‹ La musique aux Pays-Bas avant le XIX ̊siècle. Documents inédits et annotés. Compositeurs, virtuoses, théoriciens, luthiers; opéras, motets, airs nationaux, académies, maîtrises, livres, portraits, etc.; avec planches de musique et table alphabétiqueChapitre 24 sur 60 · VERS · texte numérisé non relu

VERS

le laisse d'ailleurs supposer clairement. L'exemplaire décrit, fut acheté, avons-nous dit, en 1869, chez un brocanleur à Bruxelles, peu après la mort de M. Lados, organiste de la cathédrale de Sainte-Gudùle (i). Grâce à son titre nobiliaire, et peut-être à son talent disiingué, Lados fut admis à donner jadis des leçons de musique au duc d'Arenberg, et c'est de lui qu'il aura reçu peut-être, en guise de cadeau, cette curiosité artistique, vraisemblablement l'unique de ce genre que l'on connaisse.

RAIGK (Djeudonné), organiste à Anvers, à Louvain, à Gand, etc., dans la première moitié du xvui* siècle. Le nom de cet ariiste, d'origine flamande, rijk, était porté par une de nos plus anciennes familles, sous la forme : De Ryck, De Rycke. Il désignait ainsi un compositeur remarquable duxvi'' siècle,'qui a eu la manie, si commune en ces temps-là, de se cacher sous le voile scolastique d'un génitif latin : Diviti8 (2).

Nous avons vu des productions de notre claveciniste qui portaient en toutes lettres De Raick. C'est presque l'orthographe primitive.il est vrai que ces productions étaient de simples copies, dues à une main autre que celle de l'auteur, et qui, pour avoir ramené instinctivement le susdit nom vers son origine, n'en a pas moins dénaturé peut-être la forme qu'il revêtait alors.

Les recherches que nous avons fait faire à Liège, pour découvrir la date exacte de la naissance de Dieudonné Raick, sont restées infructueuses. Un document, déjà connu du lecteur (3), se borne à constater simplement cette nais-

(4) Lados est mort en octobre 4866. Sa famille porta le titre de baron, ft partir du règne de Marie-Thérèse. La collection masicale de Lados passa entre les mains d'un artiste bien connu, qui n*eut rien de plus empressé que de se défoire, è vil prix, des < vieilleries musicales, » comme il les nommait, dont la collection était pourvue. Qu*on juge parla du degré d'instruction qu'acquièrenl, dans nos Conservatoires, ceux qui sont chargés plus tard d*incolquer les prin cipes du beau musical aux autres. Ab uno di»ce omnes.

(5) Vey. MaUres de ehaniy etc.

(3) Uuiique aux Pays-Bas^ t. U,p. 106.

sance : « Sieur n. Rayck, luyckenaer van geborte» » d^accord en cela avec des informations venues d*une autre source.

Sa vie se résume dans les trois étapes mentionnées en tête de cette rubrique : Anvers, Louvain, Gand. Elles furent très-probablement parsemées de déboires, car un écho semble en retentir daiis ses compositions* Il parait prouvé qu*il fut démissionné de ses fonctions d'organiste à Anvers, fonctions qu'il y vint reprendre toutefois vers la fin de son existence. Sa position à Anvers était probablement l'idéal de sa vie. Pour quelles raisons en a-t-il été évincé? Avait-il un caractère inconstant, irritable, despotique? Les diverses fluctuations de sa carrière ont une cause qui nous échappe, mais qui a sans doute contribué à donner à sa musique un accent particulier, une note sut generis que nous aurons à apprécier plus loin.

Un document conservé à la section judiciaire des Archives générales du Royaume, est vraisemblablement appelé à éclaircir le mystère. Il fournit, quant à notre artiste, les lenseignements suivants : 1"* Raick fut nommé, par le chapitre de la cathédrale d'Anvers, organiste des grandes orgues de cette égalise, à la suite d*un concours public, te H octobre 1721, et non au mois d'août de cette année, comme on l'a prétendu; 2* à partir de cette nomination, il toucha aussi l'orgue de la chapelle du Sacrement, dont la juridiction était confiée au chapitre de la cathédrale, et nullement aux maîtres de chant; 3<> ceux-ci, croyant avoir à se plaindre de Raick, en 1736, au sujet de ses fonctions d'organiste, avaient à s'adresser conséquemment, de ce clief, au chapitre; 4"" aucune plainte ne fut élevée, ni par les maîtres de chant, ni par Raick lui-même. L'organiste partit insoluto hospite; o"" l'absence persistante de Raick fit considérer sa place comme vacante, et le magistrat l'octroya, le 4 janvier 1727, à Chrétien De Trazegnies, etc.

