruments du magistrat, proprement dits, étaient les pipers et les trompen ou les claretters habituels. Ils se

(1) Complet de la ville de Grammont^ année 4580.

(2) Voy. De Noordsche Balk, etc., p. 9 et iO. (3; Complet de laville de Fumes, année i449.

faisaient entendre, entre autres,aux foires et aux banquets annuels donnés par les échevins nouvellement institués. Les pipers venaient 'ordinairement d'Ypres, à la fois pour le magistrat et pour la société de Saint-Georges, qui les utilisait, hYommegang du 3 mai, pour son tir solennel. Les trompettes étaient parfois mandés de Dunkerque :

Aldoe den ij trompelten ende ij claretten.dienende in *t ghelike der vorscrevene ghilde ende spelende ooc voorde wet, xij s.

Den pipers vander stede van Ypre, int ghelike spelende voor de wet, xij s.

Pieler Den Cet ende zinen ghesellen pipers, van zekeren dienste byhemlieden ghedaen inde jacrmaerct, xxxvj s.

Den pipers, onthouden van der ghilde van sint Joris up den derdach meys, spelende voor de wet, te huerlieder maeltyd also ghecostumeert es, xij (i).

Le chant ne faisait point défaut à la table du magistrat. En dehors de deux artistes requis pour la circonstance, tout le chœur de Sainte-Walburge contribuait à ce concert vocal, et, pour en relever encore Téclat, deux pipers de Lille furent adjoints, en 1470, à ceux provenant d'Ypres:

Den choristen van Sle-Woubui*ghen, bringhende spaers der wet ter maeltytvan der processie van den derdach mey's, xviij d. Aldoe Iweezangherszinghende voor der wet tafle, ij s. Den pipers, dicnende ende spelende voor dezelve wet, xij s. Noch andre pipers van Rysele, xij s. (2).

Un trompette gagiste permanent, André Pitgam, faisait le guet, participait à la proclamation des nouvelles ordonnances, et jouait, trois jours durant, avec ses confrères, à h jaermaert. Le magistrat l'assista pécuniairement, lors de la perte de sa femme et de son enfant, morts de la peste:

Andries Pitgam ende zinc ghesellen, spcleudc ende trompende de

iij daghen vander jaermaert xxxvj s.

Andriese Pitgam, trompere code diennacrc vander stede, omme dat

(i; Comptes de la ville de Fumes, année 1461. (3} /d., année 1470.

by woende in derstede huusendedaer in ghestorven waren zyn wyf ende een kind vander peslilencie, vertrecken zoude ende thuus veriichten ende zuuveren, over al ende uut gralien xlij s. (i).

André Pitgam put prendre une excellente leçon de son instrument, lors du passage, à Furnes, du duc Antoine de Bourgogne et du seigneur de Gruutliuyse, tous deux suivis de leurs ménestrels, qui firent retentir les rues de la ville de leurs fanfares joyeuses. Les comptes communaux, en disant que les instruments dont les virtuoses faisaient usage, étaient des trompettes, ajoute naïvement qu'ils jouaient des airs populaires, liedekinej ce qui, on en conviendra, nous semble assez difficile à admettre. Si leurs sonneries avaient vi^iment l'importance d'une chanson, il faut croire qu'ils se sont servis, à ce sujet, de zinken ou de tout autre instrument ofiTrant des ressources plus grandes que la trompette pure et simple :

Den trompetten van mynen heere den bastaerd ende mynen heere vander Gruulhnse, lydende ende passerende duer dese stede, ende spelende liedekine uut ghenouchten ende recrealien, ende te hulpe van huerecosten.... xxiiijs. (2).

Autre singularité, qui, comme détail de mœurs, mérite d'être enregistrée. Lors de la joyeuse entrée de l'empereur Maximilien ou Charles -Quint (impossible de préciser, cette fois), le tambour de la ville escalada la tour jusqu'au faite de la flèche, et parvint à s'y cramponner de façon à pouvoir exécuter, sur son bruyant instrument, toutes sortes de roulements fantaisistes:

Den xxiiij» meye, als de keyser onse ghenaden heere dese stede cam bezweeren, Passchier van Waerheer spelende metlen trommele up de naelde boven up den tor, i] kannen, te xij s. den stoop comt xlviij s. (3).

(1) Comptes de la villi de Furnes, années 1461 et i46S.

(S) !d., année 4461.

(3) /d.,ann ?La note ci-dessus a été prise sans indication chronologique.

Le fifre et le tambour ainsi que les weifelaeren (!) du capitaine de la ch&tellenie, devaient avoir un certain prestige aux yeux des autorités de cette circonscription territoriale, vu qu'ils étaient traités partout avec une courtoisie surprenante. Ici, le vin d'honneur, là un bouquet, ailleurs des présents :

Betaell den xxn*^ in april (xv^) xxiiij, by lastevan Joos Van Eykelsbeke, landhouder vander commune, ende capitein van Veumambacht, te Rousbrugghe, van zekeren coslen ghedaen by weyfelaeren, tromslaghers, fyfere ende andere, de somme van xij )ib. xvj s.

Betaelt van iij kannen wyns ghepresenleert den fyfers, tamburins ende weifelaers vanden capilain van Veurambacht; ten selven pryse, compt il] lib. xij s. (i).

A ces particularités, ajoutons une appellation sut generis que portait un bourgeois de Fumes, cité, en 1530, dans les comptes de châtellenie : « Hansken Vander Scalmeye.» Est-ce un nom de famille, d'habitation, ou de virtuose ? L'abstention nous paraît, en ce cas très-douteux» conforme à toutes les lois d'une réserve prudente.

DAMHE. — Dès le début du xv« siècle, la trompette sonne à la procession de Damme:

Betaelt ij trompers ende j rethooren, die voor Isakrement speelden, xvlij lib. (2).

Cette localité, bien que non encore déchue au rang de village, n'avait pas des ménestrels à gages fixes, et, sous ce rapport, elle était constamment tributaire de Bruges, si elle ne l'était de Gand ou de TÉcluse :

Betaelt van tween trompers die voor tsacremcnt trompcden, d wclke ghehuert waren te Ghent bi ghebreke dat men gheenen vant te huerne te Brueghe noch ter SIuus, coslen xij lib. xij si (3).

(1) Comptes de la châtellenie de Fumes, anndes 15S4 et iK38. « Vers i530, flenri VIIl avait un orcheslre de table composé de tympanons et de fifres. » Celler, Origines de topera, p. i36.

(S) Comptes de la ville de Damme, année 1401.

v3) Id , année i4i0.

Les ménestrels arrivaient non-seulement avec des ghesellen, compagnons, mais avec des cnaperiy valets. Cela n'allait pas mal à des virtuoses qui se servaient de trompettes d'argent massir :

(Sacraments daghe,)betaeltPieterVander Pieto ende zine ghesellen trompera, van dat zylicden upten vorscreven dach tpoinpeden, metgadera hucrlieder cnapen, xij lib. xij st. (i).

