‹ La musiqueChapitre 170 sur 181 · AZUK, SAN DE R, ALI · texte numérisé non relu

AZUK, SAN DE R, ALI

AZOR, SOUS une jonne effrayante.

Holà!

A 1,1, IrciiihhuiL Ciel!

SANDER

Que vois-je?

AZOK

Qur fais-tu là?

Et pouicjuoi me piendre mes roses?

4 SANDER

Pardon ! .le ne voyais aucun mal à cela ;

Et, libéral en toutes choses.

Je ne te croyais point jaloux de ces fleurs-là.

AZOR

Téméraire, ingrat, je te donne L'asile, un bon souper, le meilleur vin que j'ai ;

Et tu veux que je te pardonne De me voler mes fleurs ! Non, je serai vengé. Tu vas mourir.

SANDER

Tu i)eux disposer de ma vie, Je ne la plains, ni ne défends Des jours si peu dignes d'envie.

Je n'ai regi'et qu'à mes enfants.

AZOR

De trois filles, dit-on, le destin t'a fait père?

SANDER

Hélas ! ce qui me désespère, C'est de les laisser sans appui.

ALI

Ah ! vous am'iez pitié de lui.

Si vous saviez combien ses trois filles sont belles.

MARMONTKL. — ZEMIRE ET AZOH = 309

SANDER

Je viens crOrmus. J'allais y savoir des nouvelles

Dun vaisseau, mon dernier espoir.

Mes filles croyant me revoir

Dans lopulence, Tune d'elles,

A mon départ, me demanda

Des rubans, Tautre des dentelles ;

Mais la plus jeune leur céda

Toutes ces riches bagatelles ;

Et, d'un air tendre et caressant,

Elle me dit en m'embrassant :

Je ne veux qu'une rose : elle me sera chère,

Plus que le don le plus brillant ; Et je dirai : C'est à moi que mon père

Daignait penser en la cueillant.

[Air. ]

La pauvre enfant ne savait pas Qu'elle demandait mon trépas.

Cachez-lui bien c^ue cette rose Est la cause De mon malheur. Ah ! pour elle quelle douleur !

Sa t^idresse . Qui me presse De revenir dans ses bras M'y rappelle ma promesse.

Ah ! pauvi-e enfant, tu ne sais pas Que tu demandes mon trépas !

AZOR

J'ai l'âme assez compatissante Pour me laisser fléchir. Mais il faut que, pour toi, L'une de tes filles consente A venir se donner à moi.

SANDER

Moi ! te livrer ma fille !

AZOR

Il faut me le promettre.

Ou sur l'heure !...

ALI

H est le plus fort ; Et c'est à nous de nous soumettre.

310 == I.A MUSIOl'K. — CHAP. VU =

SANDKH

( Viu'l, j)oiir une llciir !

AZUK

Et sais-tu si mon sort Ne tient pas à ces Heurs qu'un charnip a fait éeloie?

SANDKR, à \t(irl.

Non, j'aime mieux mourir que d'exposer leurs jours. Mais je veux les revoir, les embi'asseï' encore.

AZOR

Eh bien?

ALI, à fart, à Sander.

Promettez-lui toujours.

SANDER

Malgré le sort qui nous menace, J'en donne ma parole, et je te la tiendrai : Une d'elles prendra ma place, Ou moi-même je reviendrai.

AZOR

Voilà qui nous réconcilie :

Reprends cette fleur.

SANDER

Moi!

AZOR

Reprends-là : je le veux.

Et qu'elle soit pour tous les deux Le garant mutuel de la foi qui nous lie.

, \Air. I

Ne va pas me tromper :

Ne crois pas m' échapper :

Sur la terre et sur l'onde Ma puissance s'étend ; Et jusqu'au bout du monde Ma vengeance t'attend.

Compte sur mes largesses.

Si tu me satisfais ; Sois siu- que mes bienfaits Passeront mes promesses ; Que pour toi mes richesses Ne tariront jamais !

Mais !

