‹ La musique d'égliseChapitre 9 sur 25 · L'ÉCOLE ROMAINE. H · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE ROMAINE. H

que Ton a longtemps considéré, sans doute par suite d’une confusion avec Gaudio Mell, comme le maître de Palestrina, et même comme le fondateur de l’école romaine, n’est jamais venu à Rome. 11 fut l’une des premières victimes de la Saint-Barthélemy à Lyon (27 août 1572).

Le prédécesseur le plus immédiat de Palestrina, non seulement dans la charge de maitre de chapelle de Saint-Pierre, mais aussi dans la poursuite d’un même idéal artistique, est Giovanni Animuccia, le fondateur d’une nouvelle forme d'art, qui prendra un si brillant développement aux siècles suivants, l’Oratorio. Ses Laudi spîri tuali , écrits pour l’Oratoire de Filippo Neri, fondé en 1551, n’étaient du reste que des pièces très simples, en for me d’hymnes.

Et maintenant vient le plus grand maître de l’école romaine, dont le nom brille d’un incomparable éclat, et qui, dépassant tous les autres compositeurs, a porté l’art religieux à son point culminant : Palestrina.

Palestrina. — Giovanni Pierluigi da Palestrina (loannes Petraloysius Praenestinus) tient son nom de sa ville natale, Palestrina, dans la campagne romaine; il y naquit en 152b. Il lit son éducation musicale à Rome; Gaudio Mell (ou Claudio Cimello) fut son maître. En 1544 nous le trouvons déjà maitre de chapelle de la cathédrale dans son pays d’origine. En 1551 il était appelé à Rome, où il eut à subir des fortunes diverses, et où il occupa plusieurs postes importants. D’abord Jules III (1550-1555) le prit comme

maître du chœur des enfants à la Gapella Julia ; c’est de cette époque que date la publication de sa première œuvre : un recueil de cinq messes (1554). La valeur de ces compositions, et sans doute aussi l’hommage qu’il en fit à Jules III, décidèrent de son admission parmi les chanteurs pontificaux, malgré sa voix insuffisante etsasituation d’homme marié. Le deuxième successeur de Jules III, Paul IV (1555-1559), interprétant le règlement à la lettre, congédia Palestrina (1555); la charge mal rémunérée de maître de chapelle à Saint- Jean-de-Latran (1od5-1561) fut une faible compensation pour le pauvre musicien, qui endurait alors de cruelles souffrances, physiques et morales. C’est alors qu’il composa ses 1 mproperia , qui restent encore aujourd’hui une des œuvres de prédilection de la chapelle pontificale; on y trouve sans doute le reflet fidèle des tristesses de sa vie intérieure. Son activité de maître de chapelle à Sainte-Marie-Majeure, de 1561 à 1571, clôt la période la plus féconde de sa vie.

Le question de la musique d’église venait d’être examinée par le concile de Trente (1545-1563). Le nom de Palestrina est étroitement lié à l’histoire de cette discussion mémorable. Mais la légende a amplifié démesurément son rôle dans le débat en le présentant comme le sauveur de la musique dans l’Église catholique : il aurait composé tout exprès la .Vissa Papæ Marcelli , et cette œuvre aurait à tel point enthousiasmé les Pères du concile qu’ils auraient rapporté le décret excluant toute musique polyphonique de l’église. Après de laborieuses recherches dans les archives, P. X. Ilaberl

l'école romaine. ,-1

a établi le vérité sur ce point dans un^ article intitulé : Die Kardinal-Kommission von 1504 und Palestrinas Missa Papæ Marcelli (Kirchenm. jahrb. 1892). Voici les faits : dès lafindu xv' siècle s’élevèrent des plaintes sur la désorganisation du chant d’église; le texte devenait inintelligible, les compositions prenaient des dimensions exagérées, les chantèurs distrayaient 1 attention des fidèles par l’allectation arbitraire et inconvenante de leur style; les paroles prononcées dans la vingt-deuxième séance du concile de trente (Ab ecclesiis , etc.), qui prirent en septembre la forme d’un arrêt, laissent entendre que les légats romains et les Pères du concile avaient rassemblé tous les matériaux nécessaires pour asseoir leur jugement. Sous Pie IV (1559-1505), les deux cardinaux Vitelozzo Vitelozzi et Carolus Borromæus entreprirent la réforme de la chapelle pontificale, en exécution de l’arrêt du concile; la question de la musique figurée dut alors revenir sur le tapis; Palestrina (et peut-être aussi Ammuceia) vou u prouver qu'il ne fallait pas reprocher à l'art po v-

phonique en général de rendre inintelligibles les

textes liturgiques, mais que la faute devait en etre imputée à la négligence des compositeurs. 11 donna comme exemple une messe à six voix qu'il avait composée sous Jules 111; avant 1567, dans le manuscrit de Sainte-Marie-Majeure et de la Chapelle Sixline, cette messe ne portait aueun titre; c’est seulement en 1507 qu’elle fut imprimée avec le titre Missa Papæ Marcelli , en témoignage de reconnaissance pour le cardinal Marcello Cervino, devenu depuis le pape Marcel II. La commission

i‘22 HISTOIRE DE LA MUSIQUE POLYPHONIQUE.

de cardinaux de 1504 n’avait pas du tout pour rôle de réformer la musique d’église d’une façon générale; le concile avait désigné pour cette tâche les synodes provinciaux et les évéques diocésains. En tout cas Palestrina n’a pas écrit la Missa Papæ Marcel li pour la commission ; elle date du temps où il était maître de chapelle à Saint-Pierre, et vraisemblablement de l’année 1555. Mais la faveur avec laquelle sa composition fut accueillie par la commission donnait une sanction officielle au style palestrinien, et la messe du pape Marcel fut dès lors désignée à l'admiration de la postérité comme la plus belle ou la plus renommée de ses œuvres. Proske 1 a éditée, dans sa forme originale à six voix, arrangée à quatre voix par Francesco Anerio, et arrangée à huit voix par Suriano. Récemment Mi Itérer l’a réduite aussi à quatre voix. La bibliothèque Vallicelliane, à Rome, possède un autre arrangement de la meme messe à douze voix, probablement de la plume de Stefano Nasimbenî (cf. Kirchenm. J ahrb. . , 1910, p. 159, sq., et Musica sacra, Ratisbonne, 1911, p. 227, sq.). Aucun connaisseur ne contestera que la messe du pape Marcel soit une puissante création du maître de Préneste, remarquable surtout par la force et la plénitude de l’inspiration (je songe surtout à 1 Amen du Credo). Mais, je n’ai pu m’en défendre, toutes les fois que j’ai entendu, chanté ou dirigé là messe du pape Marcel, j’ai eu l’impression que Palestrina avait écrit d’autres messes d’une beauté plus parfaite ou d’une expression plus suave : que l’on pense à YAssumpta est Maria à six voix ! Palestrina eut sa récompense : il reçut le titre

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