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ignorait roiichaînement des subdivisions différentes d'un morceau, par la relation ou la conncxité plus ou moins directe des tons.
Malgré tout cela, la place de De Brabandere se trouve naturellement assignée à côtés des principaux compositeurs-virtuoses dont nous esquissons ici la vie et les œuvres.
VANDEN GHEYN (Mathias), organiste de Saint-Pierre à Louvain, en la deuxième moitié du xvii* siècle, etc.
Vanden Gheyn a pris, en ces derniers temps, sa place légitime dans la galerie des illustrations musicales des Pays-Bas. Les compositions pour le clavecin consistent en sonates, grandes et petites, qui étaient les pièces les plus en vogue du temps de Fauteur.
Écrites d'abord pour divers instruments, comme nos concertos d'aujourd'hui,les sonates furent bientôt monopolisées par le clavecin, qui permettait l'emploi d'harmonies énergiques et variées. Aussi, le clavecin et le piano leur ont-ils fait subir les plus grandes transformations. Ces transformations ne vinrent ni d'un coup, ni par un seul homme, quelque grand que fut son génie. Chaque virtuose y apporta peu à peu son contingent. La même chose eut lieu dans la symphonie et dans l'opéra.
A-t-on déjà pris attention aux termes sowa/e et cantate, dont les musiciens se servaient, au commencement du xvn° siècle, pour leurs compositions vocales munies d'un accompagnement orchestral? Sonate, c'étaient, en quelque sorte, des intermèdes dont étaient entremêlées les parlies de chant, et qu'on appelle aujourd'hui ritournelles. Cantate, c'était le chant même. Au lieu de cantate, il y avait parfois nm sonate. Ces petites pièces instrumentales, jouées ensuite à part, ont visiblement donné leur nom aux compositions que les Bach, les Mozart, les Beethoven portèrent à un si haut point de perfection. De même, les cantate ont fini par désigner, privé de leur appareil or-
chestral, un morceau de chant quelconque, transformé plus tard, comme on sait, en composition lyrique. Ouvrez un recueil de Gabrieli, les Canzoni et sonate de 1618, par exemple ; vous trouverez, à la onzième canzone^ tour à tour sonate et non sonate. C'est Torigine de la pièce instrumentale par excellence du clavecin (1).
Évidemment, Vanden Gheyn a assisté, vers la fin de sa carrière, à Tamélioralion progressive de la sonate, et il a connu la plupart de celles que Mozart a marquées du sceau de son génie, Mozart un prodige d'habileté sur les instruments à clavier, et qui a mieux approfondi les ressources du clavecin que Haydn. Il n'est pas impossible même que Vanden Gheyn ait entendu jouer Mozart, quand, dans un âge bien tendre, celui-ci vint en Belgique. Mozart, en effet, donna, en 1743, à Bruxelles, un concert auquel assista le prince Charles de Lorraine, gouverneur général des Pays-Bas. En 1765, il joua à Gand sur le nouvel orgue des Bénédictins, et h Anvers sur l'orgue de la cathédrale. En 1766, il se trouvait à Malines, où un logement lui avait été préparé par les soins du baron de Grimm, son protecteur (2). A coup sûr, Malines, Anvers, Gand et Bruxelles étaient des centres artistiques que Vanden Gheyn a visités plus d'une fois, et où toutes les notabilités du clavier se seront donnés rendez-vous pour acclamer le futur auteur de Don Juan. Peut-être le musicien flamand a-t-il connu aussi le célèbre virtuose Dussek, qui fut, pendant quelque temps, organiste à l'église de Saint-Rombaut à Malines, et qui de là passa en Hollande,où il publia ses trois premiers ouvrages, réputés pour ses meilleurs (3).
Pour une nature aussi fortement trempée que celle de
(i) Consultez encore là-dessus Bonnet, Hist. de la musiqucy etc.,i7i5, p.440-
{% Voy. Correspondance de Mozart, etc.
(3) M- Gustave Van Hoey, directeur de rAcadémie musicale de Malines, et compositeur estintd, est en possession du manuscrit original d*un concerto en si bémol de Dussek. On y lit, outre Tannée 4779, ces mots : c Concerto di me Giovanni Ladislao Dussik. » Ce concerto a-t-il vu le jour?
Vanden Gheyn, le contact du génie précoce de Mozart aura du fortifier son talent au lieu de Taffaiblir. Mozart est né, il est vrai, quinze ans après la nomination de Vanden Gheyn comme organiste de Saint-Pierre h Louvain, et onze ans après le fameux concours de carillon de 17 i3. Toutefois, il n'en résulte pas que notre musicien n'ait pas connu les compositions développées du maître allemand. En définitive, les œuvres de Vanden Gheyn ne remontent pas toutes aux trente premières années de sa carrière. Or, Mozart a vécu jusqu'en 1791, c'est-h-dire six ans après la mort de l'organiste de Saint-Pierre. Celui-ci a donc pu étudier les œuvres les plus grandioses de l'illustre artiste salzbourgeois, tout comme il a pu étudier les compositions de Vogler, de Clémenti, de Paradisi et surtout d'Emm. Bach.
Mais, les sonates qui ont dû impressionner le plus vivement Vanden Gheyn, au début de sa carrière artistique, étaient, à coup sûr, celles d'Haydn, qui se trouvaient sur tous les clavecins. Modèles qui intéressent l'esprit par leur contexture, qui touchent le cœur par leurs accents, qui échauffent l'imagination et exaltent l'âme par leurs mouvements si diversifiés, elles ont rencontré une foule d'imitateurs, et tracé, en quelque sorte, la route h ceux qui sont venus après le maître autrichien. Vanden Gheyn, en les étudiant, n'a cherché à s'en approprier ni la forme, ni l'idée ; encore moins a-t-il essayé d'ajouter ù ce que le savoir et le génie de cet artiste extraordinaire y a déposé de neuf et d'admirable. Tout en subissant leur influence, il a su prendre sa forme à lui, ses idées à lui, de façon a se faire reconnaître et à mériter d'être appelé un talent individuel.
