‹ La musiqueChapitre 145 sur 181 · LA TANTE JEANNETTE · texte numérisé non relu

LA TANTE JEANNETTE

JEAX-LOUIS

Jai cru qu'il avait parlé. {Il lit.) « Madame, pour répondre à l'honneur que vous m'avez fait de m' écrire ...wBrr... brr... brr...

LOUISE

Nous n'entendons pas.

JEAN-LOUIS

Ah ! c'est que tout ceci, ce sont des comphments qui sont peut-être des secrets que Mme la duchesse ne veut pas qu'on sache. Brr... brr... brr...

LOUISE

Mais, mon père, ce n"est pas la peine que nous écoutions.

LA TANTE

Sans doute.

JEAN-LOUIS

Ah! m'y voilà. « Madame, quant à ce qui regarde Alexandi'e Spinaski, soldat dans mon régiment, il n'est pas de bien que je ne doive en dire. » Que je ne doive en dire ! « Il a toutes les qualités qui font un bon soldat, sage, docile et brave. » Il n'entend pas qu'il est brave sur soi, c'est courageux qu'il veut dire.

LOUISE

Après, mon père.

JEAN-LOUIS

« H est vif, ardent... Mais si trop d'ardeur le fait sortir des bornes, il y rentre aussitôt. » H y rentre aussitôt? je ne sais pas trop ce que cela veut dire.

LOUISE

Ensuite, mon père.

JEAN-LOUIS

« Je désire de tout mon cœur qu'il veuille rester avec moi : je le ferais officier dans mon régiment. »

LA TANTE

Dans son régiment !

BERTRAND

Dans son régiment !

LOUISE

Ah ! je ne crois pas quil y reste.

- SEDAINE. — LE DÉSERTEUR == 2i!»

JEAN-LOUIS

Paix donc ! « Mais comme ses six ans expirent dans quinze jours, je lui ferai expédier son congé. »

LOUISE

Dans quinze joms?

Dans quinze jours?

LA TANTE

^ JEAN-LOUIS

Dans quinze jours. « Je l'envoie, madame, à vos ordres, vous présenter mes respects et vous remercier. Je lui ai recommandé de ne pas s'écarter, étant si près de l'ennemi et des frontières. Les ordi'es sont extrêmement rigoureux, et il faut qu'il rejoigne aujourd'hui ; car le roi, qui dîne à deux lieues de votre château, passe ensuite au camp, et il faudra se mettre sous les armes. » Ah ! c'est que quand le roi passe (vous ne savez pas ça, vous autres), c'est que quand le roi passe, on se met sous les armes 1 Ah ! c'est une belle chose que la guerre !

BERTRAND

Oui, quand on en est revenu.

JEANNETTE

Pourquoi est-ce que les garçons pleurent pour n'y pas aller?

JEAN-LOUIS

Taisez-vous, ça ne vous regai'de pas. {Â Louise.) Or çà, ma fille, il faut faire ce que Mme la duchesse a dit : tu feras comme si tu étais la mariée ; et toi tu seras le marié.

BERTRAND

Ah! tant mieux.

JEAN-LOUIS

H y am'a des musettes, des trompettes, des violons ; et il croira que tu es mariée d'hier. Et toi {à Jeannette), tu lui viendras conter tout cela : tu feras comme si tu gardais tes moutons

LA TANTE

J'aurais mieux fait qu'elle.

JEAN-LOUIS

11 vous connaît : il ne reconnaîtrait pas sa tante !

LOUISE

Ah ! mon père ! que je suis fâchée de tout cela : et si on me faisait un pareil tour, cela me ferait bien de la peine.

JEAN-LOUIS

11 en aura plus de plaisir après.

LA TANTE

Et puis cela lui apprendra de t'écrire quii désire te rencontrer SU]' la route, ne voir que toi, et repartir.

LOUISE

Ce n'est pas tout à fait cela qu'il a écrit : mais quand cela serait, pourquoi l'en punir?

LA TANTE

Enfin, c'est Mme la duchesse qui le veut : elle l'a élevé ; elle sintéresse à lui, que c'est une merveille.

LOUISE

Un bel intérêt, à lui faire du chagiin !

JEAN-LOUIS

Ce n'est que pour un moment.

LOUISE

n n'en croira rien ; car il n'y a pas six jours qu'il a reçu une lettre de moi.

JEAN-LOUIS

Tant mieux, cela sera plus perfide.

LA TANTE

Oui, cela lui fera plus de peine.

JEAN-LOUIS

Allez vous ajuster tous, vous n'avez pas trop de temps ; (à Jeannette) et toi, reste ici avec moi ; voj^ons si tu feras bien ton rôle.

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