On divise très souvent les altos
Si je ne craignais de fatiguer le lecteur en développant encore un peu cette thèse, qui a son importance, j'ajouterais que Vart lui-même de l'orchestration me paraît assez assimilable à Vart du coloris chez le peintre; la palette du musicien, c'est sa colonne d'orchestre; il y trouve tous les tons nécessaires pour revêtir sa pensée, son dessin mélodique, son tissu harmonique, pour y produire des lumières et des ombres, et il les mélange à peu près comme le peintre le fait de ses couleurs.
Envisagées ainsi, la musique militaire, la musique d'harmonie, la fanfare, correspondraient aux divers genres de peinture décorative. Gomme eux, elles procèdent par grandes masses, négligent les détails, emploient les procédés violents et visent surtout à porter loin, à grande distance. Et la musique de chambre serait V aquarelle, de nature intime, mais possédant les nuances les plus tendres et les plus délicates. Le grand orgue, avec ses tons si chauds et si variés, sa puissance formidable et sa douceur séraphique, n'est- il pas, dans nos cathédrales, Tassocié naturel des vitraux étincelants, ou les couleurs les plus heurtées et les plus bruyantes viennent se fondre en un éclairage harmonieux?
he piano, lui, n'a qu'un seul timbre; instrument à percussion, il est noir. La musique de piano, c'est donc du blanc et du noir, comme le dessin au crayon, le fusain, la gravure. Aussi, de même que le dessin arrive à reproduire un tableau et à en faire pressentir les tons, au moins dans une certaine mesure, par des valeurs relatives, le piano est l'instrument par excellence de la transcription, qui, dans le domaine des sons, est une opération identique. Entre des mains habiles, il arrive à donner Villusion des timbres, et c'est pourquoi de grands maîtres n'hésitent pas à lui confier, à écrire spécialement pour lui des choses conçues et pensées pour l'orchestre. Les hachures sont au dessinateur ce que le trémolo est au pianiste^ et