‹ La musiqueChapitre 125 sur 181 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

Au printemps naissent les flems Dont les fruits parent l'automne ;

= SEDAINE. — ROSE ET COLAS ^= 2d9

Mais, assis sur une tonne, C'est l'hiver qui se couronne Du tribut de leurs faveurs.

Ainsi l'hiver dans ses fêtes Doit s'embellir des instants, Et se parer des conquêtes Que l'amour prépare au printemps.

PIERRE

Eh bien ! vous voyez qu'il faut remettre à cet hiver.

Une chanson n'est pas une raison.

PIERRE

C'est la réponse à la vôtre, c'est la réponse â la vôtre : c'est... \'ous rêvez?

MATHURIN

Oui, je rêve... Voulez-vous que je vous dise franchement la

vérité?

PIERRE

Sans doute.

MATHURIN

Je suis un homme, moi, je ne suis pas une feimne ; je ne peux pas avoir ma fiUe pendue à mes côtés comme un trousseau de clefs. Elle est sage, ah ! très sage ; mais peut-être aime-t-elle votre fils ; et la sagesse d'une fille qui aime est plus mûre qu'il ne faut.

PIERRE

Et moi, et moi, n'ai-je pas les mêmes appréhensions? le mêmes, non, mais d'autres. Mon fils est vif, bon cœur, mais prompt ; et je crains qu'il ne lui prenne une fantaisie de courir et de quitter le pays.

MATHURIN

Eh bien, finissez donc.

PIERRE

Oh ! nous serons "toujours à même.

MATHURIN

Eh ! ne voyez-vous pas qu'ils vont nous tourmenter?

Bon, tourmenter ! il y a moyen à tout. La première fois que mon fils viendra ici, mettez-le à la porte ; il sera triste. Je lui dirai : « Qu'est-ce que tu as? » Il est franc, il me contera son chagrin. « Va, je parlerai au père. — Ah ! je vous remercie. » Je le traîne huit jours.

MATHURIN

Eh bien ! huit jours.

PIERRE

Après cela, ce sera vous qui n'aurez pas le temps de me parler. Encore huit jours de gagnés.

MATHURIN

Encore huit jours de gagnés.

PIERRE

Ensuite, nous parlons, mais nous ne convenons pas de nos faits. Encore huit jours.

MATHURIN

Encore huit jours.

PIERRE

Ensuite nous voilà arrangés.

MATHURIN

Eh bien ! huit et huit font seize, et huit font vingt-quatre, et huit c'est,, .

C'est trente-deux.

MATHURIN

ÎSIous voilà juste en pleine moisson.

PIERRE

Ah ! ah ! alors, c'est à nous à les occuper si bien pendant la moisson et pendant les vendanges que le soir ils n'aient envie que de dormir.

MATHURIN

Enfin voilà les vendanges finies.

PIERRE

Ah ! qu'ils ne sont pas encore mariés ! Il arrivera que vous aurez dit quelque chose de moi dans le village, ou j'aurai dit quelque chose de vous. L'éclaircissement entre uqus commencera par des injures ; alors la rupture, alors les caquets, les femmes s'en mêleront : de là des rapports, des médisances, des calomnies. « Ne me pai"lez jamais de cet homme-là. — Ne me parlez jamais de cet homme-ci ; qu'il s'aille promener, lui et son fils. — Qu'ils aillent au diable, lui et sa fille. » Nos jeunes gens pleureront ; ils s'en aimeront davantage. Et puis quelque honnête homme viendra s'entremettre, il nous raccommodera et croira avoir bien de l'esprit ; et puis l'hiver, et puis les Rois, et puis le mariage.

MATHURIN

Cela nous donnera de la peine.

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