LA COMÉDIE A ARIETTES. — VADÉ ET SEDAINE
La « querelle des bouffons « avait importuné le roi. La troupe lyiique dut cesser ses représentations. Mais même avant son départ, un directeur de la foiiT, Monnet, avait eu l'idée de confondi'e plaisamment les fanaticpies de la musique italienne en prouvant que la musique française I)ouvait très bien rivaliser avec elle, s'il lui plaisait. Il demanda à Vadé d'arranger pour la scène le conte des Troqueurs, de La Fontaine, et pria Dauvergne, surintendant de la musique du roi, d'en écrii'e la musique. Puis il présenta la partition nouvelle comme l'œuvre d'un musicien italien de Vienne, à qui il aurait envoyé les paroles. On accourut, on fit fête au nouveau chef-d'œuvre italien... Lorsque le nom du véritable auteur fut connu, la partie était gagnée.
Gagnée pour l'opéra-comique, dont ceci était vraiment le premier type spécialement conçu, mais perdue pour la comédie en vaude\àlles, dont jusqu'à présent le nouveau genre avait tant de peine à se dégager, et qui, en peu d'années, perdit presque tout son crédit devant le public, ^[onnet le constate. Favart, de son côté, put s'en prendre à lui-même. Persuadé, en effet, de la valeur de l'exemple laissé par les bouffons italiens, il traduisit coup sur coup ])lusieurs de leurs pièces, et surtout fit jouer en français (traduction de Baurans) cette Servante maîtresse de Pergolèse, qui est vraiment à la base de tout notre opéra-comique national (14 août 1754).
Il put du moins lui-même tirer parti de ce modèle, et, sans renoncer d'abord à sa manière, f{u'il aurait eu bien tort de transformer, il s'appliqua très heureusement à
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écriro do vraies comédies à ariettes, et même fit écrire tout ex])rès ])onr celles-ci une musique nouvelle. Ninellc à la cour (ITôô) contient encore des airs |)arodiés d'après Tun (les opéras-bouiîes italiens j)récédemnient joués; et cependant Duni en retoucha la musique. Mais Annette et Luhin (1762), où (comme dans les Troqueurs) les ariettes sont mêlées aux vaudevilles, a vraiment de la musique nouvelle, œuvre de Martini. Et dès lors, après un premier échec avec le Procès, qui n'a que des ariettes, écrites par Duni, Favart ne produisit guère plus que de vrais opérascomiques, ou peu s'en faut :
1763. — Les Fêtes de la paix (ariettes de Philidor) ; 1765. — Isabelle et Gertrude (ariettes de Biaise); la Fée Urgèle (ariettes de Duni) ;
1768. — Les Moissoymeurs (ariettes de Duni) ;
1769. — V Amant déguisé (ariettes de Philidor) ; la Rosière de Salenci (ariettes de Philidor, puis de Grétry);
1770. — L'Amitié à V épreuve (ariettes de Grétry) ; 1773. — La Belle Arsène (ariettes de Monsigny).
Mais dès 1756, avec le Diable à quatre, Sedaine avait pris rang dans la lice, et ce rang, tout de suite, fut le premier.
Sedaine mériterait un livre à lui seul et l'on ne peut dii'O qu'il en ait encore été l'objet. Il faudra se borner ici à signaler la trace, si essentielle, qu'il a laissée dans l'évolution de la comédie en musique, trace non moins originale et peut-être j)lus séduisante encore que celle qui marque sa pièce principale, son Philosophe sans le savoir, dont on a pu dire très justement qu'il est à la base de tout le drame bourgeois moderne. Né à Paris le 2 juin 1719, ouvrier, ])uis maître maçon do son état, il mourut le 17 mai 1797 secrétaire de l'iVcadémio de peinture, sculpture, etc. et membre de l'xXcadémie française. H avait débuté dans