Ses premières sonates portent le cachet des anciennes compositions instrumentales désignées sous le nom de Sonate di caméra. C'étaient, nul ne l'ignore, de petites pièces propres à faire danser et écrites généralement dans la même tonalité. Elles avaient, au début, un prélude ou une sonatine, qui servait de préparation à toutes les autres
parties du morceau. Après venaient Tallemande, la pavane, la courante et autres danses d'un caractère sérieux,puis les gigues, les passacailles, les gavottes, les menuets, les chacones, toutes danses d'une allure gaie. Cette suite de motifs de danse leura faitassigner aussile titre de Sonatedi balletti. On peut en voir de pareilles dans l'œuvre de Vanden Gheyn. Cette dernière appellation a peut-être donné lieu à la dénomination de DivertUnento, que porte la plus développée des sonates de Vanden Gheyn. Nous savons que Divertimento se dit aussi d'une pièce instrumentale à variations. Mais, comme le morceau en question en est dépourvu, et qu'il se rapproche de la grande sonate moderae, nous supposons que son titre provient d'une simple variante de la sonate de danse, d'autant plus que divertimento ou divertissement signifie aussi pièce de danse avec chant que l'on exécutait jadis à la fin des opéras. On l'applique encore aujourd'hui à une espèce de ballet privé d'action, et qui ne comprend qu'une série de danses sans enchaînement.
En général, la musique de Vanden Gheyn est gracieuse, élégante, d'une harmonie claire et correcte, d'un rhythme parfaitement accentué. Il y règne une spontanéité charmante, qui annonce une vraie organisation d'artiste, et une unité d'ordonnance réellement magistrale. Ses morceaux ne s'allongent point par des épisodes oiseux ou par des divagations stériles. Ce qu'il y entremêle, en guise de diversion, appartient au sujet et enchérit sur ce qui précède par la force des idées et le choix des expressions. Il n'étale guère son savoir; la plupart de ses sonates sont un aimable racontage, où la science se cache sous des fleurs. Nature souple, il domine son sujet, et ne le quitte que quand il l'a fait passer par toutes les combinaisons de la fantaisie. On ne saurait lui refuser ni le tact ni le goût, car chaque note qu'il fait manœuvrer est à sa place, et concourt, avec celles qu'il lui donne pour compagne, à l'effet général de la [}ièce. Il connaît admirablement l'art des
transitions. Moins brillant, moins inventif, moins riche que Haydn, il peut, sous ce rapport, lui être comparé en quelque sorte. Enfin, il possède le trait fantaisiste, lequel surgit non-seulement dans la partie mélodique proprement dite, mais se fait jour aussi dans les modulations harmoniques, qu'il diversifie au gré de son caprice.
Il suit de là que le talent essentiel de Vanden Gheyn est la facture. Le côté idéal, poétique de l'art n'existe point chez lui, ou, s'il existe, il est à peine perceptible. Et pourtant l'art musical est l'expression d'un sentiment, d'une pensée. Elle s'adresse à la fois aux sens, par la forme matérielle dont elle est revêtue, et à l'intelligence par la pensée cachée dans l'œuvre. Aucun maître, appelé grand, n'a désobéi à cette loi si juste. Où en trouver une application plausible dans les œuvres de Vanden Gheyn? On objectera que ses sonates sont toutes instrumentales, constituent une sorte de récréation pour l'oreille et n'ont point d'autre visée ! Parfaitement, nous y voilà. Faire de l'art pour de l'art, transformer le plus beau des arts en une sorte de jeu plus ou moins agréable pour l'organe auditif, et se confiner dans une espèce de prosaïsme bourgeoisement mélodique, d'où l'on ne sort que par échappées, est-ce là se vouer à une mission qui vous rende digne d'occuper les plus hautes sommités du temple de la gloire? Des musiciens modestes, qui ont eu le vrai souffle de l'inspiration, ont, à notre avis, des droits infiniment plus incontestables à un pareil honneur.
C'est exceptionnellement que Vanden Gheyn a pris un élan significatif, dans le DiveiHimento dont il a été question, et que nous considérons comme la meilleure pièce de spu répertoire. La première et la troisième partie ont le calme serein de Haydn. La deuxième partie décèle l'impatience fiévreuse de Mozart, et semble annoncer la fougue de Beethoven. L'andante, très-chaleureux au début, se poursuit on ne peut plus vigoureusement. La vie est répandue sur toutes ces parties concertantes, discourant à la fois comme des
personnages, sans que Tunité en soit altérée. Une phrase large, pompeuse est reprise sans cesse, enrichie de combinaisons nouvelles. Bref, la conception qui a présidé à cet andante, sa verve, ses modulations, ses oppositions d'effets, en font une œuvre réellement supérieure. Ce morceau seul suffirait à établir la réputation de Yanden Gheyn, et il y a lieu de s'étonner que , lorsqu'on a fait Tétude de l'œuvre entière du maître, on ait cru devoir mettre en relief,avec une complaisance si inutile,les petites pièces dont apparemment Yanden Gheyn faisait peu de cas, sans faire ressortir les beautés qui éclatent, presque à chaque mesure, dans Tandante vanté. Les petites sonatines sont d'ailleurs loin d'être irréprochables, nous dirons même qu'il en est de fort médiocres. Les basses de celles que l'on pourrait louer à la rigueur, sont, par exemple , constamment passives et ne sortent guère de certaines évolutions routinières de l'époque. Ici, elles ont un rôle actif, important, tout comme les parties intermédiaires et supérieures.
Faisons quelques observations, à propos de la réimpression de certaines œuvres de Yandeu Gheyn (1). D'abord, le titre du volume n'est-il pas trop ronflant? Le maître belge n'est restitué au monde musical que d'hier, on le proclame « le plus grand organiste belge du xviu* siècle. » Qui sait si demain quelque autre organiste extraordinaire, faisant pâlir le talent du virtuose tirlemontois, ne surgira pas à 1 horizon ? Les cathédrales de Gand, d'Anvers, de Bruges, de Liège, de Tournai et de Bruxelles auraient-elles été fatalement déshéritées de Dieu, pendant tout le siècle dernier? Cela est d'autant plus improbable que ce siècle est loin d'être connu, et nécessitera encore de longs labeurs pour être parfaitement mis en lumière. S'il s'agissait des Pays- Bas, en général, nous aurions à opposer à Yanden Gheyn une ligure artistique imposante, un virtuose d'un savoir exceptionnel, qui aura sa place, ultérieurement, dans ce
(i) firuxelles, Schott frères, 4863.