Betaeit Joris Cornet, van dat hi gesonden was te Brugghe omme twee zclverinne trompcn, omme mede le trompene voor tsacrement ende Isanderdaeghs weder thuus te livcreerne, metgaders eenen cnccht die de verseidc trompen drouch en haelde, van ij daghen X gr. sdacghs, maken xx st. parisis houds, valent nieux xvij st. vj den. (2).

La trompette n'a pas le monopole de la procession. Un instrument à cordes, la viole, vibre devant le Sacrement :

Ghegheven,bi beveilnevandenburchmcestera, eenen meester Hemrie, van dathi voor tsacrement speelde met zire vedelc, xxiiij st. (3).

Le rôle des ménestrels, à Damme, avait d'autres attributions. Ils fonctionnaient aux inaugurations. Ils allèrent notamment à la rencontre de Philippe-le-Bon, lors de sa joyeuse entrée, en 1433. Chaque année, ils se faisaient entendre à la fête de Pâques et à la foire générale. Enfin, ils veillaient, la nuit, à la tour de la Halle :

Bctaell Jan Hoofl ende zine ghesellen, van dat zy voor minen vorseiden heere (hertoghc van Bourgoendien) trompeden, aïs hi quam in de stede, xxiiij st. (4).

Jean Hoofl ende zinen gheselle, van dat zy trompten in de vier paessche daghen, achtcrvolghende den hoiiden costumen, also men gheploghen heift, xxiiij st.

llem, betaeit Jean Hooft ende zine gheselle, van dat zy trompten in de Dammaerct, mids dat hier voorcn es vergheten te scrivene, xxiiij st. (5).

(i) Comptes de la ville de Damme^ année 4418.

(2) /(/., année 4433.

(3) Id., année 1431.

(4) /d., année 14S3.

(K) /tf., année i^.

L'année 1447 fut marquée, à Damme, par une assemblée que le roi des ménestrels de Flandre et d'Artois y tint, assemblée qui eut, selon toute apparence, pour résultat immédiat, l'établissement d'une école, où les ménestrels des deux pays pouvaient apprendre le mécanisme des divers instruments à la mode. Ailleurs, on Ta vu, le mot vergaderinghe était suivi des mois complémentaires van huerlieder scole, lesquels font défaut ici, par une de ces inadvertances de scribe si fréquentes dans les anciens registres de comptabilité. Cette réunion de virtuoses coïncidait avec un grand tir à l'arbalète, auquel Philippe-le-Bon prit part:

Gheghcven, bi avise van der wel, den coninc van der speellieden van Vaondrcn {sic) ende van Artois, up ten daoh dal hy hier zinc vergadciinghû ende fcesle hilt, in hoesscheder dese vvaerve, viij st. par, val iiij lib. xvj st , par. (1).

Philippe-le-Bon devait avoir eu en affection la ville de Damme, puisqu'il y revint, une troisième fois, en 1449. Six trompettes et clairons saluèrent son retour. Deux trompettes étaient d'argent :

Ghe^hevcn inhooschcdcn vj gheseilenonder Irompersendeclaroenslckers, van dat zij trompten voor minen gheduchten heere ende jeghcns zinc coraste, doe hij vander SIuus te Brugghe waert, voor up den sacrements dach, xij sch. (2).

Pour éviter les redites inutiles, nous clôturons ici ce qu'il est utile de connaître sur la musique instrumentale d'une commune flamande qui eut ses jours de splendeur.

ALOST. — Au commencement du xv* siècle, Alost faisait venir des ménestrels de Gand, pour embellir sa procession annuelle :

Ten selven dagho (in sacramentsdaghe), ij trompers van Ghcnd, Janne den Aldi ende zinen ghezelle, van trompenc voor tsacrament, iiij lib. (3).

(1) Comptes de la ville de Damme, année 4447. Pour la participation de Philippele-Bon au tir de Damme,con8ultezle chapitre aux vins de présent, au mois d*aoftt. {% Id., année i449.

(3) Comptes de la ville d*Alost, année i409.

En 1405, où eut lieu Texpédition de l'Ecluse, un des ménestrels attachés à la cour de Philippe-le-Hardi, assisté de ses collègues, vint à Âlost, comme il a été dit plus haut, se mettre à la tète des archers qui prirent part à la défense des côtes:

Janne Goelmanne ende sinen ghezelle, piepers, die den vorsscreven goedcnlieden scuttersendcserganten dienden int hcere t'Erden borcb,hemliedenghegheven,len bevelene vanderwet,vlib. xij8c(1).

En 1473, deux luthistes se joignent à un ménestrel de Gand, appelé den Bosser, pour rehausser la procession :

Goppene den Basser van Ghend, die in de processie ghinc al spolende, xx sch.

Item, twee lutcnaeren, die ooc al spelende ghinghen in de voorscreven processie, xvj se. (2).

Alost possède déjà des virtuoses permanents, qui se transmettent les traditions de leur art, et, au rebours de ce qui se passait autrefois, c'est l'étranger qui y vient quérir ses ménestrels. Ainsi, Antoine de Brabant, par des lettres pressantes, demanda en 1474, au magistrat, la permission de pouvoir enrôler dans sa musique un jeune instrumentiste, Jean Vander Schueren, probablement doué d'un talent peu commun. Un refus amical fut opposé à sa sollicitation :

Was ghegheven, uut laste van minebeeren den commissarl8en,een jonghen menestreui, die dickens met den vorscreven wachters (van der stede) pleicht te spelene ende zeere wel spelen leert, iij ellen ende j quartier lakens, leenen habile, costen v lib. viij sch.

Den xxv«" dach van octobre, uute dien dat mer Anlhonys, bastaerd van Brabant, ghezonden hadde zckcrc Ictlren ande wet van Aelst, biddende dat de wet zoude willen orlof gheven Hannekenc Vander Schueren, een van der stede menestreulz, omme te commen dienene derslad vanBruessel, van Joos Van Erpe« scepene, ghezonden bi minen vorscreven heere met leltrcn, omme hem de vorscreven bede met vriendelike redenen te wederiegghene,.. iiij lib. xij sch. (3).

{i) Comptes de la ville (TAlost^ année 4405. {% /d., année 4473.

(3) /d., année 4474.

Il iry avait pas que des trompettes; on y comptait aussi des pipei's. qui se firent entendre, entre autres, le 3 novembre 1475, où fut célébré, par des feux de joie allumés devant Thôtel de ville, la conclusion d'un traité de paix.

De pipers van der siècle die spcelden... xxiiij sch. (i).

(In des ménestrels, appelé « Marten den trompet,» qui fut équipé pour la désastreuse expédition de Nancy, portait un costume de drap mi-rouge mi-bleu (2). Les trompettes étaient alors au nombre de trois : Martin Gools, Jean Vander Schueren et Liévin Merenzone. Ils portaient un écusson doré aux armes de la ville :

Gillist dcD Meyere, zelversmct, van vermaect endo ghcrcparcort thcl)bene de tcckenc van wapenen van dcn wachlers van der stede, vj sch. (3).

GlUise den Meyer, zelversinet, van dat hy vcrgult cnde verhcghent heefl de drie broken of tekencn van den wachlers van der stede ; es betaeit van dcn slickc, xxxvj sch., es. v lib. viij sch. (i).