-^^^= MAIlMONTlil.. — ZÉMIKE ET \7A)\\ = 3 H Ne va pas nio tromper, etc.

Choisis : ou ma colère ou ma reconnaissance.

SANDER

Je redoute moins ta puissance, Que je ne respecte ma foi.

AZOR

Prends-y bien garde. Allons, suis-moi.

Je vais it'abréger le voj^age ; Et, dans l'instant même, un nuage Va te porter d'ici chez toi.

ALI, en tremblant Un nuage ! Ah ! permettez...

AZOR

Quoi?

Que je m'en aille à pied.

AZOR

Pourquoi donc?

ALI

Mon usage N'est pas d'aller sur un nuage.

AZOR

Aimerais-tu mieux un dragon?

ALI, avec une frayeur flus vive.

Oh ! non. Pour aller de la sorte.

Je n'ai pas la tête assez forte.

AZOR

Eh bien, tu peux attendre ici ton maître.

ALI

Non!

Le nuage d'abord m'a fait peur ; mais n'importe : Puisque mon maître y va, j'y puis aller aussi.

AZOR

Viens donc.

ALI

Si pourtant...

AZOR

Point de si.

ALI

Allons, que le diable m'emporte ; Pourvu que ce soit loin d'ici.

Symphonie qui exprime le vol du nuage.

... La musique n'ayant besoin, pour être bien sentie, que de cet heureux instinct que donne la nature, il semblerait que l'esprit nuit à l'instinct, que l'on n'approche de l'un qu'en s'éloignant de l'autre, et qu'enfin plus vous aurez de facilité à combiner et à rapprocher plusieurs idées, plus vous affaiblirez le tact naturel qui ne sent qu'une chose à la fois, et c'est assez pour bien sentir. L'homme livré à la simple nature reçoit sans résistance la douce émotion qu'on lui donne. L'homme d'esprit, au contraire, veut savoir d'où lui vient le plaisir ; et avant qu'il parvienne à son cœur, il est évanoui. Le sentiment est volatil comme l'essence renfermée dans un vase, que le contact de l'air fait évaporer ; de même, une sensation est perdue, si elle frappe des organes habitués à analyser pour sentir.

Tout le monde, cependant, veut avoir l'air d'aimer la musique ; chacun sait qu'elle est un élan de l'âme, le langage du cœur ; convenir que cette langue nous est étrangère serait faire un aveu d'insensibilité ; l'on se donne donc pour connaisseur ; on dit : « Ah ! que c'est déhcieux ! » avec une mine à la glace. Si l'on est homme de lettres, on se dépêche d'écrire une brochm-e sur la musique ; on y dit que les musiciens sont des bêtes qui ne savent que sentir; et, à force de raisonnement, l'on s'établit musicien à leur place.

Voudra-t-on inférer de ce (juc je viens de dire, qu'il faudra,

CKÉTRY— MÉMOIKKS OU ESSAIS =313

])our avoir le sentiment de la musique, n'être ni poète, ni historien, ni orateur, ni homme d'esprit, enfin? Non, sans doute; mais il faut, je crois, tenir de la nature elle-même une de ces qualités, ou toutes, s'il était possible, et il ne suffit pas de les avoir acquises par un travail forcé d'érudition, de compilation, qui peut sans cloute ouviir un chemin neuf à l'homme bien né, mais qui ne donne à l'homme ordinaire que le désespoir de ne jamais approcher de ses modèles.

Voulez-vous savoir si un individu quelconque est né sensible à la musique? Voyez seulement s'il a l'esprit simple et juste ; si dans ses discours, ses manières, ses vêtements, il n'a rien d'affecté ; s'il aime les fleurs, les enfants ; si le tendre sentiment de l'amour le domine... Un tel être aime passionnément l'harmonie et la mélodie qu'elle renferme, et n'a nul besoin de composer une brochure d'après les idées des autres, pour nous le prouver...

ï.me !<"'■ [1789]. Livre IL Introduction.)

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