livre. Il eût donc mieuxconvenu d'écrire : « VandenOheyn, un des plus grands organistes,» ou d*accoIer au titre trop pompeux répilhète corrective «connus,» afin de ne pas jeter ainsi une sorte de défi aux découvertes futures. Un musicologue en a agi ainsi dans la liste biographique des musiciens belges placée en tête de la réimpression du Diction" nairedela musiquemodef7ie,de Gastil-Blaze : « Vanden Gheyn, dit-il^ organiste à Louvain , en 1776, était regardé alors comme un des maîtres les plus distingués dans son art. »
A chaque morceau du recueil, on convie le lecteur à prendre connaissance des annotations qui ont été faites sur la vie et les compositions du musicien. Certes, le procédé est louable, et il est bon de s'éclairer sur toutes les particularités qui se rattachent à un auteur ou à un ouvrage. Mais ici, l'on peut se dispenser de suivre cette marche, vu que le recueil ne s'adresse pas au musicien imbu des futiles productions du jour, et qui dédaigne tout ce qui est solidement pensé et vigoureusement écrit. Il s'adresse, au contraire, au dilettante instruit, aimant les productions classiques, vivant dans leur intimité, sachant par cœur Haendel, Bach, Haydn, Mozart, Dussek, etc. Celui-là, doué d'un goût sûr et éclairé, discernera, sans le secours d'aucun guide, tout ce qu'une œuvre renferme de beau et de grand, quitte h s'informer ensuite, à titre dépure curiosité, de tout ce qui s'y rattache historiquement. L'éditeur a-t-il voulu faire comme ce peintre qui écrivait au-dessous de ses figures : « ceci est un arbre, crci est un homme, ceci est un cheval? » Nous ne le croyons pas. Nous prétendons que les notes, auxquelles on renvoie sans cesse, ne doivent être consultées, — si elles doivent l'êlre — qu'à posteriori, afin de ménager au lecteur le plaisir de l'inattendu, de l'imprévu, et de le tenir affranchi de toute influence, de tout parti pris. Ainsi avons-nous fait, et le Divertimento, entre autres, qui n'a été l'objet d'aucune glose et qui pouvait certes s'en passer, ne nous en est apparu que plus radieux et plus splendide.
Enfin, le maître éminent qui a été chargé de corriger les épreuves de la publication, eût pu se dispenser d'ajouter des notes (musicales) de son cru aux passages qui, en apparence, réclamaient ces additions supplémentaires. Cela est, d'après nous, tout aussi inutile, tout aussi répréhensible, qu'un peintre qui s'aviserait de rectifier un pli de robe d'une vierge de Van Eyck,ou qu'un poète qui ne craindrait point de redresser un vers de Ronsard. A chaque saison ses fruits; à chaque siècle son caractère. Le maître devait se borner uniquement à confronter les copies.
Telle est, en somme, noire opinion sur Vanden Gheyii. Nous qui plaçons la vérité au-dessus de tout sentiment local, nous devions cette appréciation exacte d'un artiste fort remarquable, fort distingué, dans un livre s'étendant aux Pays-Bas entiers, et peu fait conséquemmenl pour des exagérations d'esprit de clocher. Quant au jugement qui a été formulé sur Vanden Gheyn, dans une certaine Galène biographique que personne ne lit,il serait vraiment superflu, nous semble-t-il, de s'attacher ici k eîi relever les innombrables absurdités. Ces absurdités se réfutent parfaitement d'elles-mêmes.
Vanden Gheyn était connu par son humeur très-gaie. 11 avait des saillies fort spirituelles, et devisait de toutes les choses du jour avec un bon sens parfait. Sous ce rapport, il était flamand dans toute la force du terme. Actif, laborieux, il passait toute sa journée entre son art et son commerce. C'était, de plus, un modèle de père de famille et de citoyen probe. II ne dédaignait pas le jus de la treille, paraît-il, et pour cela, il tenait opiniâtrement à conserver les droits qu'il avait, comme organiste de Saint-Pierre, à la libre entrée des boissons et comestibles, non moins qu'à l'affranchissement des logements militaires,très-importuns, ceux-ci, quand ou a, comme c'était le cas pour Vanden Gheyn, une nombreuse famille à emménager et à entretenir. Or, le magistrat de Louvain veillait strictement aux intérêts de la commune qu'il représentait. Il avait vu sans
doute qu'on abusait quelque peu de la franchise d'octioi accordée au chapitre et aux musiciens de Saint-Pierre, et il était bien décidé à refréner ces abus par tous les moyens dont il disposait. Il admirait vraisemblablement le grand talent musical de Vanden Gheyn, mais il crut ne pouvoir lui sacrifier les intérêts de la ville confiés à sa gestion. L'artiste ne l'entendait point ainsi, et, fort de son immunité, il soutint, en 1765, contre le magistrat louvaniste, un procès dont la solution lui fut entièrement favorable.
En voici le jugement, que nous dépouillons des considérants qui le précèdent, lesquels n'ont pas moins de quatre pages in-folio d'étendue :
S' Matthias Vandcr Gheyn, organist der coUegiacle kerckc van S**-Peeters binnen Loven, beyaerder der selve stadt ende coopman aldaer, met hem gevoeght die Eenveerdighe deken ende canonicken van 't voorscreven cappittel van S** Pccters, suppliant ende ghevoeghde,dic heeren van hetmagistract der voorscrevene stadt Loven, reseribenlcn. Ghesien, etc
Op ailes geleth, *t hoff voegende de requeste civiel des suppliants tôt den ppocesse ende requirerende de gène der rescribentcn, ordonneerl aen de resoribenten den suppliant te laeten genieten den vrydom van aile stadts laslen, accynsen, logement militaire ende anderc, op den voet van de andere supposlen van het cappiUel van S**' Pccters, ende aen den suppliant le restitueren het gène hy over de voorscrevene laslen heefl betaell, 't zcdert den aenslel deser saecke ; verclaert de rescribenten, om ter contrarie dier geageert ende gheconcludeert te hebben, niet ghefondeert nochle ontfanckbaer; condemncerl de selve in de costen hieromrae geresen, 1er behoorelycke taxalie ende moderalie van desen raede, milsgaders in de pêne der gereycieerde requeste civiel. Aldus gedaen binnen dese stadt Briissele, den24ianuary 1766 (1).
(1) Archives générales du Royaume. Un résumé succinct de la vie de Vanden Gheyn a paru dans noire feuilleton musical de VÊcho du Parlement du 29 avril 1862, d'après la brochure : àlaihias Vanden Gheyn, le plus grand carillonneur, etc. Au 1. 1, p. 162, de ces recherches, nous donnons, sur un des ancêtres de Téminent musicien, des renseignements tout à fait inédits. La partioularité du procès de Vanden Gheyn est restée également inconnue.
