‹ La musique aux Pays-Bas avant le XIX ̊siècle. Documents inédits et annotés. Compositeurs, virtuoses, théoriciens, luthiers; opéras, motets, airs nationaux, académies, maîtrises, livres, portraits, etc.; avec planches de musique et table alphabétiqueChapitre 47 sur 60 · Allegro, en ut mineur, G · texte numérisé non relu

Allegro, en ut mineur, G

Andante, en mi b., 3/4.

Gratioso. Rondo, en mi b., 6/8.

Staes et Vanden Bosch font pressentir Tépoque moderne; ils tiennent encore à l'ancien style par des liens qu'ils ne parviennent pas à briser, et qui procèdent de leur éducation traditionnelle. André s'en affranchit complètement, et vogue, à voiles déployées, dans le vaste océan ouvert par le génie novateur. Il a la franchise, le mouvement, le feu ; seulement ses idées manquent de caractère, et ses développements le tiennent asservi à certaines formules adoptées par les virtuoses de son temps. André a-t-il étudié sérieusement les bons modèles ? Il nous semble qu'il n'en a pris que le côté extérieur, le côté étincelant, sans s'être évertué à en pénétrer les qualités plus solides de pensée et de modulation. André n'est pas, toutefois, un musicien ordinaire. Celui qui a écrit les trois sonates citées plus haut, connaissait les ressources multiples du clavier et les lois rigoureuses de l'harmonie. Si nous nous sommes permis quelques restrictions à son égard, c'est qu'il s'est trouvé placé à une période heureuse où s'opéra l'épanouissement complet de la sonate, au rebours de plusieurs de ses compatriotes qui n'en virent que les premiers jets. Il en a profité matériellement, s'il nous est permis de nous exprimer ainsi; cela ne sufiBt point. Pourtant, il confie à la main gauche

un rôle important, qui n*a plus rien de commun avec les basses arpégées ou plaquées. (î*est quelque chose. Nous donnons ici un spécimen de ses perfeclionnemenls, spécimen relativement hardi, et qui, de plus, respire un vifsentiment expressif, une extrême entente de la sonorité et une façon très-délicate d'opérer la cadence harmonieuse.

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Ses progrès sont visibles dans la Tempête (œuvre VI), dont nous avons vu un exemplaire manuscrit en Flandre. Ces sortes de sonates descriptives étaient fort à la mode alors. André a voulu y montrer qu'il savait agencer autre chose que des compositions sans visées pittoresques ou dramatiques. Ici, il prodigue les couleurs de sa palette, devenue riche et souple. L'allégro dépeint, avec une grande énergie, les furies d'un orage. Le calme, qui e^t simulé par un gracieux andantino, précède ces grondements fougueux,les-

quels aboutissent à une mélodie douce et sereine, à une sorte d*hymne d'actions de grâces pleine d'expansion et d'élan. Nous reproduisons ce thème, affranchi de ses variations, comme Tune des meilleures inspii*ations du digne abbé. A coup sûr, le talent ingénieux et coloré de l'artiste belge, ainsi mis au jour, ne pâtit guère à côté de celui d'un Steibelt, auteur également d'une description de ce genre, que tous les pianistes connaissent par cœur.

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On a encore d'André une Bataille^ dont nous n*avons point vu d'exemplaire. M. Gustave Van Hoey, directeur de TAcadémie musicale de Malines, possède, dit-on, toutes les œuvres manuscrites et imprimées du maître de Tuerlinckx. S*il en est qui ont du mérite, pourquoi ne les imprime-t-on pas? Nous voyons tant de bluelies obtenir les honneurs de la gi^avure. Les bonnes compositions ne peuvent être ainsi tenues sous le boisseau.

LANNOY (M"^ LA COMTESSE de), amateur distinguée, à laquelle Fétis a consacré une courte notice, empruntée,selon toute apparence, à la biographie qui a paru, sur cette habile musicienne, dans VIndicateur de Bruxelles, et dont Fauteur est Raoux. Les généalogies se bornent à ce simple renseignement : Clémentine-Joséphine-Françoise-Théi'èse de Looz Corswarem, fille de Guillaume-Joseph-Alexandre de Looz Corswarem, prince de Rheina Wolbecq, comte de Niel, et de Marie-Emmanuelle-Josèphe, baronne d'Aix, épousa, en 1789 (Fétis met 1788), Florenl-Stanislas- Amour, comte de Lannoy de Clervaux, mort le 23 septembre 1836, et qui était officier au régiment royal (allemand) de cavalerie, au service de France, et membre de rOrdre équestre de la province de Liège.

(c Elle suivit, dit Fétis, son époux dans l'émigration, lorsque les Pays-Bas fUrent envahis par les armées françaises. Les biens furent saisis, et, comme beaucoup d'autres personnages de haut rang, exilés de leur patrie à cette époque, elle dut chercher des moyens d'existence dans l'emploi de ses talents. »

L'époque funeste dont il s'agit fut évidemment la conséquence de la perte de la bataille de Fleurus, en 1794, qui amena l'incorporation de nos provinces à la république française (!•' octobre 1798). C'est donc à partir de cette dernière date, que l'infortunée comtesse fit servir son instruction musicale à sa subsistance, et, déjà en 1798, elle put lancer dans le monde artistique une œuvre d'une valeur

réellement remarquable. Le malheur décuple la force iQorale des êtres privilégiés. Les natures tout à fait exceptionnelles y ont puisé leur génie. Voici le titre d'un ouvrage, qui assure, sans contredit, à son auteur, une des places les plus distinguées dans la galerie de nos clavecinistes :

Trois sonates pour le clavecin ou piano- forte, avec accompagnement d'un violon et violoncelle, composées et dédiées à S. A. R. Monseigneur le Prince Ernest-Auguste d'Angleterre (1), par M"* la comtesse de Lannoy Clervaux, née comtesse de Looz Corswarem. — Chez J.-J. Hummel à Berlin, avec privilège du Roi; à Amsterdam, au Grand magazin de musique, et aux adresses ordinaires. — In-f", partie de clavecin, 28 pages.

Joli frontispice gravé, à draperies tenues par quatre anges, qui soulèvent la partie du coin inférieur gauche, et laissent voir un clavecin, ayant sur le pupitre un cahier de musique ouvert. Au-dessus, un trophée de musique, surmonté d'une couronne.

Plan de l'ouvrage :

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