Y avait-il, en 1485, un facteur d'instruments à Alost ? Le fait est qu'on y confia, en cette année, à un certain Guillaume Hendrix, la réparation d'une trompe dont se servaient les ménestrels officiels :

Bctaelt Willeme Hendrix, van te vermakene ende te saudeerncden hooren dacr men de wakc mede houdl, boven up Ibcelfroyt daerhy ghebroken was, v sch. vj den. (5).

Un des pipers joue de son instrument, en 1486, à la procession annuelle, devant les acteurs représentant la scène de Notre-Dame d'Affliighem apparaissant à saint Bernard :

Den ghezellen die tpersonnaige vourden van onser vrouwen ende van Ste Bernaerde : Monjstra le esse matrem,,.. viiij s. De piper die tselvo personnaige leedde ij s.

\{) Comptes de la ville d'Alast^ année 1475. i% /(f.,annéeU77.

(3) Id., année i479.

(4) /d., année i4S3.

}J&) Id., année 4485.

En 1497 et années suivantes, les ménestrels au service de la ville formaient un accord de trois instruments : deux scalmeyen et une trompette. Ce dernier instrument servait apparemment de basse, car nous voyons qu'en 1521, il affecte la forme d*une saquebute, laquelle se rapprochait, comme on sait, de celle de notre trombone :

Janne Vanden Regghere met beede zinen zonen, menestreulx vaoder stede, dleonlbouden zyn ter stede diensleende pensioene,de Iwee spelende up scalmeyen ende de darde up de trompette, elc huererommexxiiij lib. par. tiaera. Es belaelt binnen desen jareover huere principale wedden, elcken de voorscrevene xxiiij lib., ende in helpen f eenen habite, elcken iiij lib. Es t*samen onder al iiij >> iiij lib. (4).

Lauwereynse ende Joose Vandenhoute, metgaders Pauwels Van Herlsber^'he, menestreulx, die anghenomen zyn omme de stede te dienene, de tvvee spelende up scalmeyen, ende de derde up eene trompette saqueboute,clc huorlieder ten wedden van xxiiij lib. par., ende elc in helpen t'syncn habyte iiij lib. par. t'jaers. Es betacllghewcest over d'jaer van desc rekeninghe verschenen te kerssavcnt xv<^ xvj. (2).

A l'année précitée, 1497, les instrumentistes se rendirent à Binche, au château du comte Ferry de Lannoy, pour l'honorer d'un concert, à l'occasion de ses noces :

Den drien wachters van der steden es ooc toegheleyt in helpen thueren Iheer costen, van dat zy trockcn te Binch spelen met hueren inslrumenten, ten bruyloftfeeste van joncker Ferry de Lannoy, elcken xxiiij s., es iij lib. xij s. (3).

L'année suivante, ils accompagnèrent, au fameux concours de tir et de rhétorique organisé à Gand, la société de Saint-George, ornés de pennons, d'emblèmes et de blasons :

Adriane Scollaert, scilder, van den voirscreven wymple le sloffeerne van scilderyen met ûnen goude,ende van te makene de pignoe-

(1) Comptes de la ville cTAlost^ année i497.

(S) !d„ année 1521. Voy. la figure delà saquebute-trompeite dans Kastner, Danae$ des morts, planche XVI, flg. iSO. (3) Mêmes comptes, année i487.

nen, wapenscilden endc blasoencn van den menestreulx, al tsamca xxvj lib. viij s. (1).

Nous terminons ici ces annotations, pour les raisons alléguées au paragraphe précédent, qui concerne Damme.

DIXMUDE. — - Nous savons que des ménestrels de Dixmude s'associèrent, vers le milieu du xvi« siècle, avec des virtuoses étrangers, pour concourir à rembellissemenl de la procession. Toutefois, Tinstrument dont ils jouaient nous est inconnu :

Ghepresenlert Pieter Beuckelare cnde Vincent de Bouvere, midtsgaders eenen anderen vremden spelman, spelende voor thelich Sacrament, ghedurcnde deprocessie, elc eenen stoop, xxx st. &).

Enfin, en 1S94 et 159S, un trait de lumière apparaît : une cornemuse se faisait entendre devant le Géant, et des violons, conduits par Pierre Vanden Ameele, précédaient le Sacrement :

Betaelt Joos de Jonchere, spelende mette muusele voor den ruese, vi 1. (3).

P' Vanden Ameele, cum suis, spelende mette violons voor tbelich sacrament, iiii 1. x st. p. (4).

L'année suivante, c'est le tour de la scalmeye de retentir dans Furnes, à l'occasion de la joyeuse entrée du cardinal-archiduc Albert, investi, par le roi Philippe, du gouvernement général des Pays-Bas :

Betaelt Ghristiaen Pyrente, Jan fx)ncke, Tobias Duvynck ende pr Vanden Ameele, spelieden, van mette schalmeyen ende ander inslrumenten ghespeelt Ibebbcn len blyden incompste van zyne voornoemde Altese (den cardlnael Albert), xxxv l. (5).

(1) Comptes de ta ville (TÀlost année 14d8.

(% Comptes de la ville de Dixmude, année i566.

(3) Id., année 4694.

(4) Id., année 1595.

(5) M., année 1596.

L^scalmeye, d'ailleurs, vibrait annuellement, quatre jours durant, à la foire de Sainte-Madeleine :

Ghegheven P' Vanden Ameele, Franchois Lamperen ende flans Verborre, gespeeld hebbende met de schalmeyen de vier dacghen in de Hagdaleene feeste, xxiiii I. (i).

Après cette dernière constatation, les ménestrels dixmudois n'offrent plus que des faits dont les exemples variés ont déjà été enregistrés ici. Le violon à la procession, la scalmeye à la foire, voilà ce qu'il nous a paru essentiel de dire.

LUXEMBOURG. — Voici le seul document qu'il nous ait été donné de rencontrer sur les ménestrels de celte cité, ou mieux de cette contrée. Il a son importance.

L'objet en est d'obtenir d'Albert et Isabelle, gouverneurs généraux des Pays-Bas, une ordonnance pour les joueurs de hautbois, de violons et de violes, tendante à interdire, sauf consentement des requérants, aux instrumentistes étrangers, et notamment à ceux de France, de Lorraine et d'Allemagne, le droit d'exercer leur métier au Duché de Luxembourg, et d'enlever ainsi, par une concurrence funeste, le pain aux virtuoses de ce pays, lesquels ont à leur charge des contributions que ne payent point leurs rivaux, ils espèrent d'autant plus un accueil favorable à leur requête, qu'à leur tour défense formelle leur a été faite, dans les trois pays précités, quand les instrumentistes luxembourgeois ont essayé de s'y créer des ressources, et que même ils ont exigé une taxe arbitraire de ceux qui enfreignaient l'interdiction, ou, à défaut de payement, la confiscation de leur instrument.

