GRÉTRV. — MEMOIRES OU ESSAIS
clamation peu chantante ; c'est c§ qu'en général a fait Gluck.
On peut exprimer juste, en faisant sortir de la déclamation un chant pur et aisé doiit l'orchestre ne sera qu'un accompagnement accessoire ; c'est généralement ce que j'ai cherché à faire.
On peut faire un chant plus pur et plus suave encore, qui, en ne peignant point, n'a cependant pas (rintention contraire à l'expression des paroles. C'est ce qu'a fait Sacciiini. Tant qu'on fera de la musique, il faudra rentrer dans les trois manières que je viens d'indiquer.
La musique de llaythi [)eut être regardée comme un modèle dans le genre instrumental, soit [)our la fécondité des motifs de chant ou celle des modulations. L'abondance des moyens le rendrait |)eut-être abstiviit, s'd ne me semblait observer uiu^ es|)èce de régime, ([ui consiste à conserver h)ngtemj)s le même Irait de chant, s'il module bcruicoup ; mais il est riche en mélodie lorsqu'il nuxlule moins.
Il me senil)le que le compositeur dramatique peut regarder les œuvres innombi'ables de Haydn comme un vaste dictionnaire où il peut sans scrupule ouiserdes matériaux, qu'il ne doit reproduire, cependant, ({u'accompagnés de l'expression intime des paroles. Le compositeur de la synsphonie est, dans ce cas, comme le botaniste (pii fait la découverte d'une plante en attendant que le médecin en découvre la propriété.
S'il est vrai, comme je l'ai dit, que le compositeur vocal doive sentir les différentes mesures qui constituent un discours dans toutes ses parties, pour pouvoir ensuite faire un rapprochement tel qu'il unisse son idiome musical au langage ordinaire, combien est-il absurde d'ajouter foi à un vain préjugé qui voudrait nous faire accroire que l'on peut joindre un grand talent à l'ineptie?
Qu'on ne dise pas que mille fois les bons musiciens ont commis des fautes d'ignorance : l'homme ignorant ne peut être qu'un détestable musicien, et c'est l'avis de Voltaire lorsqu'on lui parlait des prétendues inepties des hommes distingués par un talent quelconque.
(Tome I''', livre II : ["Ami de la titaiiun.)