VOOR DE EERWEERDE HBEEEN DEKEN ENOE GANONIGXEN VAN HET CAPIT- TEL CATHEDRAEL VAN 0. t. VROUVVE TOT ANT\\ERPEN, SUPPLIANTES, TEGHENS DIE CAPELLE MEESTERS ENDE ANDERE DER CONFRERIE IN DE YENERABEL CAPELLE IN DE SELVE KERCKE, GEINSINUEERDE....

63. — Dat, ten jaere 1724, op ii october, Dcodatus Raick, daer naer priester, gecosen is, door hct capittel, by publieck concours, tôt hel organistsehap van het groot orghel.

64. — Dat den selven, van dien tydt, oock gespeelL heeft op het orghel van venerabel capelle.

65. — Dat dien organist, volgens de oude gebruycken, was onder de correctie ende jurîsdictie van het capiltel der supplianten.

66. — Ende geensints onder de correctie, nog veel min jurisdiclie, der geinsinueerde, die oock geene de mînste en syn hebbende.

67. — Dat, ingevalle de geinsinaeerde vermeynden, int jaer \1%, eenigbe clacbten te hebben tegens den priester Raick, naementlyok in syne functie van organiste, de clachten hadden moelen dracghen aen hetcapitlel der supplianten.

68. '" Dat, noghte de geinsinueerde, noghtc den voornoemde Raick, geene clachten aen het capittel der supplianten en hebben gedaen ; maer dat den voorachreven Raick insoluto hospite is vertrockcn.

09. — Dat hel magistrael, mits de lanckduerighc absentie van den geseyden D. Raick, de plaetse van organistschap voor het groot orghel considererende als vacant, de selve vergeven heefl, op 4 January 4727, aen Cbristianns de Tresignies, uyt crachte van de alternative van de welcke gehandeltis in den schrifluery, art. 6t.

70. — Dat N. Tresignies, sone van Chrislianus Tresignies voorschi^even, menichmael gesuppleert hebbende de plaetse van synen vader, naer des selfs doodt, de deservilure van hct orghel door het capittel vercreghen heeft, op 24 7»>f'« 4757.

74. — Dat den heere Verroten, in het capittel calhedrael van Antwerpeo, maer en is Canoninck geworden ten jaere 4744.

72. -* Dat, by vonnis van den grooien raede van Mechelen, de date \^ february 4765, het capiltel métropolitain gcmainteneert is in syne authorityt, tegens de Canonicken genaemt de zeltaerden, nopende het oprechten van eenen nieuwen authaer .

73.— Dat aile de successive sangmeesters, door het capiltel der supplianten aengesteH,'t8ederthet jaer 4585, tôt op dendach van heden, volgens het séries daer van gemaekt in de schrifluere vaa 2<* feyten, ab art. 64 tôt den 77 art. inclues, van den beginne alf, dat de selve in possessie syn gecomen van het sangmeesierschap der cathedraele kercke der supplianten» geemployeert ende gesalarieert syo geweest door de confrérie van 0. L. Vrouwe.

74.— Even endc gelyck sy oock geemployeert cndo gesalarieerl syn geweest door die van vcnerabel i^^pellc, pro ut dicium in de schrifftuere van ^ feylen, art. 80 et 81. Quare, etc.