Ce document est de 1616. 11 nous initie non-seulement aux mœurs des virtuoses luxembourgeois, mais il nous fait connaître les instruments dont ils jouaient,

(i) Comptes de la ville de Fumes, année 4597.

outre les noms des deux principaux virtuoses requérants : Jean-Godefroid De Biève et Antoine Philibert. L'issue nous est malheureusement inconnue. Il est probable néanmoins que les gouverneurs généraux auront pleinement fait droit à une demande si raisonnable et si juste. Ils ont d'ailleurs réclamé Tavis préalable du Conseil de Luxembourg, et celui-ci n'aura guère fait faute d'accorder son adhésion franche. La pièce est de la teneur suivante :

A LEURS ALTÈZES SÉRÉNISSlMES.

Rcmonstrent en toute humilité Jehan Godefrin de Bieve, Anthoine Philibert et aultres communs joueurs et instrumentistes du bault bois, violons et violes résidents en votre pays et duché de Luxembourg, leurs confrères, comme les joueura François, Lorains et Allemans, en vertu de certains privilèges qu'ilz ont, nadmectent les remoustrans de jouer en leur pays, ne soit en leur payant telle quelle recognoissancc à leur tauxe et arbitraige, aultremcnt estent cl saisissent leurs instrumens, et d*aultant que, au contraire, lesdicls joueurs françois, lorains et allemans s'advancent journellement de jouer audict pays de Luxembourg, sans aulcun obstacle ny contredict, à cause que les remonstrans ne sont pourveuz de semblables privilèges ny autorisation pour leur faire interdiction dudict jeu, ou les faire payer aulcune recognoissancc, estans par ainsy lesdicls joueurs estrangiers aux remonstrans naturelz et subjectz de Voz Allèze Sérénissimes, et contribuans, en toutes aydes et charges, le pain hoi's leur bouche, à leur grandissime dommaige, préjudice et intérest, se retirent parlant vers Vostre Altèze sérénissime, suppliant très-humblement qu'icelles soient servies d'interdire et deffendre à tous joueurs estrangiers, de ne jouer audit pays de Luxembourg, sans le consentement et admission des supplians, ains qu'iceulx en pourront seulz jouer, à Texclusion desdicts estrangiers, selon que eulx font en leur pays. Quoy faisant, etc.

En marge : « Ad vis de ceulx du Conseil à Luxembourg. Faict à Bruxelles, le xm«de juillet xvi c xvi. J. Legomtb (1). »

Les ménestrels luxembourgeois auront eu anciennement leur gilde et leurs privilèges. Le temps et les révolutions auront anéanti ceux-ci. La lente décadence des associa-

(1) Archives générales du Aoynume, consulte du Conseil privé, liasse n«ÎSl.

lions d'instrumentistes au xvu® siècle, et peut-être le nombre limité des ménestrels, au duché de Luxembourg, auront écarté Vidée d'une institution nouvelle. La Notice sur la confrétie des joueurs d'instruments d'Alsace^ par Bernhard, offrira probablement, sur ces divers points, quelques allusions significatives (i). Ce travail étant rare, nous dirons presque introuvable, nous devons nous borner à une simple conjecture à cet égard.

TONGRES. — L'église de Notre-Dame conserve, entre autres curiosités, une collection de cornets de bois et de métal, ayant servi, comme on le présume, à certains corps de métiers de la ville. Ces intéressants souvenirs des processions religieuses de jadis, sont suspendus, avec leur bandouilliëre, au-dessus du retable de lune des chapelles à cloison de l'antique temple. Les indications que Ton nous a fournies, quant à la forme des instruments, répondent exactement à la figure 116 de la planche XV des Danses des Morts. Il y aura lieu d'examiner si ces instruments vénérables appartiennent, par exemple, à une confrérie de Saint-Hubert, ou à une vraie gilde de ménestrels. Ils semblent dater du xvn* siècle.

EENAEME. — Le village d'Eenaeme, en Flandre, figure exceptionnellement ici, à raison de la précieuse découverte faite, en 1855, de deux grosses flûtes ayant servi à la célèbre foire annuelle de Saint-Laurent.

Une tradition populaire veut que ces instruments proviennent de l'abbaye de Bénédictins qui existait en cette commune, et que les religieux en faisaient usage, à titre de récréation, dans les bocages pittoresques de leur vaste parc baigné par l'Escaut, Des vieillards prétendent avoir mainte fois entendu l'accord harmonieux de quatre flûtes

(i) Cette notice, qu'on dit faite consciencieusement d'après des Archives, a paru dans la i5o livraison de la Revue historique de la noblesse. Paris, lSi4, p. i69 à i90.

que la brise envoyait, à travers la clôture du domaine sâgneuriaU pendant une de ces belles soirées d'automne où le calme delà nature n*est troublé par aucun bruissement importun. Ce sont là de ces contes que Fimagination a enfantés, à défaut de tout autre destination à assigner aux instruments en question. Us tombent décidément devant la multitude de faits, empruntés à d'autres localités favorisées d'une grande foire annuelle, et qui nous enseignent la présence de flûtistes et d'autres virtuoses, à chacune de ces grandes agglomérations mercantiles.

Ouvrons, par exemple, les comptes de la commune, si florissante autrefois, de Loo, en Flandre. Nous y rencontrons, dès le début du xvn* siècle, alors que tant d'événements tragiques avaient attristé le cœur des Flamands, des scalmeyers jouant à la foire franche de la localité :

Betaelt Inghelc De Vos, van te spelen nielter schalemeye in de vrye feest deser stadt, tôt decoralie van dien, per quijtantie, iij lib. xiiij st. (1).

Ce n'était point un usage passivement traditionnel; c'était un vrai besoin, pour les populations flamandes, d'entendre retentir, à ces immenses rendez-vous du commerce, des airs gais et mélodieux : « ter causen dat zy up huerlieder instrumenten ghespeelthebben, terverblydinghe van den volcke, » lisons-nous encore, à propos d'une fête semblable, dans les comptes de la ville de Menin.

Les flûtes d'Eenaeme appartiennent au xvn^^ siècle. Elles furent découvertes, par nous, sous les poutres d'un atelier de charpenterie, d'où elles furent détachées dans un état de détérioration assez considérable. Les vers y avaient creusé une multitude de petits trous, semblables h ceux qu'oS'rent les passoirs de nos cuisines. Immédiatement, notre ami Snoeck, appelé près du butin, en fit l'acquisition pour son beau musée, dont, grâce à une intelligente res-

(1) Comptée de la commune de Loo, année i60i.

tauration, elles font une des plus attrayantes curiosités (1) .

Faits au tour d'un bois qui nous semble être de Forme» ces instruments appartiennent au genre de flûtes appelées blockfluyten. Qui sait si les deux autres instruments, auxquels elles servaient de basses, ne se retrouveront point quelque jour? Elles ne comportent aucun ornement, et Fensemblede leur physionomie annonce le faire d'un luthier de village ou de petite ville. Telles qu'elles se présentent, elles constituent, h nos yeux, un des plus rares spécimens de nos vieux instruments de ménestrels qui se soient rencontrés jusqu'à cejour,car les flûtes de la Hanse,comme celles d'Àudenarde peut-être, nous l'avons dit, sont d'une provenance toute allemande.