ROBSON (Jean-Jacques), maître de chant de Saînt-Gommaire à TirlemoDt, etc., vers le milieu du xvin* siècle.
Cet artiste passe pour avoir été un virtuose de premièi'e force sur le clavecin, et pour avoir écrit des œuvres où ce talent extraordinaire se manifeste clairement.
Cette double réputation peut avoir été méritée. II nous a été impossible toutefois d'en retrouver les preuves, les compositions du mattre ne nous étant parvenues que par parties incomplètes. A. peine nous a-t-il été permis d*y voir que Robson écrit correctement, mène ses idées avec habileté et en a parfois de forts mélodieuses. Il aime les triolets et les progressions continues, sorte de maladie de l'époque, venue de l'Italie. Enfin, son style est souvent prolixe, quoique clair et limpide.
Un fragment de cahier manuscrit, provenant de feu Pierre D'hondt, clerc d'église à Zeveneecken, contient un andante en tête duquel se lit: « Andante composuit G,-J. Robson, den 6*" augusti 1774. » Est-ce un morceau du maître? Nous le croyons. Parmi les membres de sa famille, presque tous musiciens, il en est un qui porte un prénom semblable à celui dont on a pu voir les initiales ; c'est G.-J. Robson, organiste à Saint-Gilles (pays de Waes). Mais Robson peut s'être appelé Giovanni, à la façon italienne, ou le copiste peut avoir mal tracé le premier J. Ce qui est sûr, c'est que la petite composition offre la même coupe, la même profusion de triolets et de progressions, qui s'étale dans les autres œuvres, et que le maître affectionnait obstinément.
Deux cahiers manuscrits, format oblong, et dont l'un est rempli de préludes pour l'orgue, présentent ces similitudes de facture et de style. Ces préludes, pour tous les tons de plain-chant, sont fort diversifiés. Il en est d'excellents, et qui témoignent non-seulement du savoir, mais du goût. D'autres sont absolument médiocres. Nous en transcrivons un, qui démontrera mieux que les plus longs raisonnements, les ressemblances que nous avons remar-
quées. Il s'agirait de comparer ces préludes avec ceux de notre auteur que possède M. Van Maldeghem. Ils sont, h coup sûr, de la même écriture que le fragment du 6 août 1774, et accusent le même âge. En effet, h la suite du prélude en sol mineur, dont un fragment est donné ici, on peut lire la date « anno 1778 (1) ».
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(i) Ces cahiers proviennent également de fea Pierre D'hondi, qui était octogénaire en i873,et dont le përe,Cbarles D'hondt^son prédécesseur comme clerc d'église à Zeveneecken, fut élève de Robson. Charles D*hondt, à ce que nous a assuré le vieillard en question, c demeura chez Robson à Termonde, où celui-ci était organiste. » Nous savons que Robson eut un frère, Emmanuel Robson, qui naquit à Termonde en 1740. Mais, d'autre part, il y eut, une vingtaine d'années plus tard, un J. J. Robson, « musicien du chapitre royal de Termonde, • qui souscrivit à la publication des Sonates et concerts du maître- Comment sortir de ce gftchis ?
L'œuvre première, dûment signée de Jean-Jacques Robson, a pour litre :
Pièces de clavecin dédiées à M. les Bourguemaistre^ Échevins et Conseil de la ville de Tillemont eti Brabant, par Jeun- Jacques Robson, maître de musique de l'église collégiale de St'Germain à Tillemont, OEuvre première. — 1749. Gravé à Liège, par Benoît Andrez. Prix en blanc 14 escalins de Brabant. De pp. 25.
La liste de souscription contient quelques noms connus, qui, outre la preuve qu'ils fournissent des relations étendues du maître, pourraient servir, au besoin, à fixer approximativement la date de l'apparition du recueil. Ce sont, entre autres :
Josse Boutmy, i«' organiste de la Cour, à Bruxelles ;
Delpier, organiste du chapitre de Sainte-Gudule, à Bruxelles ;
Van denDriessche, organiste de Saint-Michel, à Louvain;
Godecharle, maître de musique de Saint-Nicolas et de la Cour, à Bruxelles ;
De Jager, prêtre bénéficier et maître de musique du chapître,à Termonde ;
Van den Kerckhoven, organiste de fa Cour, à Bruxelles;
Leemans, organiste à la Cathédrale de Bruges ;
VanMeert, organiste et prêtre, à Saint-Trond;
Moris, musicien delà Chapelle royale, ù Bruxelles;
Rothenbourg, organiste du Sablon, à Bruxelles ;
Le R. P. Thomas Van Sambei*ghe, organiste à Enghien ;
J. Staes,àTermonde;
De Smet, organiste à Tirlemont.
En examinant seulement les particularités qui se rattachent au nom cl*Âdrien Leemans, organiste de Saint-Donatien à Bruges, on arrive à constater que ccmusicien, ayant été remplacé, dans ses fonctions, le 42 octobre 4 750, par Pierre Magermans, il faut, en toute évidence, que la publication des Pièces de clavecin de Robson ait paru avant 4750. Or, on vient de voir que le recueil a vu le jour en 4749.
Les deuxième et troisièn^e compositions de notre artiste sont restées inconnues jusqu'à nos jours. Son œuvre quatrième est la suivante :
Sonates et concerts pour le clavecin^ accompagné de deux violojis^ taille et basse, dédiées à Son Excellence Monseigneur Jean Henri, comte du Saint- Empire romain, de Franckenberg et Schellendorf, etc., etc., par Jean-Jacques Robson, maître de musique de l'insigne église collégiale et paroissiale de SavU'Germain à Tirlemont. OEuvre IV. — Se vend chez Tauleur; le prix est de deux écus de Brabant. In f*» obi. avec couverture à dorures, etc.
Au verso du titre, une dédicace pompeuse, oii le maître parle de son « faible talent » et de son « petit ouvrage o tout en accordant h son protecteur « une si rare perfection » en musique, que le titre A' Apollon du XVIlh siècle lui conviendrait à merveille ; ce qui n'empêche point l'auteur de déclarer sérieusement vouloir s'en tenir à « contempler dans le silence le plus profond » les « belles qualités » de son bienfaiteur :
A Son excellence l'illustrissime st révérendissime Seigneur, Monseigneur Jean-Henri, comte du Saint-Empire romain de Francken-
BERG ET ScHELLENDORF, PAR LA GRACE DE DlËU ET DU SaINT-SiÈGE,
archevêque de Malines, primat DES Pays-Bas, conseiller actuel
INTIME D*ËTAT DE Sa VaJESTÉ i/ImPÉRATRICE REINE APOSTOLI- QUE, ETC., ETC.
