LA COMEDIE A ARIETTES
les lettres par de petits vers, mais c'est le théâtre qui devait révéler sa vraie personnalité. Il y apporta les qualités les plus rares d'observateur, et une façon de dire et de peindre si simple, si vraie, si sincère, et par suite si éloquente, qu'elle fit très vite oublier qu'à peine elle était de la littérature. Sedaine n'est peut-être pas un écrivain, mais c'est un artiste à coup sûr, au même titre que Clmrdin ou La Tour. De plus, et c'est ce qui doit d'abord nous arrêter ici, il comprit le premier l'alliance possible entre la musique et la comédie et quelle transformation le vaudeville, la parodie ou la ])ièce à couplets devaient subir pour donner naissance à un genre \Taiment intéressant et digne de notre race. Ce genre, qui garda, bien à tort, le nom (T opéra-comique, né de la parodie d'opéra dont nous savons que se composait presque tout le répertoire des scènes lyriques de la comédie italienne et de la foire, au lieu de prendre et de garder celui de comédie en musique ou de comédie lyrique, ce genre, c'est bien Sedaine qui l'a créé.
C'est d'ailleurs, incontestablement, à l'étude de Favart qu'il se forma tout d'abord. Un petit poème didactique sur le Vaudeville (1756) prouve combien l'avenir de la comédie mêlée de chant le préoccujiait et ciuelle part il y reconnaissait à l'auteur de la Chercheuse d'esprit. La même année, il débutait lui-même, le 19 août 1756, sur le théâtre de la. Foire Saint-Laurent, avec une comédie en trois actes, adaptée de l'anglais : le Diable à quatre ou la Double métaiHorphose, encore à vaudevilles, mais où le dialogue, la façon d'y amener les ariettes, la vérité des réparties, souvent inachevées, interrompues, comme dans la vie courante, le piquant des observations de caractère, la saveur des mots, parfois les plus simples, tout est déjà du meilleur Sedaine.
Il n'y manquait qu'une vraie partition. Philidor aidant, f[ui lui aussi cherchait sa voie et avait déjà un peu tra- \ aUlé au DiaUe à quatre (comme Duni aux vaude\'illes de F-àvàYt), Biaise le savetier, leprésenté sur le ((théâtre de j Opéra-Comique de la Foire Saint-Germain » le 9 mars 1759, eu un acte, fut pour le coup un véritable opéra-
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('()i)ii({ue coiiuiie nous roiitcndons, avec duos, quatuor, danse, le tout intimement nu'^lé à l'action. Dès lors le genre est trouvé, et Scdaine l'améliore sans en changer le cadre, de plus en plus recherché par les compositeurs qu'attire cette l'orme nouvelle et si séduisante de comédie musicale.
Classons un peu les princijjales de toutes ces comédies charmantes, parfois d'une exquise sensibilité ; grouponsles ])ar genre et par musicien, car aussi bien le choix du com])ositeur ici n'est pas plus indiiîérent (pie le travail spécial auquel Sedaine se livrait avec son collaborateur. Philidor, en ])remier lieu, puis Monsigny, qui débute aussi, et qui reste avec lui jusqu'à sa partition dernière, Duni, ])ar occasion et La Borde, enfin Grétry, tels sont les artistes qui lui durent et à qui il dut le beau succès dont ce répertoire inoubliable l'ut accueilli.
Avec Philidor, Sedaine donna encore sur les scènes de la- '1^'oire : V Huître et les 'plaideurs (1759), puis le Jardinier et son seigneur (1761). Il ne revint ensuite à lui qu'en 1773, pour remanier en cinq actes, en vue d'une reprise, Er^ielinde de Poinsinet, donné à l'Opéra en 1767 et qui est le chef-d'œuvi'e du musicien ; puis en 1775, avec un opéracomique en vers, les Femmes vengées, « hasardé (dit Sedaine) pour essayer l'effet que pomTaient produire sur le théâtre trois scènes à la fois, en trois lieux différents » ; et la gravure qu'il fit ajouter exprès à la brochure originale montre en effet un repas pris entre deux pavillons qui cachent les uns aux autres deux groupes de personnes.
Avec Monsigny, voici On ne s'avise jamais de tout, dernière pièce jouée à la Foire (1761) et qui eut l'honneur de paraître quelques semaines plus tard, à Versailles, devant le roi ; elle est tout à fait charmante. Puis, depuis la fusion de la troupe lyrique foraine avec la Comédie- Italienne : le Roi et le fermier, première œuvre ATaiment inqjortante de Sedaine, trois actes inspirés d'une pièce anglaise (1762); Rose et Colas, ce petit chef-d'œuvre de grâce et d'esprit (1764) ; le Déserteur, autre chef-d'(ï>uvre, et de Monsigny, et de Sedaine aussi (1769) ; le Faucon., (pii parut d'abord à Fontainebleau, devant la cour (1771),