Leur aspect grossier ne difl^ère guère sensiblement de celui que revêtent les flûtes encadrant la figure du ménestrel anversois du xvr siècle (2), bien que ces dernières soient d'un volume considérablement moindre,et se rapprochent, moins le système des trous, du simple galoubet. L*une d'elles est garnie d'un bocal, près de son pavillon, ce qui tend à l'assimiler à la famille des bombardes ou des chalumeaux. II est douteux qu'une embouchure à serpentine y ait été originairement adaptée.

Ces intéressantes flûtes n'étaient pas les seuls instruments qui fonctionnaient à la foire annuelle d'Eenaeme. Une gravure de 1596 nous montre un cornemuseux, assis sur un tertre, d'où il guide les évolutions et les gambades de paysans livrés à la danse. Il porte une veste ronde, et un chapeau garni d'un plumet. A. quelques pas de là, se voit un joyeux festin. Danseurs et convives participent aux accents criards de la cornemuse. Le virtuose était vraisemblablement d'Audenarde, d'où Eenaeme n'est distant que de vingt minutes démarche...

(i) H. Snoeck a pu recueillir encore une basse de flûte à bec, sans anneaux et au chiffre couronné, ainsi qu'une autre basse de hautbois, de grand format, avec un pied à coulisse.

{% Voy. Muiique aux Payt-Bas, t. II, p. HO.

Nous nous arrêtons ici, pour ne point tomber dans d'inutiles redites. Il y aurait encore à citer la guitare à Bouvines (1462), la cornemuse à Duffel (1802), les « hautbois » à Wervicq (1559), le « tympanista equestris» à Lille (1546), les « hautbois et saquebuttes » à Bois-le-Duc (1521), les « joueurs d'instruments au plat pais en Gueldres » (1719), les pijpa'8 dTtrecht et de Kampen (1425), les ménestrels « du hault-vent et du bas-vent ou du bas-jeu » à Tournai (1431), oii Ton mentionne, au même siècle, une fabrique de trompes (l)Jes « hauts-vens et trompettes» à Cambrai, etc. Mais, toute réflexion faite, nous estimons que l'application à faire de ces annotations ne diffère guère de celle que Ton a vue, et que d'ailleurs, dans le cas oii des explorations ultérieures amèneraient des variantes dignes d'être enregistrées, une nouvelle série de citations, munies de commentaires, viendraient aussitôt les mettre en lumière.

Donnons toutefois, en finissant, un renseignement qui a son importance, sur une école d'instrumentistes établie à Cambrai en 1436 (ou 1437). A cette date, rapporte Delà Fons-Mélicocq, le magistrat fit donner une gratification c( à aucuns ménestrels de Lille, pour aider à supporter leurs despens, en allant aux escoUes à Cambray, pour apprendre des nouvelles chansons (2). »

(i) Citons les quatre facteurs suivants, d'après les Archivée de» Arts: Heon Ricque (4489-1460), Gui Compains (4480), Jean Hellebant, flis d'Adrien (1S04), et Jean Hellebault, fils de Jean (i537j. Outre Albert Delin, le focteur de clavecins dont nous avons parié au t. l'-r, il y avait à Tournai un luthier habile qui s'appelait De Comble, et non Decomlnre, comme le prétend Fétis. Cet artiste, que Fétis fait voyager en Italie pour prendre des leçons chez Stradivarius, est loin d'avoir cessé de travailler, ainsi que le veut encore l'auteur de la Biographie universelle des Musiciens. Tous les instruments de lui que M. Snoeck a vus ou qu'il possède, sont postérieurs à cette date. Si notre mémoire est fidèle, M. Snoeck doit avoir un violoncelle de De Comble fabriqué en 1769.

(S) Voy. son article : Les Ménestrels de Lille^ dans les Archives du Nord de la France, t. V, p. 67, 3e série. Brun-Lavaine, dans la Bévue du Nord de ta France, constate, d'une façon authentique, que les ménestrels de Douai allaient, en 1390, « à Beauvais k escole », et Pierre Daudry, dans ses Annales de rabbaye de Saint-Ghislain, prouve, d'après un compte de Valenciennes,

Il y a là, on le voit, une version nouvelle surgissant au milieu des extraits problématiques des comptes que nous avons fournis. Les jeunes ménestrels, les vieux peut-être aussi, allaient donc apprendre, sous un maître habile, des airs nouveaux, pour varier leur répertoire, et pour répandre apparemment, par un choix de thèmes populaires d*une origine rigoureusement indigène, le goûi du refrain patriotique, et contribuer ainsi, dans les limites de leur modeste sphère, à la grande œuvre de l'autonomie nationale.

En ce cas, ils étaient, sans contredit, mieux avisés que nous, qui ne jurons, en tout et pour tout, que par la musique étrangère, fût-elle, comme il arrive habituellement, de la plus médiocre qualité I

qu*il y avait, en cette ville, en 443S, une célèbre école de ménestrels. On peut regretter sincèrement la perte du plus grand nombre des chansons susdites. Leur conservation aiderait ù Tétude des instruments autant qu'à celle des chansons mêmes. On possède de Jean d*Estrée, hautbois du roi Charles IX, un recueil de mélodies populaires, jouées par les hautbois et les violons, et qui faisaient, au xvi» siècle, les délices de la Cour de France. Ces mélodies ont paru, en i864, sous le titre de Danseries. On a de la Cour de Marguerite d'Autriche un recueil semblable, dont il serait k désirer qtt*une soigneuse édition fèl lUte par un homme compétent.

Liberti (Henri)

Organiste cilèbre de la première moitié du xviiiil siècle. —Son porthût peint par Van Dyck et gravé par De Jode. — Reproduction photolithographique.—Son vrai nom de famille. - Il succède, en 1628, à John Bull, comme organiste delà cathédrale d'Anvers. — Recueil de ses compositions imprimé, en 4631, audit Anvers. — Sa collaboration à une collection de noeis, parue, en 4651, à Gand. — Il est Tauleur supposé d*un recueil de pavanes pour instruments à clavier. — Dirk SchoU, autre représentant iUostre de Torgue et du clavecin. — Son père est un des fondateurs de T Ordo musicorum à Amhem. — Sa brochure relative aux tons chromatiques dans les basses des carillons. — Son poème satirique publié à Delft, en 4695. —Son épitaphe. — Trois de ses compositions musicales inconnues, parues, audit Delft, en 4717. — • Son élégie sur la mort de Marie Stuart. — Reproduclion de cette monodie remarquable. — Portrait de Dirk SchoU, peint et gravé par Vander Wilt. — Reproduction photolilhographique. — Une imitation maladroite. — Première revue biographique et bibliographique des clavecinistes aux Pays-Bas ; appréciation de leurs compositions, du commencement du xvie à la fin du xviiie siècle. — Exemple de tablature de clavicorde datant de 4539. — La Danse (THercule, de Tilman Susato, en 4554. — Tablature d*épinette, par Henri Speuy, en 4640. — Pavane [de Théodore De Sany, de 1648. — Appréciation de celte composition par Jean Tichon. — Naissance de la virtuosité de concert. — Jean Van Wyenbergh, accordeur d*épinettes, en 1693. — Sa clientèle. — Trait de mœurs. — L'épineUe à Tabbaye de Solre-sur-Sambre, en 4703. — Les pièces de clavecin de Joseph-Hector Fiocco, datant d'environ 4737. — La Légère^ pendant de la Romanesca. — Informations nouvelles sur cet artiste. — Il est professeur de la princesse d*Areaberg. — Le vrai nom de Oieudonné Raick.oiganiste éminent de la première partie duxviie siècle. — Ses ..trois étapes artistiqnes