M. G. Aerts, 1770.

La démission que reçut Dieudonné Raick est donc due à une persistante absence. Que de vives discussions aient eu lieu entre l'artiste et les chanoines de la cathédrale, il n'y a là rien de bien exti'aordinaire (1). Mais, à la susceptibilité extrême de Raick, ne convient-il pas d'ajouter une humeur ftère, indépendante, capricieuse, s'accommodant médiocrement de la régularité d'un service continuel, et cherchant, par toutes sortes de moyens, à se procurer un dérivatif à une situation toute mécanique? Nous le pensons. En vrai tempérament d'artiste, Raick aura recherché, à certains moments de suprême ennui, la vie insouciante de flAneur,de touriste peut-être, poussé par l'irrésistible besoin de s'isoler, d'épancher son âme au sein de la nature.d'en noter les mille voix mystérieuses. 11 aura couru ainsi, comme le chanoine Sanderus, par monts et par vaux, sans songer le moins du monde à vaquer à sa routinière besogne d'organiste à la Cathédrale. Les mêmes causes peuvent avoir influé sur le parti qu'il prit ensuite de quitter Louvain, Gand, et de retourner, dans de meilleures conditions s'entend, à Anvers, où d'ailleurs empêché par l'âge et par les infirmités, il aura aspiré au seul bien-être possible pour lui : le repos.

Son « œuvre premier, » consistant en Six pièces de clavecin, gravées chez J.-G. Rousselet, à Bruxelles, doit avoir paru avant 1753, car la Bibliographie gantoise, de M. Vander

(4) Raick prétendait, parait-il, qu'un afflront lui avait été fait « om de afllronde die men hem saude aenghodaen hebben. » Une suspen&ion, dans son service, aurait eu néanmoins lieu, d'après certains documents reposant aux Archives de la cathédrale d'Anvers. Raick, à la suite de cette mesure, inique, selon lui, aurait empêché son remplaçant de toucher Torgue, et se serait vivement mis ft sa place pour faire la besogne : « De Ryck heefl, naer gesuspendeert te zyn. den nieuwen organist (Faber) met insolentie doen van het orgel gaen en self gaen spelen. » Gela se passa en 4798. Remarques ici l'orthographe De ttffck, qui est probablement la véritable.

Haeghen, cite du même musicien Six petites suites de clavecin, flûte ou violon, qui virent le jour à Gand, vers le mois d'avril 1783, chez le graveur Wauters, éditeur de Trois sonates de clavecin, non datées, du même Raick (1).

Nous sommes en mesure de pouvoir décrire en détail la première publication musicale de noire artiste :

Six suites de clavecin^ dédiées à Mademoiselle la comtesse Rose , née comtesse d^Harrach y composées par Dieudonné Raick, prêtre, licentié ès-droits, et organiste de Véglise collégiale de Saint-Pierre à Louvain. OEuvre premier, — Se vendent chez Fauteur; le prix en blanc 7 flor. de Brabant. Gravé à Brusselles, par J. G. Rousselet. In-f de 40 pages.

Teneur de la dédicace :

A MADEMOISEI.LB LA COMTESSE RoSE, NÉE COMTESSE D'HaRRACH

Mademoiselle, Héritière des grandes qualités de votre illustre famille, qui s'est toujours fait une gloire de pi*otéger les beaux-arts, vous semblés enrichir sur le goût qu'Ëllea toujours conservé pour cet art harmonieux, qui, en flattant Toreille, offre à Tespril le plus sérieux desagrémens, qui le rendent sensible aux plaisirs d*unc honnête récréation. Ainsi, j*ai cru ne pouvoir vous offrir un hommage qui vous fût plus agréable, qu*en vous dédiant mon premier ouvrage de clavecin ; il est vrai, celte sorle de prémise ne peut presque jamais se flatter d'avoir atteint son degré de maturité : les premières productions ont toujours pour appanage quelques foiblesses, sous lesquelles elles ne peuvent naître; néanmoins, que peut-il craindre sous vos auspices, si ce n*est d'approcher de si près d'une personne qui en connottra, avec un rare discernement, toutes les imperfections? Mais votre clémence naturelle me prévient, et, sans rien déroger à l'équité ordinaire de vos jugemens, m'inspire la confiance de vous l'offrir, comme une preuve certaine des sentiments de respect et de soumission avec les quels je me flatte d'être. Mademoiselle,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

D. Raick.

L'ordonnance de ces six suites est ainsi conçue :

I. — Andante, en ré, 2'4.— Menuetto, en ré mineur, 3/4. — Allegro en ré, C barré.

\\) Musique aux Pays-Bas, t. U, p. iiO.

II. — Allegro, en sol, C. — Gavotte, en soL^ i. -^ Gratioso, en soi mineur, 6/4. — Andante, en sol, C. — Yivace, en sol, 2/4. -^ Preslo^ en sol, G.

