‹ La musique d'égliseChapitre 11 sur 25 · L'ÉCOLE ROMAINE · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE ROMAINE

grande célébrité; ils sont d’une inspiration tout à fait palestinienne, — on surnomma plus tard Vittoria « cigno di Palestrina». — Ses Lamentations et ses Passions pour la semaine sainte (supplément musical au Kirchenm. Jahrb., 1896-1898) sont d’une composition très simple, mais 1 eiïel est d’autant plus saisissant ; les Passions n atteignent pas pourtant, il s'en faut, à l’émotion dramatique de Suriano. Je suis étonné que Kretzschmar (Fâhrer durc/i den Konzertsaal, II, 2) ne cite pas, parmi les motets, qui nous font connaître de la façon la plus intime l’art de composition du maître, son magnifique O quam gloriosum est , sur le thème duquel il a aussi construit sa messe à quatre voix du même nom : ce sont là deux merveilles d’élégance et d’harmonie.

Personne ne peut nous fournir une meilleure appréciation d’ensemble sur 1 œuvre et la personnalité de Vittoria que le fin critique Proske. Voici ce qu’il écrit : « En ce maître se trouvent réunis les plus nobles caractères de l'art romain et de l’art espagnol. De tous les musiciens de 1 école romaine, sauf Palestrina, aucun n’a été plus soucieux que Vittoria de la parfaite pureté du style d’église ; il était dans sa nature de sauvegarder, encore plus sévèrement que Palestrina ne 1 avait jugé nécessaire, le caractère liturgique, objectif, typique de la musique sacrée. Pourtant, il ne manquait pas d’originalité ni de ressources d expression subjective, si bien qu’il reste toujours personnel par sa grande sobriété dans l’emploi des moyens techniques, facile à distinguer en cela de tous ses contemporains, et toujours reconnaissable malgré

la diversité essentielle de ses compositions. Sans faire le moindre tort à la clarté de sa mélodie et de son harmonie, il donne à ses chants un accent mystique, austère et sublime, qui semble ne traduire que la plus pure piété du cœur et la plus sainte dévotion, sans mélange d’aucune impression profane : il était incapable d’écrire autre chose que des compositions religieuses. Chaleur et vie, douceur et tendresse, intimité de l’inspiration [ perfection et sévérité de la composition, solennelle grandeur, sublime majesté, tout se réunit pour faire de cet Espagnol une figure qui, du ciel étoilé du passé, rayonne merveilleusement jusqu’à nous. »

Les successeurs dePalestrina. —Le Romain l' elice Anerio se dit lui-même élève de G. M. Nanino. Il peut revendiquer la gloire d’avoir été le seul et le dernier musicien, après Palestrina, auquel ait été accordé le litre de « compositeur de la chapelle pontificale ». Bien qu’Anerio ait chanté, de 1575 à 1579, à la chapelle pontificale, d’abord comme sopraniste, puis comme altiste, le collège des chanteurs n’accueillit pas sa nomination (3 avril 1594) avec une faveur bien marquée ; la malice et l’envie poursuivaient déjà la valeur personnelle et le vrai mérite. Il y a tout un coin de l’histoire du temps dans ces exquises réflexions dont Je biographe de Palestrina, Baini (tome II, p.277, sq.), commente, dans son journal, la déclaration du secrétaire de la chapelle pontificale Ippolilo Gambocci : « Lecollèg'e grinçait des dents, avalaitle morceau, et répondait qu’on ferait ce que

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