à Anvers, à Louvain et k Gand. — • Docoment important sur cet habile musicien. — Trait de lumière. — Description de son œuvre l'e et 11^ pour le clavecin. — Sa Sicilienne, supérieurement belle. — Pierre De Brabandere, orffaniste à Bruges, vers le milieu du xviiie siècle. — Sa fomille. — Ses relations artistiques. — Son œuvre de Six concertos pour clavecin, premier violon et alto. — Description et appréciation. — Un délicieux allegro formé de motifs populaires. — Restrictions nécessaires. — Mathias Vanden Gheyn, organiste de la deuxième moitié du siècle dernier. — Sonate et Cantate.

— Amélioration progressive de la sonate. — Mozart à Gand, à Malines, à Anvers et à Bruxelles. — Inductions à ce sujet. — Similitudes avec Haydn.

— Sonates di caméra. — Ce que l'on entend par Divertimento, — Appréciation sommaire des compositions pour le clavecin de Mathias Vanden Gheyn.

— Restrictions, quant k leur valeur poétique. — Éloge d'une pièce exceptionnellement belle. — Réimpressions. — Épithètes ronflantes. — Recommandations inutiles. — Absurdités. — Un procès de Vanden Gheyn, en 4766. •— Jean-Jacques Robson, maître de musique à Tirlemont, au milieu du xvni« siècle. — Italianismes et prolixités. — Préludes attribués à cet artiste. — Description et jugement de son œuvre I^ et IV« pour clavecin.

— Deux sonates imprimées à Paris.— Particularités biographiques.— Josse Boutmy, organiste de la Cour, à Bruxelles, pendant la première moitié du xvm« siècle. — Sa naissance. — Le clavecin à Toratoire du doc de Lorraine. — Vogue de Boutmy, comme professeur de clavecin de la noblesse.

— Devenu infirme et pauvre, il sollicite la succession ds son emploi officiel pour son fils Laurent.- Gratifications diverses à lui octroyées par le gouverneur général. — Sa retraite. — Guillaume Staes est désigné pour le remplacer. — Sa mort en i779, — Requête de sa veuve. — OEuvres pour le clavecin de Josse Boutmy. — Son III« livre de pièces diveraes date de i749. — La famille Boutmy. — Recueil de sonates de Guillaume Boutmy, édité à Bruxelles. — Autres compositions de lui pour le clavecin. — Ferdinand Staes, fils de Guillaume Staes, organiste à Bruxelles. — Documents officiels qui le concernent..— Son éloge, comme claveciniste, par De Croes.

— Ses concurrenlgpour les fonctions d'organiste de la Cour. — Requêtes de Claude-Joseph Cools et de Guillaume Staes.— Témoignages favorables sur Ferdinand Staes.— Ses succès de virtuose devant Charles de Lorraine, au Concert bourgeois eikV Académie de mus/gue.— Exposé sommaire du conseiller De Wit.

— Concerto k la Cour.— Texte de la nomination officielle de Guillaume Staes, comme organiste de la chapelle royale. — Promesses de succession k son fils.

— Succession effective. — Notes biographiques sur Ferdinand Staes, lequel est élève de son père et non de Vitzthumb.— Ses compositions pour le clavecin. — Description et appréciation des œuvres le, 111», IVf*, V«, VI« et VHe, pour le clavecin, imprimées k Bruxelles, chez Van Ypen. — Reproduction du Largo de son œuvre IIIi>. — Extraits divers en notation mobile. — OEuvres gravées k Londres. — Compositions diverses. — Godefroid Staes et ses œuvres. — Verschuere-Reynvaan, organiste à Flessingue, en la deuxième moitié du dernier siècle. — Cahier rarissime manuscrit de ses sonates pour f lavecin. — Appréciation et description de ces pièces. — Sicilienne et autres spécimens en notation mobile.— Pierre- Joseph Van den Bosch, organiste de la cathédrale d'Anvers, pendant la deuxième moitié du xviiie siècle. — Sa

poiitkw anbérieiir«.**Sa vogue comme prolBueur et eomme ei^éentaDt.— Ses protecteurs. — Visite qoe lui &it Burney. ^ Opinion da judicieux musicologue aogliûs sur le talent de Van den Bosch. — Examen de cette opinioD.— Description de ses œuvres pour le clavecin, imprimées à Paris. — Ses ouvrages maauscrits. — Appréciation sommaire de son talent de compositeur. — Analyse détaillée de son opus VI, avec exemples en notution mobile. ~ Jean Thiebaut organiste et carillonneur de la deuxième moitié du susdit siècle. — Notes biographiques. — Liste de ses sonatines et appréciation des principales d*entre elles. — Jean De Timoré, aliàs Detnree%$^ organiste de l'abbaye de Tronchiennes* à Tépoque précitée. — Son nom. — tinomération et examen de ses pièces. — Orner Waiwein, organiste à TégUse de Saint-Martin, k Ypres, a Tépoque prémentionnée. -- Sa famiUo et son éducation. — Présentation au chapitre de Saint-Martin d*un recueil de sonates dues à Tartiste. — Publication de ses œuvres en 4769. — L'artiste succède, en 4770, en qualité d'organiste de la cathédrale d'Ypres, à son maître Antoine Van den Eynde. — J.-A. Just, claveciniste hollandais de la deuxième moitié du siècle écoulé. — La date de sa naissance. — Erreur da Fétis, à ce sujet -- Édition des œuvres de rartiste. — L'opus II et VU. — H. Neveu, musicien bruxellois, de l'époque susdite. -- Appréciation de ses sonates, parues k Bruxelles. -^ Mélange pour clavecin, imprime à Paris. — Pierre Verheyen, compositeur distingué de la fin du siècle dernier. — Cahier manuscrit de quatre sonates signées par lui. — Leur appréciation avec exemples notés. — Recueil d*ariettes, du même artiste, pour clavecin. — Valentin Roeser, musicien du xviiiu siècle. — Ses Sixsonatêâ pour davecia. -* Appréciation de ces pièces. — Autres compositions du même auteur. — Charles-Louis-Joseph André, organiste de la métropole de Malines, à la fin du* dernier siècle. — Sa biographie. — Description de son opus U. — Jugement général sur son talent. — La Tempête^ opus II. ~ M»* la comtesse de Lannoy, née Corswarem, claveciniste distinguée de la fin du xvint siècle. — Notes biographiques. ~ Son recueil de sonates, publié è Berlin, en 4798. — Description et appréciation. — F.-P. De Trazegnies, compoaitenr pour le clavecin, au xvup siècle. — OEuvre de luL — Inductions à ce sujet.