Monseigneur, la protection que votre .Excellence accorde aux Beaux-Arts, et surtout ù la musique, qu^ElIe possède en une si rare
perfection, que Ton pourroil h juste titre la nommer VApoUon de notre siècle, me fait prendre ia lil)ert(5 très-respectueuse de lui présenlcr cet ouvrage de clavecin.
Rien n'égale ma témérité, je Tavoue, Monseigneur, et celle production de mon faible talent est très-peu digne d'un protecteur aussi illustre, tant du côté du rang que de sa personne sacrée; car qui ignore le rang que tient dans TEurope la très-ancienne maison de Franckenberg,et de quel éclat ne relève pas Votre Excellence ce nom si respectable? Qui comme Elle a porté les vertus et les belles qualité(s) ft un degré si éminent? Je laisse à l éloquence la plus brillante d*en entreprendre Téloge, me bornant à les contempler dans le silence le plus profond ; j'admirerai surtout cette bénigne affabilité avec laquelle Votre Excellence reçoit gratieusement toules les personnes qui ont Fhonneur de l'aprocher, et c'est sous les auspices de cette indulgente bonté que j'ose lui présenter ce petit ouvrage et le mettre sous sa puissante protection.
Daignez enfin, Monseigneur, agréer ce foible hômage de la vénéralion la plus sincère avec laquelle j'ai l'honneur d'être et serai inviolablement toute ma vie. Monseigneur, de Votre Excellence
Le très-humble et très-obéissant serviteur,
Jean-Jacques ROBSON.
Le deuxième feuillel est rempli par les armes de Mgr Franckenberg, supérieurement exécutées à Taquarelle. II y a sept pages de musique pour « Talta viola » et la « bassa viola, » gravées en regard, ainsi que pour les premier et deuxième violons, également placés en regard. La partie de clavecin manque. Ou voit, par les longs et nombreux tacet,q\xe le clavecin avait le rôle prépondérant, et que ce rôle a dû être considérable. Robson y abuse du triolet et de la progression, comme dans ses œuvres précédentes. Cet abus cache, ce nous semble, une stérilité d'imagination, autant qu*il décèle un manque de tact et de goût.
Cette fois, la liste de souscription nous vient utilement en aide pour déterminer la date approximative de la composition. Blavier, qui y figure, entre autres, comme maftre de chant à la cathédrale d'Anvers, mourut, comme on sait, vers 4764. C'est donc avant cette année qu'il con-
vient de placer Tapparition des Sonates et Cmicerts. Voici quelques noms de la susdite liste :
G. J. Robson, organiste à St-Gilles ; J. J. Robson, musicien du chapitre royal de Termonde; S. J. Robson, organiste du chap. royal de St-Pierre, à Turnhoul ; E. Robson. organiste à Sotteghem ;
Thomas, prôtre chapelain et maître de musique de la métropole à Malines ; Kraft, mattre de musique à Bruxelles ; J. B. Kiekens, organisle-carillonneur à Tabbaye deTongcrloo ; * Lœillet, l*' violon à Sle-Gudule et à la Cour de Bruxelles ; Staes, organiste à Bruxelles ; L'Arlillon, musicien de Sle-Gudule et de la Cour; lUavier, mattre de chant ù la cathédrale d'Anvers ; Laurent Boutmy, fils, organiste de la cathédrale à Gand.
Au verso d'une réimpression parisienne (1) des célèbres XII sonate a violino e violone o cembalo, de Corelli, on voit une nomenclature d'ouvrages similaires parus ou mis en vente chez l'éditeur (dont malheureusement le nom nous échappe), laquelle comprend, entre autres, « deux suites de Sonates par Robson. » La réimpression doit dater de la fin du xvnr siècle. Notre musicien étant mort en 1784, il y a lieu de croire qu'il s'agit ici d'une production posthume de lui, ou bien d'une contrefaçon d'une édition belge faite de son vivant. Quoi qu'il en soit, voilà une troisième composition gravée mise à l'actif du maître, et un indice certain que sa réputation d'habile musicien avait franchi la frontière méridionale des Pays-Bas.
A coup sûr, elle était grande parmi nous, nous l'avons constaté au début de cette courte notice. En dehors de sa participation, comme membre du jury, à un concours d'orgue et de carillon, à Malines, en 1772, aucun fait saillant n'est pourtant connu de sa longue carrière. Une particularité, très-insignifiante en elle-même, fournit une date dans la carrière du maître, outre qu'elle confirme ce que
(1) Réimpression de Cartier ou de Leclerc ?
l*on sait relativement à ses fonctions de c< maître de musique » de la collégiale de Tirlemont.
En 1766, le magistrat tirlemontois fit afficher, dans la sacristie de la susdite collégiale, un règlement auquel le personnel officiel, tant laie qu'ecclésiastique, du temple aurait à se conformer dorénavant. I^es prêtres protestèrent; de vives disputes surgirent parmi les musiciens. Alors, dit un document du temps :
Monsieur Robson, mattrede musique, en ayant porlé ses plaintes au magistrat, il a produit une ordonnance pour appaiser les troubles et l'a fait afficher au jubé. Novembre 1766.
Un procès relatif à cette affaire et dont émane la note ci-dessus, est conservé à la section judiciaire des archives générales du Royaume.
BOUTMY (Josse), premierorganislede la Cour à Bruxelles, en la première moitié du xvni" siècle. Il naquit en 1680. Il dit, en effet, à la date du 14 novembre 1777, dans une lettre de remercîments adressée au duc de Lorraine, pour c( la gracieuse retraite que S. A. R. a daigné lui accorder, » qu*il est âgé de 97 ans. Nous ignorons où il fit son éducation musicale. Nous savons seulement qu'il passa au service du gouverneur général des Pays-Bas,en 1744, ayant, d'après lui, en 1778, trente et un ans de services rendus à l'État. Quant à son berceau, si c'est d'un frère de Josse Boutmy qu'il s'agit, dans une pièce déjà publiée (1), où l'on mentionne, en 1742, un sieur Boutmy, ci-devant organiste de Sainte-Gudule, à savoir Jacques Boutmy, il y a lieu de placer ledit berceau à Gand : « Den voorschreven (Jacques) Boutmy en was geenen brabander : hy was gebortigh van Ghendt, provincie van Vlaenderen. »
Josse Boutmy fut nommé, le 29 juillet 17S8, premier organiste de la chapelle royale, aux gages de six cents livres. Il était, à la même date, d'après un document signé de sa
{i) Muiiqueaux Payt-Bas^ t II, p. 106.
main, <k mait' e de musique en l'absence du maître actuel, et maitredeclavecintant pourleservicedivinàlachapellc, que pour la musique publique et privée de Son Altesse royale. » Le clavecin fonctionnait donc à Toratoire du duc de Lorraine!
