‹ La musiqueChapitre 172 sur 181 · L EXPRESSION MUSICALE · texte numérisé non relu

L EXPRESSION MUSICALE

... Un homme de lettres qui m'avait entendu parler sur la possibilité de noter toutes les inflexions de la parole, et qui

316 == I.A MCSIQIjE. — CliAl'. Vil ==

niait cette possibilité, me pria, en souriant, de le recevoir clicz moi pour parler plus à fond sur cette matière.

En entrant dans mon cabinet, il me dit en me saluant, avec un [letit ton de protection : Bonjour, monsieur.

Je lui chantai à l'instant, sur le même ton : ut sol sol ul, et il fut à moitié converti.

Il serait assez plaisant de faire une nomenclature de tous les bonjour, monsieur, ou bonjour, mon cher, mis en musique avec l'intonation juste ; l'on verrait combien l'amour-propre est un puissant maître de musique, et comme la p;amme change lors(jue i'iiomme en place cesse d"y être.

Un bonjour, monsieur, m^Ë suffit prescpie toujours pour apprécier en gros les prétentions ou la simplicité d'un homme : la politesse ou la fausseté nous cache l'homme dans ses discours ; mais il n'a pas encore appris à se cacher tout à fait dans ses intonations. Je crois faire ici l'éloge de l'humanité.

La même phrase prononcée par différents personnages, et dans des circonstances différentes, reçoit donc toujours de nouvelles inflexions, et la vérité des déclamations peut seule faire de la musique un art qui a ses principes dans la nature.

Il faut surtout soigner la ponctuation musicale, de laquelle ressortira cette vérité de déclamation. Les rapports mathématiques qui existent entre les sons, sont bien aussi dans la nature, comme les proportions physiques du corps humain ; mais c'est l'attitude, l'expression, la passion, qui animent une statue ; de même que la déclamation anime les sons. Quel champ vaste pour le musicien !

...On aura beau direct beau faire, la musique vocale ne sera jamais bonne, si elle ne copie les vrais accents de la parole ; sans cette qualité, elle n'est qu'une pure symphonie.

Lorsque j'entends un opéra qui ne me satisfait pas entièrement, je me dis que le compositeur ne comprend point sa langue, je veux dire le langage musical. L'harmonie, ou le trait de chant dont il s'est servi pour rendre un sentiment, me semble propre à une autre expression. Si l'on ne me chantait point de paroles, j'en substituerais qui rendraient le morceau de musique excellent à mon gré. Il faut donc que le compositeur sache bien sa langue musicale, pour qu'il puisse y adapter des paroles, qu'il soit aussi entendu pai'faitement : c'est de l'union de c-es deux idiomes que l'ésulte la bonne nnisique vocale.

On peut exprimer juste, avec beaucoup d'harmonie, un grand travail d'orchestre, et un chant souvent accessoire ou une dé-

Page 1