VI. — Presto. Cappricio, ut
Le reste, après la page 34, manque à cet exemplaire.
On a déjà conslaté que Raick est un profond musicien, un savant harmoniste, supérieur, en réalité, à bien des artistes de son époque, qui avaient usurpé ce titre, grftce h des certifieats de €omplaisance (1). Mais, a*t-on fait attention à ce que l'œuvre de notre virtuose offre de poésie intime et attachante, d'énergie passionnée et de mélancolie
f4) Les irrëgulftfitës harmoniques qui déparent notamment les allegri de Raick, sont celles, en général, de répoqae où il vivait. La ptapar^t étaient ouvertement tolérées par les pins grands maîtres-
débordante! L'allégro montre quelque cbose de leste, de pimpant et de vif, parce que c'est un allégro. L'artiste, on lesent,n'estpassurson terrain. Ce qu'il réclame, ce sont les contours larges, pleins, reposés de l'adagio. Là, se déploie cette éloquence du cœur, qui vibre en voix mystérieuses, ia plupart empreintes de tristesse et de douleur. Là s'épanche cette nature sombre et presque découragée, astreinte à une vie inerte et engourdie, et avide d'air, d'espace et de liberté. Que de pressentiments lugubres, que de rêves fantastiques, dans cette boîte de Pandore du clavecin, dont le fond est pourtant l'espérance ! Homme sans cesse renfermé, sorte de mystique flamand, il communique au con- Hdent de sa pensée ce flebile nescio quid^ qui est le tourment obligé du vrai poète.
Écoutez cette Sicilienne, aux contours larges et harmonieux! Que de douleurs inquiètes, que de larmes coulant en flots émus et pressés ! C'est la complainte d'un cœur ulcéré, le cri d'alarme d'une nature tourmentée, aspii*ant à de meilleures destinées, et contrainte pourtant à se résigner à son triste sort. Il y a du désespoir, mais aussi de la résignation, et une sorte de mens divinior lui fait entrevoir, dans une espèce de prisme lointain, la possibilité d'une destinée plus heureuse. Cette Sicilienne a dû écraser, en un mo(, tout ce qui a paru en ce genre à l'époque où elle fit son apparition fulgurante dans le monde musical(l). Quand on entend une œuvre pareille, on prend vivement en pitié celui qui a dit : « Sonate, que me veux-tu ? » Paroles, dit Jean- Jacques, que tant de gens répètent sans
(1) Elle laisse également il une distance incommensurable une autre Sid/t^ime du même auteur, qui a été réimprimée récemment avec quelques oeuvres de Vanden Gheyn. Elle est extraite du No VI des Six suUa décrites plus haut. Quant à la trop fameuse Sialienne de Vanden Gheyn, les huit premières mesures ont du caractère, de rélan ; la neuvième mesure de la première période, qui forme une sorte d*écho au trait dominant du motif, est de trop; elle fait hoiter inutilement le rhy thme. Pour la deuxième période qui contient la réponse, ce n*est qu'une série d'imitaUons puériles et même de rosalies maladroites, ou la mélodie va cahin-caha jusqu^à la cadence finale.