L’ÉCOLE ROMAINE
de compositeur de la chapelle pontificale. Le désir du pape était de le voir à la tête de la Chapelle Six line; mais les règlements de celte chapelle s y opposaient ainsi que les sentiments de ses membres, qui n étaient rien moins que lavorab es à Palestrina. Après la mort d'Animuccia (loi ), Palestrina reprit ses anciennes fonctions de maître de chapelle de Saint-Pierre, et il les exerça.jusqu a sa mort avec un entier dévouement. C était la sa principale occupation ; mais, en dehors de cela, il partageait encore avec G. M. Nanino la direction de l’école de musique fondée par ce dernier, accepta également la direction des Asioni sacre ou oratorios dans les réunions organisées par F.l.ppo Neri et la charge de maître de concert chez le prince Buoncompagni. 11 collabora à la révision du chant liturgique ordonnée par Grégoire A , e à d'autres travaux pour lesquels sa situation le désignait. On pourrait croire qu’une activité aussi variée lui laissait peu de temps pour composer, et cependant Palestrina est, après Roland de Lassus, le plus fécond des musiciens de cette époque. Presque tous ses ouvrages, à 1 exception de quelques livres de madrigaux et de quelques autres pièces profanes, sont écrits pour l’église en polvphonie purement vocale sans accompagnement d’instruments ou d’orgue. L’édition monumentale de ses œuvres complètes en trentetrois volumes, parue chez Breitkopf et Ilartel (établie par F X. Haberl à partir du dixième volume), nous donne une idée de la puissance créatrice du maître; elle comprend quatre-vingttreize messes, de quatre à huit voix, cent trente-
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neuf motels, des lamentations, des offertoires des magnificat, des hymnes, des litanies et des psaumes pour les vêpres.
Le 2 février 1594, Palestrina rendait le dernier soupir dans les bras de son ami et directeur de
VaticCr?S fp° NerL J‘ fül enseveli *ns le nlus l w! , erre‘ &0n éPitaPhe- q«i «existe long • déS‘8'nait en quelques mots qui en disaient
Joannes Pétris Aloysius 1>rænestinis
McJSICÆ PiiINCEPS
Nous emprunterons encore à Proske son jugement sur Palestrina : « On a nommé le xvi- siède avec ses deux puissants piliers, Josquin et Palestr ma les deux esprits les plus éminents de ui ernps, J âge d’or de la musique d’église, et 11 p ,m,re’ entre toutes, l’école romaine fondée par I alestrma. Pourtant, dans tout le cours de ce
lTalLiT1 l6S manifeslali0"s artistiques de Italie et du reste de l’Europe on n’en rencontre
aucune qui pénétré les profondeurs de l’art et les
pour être comparée à la sublimité de l’œuvre palestinienne. On a considéré Palestrina comme un réformateur de la musique. Réformateur, il |e ut mais dans le sens le plus conservateur. Il i eforma la musique du dedans; sans jamais rompre avec les traditions techniques de son art approfondit, l’ennoblit, le transfigura comme aucun de ses contemporains ne sut le faire II n ouvrit pas de nouvelles voies vers le dehors, pour
L'ÉCOLE ROMAINE, échapper aux règles jusqu’alors admises, mais il fraya des sentiers inconnus à l’intérieur du labyrinthe immense de l’harmonie. Tandis que presque tous les compositeurs de son temps, môme les artistes sortis de l’école romaine, rendaient hommage aux idées de progrès alors si répandues, son génie — le plus riche, le plus fécond de tous— se contenta de vénérer les reliques du passé, en cela semblable aux plus grands maîtres de l’avenir, pour lesquels le développement de leur personnalité resta toujours conciliable avec le respect des traditions artistiques. El ce qui fait la vraie grandeur de son caractère, c’est qu’il a consacré son inlassable activité, d’une portée si profonde et si étendue, à la musique purement ecclésiastique. »
Les contemporains de Palestrina. — Avec Palestrina commence une période de 1 histoire musicale extraordinairement féconde. Le successeur du maître à Sainle-Marie-Majeure (1571- 1575) fut son élève Giovanni Maria Nanino, né à Tivoli (vers 1545). Fondateur et directeur de la première école romaine de musique, il donna toute son attention à la théorie de son art, et nous pouvons saluer en lui l’un des plus grands érudits de la période romaine. A côté du professeur, le compositeur occupe un rang élevé parmi ses contemporains ; sesœuvres, d’une formeclassique très pure, « méritent d’être placées immédiatement à côté de celles de Palestrina ». Il fut un des derniers représentants de l’école palestinienne. Comme preuve de son remarquable talent je
citerai son Hæc dies à cinq voix, son Ilodie nobis cœlorum rex à six voix, sa messe à cinq voix Vestiva i colli et surtout ses lamentations, si simples et si harmonieuses, pour chœur d’hommes à quatre voix (cf. supplément au Kirchenm . Jahrb. 1891).
Le frère et élève de Maria Nanino, Giovanni Bernardino Nanino (mort en 1623), qui fut professeur à l’École de musique et plus tard maître de chapelle à Saint-Laurent de Damaso, commence déjà à abandonner les traditions romaines et à se laisser séduire parles nouveautés. Sa recherche des effets de masse (par exemple dans le remarquable Salve Regina à douze voix de la collection Santini), et surtout les parties d’orgue qu’il a écrites pour accompagner diverses pièces vocales, témoignent de sa tendance à s'écarter des règles de la polyphonie traditionnelle.
Ce que fut Roland de Lassus pour les Néerlandais, et Palestrina pour les Italiens, Tommaso Lodovico daVittoria le fut pour les Espagnols. Né vers 1540 à Avila, — lui-même se dit Abulcnsis, — il vint tout jeune à Rome. Baini affirme qu’il fut l’élève de ses compatriotes Escobedo et Morales. Mais c’est impossible, puisque Escobedo quitta Rome en 1554, et Morales en 1545. Vittoria fit partie pendant douze ans du Collegium germanicum ; il finit par en devenir le maître de chapelle. En 1589 il retourna dans sa patrie, où il mourut en 1613. Dans la riche collection de ses œuvres, que son compatriote Ph. Pedrell rassemble pour une édition complète, brille comme un rare joyau YOf/icium mortuorum à six voix, qu’il composa en 1605. Ses f mpropena ont acquis aussi une