Chargé d'une nombreuse famille, devenu vieux et chancelant, l'artiste eut de la peine h suffire h ses besoins. Poursuivi par ses créanciers, il déclara, dans uno requête datée du 1*' septembre 1766, qu'il eût succombé depuis longtemps à la tàche,s*il « n'avait pas eu le bonheur d'avoir pour écoliers tous les jeunes seigneurs et dames de la Cour, ce qui lui faisoit un bénéfice considérable. » Il lui fallait maintenant renoncer à cette clientèle lucrative ; il ne lui restait plus que son poste h la chapelle royale, que, dit-il, « il fréquentait assidûment. » Cet engoûment de ce que Boutmy nomme « la principale noblesse, » pour l'instrument de salon par excellence, le clavecin, concorde, de tous points, avec les renseignements que nous avons produits plus haut, d'après une autre source.
Est-ce de Josse Boutmy dont il est question dans le Livre de Caisse de Vhôtel kArenberg, à l'année 1737? On y lit:
Au s' Boulmi, ancien maîtix) de musique de la princesse, pour un mois de leçon de clavecin... fl. 40-40-00 (4).
Jacques Boutmy, que nous avons supposé être son frère, remplissait, en 1738, les fonctions de mattre de clavecin du prince De la Tour et Taxis. Le cas est donc douteux. Quoi qu'il en soit, Josse Boutmy obtint du gouvernement, à la date du 17 septembre 1766, vingt pistoles de gratificatiot), « à cause de son jubilé. »
Le pauvre artiste, une fois sûr de l'assistance du duc de Lorraine, frappe à coups redoublés k la porte du gouverneur général. Le 14 janvier 1772, étant, dil-il, « aux envi-
(4) Archives géni^rales du Royaume.
rons de 80 ans, » en tête d'une famille de douze enfants, il fait valoir de nouveau ses services. Il demande, avec instance, que son fils Laurent-François, sans doute l'auteur des Principes génét^aux de musiquey gravés à Bruxelles en 1823, puisse lui succéder enfin, « d'autant qu'il a déjà fait ses semces plusieurs fois, et qu'il s'applique à le perfectionner de plus en plus. » Une gratification de deux cents florins est la seule conséquence de cette supplique. Il y revient néanmoins, deux ans après, dans une lettre que nous tenons à communiquer au lecteur :
Judocus Boutiuy, premier organiste de Votre Altesse Royale, a l'honneur de lui remonlrer qu'ayant demandé la sui-vivance de sa place pour un de ses enfans, le conseil, toujours équitable, en lui refusant sa demande, lui promit, par appostiile en date du 13 juin, signé Deselliers, d'avoir « tel égard pour les enfans du suppliant que to leur talent pourrait le mériter»: le suppliant, depuis ce tcms s'est efforcé de rendre son fils Laurent capable de remplir sa place, témoin l'attestation du maître de musique et des premiers musiciens ci-jointe (t). Désirant se reposer dans ses vieux jours et assurer après sa mort du pain à sa veuve et à un fils dont l'éducation n'est pas achevée, il supplie Votre Altesse Royale, eu égard à ses longs services, de lui permettre de se démettre de sa place, en faveur du susdit fils, qui, moîennant cette grâce, le laissera jouir, de son vivant, des gages entiers, et assurera à sa veuve la moitié des gages; ce qui la mettra à m{^me de vivre, sans implorer et être à charge à personne. C'est la grâce, etc.
JUDOCCS BOUTMY.
Bruxelles, le 97 Juillet i77S.
Une note à ce sujet fut remise au conseiller Crumpipen. Elle est de la teneur suivante :
Le premier organiste de la chapelle roïale, Boutmy, demande, par la requête ci-jointe, la permission de se déporter de sa place, en faveur de son fils Laurent.
Boutmy a demandé l'adjonction à sa place pour sondit fils, au mois de mars 1768, et, dans ce même tems, Ferdinand Staes demanda la commission d'adjoint à son père, second organiste de ladite chapelle.
(1) Elle fait malheureusement défaut, aux Archives gdoérales du Royaume, où celle leltre est conservée.
Le conseil, par son extrait do protocole du 6 juin ensuivant, proposa,sur la requête de Staes, vu le mérite distingué, de lui accorder 1 adjonction à son père ; mais il ne fut pris sur cet extrait aucune résolution.
Et, par un autre extrait de protocole du môme jour, le conseil porta à la connoissance de S. A. R. l'avis rendu par le directeur de la musique de la chapelle roïale, sur la i*equôte de Boutmy, par lequel il déclara que le fils du supliant n'avait alors aucune capacité pour être adjoint à son père, et, ensuite de la résolution de S A. R. sur cet extrait du protocole, Boutmy fut éconduit, et il fut oriionné au directeur de la musique, d'informer les musiciens de ladite chapelle roïale, qu'il était bien expressément deffendu à quiconque d'eux, de faire la moindre représentation pour leur promotion ou adjonction, à moins qu'il n'y eût une place réellement vacante, à peine que leurs requêtes seroient rejeltées.
Claude-Joseph Van Cools a sui)lié S. A. R., au mois de novembre i77!, de lui accorder l'adjonction à Boutmy, avec le droit d'y succéder ; et, par résolution de S. A. R. sur l'extrait du protocole du conseil du 21 décembre en suivant,il fut accordé à Staes père, la place de premier organiste, aux gages de 600 il. lors du décès dudit Boutmy.
Van Cools obtint l'assurance d'être fait organiste aux gages de 300 fl., loreque Boutmy viendra à mourir.
On assura au fils de Stas de succéder à son père, dans la place de premier organiste, aussi aux gages de 600 il., et il fut résolu, eu même tems, de tenir ces dispositions secrètes, tant pour éviter de faire de la peine au vieux Boutmy et prévenir pareilles sollicitations d'adjonction ù la suite, que pour ôterà Van Cools une connoissance, qui ne lui est pas nécessaire, de ce qu'on se propose de faire du jeune Staes, lors de la mort de son père.
