‹ La musique des troubadoursChapitre 5 sur 18 · yx vûi^ru^Tn · texte numérisé non relu

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Ce sont des neumes grossis, diastématisés avec emploi d'une ligne de direction armée d’une clef qui est ici, cas assez rare, la dominante si naturel , caractéristique du ton dorien transposé.

A un degré plus avancé de la notation quadrangulaire, la meme mélodie se rencontre dans de nombreux chansonniers du xi n° siècle avec le même texte latin, ou dans la version française, et même avec des paroles profanes dans le Lai des Hermins et le Lai de la Pastourelle . La voici d’après cinq manuscrits différents, en six reproductions juxtaposées :

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En vain demanderions-nous des indications rythmiques à ces ' manuscrits; toutes les notes simples y sont uniformes et rien ne nous permet de discerner les mesures. Faut-il donc penser que ces vers réguliers et nettement rythmés auraient élé chantés sans mesure, parce que la notation ne l’exprime pas ?

Pour répondre à cette question, examinons encore deux manuscrits, l’un de Soissons, l’autre du Musée Britannique de Londres. Dans le premier, notre phrase musicale a pris la forme delà notation proportionnelle, qui, comme le dit son nom, exprime au moyen de signes spéciaux les différents rapports existant entre la durée des notes.

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Remarquons l’alternance régulière de longues (^) et de brèves (■) partout où il n’y a qu’une note sur une syllabe du texte. Sur les syllabes gloriosa et virgin um nous voyons des ligatures ou groupes de deux notes.

Dans le manuscrit de Londres, la mélodie avait d’abord été écrite en notation quadrangulaire; puis, vers le début du xive siècle, un copiste au courant de la nouvelle notation dite franconienne (du nom de l’inventeur Francon de Cologne, milieu du xin® siècle) l’a transformée au moyen de grattages et de retouches.

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Ici nous voyons les longues (^) de la copie de Soissons remplacées par des brèves (■) et celles-ci par des losanges, représentant les semi-brèves (semibreves). Les valeurs sont donc réduites de moitié, comme nous le ferions en réduisant un 3/4 au 3/8.

Puisque le manuscrit de Londres, en réduisant de moitié les longues du manuscrit de Soissons, est obligé d’opérer la même réduction en ce qui concerne les brèves, il faut nécessairement en conclure que notre séquence était chantée en mesure, sur des notes de durées différentes alternant symétriquement.

L’examen d’autres mélodies conservées en diverses écritures aboutit aux mêmes constatations. La conclusion qui se dégage de cette étude, dont on trouvera un exposé plus complet dans nos Melodien cier Troubadours, p. 54-78, c’est que les efforts des notateurs depuis saint Grégoire (vie siècle), Romain (ixcj, Gui d’Arezzo (xie), Francon de Cologne (xme), Philippe de Vitry (xive) jusqu'aux théoriciens et compositeurs postérieurs, voire même jusqu’à Wagner, ont toujours été dirigés vers le même but : Rendre la notation de plus en plus claire , en s'efforçant de reproduire dans T écriture, le plus fidèlement possible , la pensée du compositeur. Il ne s’agit donc pas ici de la nature des sons, mais de la manière de les écrire.

On peut aisément concevoir une mélodie notée d’après un nombre infini de systèmes, puisque tout système implique une convention, sans que la qualité rythmique ou le sens intime de cette mélodie subisse

aucun changement. Dans tous les cas où, parmi plusieurs copies d’une seule chanson, nous trouverons une notation plus précise que les autres, c’est elle que nous choisirons, en posant en principe que le rythme indique par cette notation est le même que celui de toute autre notation , quand même il n'y existerait quci l'étal latent ; exception faite pour certains genres compris dans la musique polyphonique, où des raisons spéciales peuvent faire varier le rythme d'un texte.

Ces principes, tirés de l’étude comparative des manuscrits notés du ixc au xiv* siècle, sont confirmés par l’ensemhle des ouvrages théoriques de la même époque qui traitent de la notation musicale. Ils nous apprennent, en effet, que la variété des systèmes avait pour résultat qu'un chanteur qui savait lire très bien les notes de son manuscrit, était incapable «le déchilfrer celles qu’il trouvait dans le livre d’un confrère.

De nombreuses chansons se trouvent dans le cas de la séquence Ave gloriosa , c’est-à-dire qu’on en possède les textes musicaux dans plusieurs manuscrits, dont les uns sont écrits en notation quadrangulaire, les autres en notation proportionnelle. Mais la plupart ne nous sont connues que sous la première forme, qui n'indique pas le rythme. Nous pouvons le déterminer, en recherchant les principes théoriques sur lesquels repose l’art de la mesure et du rythme au moyen âge.

Tout vers, même celui qui n’est pas destiné à être chanté, possède un rythme; c’est par là même qu'il se distingue de la prose. La versification varie évidemment

suivant lus pays elles époques. Le rythme du vers romantique français, par exemple, diffère non seulement de celui du vers allemand moderne, mais encore de celui du vers français du moyen âge. L’étude de ces différents systèmes est du ressort des différentes philologies; elle n’est pas partout également avancée. Il existe des langues dont la versification n’est pas encore bien connue; celle du vieux provençal ou de l’ancien français n’est pas non plus complètement éclaircie. Toutefois, la philologie a réussi à en dégager quelques règles essentielles, qui pourront nous aider â résoudre le problème que nous étudions en ce moment.

Pour cela, il nous faudra établira quel principe musical correspond chaque principe rythmique de la versification. La corrélation entre le rythme du vers et le rythme musical que nous présumons, ne saurait en effet faire doute, nos chansons étant des vers quon ch nte. En exécutant une chanson, on ne peut s’attacher qu’à un seul rythme à la fois; en cas de divergence entre le rythme du vers et celui de la mélodie, il faut nécessairement sacrifier l’un ou l’autre. Des compositions, où se manifestent de pareilles discordances, se rencontrent, nous aurons à y revenir; mais il est à peine besoin de dire qu’elles ne peuvent être considérées comme régulières : le troubadour qui fait bon marché des principes qui régissent son art, se permet une licence, pour nous servir de ce terme euphémistique1.

1 La méthode qui nous a servi, dans ce chapitre, à établir le principe des nohiti jns médiévale s et que j'avais trouvée dès 1905, fut exposée

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