‹ La musique des troubadoursChapitre 14 sur 18 · MUSICIENS · texte numérisé non relu

MUSICIENS

(D’après des manuscrits français des xm® et xiv« siècles.)

Lent.

Ê& Hf -

lexie i Bem platz

ori- { r? '

ginal / u mais Version j Dans la

=HS— -J&r

nr~L.pt>!

/oa-

sa

n ucc h

os-

el

temps

que

plus

nuit

longue

et

ob-

mais

trop

ne

me

adaptée $ Qui ja-

gÉSl nngÉii

t=ïi=)=3

s? — non lais ges suis, mal- gré

jzzj:

ppl

t<iF*

hM

la froi- du¬

ra,

re

Quieu lei - Des a-

als gaimants la

ta non si- a, To- ta vi-

garde in- quiè- te, Et dis-crè-

SüâÉ^lIl^

Per tal que Jusqu’à l’au-

~zr

se- gars es- ti- a Fis drutz

ru- re je guet- le, Pour pro-

quan pren go a- zité- ger mon a

Fj crit qan vei Voi-ei ve- nir

Nulle part la technique merveilleuse des compositions savantes du moyen âge ne se manifeste plus que dans ces chansons. Elles subissent toutes une influence profonde de la musique sacrée. l)e même, le texte poétique porte quelquefois une empreinte religieuse assez marquée.

L’aube célèbre de Guiraul de Bornelh (1 175-1220) : Reis glorios, vernis lums e clartatz, commence par une invocation h Dieu d’une rare grandeur; celle de Guilhelm d’Autpol (fin du xme siècle) : Esperansa de totz fevms esperans , dont la musique ne s’est pas conservée, n’est qu’une prière à la Vierge, d’un bout à l’autre, prière dont les termes rappellent étrangement la phraséologie ordinaire des séquences latines. Le texte poétique de l’aube (page 99), qu’on attribue h Folquet de Marseille (f 1237), ou à son contemporain Cadenet, n’a pas ce caractère. Mais il en est autrement de la musique, dont les notes et le contour sont, par endroits, identiques avec les notes et le dessein de l’aube majestueuse Reis glorios de Guiraut.

2° Chansons d' histoire ou de toile .

« L’histoire » qui est chantée dans ces poésies, dont cinq seulement nous sont parvenues avec leurs mélodies, n’est qu’une historiette, historiette sentimentale d’une amoureuse qui porte presque toujours l’épithète de « belle » et qui a généralement h se plaindre, soit de ses parents, soit de l’élu de son cœur, soit même de la mort impitoyable qui lui a ravi son bien-aimé. La plu-

]»art de ces chansons nous représentent la belle occupée

à un ouvrage de femme, cousant, tissant ou lilanl (d où le nom de « chanson de toile »). 11 est assez douteux quelles aient été composées pour être chantées par les femmes vaquant à ces besognes. Le roman de Guillaume de Dole (xine siècle), qui nous a conservé, avec plusieurs autres pièces lyriques, quelques chansons de toile, en fait chanter une, celle de la belle Aiglentine (Bartsch, Rom. u. Pas!., 1, n° 2), par un jeune homme

la bouche d'un neveu de l’évêque de Liège (Bartsch, 1 , 13;.

Ces indications ne sont pas contredites par l’analyse des sujets chantés dans ces « histoires ». Les belles y

ont une attitude douce, humble quelquefois, et une tendresse qu’un chevalier devait être heureux de rencontrer chez sa bien-aimée. La belle Isabeau déclare à sa mère qu’en dépit des objurgations de son mari et de toute sa parenté elle ne renoncera pas à l’amour du comte Mallieu, etc. Elles n’usent jamais des rigueurs dont se plaignent si souvent les auteurs des chansons d’amour ; pourtant les chevaliers qui les aiment sont aussi courtois que les auteurs des cansos.