S. A. R. a donc disposé déjà des places d'organistes de la chapelle roïale, conséquemment, il ne peut être question de la dite requête de Boutmy : elle tombe dans la disposition du 43 juin 4768, qui défend de faire la moindre représentation pour l'adjonction, à peine d'être rejcttée, et elle doit être tenue pour telle.
J. De Witte.
Bruxelles, ce 5 août 4775 (1).
Le secrétaire d*Ëtat Crumpipen répondit, le 7 août suivant, qu'après avoir mis sous les yeux du duc de Lorraine la note précitée, « S. A. R. est d'avis qu'on ne peut, en
(4) Archives générales du Royaume.
effet, que s'en tenir à la disposition qui a été faite, le 13 juin 1768, et qui défend aux musiciei^ de la chapelle royale de demander une promotion ou adjonction à une place non vacante. »
Dans une requête de 1778, nous voyons que la famille de Josse Boutmy se composait de « quatre filles et de huit garçons. » Accordons-lui encore la parole :
Judocus Boulray, premier organiste de Votre Altesse royale, ayant rhonneur dï*tre à son service depuis trente-un ans, est père de douze enfants, tous vivants, savoir quatre filles et huit garçons, pour réducation desquels il n'a rien épargné, afin de les rendre bons citoyens et capables d'être utiles à leur souverain dans les emplois qu'on daignera leur donner. Son grand âge le mettant hors d'étald'enseigner son art en ville, il se trouve parla suppression des JésuiUes dont il avoit Torgue, réduit aux seuls appointements d*oi*ganisle de la Cour, portant fr. 582 — pour vivre lui, sa femme et trois Gis qui sont encore dans son pain {sic) et dont Talné, nommé Etienne, était employé au dénombrement de Limbourg, où il s'est distingué, etc.
II avait déjà parlé, ailleurs, de ses enfants, comme étant (( présentement, tant par leur éducation que par leur talent dans la plume, en état d'être utiles et employés à l'occasion. » Quelques-uns de ceux-ci étaient encore en « bas âge, » en 1777, d'après la lettre de remerctments à laquelle il a été fait allusion plus haut.
Nouvelle requête en 1776. Agé de 97 ans (1), il est « perclus de ses membres ; » il a eu l'honneur « de servir S. A. R. en qualité d'organiste de sa chapelle, depuis trente-deux ans, (c'est-à-dire depuis le) jour de son installation aux Pays-Bas. » Il conclut, en sollicitant une nouvelle preuve de la bienveillance du duc. Deux cents florins lui sont concédés, en considération de l'impossibilité qu'il y avait de nommer pour son successeur son fils Laurent- François, une promesse formelle ayant été faite à Guillaume Staes.
Deux cents livres sont encore accordées, en 1778, sur
(I) Ou plutôt 91), puisque Josse Boutmy est né en 4680.
un rapport très- favorable qui avait été fait sur notre artiste, et où il était dit, entre autres, que Josse Boutmy « a été un des meilleurs organistes qu'il y ait eu aux Pays-Bas. »
Enîin, le musicien sollicita, le 13 novembre 1777, sa retraite honorable, avec le maintien de ses gages et de ses émoluments, ce qui lui fut accordé immédiatement. Claude- Joseph Van Cools fut désigné pour suppléer, à litre gratuit, aux fonctions du démissionnaire, sa vie durant. Le fils de Boutmy, qui avait desservi cette place jusque-là, n'ayant pu obtenir le « déport » que son vénérable père avait souhaité de faire en sa faveur, se vit contraint d'aller chercher son pain ailleurs. Le duc de Lorraine avait disposé de deux places d'organiste pour sa chapelle : la première, en faveur de Guillaume Staes et de son fils, comme on sait déjà, la seconde en faveur de Claude-Joseph Van Cools, arrangements qui devaient avoir leur effet après la mort de Josse Boutmy.
Cette mort, imminente du reste, arriva, le 27 novembre 1779. Aussitôt, Laurent-François Boutmy, par une requête datée du 30 novembre, demanda à l'État une pension pour sa mère. Parmi les arguments qu'il fit valoir, en cette circonstance douloureuse, il en est un qui ne peut être omis dans cette notice : « Josse Boutmy, dit-il, a servi d'exemple à tous les autres musiciens, par sa bonne conduite et par son exactitude à ses devoirs. » Il essuya un refus, à cause du précédent qui serait posé, et on se contenta de venir en aide à la situation de la veuve de l'artiste, par un secours pécuniaire de deux cents livres.
Celle-ci, à son tour, eut recours au gouverneur général, par une lettre assez bizarre, dont nous extrayons les lignes que voici :
Mon mari, Judocus Boutmy, a eu le bonheur de servir, pendant 35 ans, comme premier organiste de la chapelle de Votre Altesse. Les infirmités, suites de la vieillesse, 42 enfants élevés avec fraix, pour les rendre capables de gagner leur pain, m'ont mis, à son décès, dans une indigence d*autant plus grande, que mon fils Laurent Boutmy,
qui a, pendant plusieurs années, avee approbation les services du père, en espérance de succéder à son emploi, et par là pourvoir et enti*etenir sa pauvre mère et frère, a été frustré par d*autres, malgré ses talens, de ce bonheur.
L'espérance de trouver ma subsistance dans Phéritage de mes ancêtres, me fit retourner en Allemagne, où malheureusement la mort de mes frères, mon absence, le désordre de la guerre, des procès et une administration infidèle, m'ont frustrée, au moins pour ma vie, de tout ce que je pouvais espérer, cl, sans la tendresse d'une fille, établie à Osnabruck, qui n'est elie-méme point à son aise, étant chargé de iamillc je manquerais du nécessaire, et les infirmités, suite d'un âge de 70 ans passés dans l'adversité et le travail, me mettent hors d'état de gagner ma vie.
Son 11001 de famille était Katzmann. Ses parents demeuraient enWestphalie.En se disant « sujette du duc de Lorraine depuis 46 ans, » en 1780, elle fournit une information précieuse à recueillir pour quelques-uns de ses fils, devenus des artistes distingués: son union légitime contractée dès 1744, peut-être même avant, avec Josse Boutmy, qui devint alors, on Va vu, sous-organiste de la chapelle royale. Comme nulle trace de celui-ci n'existe avant cette date, on peut croire, qu'ayant été attaché à quelque seigneur en Westphalie, il y aura fait la connaissance de M""" Katzmann, qui sera devenue son épouse lors de sa nomination à la chapelle royale de Bruxelles.