— Notes sur cette famille de musiciens, dont un des membres est natif de Grammont. — Publications à Paris. — H.-J. Froment, organiste et carillonneur, è Bruges, à la fin du siècle passé. — Ses compositions manuscrites.

— Ses prédécesseurs au carillon communal — P.-J. Leblanc, auteur d'un Livré de clavecin. — Sa famille. — Lebullni, musicien du dernier siècle, attaché à la Cour de La Haye. — Ses sonatines imprimées à AmsterdaoL — Jacques De Bruyne, organiste de la fin du xviii* siècle, natif de Saint-Gilles (Waes). -- Ses deux concertos pour clavecin et violon. — Georges Neuman, artiste hollandais de l'époque précitée.— Ses compositions.— Notes biographiques. — F. Mecbtler, musicien bruxellois de la fin du dernier siècle. — Ouverture, arrangée par lui, pour le clavecin. — De le Piancque, artiste bruxellois, auteur d'une sonatine pour le clavecin. — Willocq; sonates parues sous ce nom. — Appréciation de ces pièces, avec exemples en notation. — Guillaume HaufT, musicien de la fin du siècle dernier. — Ses œuvres mentionnées dans le Vlaermchen Indicateur, de Gand, en 4779. — Jugement général sur les oeuvres pour lo clavecin citées et examinées dans cette pre-

miôre Béria de cla? etîDistes des Pays-Bas. -^ Talent et génie« manière dis> tincUve et originalité. — Influences néfastes. — Les chefs de file de la phalange. — Préoccupation de la partie matérielle. — Le doigté. — Fragilité de la Tirtuosité pure. — Destruction et dispersion des œuvres pour le elavecin. — Difficultés de recouvrement. — Espoir de reconstruciioe d'une histoire du clavecin, quant à ses virtuoses, ses compositeurs et ses facteurs.

Henri Liberti s*est fait une brillante réputation comme organiste, à une époque où florissait le colossal Sweling, récemment réhabilité par les soins d'un musicologue dévoué et habile (1). Tous les lexiques le citent avec complaisance, et, tout dernièrement, nous le trouvions mentionné parmi les virtuoses célèbres, dans le troisième volume des Sâmmilichen Werke d'Albrechtsberger.

Et pourtant, en dehors d'un portrait que nous allons décrire et de quelques notes concises dont nous ferons usage, l'artiste n*a laissé aucune trace marquante de sa glorieuse carrière, une preuve de plus que la virtuosité qui n'est pas étayée du talent de compositeur, partage le sort de toutes les choses éphémères et est bien vite emportée dans le tourbillon des siècles.

Libeni a eu Thonneur d'être peint par Antoine Van Dyck,et d'être gravé par Pierre deJode,cequi n'est pas peu dire. Van Dyck l'a représenté debout, appuyé contre une colonne. La pose est réfléchie, mais non exempte d'apprêt et de roideur. Les cheveux, qui paraissent blonds, se replient en boucles abondantes sur les épaules du musicien. La figure, bien que flegmatique, semble légèrement sillonnée par une teinte de douce rêverie. Liberti porte la chaîne d'honneur, et tient, de la main droite, un papier ob se trouve inscrit un canon à 4 parties, dans le ton d'ut, sur ces mots sentencieux : Ars longa, vita brevis. Sa jaquette d'artiste, à boutons de métal en forme de rosace, est ouverte au cou, de façon à laisser voir un élégant col ra-

(i) M. Robert Eitner, de Berlin. Voy. les Bouw^teenen hollandais et les pu blications musicales de la Vereeniging voar Noord-Nedertandê munekgttehU^ <Uni9^ auxquelles ils renvoient.

battu. Au dessous, on lit : Henrigus Liberti, 4;roeningbnsis, <:atiikd. ecglesi^Antverp. organista. Dans le coin inférieur droit, se trouve : Anton, van Dygk pinxit ; dans le coin inférieur gauche, est mis : Petrus de Iode sgulpsit. Le corps de la gravure, sans Tinscription, mesure vingt-cinq centimètres en hauteur, et vingt et un en largeur (1). On en voit ici une reproduction photolithographique réduite en format in-8'*.

L'inscription du portrait ne laisse pas de doute sur le vrai nom de famille du virtuose, dont on a ridiculement essayé de faire un Van Groeningen. Ce témoignage concluant est infirmé, il est vrai, par les archives d'Anvers, où l'artiste est enregistré, de 1630 à 1661, sous les noms de : « M. Hendrik Van Groeningen » et de « Liberti Van Groeningen. » Mais, en attendant que les registres de baptême aient prononcé, nous sommes d^avis que si Van Groeningen avait été le nom de famille du musicien, Henricus et Liberti auraient été ses prénoms, et que, dès lors, la terminaison latine aurait été appliquée à Liberti comme elle l'a été à Henricus ; car, Tinscriptlon est bel et bien latine, et le mauvais cahotement de Liberti, disons mieux le non-sens de Liberti, n'avait pas de raison d'être.

Henri Liberti succéda, paraît-il, en 1620, dans les fonctions d'organiste de la cathédrale d'Anvers, à John Bull, qui a passé à tort pour être l'auteur de la musique du QhI save the King (2). En 1631, ses gages montaient à cent florins par an, moins les autres émoluments attachés à une foule de services particuliers du ressort de l'organiste en chef. Sa mort peut-elle être placée en 1661, où pour la der-

(1) Diaprés Gerber, rœuvre de Van Dyck est conservée en original à Tolsdam. Elle doit avoir da mérite comme peinture, puisquUl en circaledes copies, généralement mal faites, il est vrai.

(2) Voy. sur le véritable auteur de ce chant national anglais, Crrysamder, Jahrbûcher, etc. Par contre, John Bull est auteur de cantiques de noël, insérés dans un recueil de musique paru k Anvers chez Phalèso en 1639, c*e6t-àHlire un an après la mort de rartiste.

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CRQENnKït.MSIS CATHED ECCLt:

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nière fois, son nom est porté sur les registres de la cathédrale?

Autre difficulté. Liberti a fait imprimer, dès 1621, chez Pierre Phalèse à Anvers, un recueil de Cantiones sacrœ et suavissimœ cim vooibus quatuor et quinque comporitœ, cité par Becker (1). Remplissait-il déjà, en celte année, des fonctions officielles à une église anversoise quelconque? Remarquons, en passant, que Becker, généralement si exact et si consciencieux, écrit Libert, au lieu de Liberti, ce qui tendrait à faire supposer que le nom authentique de l'artiste a une forme française, et qu'il lui a donné, d'après une mode généralement reçue à cette époque, une forme latine.

Cette dernière supposition est corroborée, par le recueil de Cantioms natalitÛB^ quatuor^ quinque et plurium vocuniy imprimé à Gand, en 1651, et auquel notre virtuose a collaboré, en compagnie de Ph. Van Steelant et de D. J. Loisel (2). Son nom y est écrit invariablement Liberti.