Cette différence d’attitude ne s’expliquerait-elle pas par la différence des destinataires, les chansons d’histoire devant récréer les hommes quand ils sont loin de leurs amies, les chansons d’amour étant adressées à la dame? Un chevalier faisant longue route, chasse son ennui en imaginant une « belle » qui serait moins hautaine que la noble dame qu il cherche désespérément

à apitoyer par les couplets pathétiques de ses cansos.

La chanson de la Belle Oriolant contient une confirmation de ces vues. Le trouvère termine son « histoire » par ce couplet1 :

Aiodéré.

Ûz

Ne soi que plus vos en de¬

vis ;

l"rT~ÿ~tTë

tj • H

En-si a- vengne a toz aor.

Et je qui

Sor la ri-

ve de mer pan-

Co-nmnz a

Deu bele A- e- lis. Deus ,

1 Voyez le fac-similé du premier couplet à la planche Vf, page 49.

Je ne sais que plus vous en dire; — Qu’il en soit ainsi pour tous les amants. — Ut moi qui fis cette chanson, — Pensif au bord de la mer, — Je recommande à Dieu la belle Aëlis.

Refrain: Dieu! Que le bonheur vient lentement à celui qui le désire.

Quoi qu’il en soit, les chansons de toile n’ont pas été composées pour, et moins encore par de petites (lieuses de lin, mais par des poètes-musiciens consommés. Voici, par exemple, la chanson de la Belle Doëtte , qui littérairement et musicalement trahit une main des plus expertes1 :

Modêi'é. , — v

dol

1 Belle Doctte. à la fenêtre assise, — Lit dans un livre, mais son cœur n’y est pas. — De son ami Doon il lui souvient, — Qui en d’autres pays est allé guerroyer. Refrain. Et maintenant elle en a du chagrin.

Le caractère littéraire, trop littéraire peut-on dire, de cette « abbaye des vrais amants » dispense de tout commentaire. La musique en est d’une rare finesse. Mais quelle science n’a-t-il pas fallu à l’auteur pour mettre ces vers en musique, et surtout pour rendre la douleur du refrain : Et or en ai dol\ Croira-t-on que des vocalises, comme nous les trouvons sur les mots livres et terres, aient jamais pu être exécutées dans un gynécée ? Des cadences aussi compliquées exigeaient de tout autres artistes. C’est de la musique on ne peut plus savante et raffinée qui exclut non seulement toute origine populaire, mais encore toute popularité. Les seuls modèles desquels on puisse les rapprocher sont encore les modulations des mélodies grégoriennes.

3° La Romance .

Les romances ne diffèrent pas sensiblement des chansons d’histoire. Elles procèdent de la même inspiration que celles-ci et elles chantent des amoureuses assez semblables aux belles tisseuses que nous venons de quitter. Leur ton est pourtant généralement un peu plus gai que celui des chansons de toile, ce qui implique une différence musicale : la mélodie de la romance est, en effet, plus gracieuse elplus légère. D’autre part, dans la romance, l’auteur participe personnellement au récit, en racontant ce qu’il prétend avoir vu ou entendu luimême. On ne s’étonnera donc pas que les descriptions, celles de la « belle » en particulier, y tiennent une place

Pl. XI.

Bernard de Yenladour.

Pons de Cliapteuil.

Jaufré Rudel.

Moine de Monlaudon.

Marcabru.

Perd i go.

Perdigo.

Albertet.

TltOUB ADOüRS

(Tiré d'un manuscrit provençal de la fin du xin® siècle, d'après II. Suchicr cl A. Birclillirschfeld, Geschichte der (ranz. Litteratur, Leipzig et Vienne, 1900.)

assez importante, comme, par exemple, dans cette vision charmante 1 :

Gracieux, animé.

