‹ La musiqueChapitre 169 sur 181 · SCENE PREMIERE SANDEK, ALI · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE SANDEK, ALI

SANDER

Quelle étrange avoutuie ! un palais éclaire, Meublé, richement décoré.

Où je ne rencontre personne !

ALI, avec frayeur.

Monsieur, délogeons prudemment...

Il n'y fait pas bon : je soupçonne...

Uuoi dune?

SANDKK

ALI

Que tout ceci nVst ((uun çncliaiUenuMil.

SANDEK

Un enchantement, soit. Au milieu d'un orage,

== MA HM ON TEL, — ZElMIllI': ET AZOI! = 'M)?,

La nuit, dans un Ixiis t(''n(''l)r('U\', Nous sommes ciicor trop lieurciix De trouver cet asile.

ALI

Amiez-vous le couia-ije L)V passer la miit?

SANDKR

Pouniuoi non?

ALI

Monsieur, prenez-y garde.

SANDER

Bon!

Qu'as-tu peur? Si quelqu'un dans ce palais habite, H nous y reçoit assez bien.

ALI

Et si c'est un Génie?

SANDER

Eh bien?

ALI

Croyez-moi, partons au plus vite.

[Air.]

L'orage va cesser.

Déjà les vents s'apaisent ;

Les voilà qui se taisent ;

Partons sans balancer.

Ce n'est plus rien, rien qu'un nuage

Dont le ciel se dégage,

Cela ne peut durer ;

Le temps va s'éclairer. ^

Vos filles vont passer

La nuit à vous attendre ;

La frayeur va les prendre :

Pourquoi les délaisser?

Ah ! je crois les entendre. Vous les aimez d'amom* si tendre I Pourquoi, pom'quoi les délaisser?

L'orage va cesser :

Déjà les vents s'apaisent ;

Les voilà qui se taisent ;

Partons sans balancer.

SAXDER

Que dis-tu? Tora^e redouble.

ALI, à, part.

Il a raison.

SANDER

Comment retrouver mon chemin?

ALI, mvement.

Je vous mènerai par la main.

SANDER

Nous sommes bien : passons ici la nuit sans trouble.

ALI, avec frayeur.

Sans trouble !

SAXDER

Au point du jour nous partirons demain.

[Air.]

Le malheur me rend intrépide ; J'ai tout perdu, je ne crains rien, Et pourquoi serais-je timide?

Pour moi la vie est-elle un bien?

Je suis tombé de l'opulence Dans la misère et dans l'oubli ; Un vaisseau, ma seule espérance, Dans les flots est enseveli.

Le malheur, etc..

ALI

Et moi, qui n'eus jamais d'autre bien que la vie, Je n'aime point à l'exposer.

SAXDER

Allons, laisse-moi reposer ; Et dors si tu le peux.

ALI

Je n'en ai nulle envie.

Dormir chez des Esprits ! et sans avoir soupe !... 0 ciel !

{Une table servie paraît au milieu an salon.)

SANDER

Qu'est-ce?

ALI

Monsieur ! une table servie !

SANDER

Tu vois, de nos besoins quelqu'un s'est occupé.

= MA H MONT Kl.. — ZKMIHE KT AZOR = rjOo

ALI, tremManl.

Oui, quelqu'un !

SANDER

Mets-toi là.

ALI

Vous mangerez?

SANDER y

Sans doute.

Notre liôte est magnifique : il ne ménage rien. ALI, élevant la voix.

A ce seigneur-là rien ne coûte.

(A pa,rt.) <■-

Il faut que j'en dise du bien Car il est là qui nous écoute.

SANDER

Voilà des mets fort délicats.

ALI

Ah ! si j'osais, quel repas !

SANDER

Ose, crois-moi.

ALI

Voyons.

(Il manrje.) ,

SANDER

Quoi ! du vin !

- ALI, avec joie.

Du vin!

SANDER

Goûte.

ALI

Pour celui-ci, je n'}' tiens pas.

SANDER

Ta main tremble?

ALI

Ah ! monsieur, cette liqueur vermeille N'est peut-être qu'un poison lent.

Mais n'importe.

{Il hoit.) D est excellent ; Et, dussé-je en mourir, j'en boirai ma bouteille.

SANDER

Eh bien? Comment te trouves-tu?

La Musioue. 12

306 — LA MUSIOUi:.— CIIAP \\\

AI.l

De cet élixir la vertu Petit à petit me soulage.

De fatigue et d'effroi j'étais presque abattu ; Mais je sens revenir ma force et mon courage. Encore un petit coup.

(7/ boit.

Ail ! le ciiainiant lirciivage.

Air.]

Les Esprits dont on nous fait peur, Sont les meilleures gens du monde.

Voyez comme ici tout abonde :

Quel bon souper ! quelle liqueur !

Ah ! quelle li(|ueur. Les Esprits, etc..

On n'en parle que par envie ; Moquons-nous de ces contes vaia«.

Pour moi, j'en ai l'âme ravie ; Je ne veux pas d'autres voisins ; Avec eux je passe ma vie.

S'ils ont toujours d'aussi bons vins.

Les p]sprits, etc..

SAXDER

Ali, pour le coup, est un homme :

H ne craint rien.

ALI

Oh ! rien du tout.

A présent je vais faire un somme.

SANDER

Voyons quel temps il fait.

ALT, s'mdormant.

J'aurais dormi debout.

[Duo. 1

SANDER

Le temps est beau.

ALI

J'en suis bien aise.

== MAUMONTEL.— ZKiMIKL: KT AZOU = :{07

SANDEK

Ali!

ALI

Je dory.

SANDER

11 faut partir.

ALI

Quand f ai bieu l)u, ne vous déplaise. Je veux dormir.

SAXDER

11 faut partir, 'lu dormiras plus à ton aise, Quand nous serons rendus chez moi.

ALI

Je dors si bien sur une chaise ; On est ici comme chez soi.

SAXDER

Le jour se lève.

ALI

Qu'il se couche. ^

SAN DE R

Ali, sans toi je nren irai.

ALI

Partez sans nuji : je vous suivrai.

SAXDER

Et si quelque bête farouche ^'ient t'attaquer?

ALI

Je n'ai pas peiu".

SANDER

Ce bon vin t'a donné du cœm?

ALI

Ce bon vin m'a donné du cœur.

SANDER

Allons, ma famille m'attend.

Lève-toi, je l'ordonne; et partons à l'instant.

ALI

Ah ! laissez-moi du moins prendre encore une dose.

(7/ hoif.)

SANDEK

Je veux, en quittant ce beau lieu, Avoir de ce prodige un témoin qui dépose.

Ma petite Zémire, en me disant adieu,

Ne m'a demandé qu'une rose :

Je vais de ce rosier en cueillir une.

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