III. — Vîvace, en la mineur, 2/4. — Andante, en la mineur, ?/4. — i^ rondeau, en la mineur, 3/4 ; î* rondeau, en la majeur, 3/4. —Gigue, en la mineur, 12/8.

IV. - Capricio, moderato, en ut, 3/8. —Allemande, en ut mineur, C. — Andante, en ut majeur, C — Gourante, ent/X majeur, 3/4.— Presto, en ul, C.

V. — Vivace, en fa mineur, 2/4. — i«' menuet, fa majeur, 3/4 ; 2^ menuet, en fa mineur, 3/4. — Largo, en fa mineur, 3/4. — i" Gavotte, en la bémol 2/4 ; 2*™' gavotte, en fa majeur, 2/4.

VI. — Allegro. Piqué, en la, 3/4. — Ceciiiane, en la, 1^8.— Allegro, en la, C. — Andante, en la, C.

Nous ne notons pas les reprises ; donner le caractère, le ton et la mesure de chaque morceau, suffit.

Il nous est permis également de retracer la physionomie bibliographique d'une autre œuvre de Raick, bien supé* rieure, selon nous, à la précédente :

Deuxième Livre de clavecin^ dédié à Son Excellence Monseigneur François-Ernest y par la grâce de Dieu, comte du St-Empire^Salmet Reifferscheit, évéquedcTournay^ etc^etc., par M' D, Raicky prêtre^ licentié es Zo», etc.^ organiste de Véglise cathédrale de Gand, — Chez Fauteur. Le prix cinq florins douze sols de Brabant. Gravé par P' Le Glaire, de Lyon, graveur à Gand, Imprimé par Joseph Stevenson, à G. (Gand). In-f» obl. de 38 (?) pages.

Au revers du titre, les armes de Févèque de Gand, de la dimension de la page. Au-dessous : ce B. Wauters s Gand (1).» Vient ensuite la dédicace, conçue en ces termes:

Monseigneur, Faire Téloge de Votre Excellence, est une entreprise au dessus de mes forces. J'aime encore mieux révérer, par un respectueux silence, les vertus qu'on admire en elle, que d'en ternir réclat par la simplicité de mes expre&sions. Je me bornerai donc à publier la connaissance parfaite que vous avez des beaux-arts, surit) Le nom de François De CoomaD, à HaulemSaint-Liëvin, avec la daU de 1796, se trouvaient Uncés à la plume ti|P le feuillet de garde de ToBuvre pcécit^.

tout pour la musique, dont vous distinguez la plus délicate harmonie. La protection singulière dont vous honorez les maîtres en cet art, les bienfaits dont vous les comblez, afin de les animer à s*y perfectionner, enfin Tinclination natui^elle que vous avez à en faire un de vos plus agréables amusemens, toutes ces raisons. Monseigneur, m'ont porté à composer ces pièces clavecin et à prendre la hardiesse de voos les dédier. La bonté avec la quelle Votre Excellence a bien voulu recevoir cet ouvrage, en fait Tunique mérite, et sera favorablement reçu du public, dès qu'il verra un nom aussi illustre que le vôtre à la tête de ce recueil... De quelque succès que mon entreprise soit suivie, f en serai infiniment récompensé, puisqu'elle me fournira l'occasion de faire connottre le plus profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être. Monseigneur, de Votre Excellence,

Le très-humbie et très-obéissant serviteur, D. fUiCK.

Ce Livre de clavecin renferme huit suites, ainsi ordon-

IfvcS •

L — Andante, si bémol, 2. — Vivace, si bémol, 1 — Allegro, si l)émol C barré.

II. -*- Allegro, soly 3/8 — Largo, sol, C. — Cantabilc, sol, C. —Allegro, sot, C. — iSidftûWfl, Largo, sol mineur, 12/8 (Dacûpo Allegro).

in. — Allegro, ré, C. — L»rgo, ré, C— Vivace I. ré, 2. — VivaceH, ré mineur, 2. — Gigua, Allegro, ré, 42/8.

IV. — Andante, fa mineur, 1 — Gratioso, fa majeur, 3/8. — Vivace, fa mineur, 2.

V. — Allegro, la majeur, C — Andante, la mineur, 3/8.— Minuetlo I, ta majeur, 3/4; Minuetlo 11, la mineur, 3/4. — Allegro, ia majeur, C.

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