LA TANTE JEANNETTE
JEAX-LOUIS
Jai cru qu'il avait parlé. {Il lit.) « Madame, pour répondre à l'honneur que vous m'avez fait de m' écrire ...wBrr... brr... brr...
LOUISE
Nous n'entendons pas.
JEAN-LOUIS
Ah ! c'est que tout ceci, ce sont des comphments qui sont peut-être des secrets que Mme la duchesse ne veut pas qu'on sache. Brr... brr... brr...
LOUISE
Mais, mon père, ce n"est pas la peine que nous écoutions.
LA TANTE
Sans doute.
JEAN-LOUIS
Ah! m'y voilà. « Madame, quant à ce qui regarde Alexandi'e Spinaski, soldat dans mon régiment, il n'est pas de bien que je ne doive en dire. » Que je ne doive en dire ! « Il a toutes les qualités qui font un bon soldat, sage, docile et brave. » Il n'entend pas qu'il est brave sur soi, c'est courageux qu'il veut dire.
LOUISE
Après, mon père.
JEAN-LOUIS
« H est vif, ardent... Mais si trop d'ardeur le fait sortir des bornes, il y rentre aussitôt. » H y rentre aussitôt? je ne sais pas trop ce que cela veut dire.
LOUISE
Ensuite, mon père.
JEAN-LOUIS
« Je désire de tout mon cœur qu'il veuille rester avec moi : je le ferais officier dans mon régiment. »
LA TANTE
Dans son régiment !
BERTRAND
Dans son régiment !
LOUISE
Ah ! je ne crois pas quil y reste.
- SEDAINE. — LE DÉSERTEUR == 2i!»
JEAN-LOUIS
Paix donc ! « Mais comme ses six ans expirent dans quinze jours, je lui ferai expédier son congé. »
LOUISE
Dans quinze joms?
Dans quinze jours?
LA TANTE
^ JEAN-LOUIS
Dans quinze jours. « Je l'envoie, madame, à vos ordres, vous présenter mes respects et vous remercier. Je lui ai recommandé de ne pas s'écarter, étant si près de l'ennemi et des frontières. Les ordi'es sont extrêmement rigoureux, et il faut qu'il rejoigne aujourd'hui ; car le roi, qui dîne à deux lieues de votre château, passe ensuite au camp, et il faudra se mettre sous les armes. » Ah ! c'est que quand le roi passe (vous ne savez pas ça, vous autres), c'est que quand le roi passe, on se met sous les armes 1 Ah ! c'est une belle chose que la guerre !
BERTRAND
Oui, quand on en est revenu.
JEANNETTE
Pourquoi est-ce que les garçons pleurent pour n'y pas aller?
JEAN-LOUIS
Taisez-vous, ça ne vous regai'de pas. {Â Louise.) Or çà, ma fille, il faut faire ce que Mme la duchesse a dit : tu feras comme si tu étais la mariée ; et toi tu seras le marié.
BERTRAND
Ah! tant mieux.
JEAN-LOUIS
H y am'a des musettes, des trompettes, des violons ; et il croira que tu es mariée d'hier. Et toi {à Jeannette), tu lui viendras conter tout cela : tu feras comme si tu gardais tes moutons
LA TANTE
J'aurais mieux fait qu'elle.
JEAN-LOUIS
11 vous connaît : il ne reconnaîtrait pas sa tante !
LOUISE
Ah ! mon père ! que je suis fâchée de tout cela : et si on me faisait un pareil tour, cela me ferait bien de la peine.
JEAN-LOUIS
11 en aura plus de plaisir après.
LA TANTE
Et puis cela lui apprendra de t'écrire quii désire te rencontrer SU]' la route, ne voir que toi, et repartir.
LOUISE
Ce n'est pas tout à fait cela qu'il a écrit : mais quand cela serait, pourquoi l'en punir?
LA TANTE
Enfin, c'est Mme la duchesse qui le veut : elle l'a élevé ; elle sintéresse à lui, que c'est une merveille.
LOUISE
Un bel intérêt, à lui faire du chagiin !
JEAN-LOUIS
Ce n'est que pour un moment.
LOUISE
n n'en croira rien ; car il n'y a pas six jours qu'il a reçu une lettre de moi.
JEAN-LOUIS
Tant mieux, cela sera plus perfide.
LA TANTE
Oui, cela lui fera plus de peine.
JEAN-LOUIS
Allez vous ajuster tous, vous n'avez pas trop de temps ; (à Jeannette) et toi, reste ici avec moi ; voj^ons si tu feras bien ton rôle.