‹ La musiqueChapitre 146 sur 181 · SCÈNE III JEAN-LOUIS, JEANNETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE III JEAN-LOUIS, JEANNETTE

JEAN-LOUIS

Or çà, feras-tu bien ce que je t'ai dit?

JEANNETTE

Oh ! que oui, monsieur Jean-Louis.

JEAN-LOUIS

Voyons, voyons, mets-toi là.

Oui.

JEAN-LOUIS

Fais comme si tu filais.

JEANNETTE, prenant la hagueite que Bertraml fi Jriis<;f- loniher.

Tenez, prenons que c'est là ma quenouille.

== SEDAINE. — LE DESERTEUR =— 231

JEAX-LOUIS

Et puis tu chantes.

JEANNETTE

Oui, je f'hauto ([uand vous venez de par là.

JEAN-LOUIS

Non, pas moi.

JEANNETTE

Ah! J'entends bien, j'entends bien : c'est Uii.

JEAN-LOUIS

Eh bien ! chante donc.

JEANNETTE

Attendez donc que j'aie mis la quenouille.

{Pendant ce jeu, la ritournelle.)

J'avais égaré mon fuseau,

Je le cherchais sous la fougère :

Colin, en m'ôtant son chapeau,

Me dit : « Que cherchez-vous, bergère? »

Un peu d'amour, un peu de soin,

Mènent souvent un cœur bien loin.

JEAN-LOUIS

Bonjour, la jeune fille. (Elle se retourne.) Bien, bien : continue.

JEANNETTE

« C'est que j'ai perdu mon fuseau En passant près de ce grand chêne. »

Colin alors prend son couteau Et coupe une branche de frêne.

Un peu d'amour, etc.

JEAN-LOUIS

La jeune fille, écoutez donc. {Elle se retourne encore.) Bien, bien, fort bien : continue.

JEANNETTE

n fit tant avec son couteau, En me regardant d'un air tendre, Que j'eus le fuseau le plus beau.

Et que mon cœur se laissa prendre.

Un peu d'amour, etc.

JEAN-LOUIS

La jeune fille, vous ne voulez donc pas m' écouter?

JEANNETTE

Vous me pardonnerez, monsieur Jean-Louis.

JEAN-LOUIS

Monsieur Jean-Louis ! Dis donc monsieur le soldat, et non pas monsieur Jean-Louis.

JEANNETTE

Ah ! oui, oui, monsieur le soldat : c'est que je vous regardais,

JEAN-LOUIS

Recommençons ça. La jeune fille, vous ne voulez donc pas

m'écouter?

JEANNETTE

Vous me pardonnerez, monsieur le soldat.

JEAN-LOUIS

Bon, bon. La jeune fille, je vous serais bien obligé, si vous vouliez bien me dire quelle est cette noce que je viens de voir passer.

JEANNETTE

C'est celle de Louise, fille de Jean-Louis Basset, soldat invalide et fermier de Mme la duchesse.

JEAN-LOUIS

Bien, bien, fort bien : tu diras bien, et tu viendi'as nous rejoindre au château : mais n'oublie pas de dire monsieur le soldat. Tiens, tiens, comme il accourt.

JEANNETTE

OÙ donc? Ah ! oui !

JEAN-LOUIS

Tiens, comme il grimpe la montagne. Ah! les amoureux n'ont pas la goutte. Je m'en vais : reste. Non, viens vite.

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