Par tout ce qui précède, on comprend qu'il s'agit ici d'un artiste de premier ordre, occupant la place la plus enviable qui fût pour un virtuose d'alors, et en possession d'une réputation dont les hommes qui tenaient alors les rênes de l'administration supérieure se sont fait le complaisant écho. Malheureusement, il ne nous est permis de donner ici que les titres des compositions du maître qui ont échappé au naufrage. De grands éloges en sont faits. Mais, nous nous sommes prescrit le devoir de ne nous associer à une appréciation, d'où qu'elle vienne, sans l'avoir, au préalable, contrôlée sur le vu des pièces en nature. Voici les titres en question :
VI. Grands concerts pour le clavecin. — Amsterdam, chez Markordt.
Troisième livre de pièces de clavecin, dédié àS.A.R, M. le Duc Charles de Lorraine, etc. — A Bruxelles, chez l'auteur, petite rue du Sablon. Prix: cinq flor. 12 s. In-P> de 45 pages.
La gravure a été exécutée par I. Harrewyn, On voit, au titre, une vignette allégorique surmontée d'une lyre, avec la devise: Lenimen dulce laboi'um.Les pièces dont se compose le recueil appartiennent à des genres différents.
Ëvidemment, cette publication a été faite en vue de célébrer le retour du duc Charles de Lorraine aux Pays-Bas, retour qui date, on s'en souvient, du 23 janvier 1749. Voici le passage que nous extrayons de la dédicace, entièrement formulée en vers de 8, 10 et 10 svllabes. Le versificateur, qui est vraisemblablement JosseBoutmy lui-même, s'adresse au gouverneur général des Pays-Bas :
Les Jeux et les Ris sont mes di<fux.
Longtems exilés de ces lieux, Ton retour enfin les rappelle, Prince, et la Discorde infidelle De dépit nous fait ses adieux.
Le mot enfin annonce, si nous ne nous trompons, une apparition du recueil qui suivit presqu'immédiatement le retour du prince Charles à Bruxelles (1).
Jusqu'à plus amples informations, nous avons considéré Jacques Boulmy comme un frère de notre grand artiste. Organiste de Sainte-Gudule,à Bruxelles,dès 1711, puis maître de clavecin du prince de la Tour et Taxis, il publia, en 1738, comme il a été dit plus haut (2), son Premier livre de pièces de clavecin. Outre ce dernier instrument, il maniait la flûte, le hautbois, la viole de gambe, etc. (3).
(1) Voy., quant à ce retour, les divertissements qui ont été composés par Van Helmont ou par Le Clair, Musique aux Pays-Bas, 1. 1, p. 75, et t. U, p. 326.
{% Et au t. U, p. 405 de ces recherches, où l'annonce de cet ouvrage se trouve reproduite d'après les Relations véritables.
(3) id., t. U, p. ioe.
Guillaume Boutmy, un des fils de Josse, était attaché à la chapelle royale de la cour comme « réparateur des orgues. » Diverses quittances, à ce sujet: une de 170 livres en 1760, une de 355 livres en 1761, une de 48 livres, 1770, etc., ont été délivrées par cet artiste, sous la signature: G. BouTMT. La même signature, suivie du mot figlio, lils, est apposée sur un recueil de sonates pour le clavecin, dont, par malheur, il ne nous est parvenu que le titre et la dédicace. D'abord le litre:
Sei sonate pei* il cembalOy dedicate alV À. S. del Sig' piindpe de la Torre et Tassis^ etc., etc., cavalière del Tosoned'oro, composte da G. Boutmy, figlio, amator di musica di Brusselles. Ilprezzo è di 44 scalini.— Si vendono in Brusselles, da J. J. Boucherie, E.Vanden Berghen,stampatorie librai; à Liegi, da B. Andrez, iniagliatore, e J. F. Bassompiere, stampatore e librario. In-f*».
A en juger par les noms des libraires-éditeurs que comporte ce titre, nous inclinons à croire que la composition doit appartenir au troisième quart du xvni» siècle. Puisque titre et dédicace sont en italien, nous pensons encore, sauf meilleur avis, que le G. du nom de baptême de Tauteur n*est autre que Tinitiale de Giacomo, Jacques. lien résulterait,en ce cas,que le Jacques fils a pour père l'organiste de Sainte-Gudule cité quelques lignes plus haut. La dédicace elle-même ne nous apprend rien ; tout au plus pourrait-on en inférer que l'artiste aurait été admis à se faire entendre dans les salons du prince de la Tour et Taxis. S'il avait été professeur de clavecin du seigneur, il n'eût pas manqué de faire allusion à celte particularité. Au lieu de cela, il se borne à retourner les phrases platement adulatives qui farcissent tous les documents de ce genre. Ces sonates sont, dit-il, le tribut de son cœur respectueux. C'est pour lui une sorte de gloire que cette offre, persuadé que ces compositions, giâce à son agrément, seront généralement applaudies. Voilà ce qui l'a porté aies placer sous les auspi-
ces du prince. Il souhaite finalement qu*eUes puissent contribuer à ses amusements.
All* âltkzza Sbrenissima DEL siG^ Principb de la Torrb e Tassis, CAVALIERE Del Tosono d'Oro, coumissario principale a la Dieta di
RaTISBONNA, etc. ETC. ETC.
Serenissimo Principe, Pieno di Ûducia neUa grandezza d'animo di V. A. S., mi piglio Tardire di umiliarle queste sonate corne un tributo del mio cuor rispettoso. Degnisi l'A. V. S. di acceUarlecon allrellanlo di benignita, quanta è la gloria che mi torna d^air onor di prescntar gliele, sicuro d*air altro canto, che dove esse ne riportino il di lei aggradimenio non potranno non essere generalmente approvate e applaudile. Questi è Tunico motivo che m*ha incorragito a darle alla luce, a porle, cioè sotto gli alli auspicj d*un Principe, il di cui nome imprimendo a tulti rispetto, conciliera loro stima e pregio, il che sara di larga ricompensa non meno al disiderio che nulro di conlribuire ai trattenimenti di V. A. S., che alla brama ardentissima che lengo di meritarmi il titolo che con profondissimo ossequio m'approprie, di V. A. S.
Ura» Div® obb"» Somtore,