SCENE PREMIERE SANDEK, ALI
SANDER
Quelle étrange avoutuie ! un palais éclaire, Meublé, richement décoré.
Où je ne rencontre personne !
ALI, avec frayeur.
Monsieur, délogeons prudemment...
Il n'y fait pas bon : je soupçonne...
Uuoi dune?
SANDKK
ALI
Que tout ceci nVst ((uun çncliaiUenuMil.
SANDEK
Un enchantement, soit. Au milieu d'un orage,
== MA HM ON TEL, — ZElMIllI': ET AZOI! = 'M)?,
La nuit, dans un Ixiis t(''n(''l)r('U\', Nous sommes ciicor trop lieurciix De trouver cet asile.
ALI
Amiez-vous le couia-ije L)V passer la miit?
SANDKR
Pouniuoi non?
ALI
Monsieur, prenez-y garde.
SANDER
Bon!
Qu'as-tu peur? Si quelqu'un dans ce palais habite, H nous y reçoit assez bien.
ALI
Et si c'est un Génie?
SANDER
Eh bien?
ALI
Croyez-moi, partons au plus vite.
[Air.]
L'orage va cesser.
Déjà les vents s'apaisent ;
Les voilà qui se taisent ;
Partons sans balancer.
Ce n'est plus rien, rien qu'un nuage
Dont le ciel se dégage,
Cela ne peut durer ;
Le temps va s'éclairer. ^
Vos filles vont passer
La nuit à vous attendre ;
La frayeur va les prendre :
Pourquoi les délaisser?
Ah ! je crois les entendre. Vous les aimez d'amom* si tendre I Pourquoi, pom'quoi les délaisser?
L'orage va cesser :
Déjà les vents s'apaisent ;
Les voilà qui se taisent ;
Partons sans balancer.
SAXDER
Que dis-tu? Tora^e redouble.
ALI, à, part.
Il a raison.
SANDER
Comment retrouver mon chemin?
ALI, mvement.
Je vous mènerai par la main.
SANDER
Nous sommes bien : passons ici la nuit sans trouble.
ALI, avec frayeur.
Sans trouble !
SAXDER
Au point du jour nous partirons demain.
[Air.]
Le malheur me rend intrépide ; J'ai tout perdu, je ne crains rien, Et pourquoi serais-je timide?
Pour moi la vie est-elle un bien?
Je suis tombé de l'opulence Dans la misère et dans l'oubli ; Un vaisseau, ma seule espérance, Dans les flots est enseveli.
Le malheur, etc..
ALI
Et moi, qui n'eus jamais d'autre bien que la vie, Je n'aime point à l'exposer.
SAXDER
Allons, laisse-moi reposer ; Et dors si tu le peux.
ALI
Je n'en ai nulle envie.
Dormir chez des Esprits ! et sans avoir soupe !... 0 ciel !
{Une table servie paraît au milieu an salon.)
SANDER
Qu'est-ce?
ALI
Monsieur ! une table servie !
SANDER
Tu vois, de nos besoins quelqu'un s'est occupé.
= MA H MONT Kl.. — ZKMIHE KT AZOR = rjOo
ALI, tremManl.
Oui, quelqu'un !
SANDER
Mets-toi là.
ALI
Vous mangerez?
SANDER y
Sans doute.
Notre liôte est magnifique : il ne ménage rien. ALI, élevant la voix.
A ce seigneur-là rien ne coûte.
(A pa,rt.) <■-
Il faut que j'en dise du bien Car il est là qui nous écoute.
SANDER
Voilà des mets fort délicats.
ALI
Ah ! si j'osais, quel repas !
SANDER
Ose, crois-moi.
ALI
Voyons.
(Il manrje.) ,
SANDER
Quoi ! du vin !
- ALI, avec joie.
Du vin!
SANDER
Goûte.
ALI
Pour celui-ci, je n'}' tiens pas.
SANDER
Ta main tremble?
ALI
Ah ! monsieur, cette liqueur vermeille N'est peut-être qu'un poison lent.
Mais n'importe.
{Il hoit.) D est excellent ; Et, dussé-je en mourir, j'en boirai ma bouteille.
SANDER
Eh bien? Comment te trouves-tu?
La Musioue. 12
306 — LA MUSIOUi:.— CIIAP \\\
AI.l
De cet élixir la vertu Petit à petit me soulage.
De fatigue et d'effroi j'étais presque abattu ; Mais je sens revenir ma force et mon courage. Encore un petit coup.
(7/ boit.
Ail ! le ciiainiant lirciivage.
Air.]
Les Esprits dont on nous fait peur, Sont les meilleures gens du monde.
Voyez comme ici tout abonde :
Quel bon souper ! quelle liqueur !
Ah ! quelle li(|ueur. Les Esprits, etc..
On n'en parle que par envie ; Moquons-nous de ces contes vaia«.
Pour moi, j'en ai l'âme ravie ; Je ne veux pas d'autres voisins ; Avec eux je passe ma vie.
S'ils ont toujours d'aussi bons vins.
Les p]sprits, etc..
SAXDER
Ali, pour le coup, est un homme :
H ne craint rien.
ALI
Oh ! rien du tout.
A présent je vais faire un somme.
SANDER
Voyons quel temps il fait.
ALT, s'mdormant.
J'aurais dormi debout.
[Duo. 1
SANDER
Le temps est beau.
ALI
J'en suis bien aise.
== MAUMONTEL.— ZKiMIKL: KT AZOU = :{07
SANDEK
Ali!
ALI
Je dory.
SANDER
11 faut partir.
ALI
Quand f ai bieu l)u, ne vous déplaise. Je veux dormir.
SAXDER
11 faut partir, 'lu dormiras plus à ton aise, Quand nous serons rendus chez moi.
ALI
Je dors si bien sur une chaise ; On est ici comme chez soi.
SAXDER
Le jour se lève.
ALI
Qu'il se couche. ^
SAN DE R
Ali, sans toi je nren irai.
ALI
Partez sans nuji : je vous suivrai.
SAXDER
Et si quelque bête farouche ^'ient t'attaquer?
ALI
Je n'ai pas peiu".
SANDER
Ce bon vin t'a donné du cœm?
ALI
Ce bon vin m'a donné du cœur.
SANDER
Allons, ma famille m'attend.
Lève-toi, je l'ordonne; et partons à l'instant.
ALI
Ah ! laissez-moi du moins prendre encore une dose.
(7/ hoif.)
SANDEK
Je veux, en quittant ce beau lieu, Avoir de ce prodige un témoin qui dépose.
Ma petite Zémire, en me disant adieu,
Ne m'a demandé qu'une rose :
Je vais de ce rosier en cueillir une.