Liberti est considéré aussi, mais très-gratuitement, croyons-nous, par un écrivain aussi léger qu'ignorant, comme Fauteur d'une collection de Paduanes et Galiardes, éditées à Anvers, en 1632. Ni Becker, ni Goovaerts, ni les érudits bibliographes des Annales Plaiitinietines, n'attribuent un recueil pareil à notre musicien. Si, par impossible, le renseignement était exact, il y aurait lieu d'envisager l'ouvrage comme étant exclusivement du ressort des instruments à clavier, par lesquels Liberti a conquis sa renommée, et, à ce titre, il mérite, selon nous, d'inaugurer ce long chapitre exclusivement consacré aux clavecinistes des Pays-Bas. Auparavant, quelques informations nouvelles

(i) Die Tonwerke^ etc., et, d'après lui, par Fëtis et Goovaerts. Ces deux écrivains suivent Torthographe fournie par Becker.

(3) Voy. Uutique aux Pay^BoM, 1. 1, p. 54 et 55, où nous renvoyons pour le susdit recueil à une lettre adressée par nous, en 4S67, au journal littéraire flamand TBendracht, lettre qui parut, dans ce jeurnal, le 15 février, et non le 15 avril, comme nous l'avons dit par erreur.

— ÎBO --

sur un autre ret»résôntant illu6trô du clavier, Dirk SohoU, ne seront pas inoppoitunes ici.

Le présent ouvrage a déjà fourni uti retiôéignément précieux sur un musicien, qui, selon toute apparence, est le père de Dirk Scholl (1). Affilié à la société tnudicale nâis^ sante^Ordo ou CoUegium fnusicomtn^ à Atnbém, il apparaît dans les registres de cette association, en iSdl, qui est la première année d*enregiâtrement :

Dirk Scholi, organist tôt Arahem.

On a vu également les quatrains de Dirk SchoU, en réponse à la brochure de Van filankenburg relative au rétablissement des tons chromatiques ds et dist à la basse des carillons,et qu'Hemony avait proscrits impitoyablement (3). (c Excellent poète, disait Hémony ; mais organiste meilleur encore. » Puis, arrive une anecdote où Van filankenburg raconte l'horreur que les premières compositions de Gorelli inspiraient à Scholl. On pardonne ces exagérations à un artiste chez lequel rétendue de la science égalait la (brcede la conviction, et qui réunissait en lui un sextuple taleot de virtuosité (3).

Il avait d'ailleurs un esprit caustique naturel qui s'épanchait en mille saillies sur les questions scabreuses à l'ordre du jour.Les Bouwsteenen donnent le titre suivant d'un poème satirique de lui, qui parut vers 1698 : Weergaim (UylmbrUi op het onderste gGieelte van de quintessetice der Nouvelles du jour van U maart 1695. — Delft (sans date)<

Son épitaphe atteste la renommée qu'il avait acquise, comme carillonneur et comme organistCé Elle permet, en outre, de préciser la date de sa naissance :

(i) Musique aux Pays-Bas^ X, I, p. 49(K

(3} Voy. Mm 1. 1, p. 60. En pariant de la brochure de Pierre Hénmiy, à ce sujet, dans le nème oUviUge, t. UI, p. V% rimprimeiir ni*a foit dire «rr<Mémenl « tons eûharmoniitiies • pour « tobs diraauitiqiie& ^.

(3) BottUfiteenetif t. II, p. 963.

Hier rust

DIRK SGHOLL,

die ruim tweb mebr kls

sesîiâ jaren brziblde

't klokkespel en 't

nieuwe kerk orgelwerk

zijn leeftud wibrt beperkt

als ses en tagtig waren

'T OMSTERFLUR LEBFT OUEOêQ EN 't STBRFLIJE DEKT DBES SERK.

ObiiH3niaartl727.

Nos informations inédites concernent trois compositions de Dirk Scholl, imprimées sur feuilles volantes, et dont voici la description exacte :

D'onnaspeurlyke naspeunng, bestaande in vraag^ antwoord en toesang^ door T. Van der Wilt. Op muxyk gebragt doar Dirk Sckolli organist en klokkenùt van de nieuwe Kerk der md Delfl. — Te Delfl, gedrukt by Jacob Kloeting, boek^ drukker en boekverkooper op de Markt, in 't Vergulde k, B, G, 4717. In-f* piano.

La Vraag est en &'ot mineur 3/4, en mouvement allegretto. G*est une sorte de complainte. Le style ressemble beau-* coup à celui de la trilogie de Lambreclit,en ré mineur. Seulement ici la mélodie est plus développée.

VAniwoord porte en tête Adagia (sic). Il a la forme solennelle d'un hymne {sol mineur G). Au milieu, vient une série de mesures en 3/4. Le morceau se termine dans le mouvement commencé.

Le Toesang est encore en sol mineur 6/8. G*est le même caractère de la première mélodie, mais diversifiée par le rhythme.

Troost in ouderdom, door d!W A. Alewyn. En Tepenzang voor de jonkheyd^ door T. Vim der WilL Op tnuzyk gebragt voor een stem en Grond^geluyd doar Dirk Scholly organist en

klokkenist van de nieuwe kerk der stad Delft. — Tôt Deift... (même adresse que ci-dessus, et même année 1717).

La première mélodie porte adagio, en sol G. C'est une délicieuse cantilëne, dans le genre de celles de Haendel {Judas Machahée).

L'allegro en solîi pour mesure 4/8. Elle est dans la nuance de la précédente, mais moins saillante, moins solennelle.

Rouvû- en Hefde-Tranen uitgestort over desmartdyke dood van de godvruglige, nooit genoeg volprezeneMeugdzame Maria Sluart^ koninginne van Groot-Brittaujej etc.^ etc.^ van God Vhuis geroepen op den 7 january 1695. —Toi Delft... (même adresse et même année 1717), etc.

Après la reproduction des couplets, on lit : Vierde dmi, au milieu ; et, dans le coin droit : D. Sgholl.

L'adagio en sol mineur G, placé ici en regard, est la meilleure des trois monodies que nous venons de décrire. Pathétique, elle suit, par une excellente déclamation, les paroles de la complainte, et s*élève, dans sa course, à une véritable éloquence. Nous reproduisons ce morceau capital, où le génie de Scholl, tout en prouvant qu'il sait inventer des chants agréables, frais et d'une simplicité sublime, atteste aussi que les accents de la douleur, de la désolation trouvent en lui un interprête d'une réelle grandeur.

Le Preste (sic) du Tegen-Zang qui suit,est très-rhythmique et tranche un peu sur la mesure G, par la mesure 6/8 [sol mineur). L'idée en est que les tombes de marbre périssent; mais que s'empreindre dans le cœur des honnêtes gens, c'est immortaliser son nom.

Scholl est un mélodiste large et élevé, une sorte de HsBudel néerlandais. La poésie de l'inscription tumulaire reproduite ci-contre, fait allusion à l'élévation de style de ses compositions, en les qualifiant de ce groots muzijk, » musique grandiose.

La forme de la monodie est de celles qui n'ont encore rien de l'allure des chants en vogue.

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