ZEZ

Vo - lez vos que je vos chant Un son d'amors

1/ j ïT - * 0 \ 1 JlZ- 1 J -J=l

=t3=t=^=*=l-ÉE -

a- re - liant, Vi- lain nel fist mi-

Ainz le fist un che- va- lier , Soz l'on- bre d' un

o- li- vier , Entre les braz s'a- mi-

Dans ce morceau, d’une délicatesse si subtile, la main du professionnel se trahit jusque dans les détails purement extérieurs, comme dans la mention de l’olivier, inconnu dans les pays de la langue d’oïl, mais familier aux imitateurs français des troubadours méridionaux, et dans les formes provençales qui se mêlent assez agréablement aux rimes françaises et donnent un cachet d exotisme aimable à cette délicieuse composition. Au point de vue musical, remarquons que cette mélodie est le type du premier ton grégorien. Le début est la forme caractéristique de nombreux chants religieux (Antiennes, p. ex ). Rien d étonnant que l’auteur

1 Voulez-vous que je vous chante — Un joli chant d’amour? — Ce n*est pas un vilain qui l’a faite, — Mais la fit un chevalier, — Sous l’ombre d’un olivier, — Entre les bras de son amie.

- --—J . - ■ iilrl-.

ait choisi son chant dans le répertoire de l'Église, afin de favoriser la propagation de sa charmante chansonnette.

La chanson de mai suivante, moins féerique, poétiquement que la romance Volez vos que je vos chant , l'emporte sur celle-ci par la saveur exquise de la mélodie, dont la simplicité et la naïveté ne dissimulent pas l’effort qu’elles ont dû coûter au maître qui a composé ce chef-d’œuvre. Elle est attribuée à Moniot d Arras, un des plus féconds et des plus doués des trouvères du xme siècle.

Gracieux

rrrr

i Ce fut en mai , Au douz tais gai , Que

(Main me le - vai, Jou - er mal - lai Lez

ï/rV

sai¬

ne

sons est fon - te -

bel-

nel-

le, \ le. *

un ver — vi dan -

— Uj

1 — •zl

\-3 Ttl

lüE

va- lier FA u- ne

4° La Pastourelle et la musique de clause.

Le sujet de la pastourelle est franchement libertin. L’amour y devient de la galanterie. Les personnages entre lesquels se passe la petite scène sont une bergère et un chevalier (le poète en personne ou un autre). La plupart du temps, la bergère fait preuve d'un esprit qu’on n’a guère coutume de rencontrer chez des gardeuses d’oies ou des vachères. Elle sait fort bien éconduire à l’occasion le noble séducteur et lire de sa déconvenue, parfois de concert avec d’autres vilains. Dans les pastourelles qui ont un autre dénouement, le libertinage est racheté par la grâce de la forme. Si peu édifiantes que soient ces chansonnettes, elles ne peuvent offusquer personne. La musique, légère mais fine, ajoute, pour sa part, à l’agrément de ces petites compositions sans prétention, qui comptent parmi les plus gracieuses productions de la lyrique médiévale1.

Vif.

,(bî*F]

Lft - — h

Fri

-rizzzÿ:

-j-Jr-l'

La vi me- ner grant re- vel En-mi un sen¬

rai

tie r.

‘ Près du bosquet de Loncpré — J’errais avant hier. — Là je vis se trémousser, — Le long d’un sentier, — Une jolie tousette, — Sage, plaisante et jeunette. — Dieu! tant fus ravi, — Quand seule la vis. — Et la fille tout ainsi — Se mit à chanter: — Robin, que je dois aimer, — Tu risques de tarder trop.

rfàrsfcj t =±z=tz

pie- saut et jo ■

- ne-

Z>ex, tant

ni a-

SFjF17^-*

be - /*,

Quant seu - le <

}a vi; Et la tou -

se tout en -

si Conmence

'h an-

ter : Ro-bin% que je

FvP— J: o Z2fc:j

doi a - mer ,

l-fc:

Ta /Ji

bien trop de-

jhjr" J ^

mo- rer.

La mélodie a bien le caractère de la musique de danse. Remarquons avec quelle adresse le compositeur a su préparer et développer dans le couplet le thème du refrain. L’entrée révèle des correspondances frappantes avec l’une des mélodies instrumentales qu’un musicien a inscrites, au début du xivc siècle, sur quelques pages restées en blanc d un chansonnier français. Voici, d’après le manuscrit, le début de cette Estampie dans sa notation originale :

Page 1